01/12/2010

"Y'a mon patron qui meurt !"

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TOUTES MES CONDOLEANCES POUR LE DECES DE PIPPO LA MACCHIA : CE PATRON EXTRAORDINAIRE !


 

Il déboule dans mon bureau sans crier gare, habillé d'un T-shirt blanc qui montre ses muscles bronzés, en jeans,  tout souriant : "M'dame, j'ai réussi mon apprentissage avec une bonne note ! Je voulais venir vous le dire et vous remercier. "C'est grâce à vous !"  . Surtout à votre patron,  rétorquai-je.

 

C'était il y a deux ans, il avait déjà un peu frayé avec la justice et surtout avec beaucoup d'injustice, on me l'avait envoyé pour le cas où j'aurais encore une entreprise au fond de mon tiroir qui voudrait bien de lui . Je pensai à un vieil italien, garagiste, bon comme le pain. En insistant et jouant subtilement du violon,  j'étais sûre qu'il allait craquer pour mon jeune. Le garçon, je l'avais  prévenu et menacé avant son stage, des foudres de Zeus et de toutes les malédictions  du monde sur sa tête, s'il ne se tenait pas à carreau pendant la période d'essai qu'il devait effectuer et  décider le patron à le garder ou pas.

 

De temps en temps, je passais  regarder de loin comment ça se déroulait. Ah ! Je vous jure, ils formaient une sacrée paire ces deux-là. Notre *Aldo avait compris que ce vieux monsieur était sa dernière chance, son ultime planche de salut avant le plongeon dans une période de rupture longue et douloureuse. Il le suivait partout dans le garage, marchant sur ses traces, l'aidant à porter ceci ou cela.

 

Le vieux Pippo, avait toujours une bonne excuse qu'il lâchait sur un ton bourru : "Que voulez-vous,  l'école c'est pas fait  pour tout le monde, mais alors mon petit faut bosser plus dur lorsqu'on n' aime pas étudier !". Le "petit" hochait la tête :"Ouais, M'sieur, vou'zavez pt'être bien raison !"

 

Notre bon vieux garagiste a tenu bon jusqu'au bout de la formation de son jeune, puis il a laissé gentiment son cancer l'envahir jusqu'au cerveau. Il a même un peu perdu la raison paraît-il . C'est le jeune qui me raconte cette fin terrible, les yeux pleins de larmes et comment il s'occupe dorénavant de liquider le garage de son patron, en dresser l'inventaire. Il appelle tous les jours à la maison pour demander de ses nouvelles.

 

"Vous savez M'dame, c'était un chic type !!!".  Une belle larme reconnaissante, délicate, promesse d'avenir laissée en héritage par son patron, perle au coin de l'œil.

 

 

 

* Prénom fictif

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