11/07/2010

L'ambition ultime d'une vie : se transformer en galet

GaletsNoirs3.jpgA chacun ses rêves.  Le mien consiste à ce que ma vie devienne  aussi lisse et ronde qu'un galet, aux formes douces et tendres. Plus d'aspérité douloureuse, plus de résistance farouche qui épuise, finies les saillies contre lesquelles on s'érige avec toutes nos forces jusqu'à  l'anéantissement. Plus   rien pour retenir ou  freiner les évènements, tout glisse lentement, irrésistiblement.  Tout n'est plus qu'érosion, balloté par les courants forts de notre existence, par des tempêtes intérieures, tout s'est transformé, arrondi.  Lavés les chagrins, abrasées les peines, engloutis les déceptions, les chocs et les échecs.

On s'est mué en galet sur lequel la vie glisse, le malheur nous effleure à peine, on le reçoit comme les vagues, on fait le dos rond, il va et repart comme il est venu. A scruter le grand large, on ne craint plus  ni le calme étrange de la mer , ni ses eaux impétueuses et agitées.  On attend patiemment sur les rivages de notre vie avec une confiance absolue, à sentir la pluie ou à accueillir les rayons du soleil avec un égal contentement.

Rond comme le soleil ou  comme la lune, un galet qui diffuserait une douce lumière, celle d'une vie harmonieuse que l'on accueille tout entière.

 

 

L'apprentissage de toute une vie que celui  de se transformer en galet, n'est-ce pas ?

 

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10/07/2010

La pause pipolerie des médecins HUG

999451.jpgIl ne faut pas croire que les médecins des HUG malgré leurs 80 heures par semaine ne s'intéressent pas au monde;  les  échos assourdissants  leur parviennent étouffés mais arrivent tout de même à se glisser entre les interstices d'un agenda surchargé.

Les dernières causeries en date entendues :  pronostic football, les dernières avancées technologiques IPod et surtout la  conversation engrangée par mes petites oreilles qui traînent tandis que je sirote lentement mon renversé,  dans la petite cour arrière de la cafétéria de l'hôpital - vous savez,  là,  où  se trouvent des pots de géraniums en plastique dans lesquels on a planté des moulins à vent jaunes. Espace cimenté avec des  réparations de mur façonnées par une main lourde formant de grosses plaques épaisses, pareilles à des verrues sur un visage déjà laid; petite courette au-dessus de laquelle est tendu un filet de pêche qui nous donne la vague impression d'être tous transformés en poissons pris au piège. La dernière passion des blouses blanches fut donc la vente aux enchères des poumons de Marilyn Monroe, radiographie vendue pour 45'000 dollars .

Une doctoresse très pragmatique et surtout très inspirée suggérait qu'ils pourraient tous se lancer dans une collection de poumons d'éminentes personnalités qui passeraient par l'hôpital.

On imaginerait ainsi une vente aux enchères annuelle pour retaper les lieux et augmenter les salaires des assistants médecins   : Qui veut acheter des radiographies  ? Allez, allez, pourquoi résister à une telle offre . Jusqu'à liquidation du stock : Poumons, foies , hanches.  A votre bon coeur, messieurs dames, n'hésitez plus !

 

11:40 | Tags : hug | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

06/07/2010

EXPOENCIEL 2010

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02/07/2010

Les croque-morts - "Que voulez-vous, c'est la profession qui veut ça !"

img8013.jpgGenève - Huit croque-morts dénoncés à la police pour avoir organisé des parties fines dans les chambres mortuaires. Rien de nouveau sous le soleil genevois, pas plus qu'ailleurs. Une impression de déjà vu, les  quelques lignes suivantes proposent des extraits du Croque-mort de Petrus Borel  écrit en 1840 :  L'auteur s'excuse d'emblée :" Mon Dieu ! je l'ai dit, c'est la profession qui veut ça. Sauf Tobie et Joseph d'Arimathie, depuis la création du monde, tous les ensevelisseurs ont toujours été des drôles ! il ne faut pas leur en vouloir ; et d'ailleurs, auprès des libitinaires antiques, des nécrophores et des sandapilarii, nos croque-morts sont des vestales, qui méritent le prix Monthyon." (prix de vertu)

"Vous vous attendiez sans doute à quelque peinture sombre et farouche, et point du tout, c'est un pastel rose et frais que je vous trace - Toute plaisanterie, toute antithèse à part, si l'ancienne gaieté française avec sa grosse bedaine et ses petits mirlitons, fleurit vraiment encore dans quelque coin du globe, croyez-le bien, je vous le dis en vérité, c'est aux Pompes funèbres assurément."

 

Non content d'être nécrophore et grand-prêtre du fils de Sémélé, comme un mercier de campagne qui vent des sabots, des cantiques spirituels et de l'avoine, le croque-mort se livre assez volontiers au cumul, et cela par délassement, car ne le perdons pas de vue un seul instant, sa seule profession officielle est de boire.

 

Cela, hélas ! n'est que trop vrai, mais le champ le plus ingrat, quand on sait y pratiquer habilement des rigoles, devient bien vite une terre féconde ; et le croque-mort a tant d'adresse pour appeler sur son front la douce rosée du pot-de-vin et du pour-boire, que d'une pierre-ponce il ferait une éponge, que du tonneau de Diogène il tirerait du Malvoisie.......

Aussitôt que la lumière vient éclairer nos coteaux, le croque-mort salue gaiement l'aurore, crie trois fois gloire à Bacchus, et après de nombreuses salves d'eau-de-vie et maintes libations le long de sa route pénètre bientôt dans le sein de quelque famille dans l'affliction, où avec la componction d'un bourrelier qui taille des croupières sur un âne, il mesure non pas l'étendue de la perte que la patrie vient de faire, mais la longueur et l'épaisseur du défunt.

 

Toussaint, mais qu'il était brillant !... Dès le matin toute la corporation se réunissait en habit neuf, et tandis que MM. les fermiers dans le deuil le plus galant, avec leur crispin jeté négligemment sur l'épaule, répandaient leurs libéralités, les verres et les brocs circulant, on vidait sur le pouce une feuillette. Puis un héraut ayant sonné le boute-selle, on se précipitait dans les équipages, on partait ventre à terre, au triple galop, et l'on gagnait bientôt le Feu d'Enfer, guinguette en grande renommée dans le bon temps. Là dans un jardin solitaire, sous un magnifique catafalque, une table immense se trouvait dressée (la nappe était noire et semée de larmes d'argent et d'ossements brodés en sautoir), et chacun aussitôt prenait place. - On servait la soupe dans un cénotaphe, - la salade dans un sarcophage, - les anchois dans des cercueils ! - On se couchait sur des tombes, - on s'asseyait sur des cippes ; - les coupes étaient des urnes, - on buvait des bières de toutes sortes ; - on mangeait des crèpes, et sous le nom de gelatines moulées sur nature, d'embryons à la béchamelle, de capilotades d'orphelins, de civets de vieillards, de suprêmes de cuirassiers, on avalait les mets les plus délicats et les plus somptueux. - Tout était à profusion et en diffusion ! - Tout était servi par montagne ! - Au prix de cela les noces de Gamache ne furent que du carême, et la kermesse de Rubens n'est qu'une scène désolée. - Les esprits s'animant et s'exaltant de plus en plus, et du choc jaillissant mille étincelles, les plaisanteries débordaient enfin de toutes parts, - les bons mots pleuvaient à verse, - les vaudevilles s'enfantaient par ventrée. - On chantait, on criait, on portait des santés aux défunts, des toasts à la Mort, et bientôt se déchaînait l'orgie la plus ébouriffante, l'orgie la plus échevelée. Tout était culbuté ! tout était saccagé ! tout était ravagé ! tout était pêle-mêle ! On eût dit une fosse commune réveillée en sursaut par les trompettes du Jugement dernier. - Puis lorsque ce premier tumulte était un peu calmé, on allumait le punch, et à sa lueur infernale, quelques croque-morts ayant tendu des cordes à boyau sur des cercueils vides, ayant fait des archets avec des chevelures, et avec des tibias des flûtes tibicines, un effroyable orchestre s'improvisait, et la multitude se disciplinant, une immense ronde s'organisait et tournait sans cesse sur elle-même en jetant des clameurs terribles, comme une ronde de damnés.

 

Le punch et la valse achevés, on remontait gaiement dans les chars, on regagnait promptement la ville, et l'on venait souper en masse au Café Anglais. - C'était alors un bien étrange spectacle que cette longue enfilade de carrosses de deuil et de corbillards, stationnant sur le boulevard de la fashion à la porte d'un cabaret de bon ton, d'une popine, d'un calix thermarum, comme eût dit Juvénal ; et dans l'intérieur, ce n'était pas, je vous prie, un spectacle moins bizarre, que cette bande joyeuse de farceurs en costume funèbre attablés avec des lions et des filles, sablant le madère et le sherry, et chantant le God save the king sur l'air de la mère Godichon !

 

Bacchus est un dieu plein de tyrannie !

Ils peuvent se livrer sans réserve à toute l'effervescence de leur soif. A chaque bouchon, à chaque taverne on fait halte. Il faut bien se rafraîchir, la route est si longue, l'ouvrage est si fastidieuse ! et les poses deviennent si fréquentes que nos pèlerins se laissent surprendre par la nuit au milieu de leur course ; ou bien une autre fois l'on rencontrera des amis et l'on s'oubliera dans leur sein, dans le sein de l'amitié ! - et le lendemain ou le surlendemain, quand la pauvre mère viendra pour jeter une couronne sur la tombe de son enfant, elle trouvera la fosse encore vide ! - Sèche tes pleurs, pauvre femme, va, l'objet chéri de ta douleur n'est pas perdu, mère adorée ! il est chez le marchand de vin du coin, dans l'arrière-boutique !!!

La contemplation du néant des grandeurs et des choses humaines portent immanquablement à l'insouciance et à la frivolité. - Quand on commerce chaque jour de la mort et de son appareil, on prend bien vite les hommes et la terre en pitié. - On sent que la vie est courte, on veut la remplir. - Avant d'être mangé, on veut se repaître. - Avant d'être bu, on veut boire. - Et l'on devient nécessairement anacréontique et libertin. - Ainsi messieurs les fermiers de l'entreprise (car depuis le décret de l'an XII, les morts ont été mis en ferme comme les tabacs), que vous vous représentiez noyés dans la tristesse et bourrés d'épitaphes, sur Dieu et l'honneur ! sont au contraire de bons et joyeux drilles, de francs lurons, prenant tout au monde par le bon bout et menant crânement la vie ! ce sont tous plus ou moins d'aimables chansonniers, ce sont tous ou à peu près d'adorables vaudevillistes ! Ayant ainsi tout à la fois le double monopole du boulevard, du Palais-Royal, de la foire et des catacombes. - Et quand le soir, ils nous ont fait mourir de rire, le lendemain ils nous font enterrer !

 

Les cochers de corbillard titulaires sont en général d'une essence plus éthérée que les croque-morts, quoique pour la boisson ils soient leurs pairs et qu'ils aient comme eux leur double odeur ; non pas cette fois, le cadavre et l'alcool, mais le vin et la litière. -

 

 

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