24/05/2010

100 bonnes têtes et + pour un pays mou !

Notre sélection - Forum des Cent et + -  qui font ce pays et bien trop souvent ignorés : artistes, peintres, génies et  tous ceux qui participent activement à la réalisation d'une  société humaniste  ! Ils ne font pas partie de la jet-set, ni Golden Boys, ni Bobos, ni Bling-Bling, ni dans les 300 plus riches de Suisse, mais ils nous enrichissent au quotidien, ni capitaines d'industrie ou de navire, et encore moins  de Titanic à mettre des gens sur la paille,  du jour au lendemain.

Pour la plupart ce sont des travailleurs de l'ombre, des hors caméras, pas trop sur le devant de la scène, plutôt concentrés à s'affairer dans les coulisses.  Mais eux tous ont été sélectionnés parce qu'ils contribuent d'une façon ou d'une autre à participer à l'évolution de la société dans laquelle ils vivent,  à l'améliorer, l'enchanter, la chanter, l'aider, l'épauler, la décrypter, la raconter, la titiller avec humour.   Des hommes et des femmes que vous ne  trouverez pas aux soirées de galas très chics à distribuer des chèques une fois l'an sous les feux de la rampe, mais tous les jours par vents et marées,   ils se donnent sans compter et sur le terrain.  Pas cotés en bourse, mais bien ancrés dans le cours de la vie. Ne manipulent pas d'actions qui mettent des gens à genoux, mais les réalisent généreusement pour les remettre sur pied.  Ils  n'oeuvrent pas en vue de la rentabilité essentiellement et nous rappellent que souvent l'art est libre et généreux et le don de soi un état d'esprit qui les anime au quotidien.

Si vous en connaissez d'autres, rajoutez-les dans les commentaires, svp, je les joindrai à cette liste  :

 

Ce billet fait écho à celui de Jean-Michel Olivier  Cent Têtes Molles pour un pays mou

 

Eric Aldag (photographe)

Isabelle Arn (peintre)

Ricet Barrier (auteur compositeur)

Michel Bastet (pianiste de jazz)

Jean Batou (Professeur d'histoire economique, UNI-L)

Dina Bazarbachi (avocate)

Olivier Beetschen (poète)

Jacqueline Berenstein-Wavre (pionnière féministe)

Daniel Berset plasticien (la chaise à place des Nations)

Yeti Bossi (père des cuisines populaires)

Anne Bisang (Directrice de théâtre, metteure en scène )

Alain Bittar (libraire et penseur)

Jean-Claude Bouille (persifleur)

Anne-Marie Brunner (poétesse)

Michel Bühler (chanteur, auteur compositeur)

Madeleine Caboche (animatrice radio)

Alfredo Camelo (ethnopsychothérapeute cofondateur de Pluriels et artiste- peintre sous pseudonyme Calof )

Henri Cardona (Ex-"sans-papiers", fondateur du syndicat des travailleurs sans statut légal)

Madame Castro (la dame qui nettoie tous les jours l'allée de mon immeuble, hiver comme été, en souriant)

Patrick Chappatte (dessinateur de presse)

Philippe Chevrier (cuisinier)

Didier Chiffelle (comédien)

Noël Constant (assistant social)

Fanny Clavien (championne d'Europe karaté)

Isabelle Csupor (directrice pinacothèque)

Jean-Noël Cuénod (journaliste)

Christian Deguilhem (Assistant sociale, secteur réfugies, Caritas-GE)

Yves Patrick Delachaux (écrivain)

Laurence Deonna (écrivain-reporter)

Jacques Demierre (pianiste compositeur )

Rodrigo Diaz-Pino (librairie Albatros, GE

Katharine Dominice (réalisatrice)

Mirna Donoso (Assistante sociale,BUIS- UNI-GE)

Iris Dorient (écrivaine)

Sophie Dugerdil (oenologue)

Christophe Dunand (directeur d'entreprise d'insertion)

Jérome Estèbe (journaliste, gastroblogueur)

Haykel Ezzedine (photographe-blogueur)

Charles-Henri Favrod (journaliste et écrivain)

Alec Feuz (cinéaste TV)

Etienne Fernagut (animateur radio)

Léon Francioli (musicien)

Christophe Gallaz (écrivain et journaliste)

Moncef Genoud ( pianiste de jazz)

Dany Gignoux (photographe de scène)

Alain Grandjean (Directeur du collège de St. Maurice,VS)

Max Göldi (otage en Libye)

Lova Golovtchiner (comédien)

Jean-Pierre Gontard (Professeur IUED et diplomate)

Doris Gorgé (assistante sociale)

Ndoye Gorgui (journaliste)

Karl Grünberg (cofondateur SOS Racisme et Acor)

Béatrice Guelpa (journaliste)

Georges Haldas (écrivain)

Jocelyne Haller (Syndicaliste et Constituante, à GE)

Huppen Hermann (dessinateur de presse)

Roberto Hidalgo (président association Equateur-avocat)

Alan Humerose (photographe)

Emilienne Hutin (oenologue)

Walter Isnardi (pasteur genevois, éducateur de rue)

Yves Jackson (médecin)

Andres Jaramillo (champion suisse Taekwondo )

Jean-Louis Kuffer (critique et écrivain)

Daniel Kunzi (Cinéaste, producteur,réalisateur)

Patrick Lapp (comédien)

David Lopez (champion suisse Karaté )

Massimo Lorenzi (journaliste)

Jean-François Mabut (journaliste et animateur du blog TDG)

Sandra Mamboury (journaliste)

Aurélie Magnin (3ème championne d'Europe karaté par équipe)

Benoît Marquis (loufoque désargenté au CV atypique, passionné et passionnant)

Michel Mayor (astrophysicien)

Yves Matthey (réalisateur)

Meuh ! (graffiti man )

Pierre Marchand (journaliste La Tuile)

André Martin (producteur)

Thelmo Martinez (cardiologue)

Thierry Meury (comédien)

Antonin Moeri (écrivain)

Alain Monnier Historien des religions, ethnologue anthropologue ( à titre posthume)

Marion Moussadek (journaliste)

Philippe Nordmann (philantrope)

Andrea Novicov (metteur en scène, directeur du TPR)

Fred Oberson (écrivain)

Jean-Michel Olivier (écrivain)

Philippe Pache (photo)

Bertrand Piccard (aéronaute -psychiatre)

Roger Pfund (graphiste et peintre)

Evaristo Perez (musique)

Patricia Plattner (réalisatrice)

Daniel Polliand (sculpteur)

Plonk et Replonk (graphistes et écrivains loufoques)

Albert Rodrik (féministe, écologiste, syndiqué)

Demir Sönmez (journaliste-résistant)

Didier Queloz (astrophysicien)

Daniel Polliand (sculpteur)

Jean-Yves Poupin (pianiste de jazz)

Pascal Rebetez (journaliste et écrivain)

Mme  Recordon (Professeure au DFLE, UNI-GE)

Narcisse René Praz (écrivain)

Beat Richner (pédiatre-violoncelliste)

Daniel Rossellat (organisateur Paléo)

Gilbert Salem (écrivain et chroniqueur)

Sarcloret (chanteur)

Antoine Saucy (traducteur)

Georges Schwitzguebel cinéma d'animation

SOS FEMMES

Jean Starobinski (écrivain et historien)

Jean Steinauer (journaliste, écrivain, historien)

Claude Tabarini (musicien, écrivain)

Michel Thentz (créateur du forum romand des eaux-de-vie)

Claude Torracinta (journaliste)

Fransisco Traviezo (Ancien syndicaliste, concierge , villerreuse, GE)

Trio-Octet Infernal

Michel Viala (poète, auteur de théâtre)

Alba Viotto (fondatrice du Prix "Femme exilée, femme engagée)

Olivier Vogelsang (photographe)

Charles Vogt (peintre )

Johan Vonlanthen (footballeur professionnel)

Nicolas Wadimoff (réalisateur)

Kira Weber femme peintre genevoise  établie en Crète

Georges Wenger (cuisinier)

Dr. Hans Wolff (médecin)

Zouc (humoriste)

Peter Zumthor (architecte)

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QUI SONT LES NOUVEAUX NEGRIERS ? LES COMPASSIONNELS?

slave_ship.jpgUn sujet qui me tient très à coeur. Ce qu'on a été un jour, ne disparaît jamais tout à fait, mais se transforme en un mode éthéré, un truc qui traîne dans l'air, léger, imperceptible et qui laisse une odeur étrange, un parfum aux relents bizarres. Comme une poubelle qui serait restée trop longtemps dans une pièce et malgré le fait de l'avoir sortie,  des émanations vagues et lointaines résistent au temps et à tous les discours.

On se souviendra de ces banquiers, assureurs, militaires  suisses et riches qui se  sont construits  des fortunes colossales grâce au commerce de l'esclavage. Investis à tous les échelons dans ce commerce épouvantable d'êtres humains. Et qui inciteront à alimenter les germes du racisme par ce genre  de phrase lâchée par un Chaux-de-Fonnier, Alfonse Bauer  en 1905  :

«Ce ne sont ni des gens, ni des bêtes et ils me dégoûtent... De plus ils sont voleurs, menteurs et assassins, et je ne les ménage pas, sauf mes travailleurs qui sont des noirs déjà civilisés.»

Qu'est-il advenu de ce sentiment anti- autre ? A bien regarder, il s'est transformé par du compassionnel réducteur des autres et pas très différent dans le fond de l'attitute franchement "anti" qui elle, au moins a le mérite d'être claire.

Aujourd'hui, on remplit les cales du navires avec des migrants et des  réfugiés. Les nouveaux négriers  qui se mettent sur le pont et demandent des fonds en pleurant misère et en désignant du doigt les cales pleines, surchargées. - les fonds humanitaires à l'échelle mondiale sont les plus importants après ceux de l'armement   Il n'est pas question de les aider à s'en sortir, mais les assister le plus longtemps possible, de les maintenir au fond de la cale dans l'obscurité totale,  pour s'assurer des rentrées d'argent considérables.

On l'a bien constaté en Italie, lorsque Berlusconi a pointé les camps de Rroms et imposé le relevé d'empreintes des enfants rroms dans les camps , la Croix-Rouge italienne, touchant des subsides du gouvernement italien,  était la première à appliquer la volonté berlusconienne, sans état d'âme. Comme autrefois avec les Juifs qu'ils aidaient à prendre place dans les wagons en partance pour les fours.

Autant qu'il n'y aura pas de remise en question profonde de ce que devient le sentiment anti-raciste, il prend des formes variables, aux allures de générosité derrière lesquelles demeurent le racisme, l'exclusion, le mépris:  la haine déguisée en bonté.

Le compassionnel est une autre forme de ce racisme sournois,  la seule attitude juste est de sortir l'autre de sa cale et de lui faire profiter à lui aussi du grand air frais du ponton et qui a pour noms : Travail, Logement, Santé, Formation.

 

Une vie digne d'égal à égal.  A vos consciences  !  La compassion est peut-être la "passion du con" ?

 

 

 

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22/05/2010

PAROLES DE ROUTIERS


Ici , Fréquence Routiers,  bonjour !

Deux gros phares qui dansent dans la nuit, un bruit de fond d'une autoroute suisse à fort passage, la parole est donnée aux solitaires de la route. “Ces surfeurs trop souvent au bord de l’illégalité" et qui ne frisent pas forcément que le  code de la route, les employeurs les poussent à l’extrême parfois.

“Tout a passé un jour dans un camion, tout !”

Tiens l’habit que tu portes en lisant ce blog ! Ton ordi, ton clavier. L’essence que tu mets dans ta voiture, les fruits et légumes que tu manges, derrière chacun de tes faits et gestes, si tu cherches bien, tu trouveras un routier, un gars qui aura roulé,  jour et nuit pour toi, pour t'apporter tout ce que tu as dans ta maison, dans tes loisirs, à ton travail.

"Un routier ce n’est pas qu’un tas de muscles avec petite une cervelle qui réfléchit pas, un routier ç’est un gars qui peut pleurer, avoir des larmes, avoir des coups de blues, et qui a des sentiments comme tout le monde."

"Chez nous ça été un peu la cata, jamais à la maison !!" Sacrée vie de routiers, toujours sur la route, par monts et par vaux.

 

Après les contemplatives Katharine Dominice, la réalisatrice se lance dans un nouveau projet tout aussi passionnant;  celui de réaliser un film sur les routiers en commançant au préalable par le lancement d’une webradio en collaboration avec les routiers suisses romands en automne 2010.

Extrait du teaser réjouissant pour la suite à venir 

 

 

 

 

 

07:11 | Tags : routiers suisses | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

18/05/2010

LA POUPEE

581209-1sfbj-8-poupee-1n.jpgIl la joue un peu titi parisien au coeur de Sarajevo, ses années d'études à Paris lui ont conféré une aisance certaine;  il s'exprime facilement dans la langue de Voltaire. Du reste, pendant la guerre ça lui a été très utile, délégations, journalistes, cameramen francophones passent par lui pour  apprendre et comprendre ce qu'il en est dans ce chaos incompréhensible où tout n'est que fureur, bruit, impacts de snipers, bombes larguées.

Assis face à face nous buvons notre  café très sucré dans le quartier de Baščaršija. J'évalue son vernis, sa carapace épaisse, je cherche les failles, mais où s'est donc caché l'homme, sa colère, sa tristesse, ses traumatismes.  Il rit fort, même trop fort, roule des mécaniques, me raconte son métier de cameraman pendant la guerre. Je lui pose une seule question, puis laisse planer un silence, long, profond, si bavard.  Et vous ? Comment vous sentez-vous aujourd'hui ? Le silence l'envahit, émiette la carapace, le déstabilise. Je pose un regard tranquille sur lui, puis ne dis plus rien, de longues minutes qu'on pourrait toucher du bout des doigts tant elles sont palpables, lourdes de sens.   Sa cuillère se met à taper contre la tasse en un mouvement presque incontrôlable. Il tremble,  il pâlit.

 

 

Il inspire profondément et me raconte la scène suivante :

 

Au début de la guerre, il se trouvait être avec des cameramen français dans un immeuble au coeur de Sarajevo. Les bombes pleuvent, ils attendent une image-choc, un évènement exceptionnel à filmer. Un bruit d'explosion, des murs qui tombent du haut d'un immeuble, des cris, des chutes, ils traversent les longs couloirs en courant et s'apprêtent à filmer l'appartement soufflé par la bombe. Il retient son souffle, l'appartement est éventré, les pièces comme des maisons de poupée sont dorénavant offertes à la vue. La chambre d'une petite fille, des posters roses et une poupée par terre, la seule survivante du massacre. Poussiéreuse, les cheveux bien coiffés, toute mignonne, les bras écartés comme si elle attendait encore sa petite propriétaire qui n'est plus qu'un tas de chair sanguinolente en bas de l'immeuble. Le coeur serré, il prend sa caméra la met sur l'épaule et filme cette poupée, tandis que des cris montent de toutes parts, incapable de filmer autre chose que le jouet de la petite fille.   Il pleure, sa vue est brouillée, il peine à fixer l'image, ses mains tremblent et il ne peut  s'empêcher de penser à l'enfant qui devait avoir juste 3 ans, l'âge de son propre fils.

Le murmure des fantômes ou les Mémoires des oubliés de Bosnie  ( cette histoire m'a été racontée à Sarajevo)

 

 

 

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14/05/2010

Le murmure des fantômes

N'ayez aucune crainte ! On me reproche souvent d'avoir des yeux d'égaré, mais ce n'est que la souffrance qui les a transformés en océans de tristesse. Pardonnez mon incohérence parfois, les mots me manquent, ils sont noyés dans l'incompréhension de ma vie. Ne me jugez pas, ne me condamnez pas, écoutez seulement mon histoire, je vous la raconte très vite, car je crains que les mots ne s'en aillent pour toujours :

A 20 ans, je quittai l'Algérie pour sauver mes frères bosniaques, je m'imaginai sauver le monde, fraterniser avec la planète entière, on m'a juré ensuite le Paradis, je n'ai reçu que l'Enfer. Au chômage, sans but, je trouvai-là un sens à ma vie. Avec d'autres Moudjahidines, nous sommes partis fiers comme des guerriers. La guerre a fait de nous des héros, ensuite des indésirables, puis des terroristes.

Après la guerre, ma femme bosniaque est partie avec moi, nous errons dans toute l'Europe, dormons dans la rue. Nous les voyons les fantômes de la guerre, ils nous hantent, jour et nuit et nous les fuyons de pays en pays, mais ils nous suivent.  Parfois même, mon épouse se griffe, se cogne la tête contre les murs et m'accuse de l'avoir fait .  Elle me regarde avec un air si terrorisé que je devine sur ce visage déformé par la crainte, ce qu'elle a subi dans les camps en Bosnie.

Excusez mes sanglots ! La terre n'est plus très accueillante vous savez lorsque les fantômes vous harcèlent. Vous l'avez vu celui-là qui me nargue, il ne me lâche plus. Vous ne l'avez pas remarqué ? Il était assis à notre table , à l'instant même, entre nous. Mais voyez donc comme son visage fait peur avec  ce rictus affreux !

Nos trois enfants sont toujours avec nous et nous suivent partout, regardez-les on dirait des anges, ils sourient, ils semblent si heureux malgré notre misère. Nous avons déposé tous nos espoirs, toutes nos attentes et notre avenir sur ces visages radieux. Tout ce qui restait de bon chez nous s'est inscrit sur eux . (j'en conviens, les enfants sont rayonnants et qui pourrait imaginer leur vie  à travers leurs éclats de rire )

Je suis un ange, peut-être, moi aussi et mon épouse également. C'est la guerre qui a fait de nous ce que nous sommes devenus, des errants vivants suivi d'un cortège de fantômes morts.

Merci de m'avoir écouté, ça fait du bien. Au revoir, au revoir, faites attention aux fantômes, les morts ont toujours quelque chose à nous dire lorsqu'on les a faits souffrir, ils vous harcèlent jusqu'à ce que vous les écoutiez ! Je suis un fantôme, moi aussi, certainement, ou un ange, je ne sais plus très bien.

Le murmure des fantômes ou les Mémoires des oubliés de Bosnie  ( cette histoire m'a été racontée récemment)

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11/05/2010

Un père si lourd à porter !

Pour ceux qui auraient des "oreilles de soie" renoncez à lire ce billet. Les histoires de guerre ne sont jamais faciles à dire, encore moins à lire ou à écouter.   Les vivants souffrent toujours plus que les morts, parce que la mémoire est là, les souvenirs ne  vous lâchent plus. Ils s'accrochent à votre corps, vous donnent des douleurs partout et moi , j'ai tellement mal au dos. Couché, assis, debout, rien n' y fait. Cette douleur lancinante est insoutenable et je sais exactement quelle est son origine :

 Nous fuyions la guerre, Sarajevo la ville maudite, mon vieux père malade ne pouvait plus nous suivre dans notre marche forcée sur des sentiers escarpés de montagne.  J'ai fini par le porter, en pensant, que là était le devoir d'un bon fils. Puis après des heures, je ralentis, la fatigue, la chaleur, puis de vieux souvenirs ressurgissaient de ces moments  où il fut injuste à mon égard. Je cherchai une excuse, je le compris par la suite pour le laisser, parce que je n'y arrivai plus. Il me fallait me nourrir de haine pour oser le faire, puis je le posai par terre brusquement,  m'épongeai le front ruisselant de sueur et lui dis :"Je n'en peux plus ! Je n'y arrive plus !". Le vieux me regardait, il avait senti collé à mon dos que je m'essoufflai, m'énervai. Et puis, je l'installai rapidement, à l'ombre sous un arbre, lui remis mon revolver avec trois balles dans le barillet, je lui fis comprendre que je le laisserai là, que notre route se séparait.

 Il me fallait partir au plus vite, sauver ma peau, suivre les autres qui s'éloignaient si vite.  Il ne dit rien, il savait déjà qu'il en serait ainsi. Je lui donnai mes provisions, de l'eau, le pris dans mes bras en sanglotant et  partis sans me retourner.

 10 minutes plus tard, j'entendis la détonation. C'est ainsi que mon père s'en est allé.

 Quelle douleur, ce dos, 16  ans déjà, les médecins n'y peuvent rien, c'est l'âme qui souffre !

 

 Le murmure des fantômes ou les Mémoires des oubliés de Bosnie  ( cette histoire m'a été racontée récemment)

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10/05/2010

PAIN AMER

Fuir à tout prix, cette sale guerre, traverser les montagnes bourrées de mines antipersonnel, échapper aux snipers qui sifflent dans la nuit, monstres enflammés qui semblent vous suivre sans relâche jusqu'à ce que vous sentiez dans votre chair, à l'odeur de brûlé, l'impact qui vous met à genoux, vous couche dans un long hurlement.

Emir l'avait annoncé tout de go  à ses parents, il ne resterait pas une minute de plus dans la  fournaise qu'était devenue Sarajevo, il partirait avec d'autres jeunes, coûte que coûte.  Son cousin du même âge, 20 ans, sera du périple. En pleurs, les yeux rougis, leurs mères ne cessent de rajouter des victuailles dans le sac à dos de Tarik. Elles  le bourrent, oubliant toujours encore une friandise, encore des fruits secs, encore un peu de viande, du pain.  Les deux garçons, tout en riant,  réprimandent leur mère.  Ils n'arriveront même plus à marcher avec ce sac.

Il est tard dans la nuit, ils se sont donnés rendez-vous à l'extérieur de Sarajevo, une  voiture les dépose plus loin hors de la ville tous feux éteints, elle fait plusieurs allers-retours. Ils sont une dizaine, discrète procession, on n'entend plus que le souffle léger, des soupirs. Certains pleurent ce départ.

A l'aube, un cri, un hurlement, ils sont encerclés par des soldats serbes. Ceux-là  sont nerveux, ils n'ont  pas envie de discuter. Ils les alignent et tirent. Les coups partent et résonnent dans la clairière si calme, si verte et arrachent les oreilles. Puis un grand silence tombe, linceul  mortuaire. Emir s'est dès les premières salves laissé tomber et s'est  fait passer pour mort.  Il patiente, une heure ou deux, peut-être, ou plus, il ne sait pas exactement, il  s'assure que tous les soldats soient partis. Il se relève, constate aucune blessure. Il s'assied sur un tronc, encore choqué et tremblant de tous ses membres.  Le soleil brille, les oiseaux chantent, comment la nature peut-être encore être si gaie face à ce spectacle de désolation ?

Emir, reste, là,  perdu. Est-il même encore vivant ? Il en doute, mais une faim terrible le tenaille et lui rappelle que lui est bien vivant. Il se souvient de leur  sac à dos que son cousin portait.  Il ne le repère pas tout de suite son presque frère, son meilleur ami,  dans ce qui est maintenant plus qu'amas de chair, il soulève des corps et reconnaît celui de Tarik.  En pleurant, il lui enlève le sac des épaules, le lui extirpe laborieusement, le corps est inerte, lourd à mouvoir. Il en défait les nœuds, du sang tache ses mains, blessé au thorax, le sang de son cousin s'est infiltré partout se mêlant aux aliments.

Il prend du  pain, l'arrache péniblement avec les dents, lentement, il le mâche de manière automatique, le regard dans le vague,  impossible d'avaler un  morceau , mais la faim est là qui le taraude.  Il continue, le pain est rouge. Il se souvient de son cousin, ils avaient le même âge, mais Tarik était le plus costaud, ils s'amusaient à se battre et c'est toujours lui qui avait le dessus.

Le pain est rouge, quel drôle de goût, le goût du sang..........

 

Le murmure des fantômes ou les Mémoires des oubliés de Bosnie  ( cette histoire m'a été racontée récemment)

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08/05/2010

Un maire éteigneur de réverbères ?

BU19331015_reverbere01.jpgOn se bat à Athènes sur fond de crise, on "s'encendre" en Islande avec le volcan Eyjafjöll, on s'entretue ailleurs, on s'étripe, se réduit en poussière et moi, ma seule lutte, mon seul combat et ennemi, en  ce jour, est un réverbère planté dans ma chambre et qui empêche  de regarder les étoiles. Je m'en excuse,  dès à présent,  les préoccupation poétiques devraient être plus humaines, plus terriennes, mais vous le savez aussi bien que moi, il est  indispensable de  consacrer du temps aux étoiles.  Les laisserions-nous dans la plus froide indifférence, clignoter dans la nuit noire, sans un seul regard, sans les admirer ? Et si un jour, les étoiles en avaient assez des hommes indifférents et décidaient de s'en aller, de s'expatrier loin de tant de cruauté  ? Lassées de tant de mépris , elles iraient briller de tous leurs feux ailleurs dans d'autres galaxies, livrant les hommes à leur obscurité-obcurantisme.  Avez-vous imaginé un seul instant, ce cauchemar, cette solitude des  humains perdus sans leurs étoiles, bonnes ou mauvaises ?

Soit, ma lucarne, fenêtre ouverte dans le ciel,  la nuit venue reçoit une pâle lumière orangée, qui se pose sans gêne toute la nuit durant et empêche de regarder le ciel. Il paraîtrait selon le diagnostic commun qu'il s'agit-là  d'une "pollution visuelle", nouvelle maladie de plus en plus répandue. Après le bruit, voilà pas la lumière artificielle, la nuit, qui effraie les oiseaux nocturnes et les poètes.

Je soumettai ce cas à des amis architectes, et leur exposai mon argumentation prévue à l'adresse du maire . Pour l'un d'eux, la nécessité poétique est recevable,  pour l'autre, compte tenu du fait qu'il sagit d'une région giboyeuse, propice  à la chasse, la solution est simple, canarder l'objet en question, un coup de carabine est toujours si vite parti. M'affolant derrrière un sanglier, j'aurais raté la cible et comme par surprise, atteins le réverbère incriminé.

Ainsi, il ne me reste plus qu'à prendre rendez-vous avec le maire de ce petit village. J'ai naturellement déjà lu, la partie sur les allumeurs-éteigneurs  de réverbères de St-Exupéry dans le "Petit Prince".  Et je poserai, moi aussi, pareille au Petit Prince la question à Monsieur le Maire :  "A quoi peut bien servir, dans le ciel, sur une planète sans maison ni population, un réverbère et un allumeur de réverbères? " -

" Bonjour, Bonsoir, j'allume, j'éteins, c'est la consigne, j'éteins, j'allume, c'est  un signe, c'est con - signe vain dans la nuit, trop de lumière pour rien, j'allume, j'éteins  " me répondra-t-il peut-être, ce maire, allumeur de réverbères et surtout éteigneur de flambeaux poétiques qui se meurent à la lueur orangée et triste de son réverbère.

 

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05/05/2010

A L'OMBRE DE NOS CLANDESTINS

 

INVITATION TABLE RONDE

Sans-papiers d'ici et d'ailleurs : un pas vers une humanisation ?

 

Le mercredi 5 mai 17h00

Librairie du Boulevard

34 rue de Carouge

1205 Genève

Les intervenants

Madame Valentina Wenger, adjointe de direction au Département des

Finances et du logement

Monsieur Alfredo Camelo, Coordinateur des activités cliniques et

pyschosociales de l'Association Pluriels

Madame Djemâa Chraïti, auteure du roman documenté

"Les clandestins de ma grand-mère"

Monsieur Alessandro de Filippo, président du Collectif de soutien aux

sans-papiers de Genève

Madame Marion Moussadek, journaliste RP, animatrice de la table ronde

Témoignages

La table ronde sera suivie d'un cocktail et d'une dédicace du roman

Pour tous renseignements vous pouvez appeler, Madame Béatrice

Murebwayire, au 004176 53 93 083

 

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