30/04/2010

Les portefaix du Paradis

 

'interrogation-1.jpgIl y a des réflexions qui trouvent aussitôt des réponses désarmantes, et évidentes,  qui vous arrivent aussi naturellement qu'un souffle. Et d'autres qui vous tarabustent sans relâche, vous taraudent à tout propos , vous agacent tapies dans votre  conscience, un moindre frémissement et les voilà qui surgissent à la surface, à vous encombrer, à vous taguenasser sans pitié. Comme celle par exemple, de savoir si nous sommes détenteurs du Paradis, ou partie intégrante de ce Paradis, et aurions-nous simplement recouvert notre Paradis d'un linceul triste et gris tissé  de nos petitesses, de nos vies étroites engluées dans un quotidien banal et vulgaire à pleurer ?

Cette énigme m'a été en quelque sorte révélée par les visions des toxicomanes, et ces questions incessantes qui m'interpellent au vu de leurs expériences, et de ce qu'ils racontent.  De ces voyages dont on ne revient plus tant c'est si bon d'y être. Ils émergent avec quelque chose de subtil et d'inconnu sur leur visage, avec cet air de voyageurs qui nous reviennent de contrées inconnues jusque- là.  Mais encore cette discussion avec une bipolaire qui décrit précisément à quoi ressemble-t-on  lorsqu'on est "tout en haut, au sommet, c'est le Paradis où tout est beau, tout n'est que lumière, les gens sont si bons, soi-même on se sent inspiré, généreux, puissant, incroyablement bien " - Quelques fous dans un  moment de lucidité racontent cet au-delà entr'aperçu entre deux délires, ils vous décrivent avec maints détails l'Eden et préfèrent garder  la raison perdue pour y rester le plus longtemps possible, ils sont là béats, heureux, on les envierait presque, heureux les simples d'esprit, ils ont un abonnement au Paradis et le Paradis est là, si près, au bout de la raison.

 

Force est de constater que tout ceci Paradis est ancré en nous, une émanation du cerveau, ces dimensions que l'on connaît si peu et qui vous invitent à découvrir des mondes célestes, des couleurs, des atmosphères, des visions à la beauté si délicate, des musiques séraphines.  Et si nous étions déjà au Paradis sans le savoir et que cruauté du sort nous l'aurions oublié ?

Assurément  les portefaix du Paradis, les humains,  le portent en eux comme un fardeau trop lourd dans ce monde, ils  l'enfouissent, l'ensevelissent pour ne pas confronter  la beauté et l'infinie plénitude et  éviter ce  retour  sur  nos destinées, si amère,  parfois si dur et si injuste. Les poètes s'y sont brûlés les ailes, à voler si haut, partir si loin, quelle folie !

Et quant aux toxico et à tous ceux qui ont entr'aperçus ce Paradis, nous devrions leur faciliter l'atterrissage en leur offrant encore de la beauté, encore un sens, un idéal,  un univers de calme et de douceur et les accueillir dans le monde de terriens avec beaucoup d'amour et d'affection, ils nous reviennent de si loin.

En conclusion, sommes-nous condamnés à n'être que les portefaix du  Paradis, si lourd fardeau,  certains prétendent le contraire le Nirvâna est là,  à portée de main, en nous, suffit-il encore de l'atteindre ? Le Paradis, ici et maintenant !

 

 

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Le Tango de Popenguine (suite)

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abrazodessin2.jpgabrazodessin3.jpgAvec l'aimable autorisation de l'artiste Anne Mourat rencontrée au Sénégal, je rajoute ces dessins qui font suite au premier billet

Ces mains collées l'une à l'autre sont émouvantes, on imagine ce couple de danseurs à peine formé, tâtonnant,  dans un corps à corps encore timide, le rythme de l'autre. L'index de l'homme est levé, pour ne point étouffer  l'oiseau fragile, la main de la femme. La retenir délicatement  tout en  lui laissant son espace,  tournoyer à deux de façon  harmonieuse, en symbiose  : dessin métaphorique ?

N'ayez aucune crainte de féliciter l'artiste, elle lit notre blog depuis Dakar.

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27/04/2010

Une femme trop amoureuse du soleil

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12h30 -  Sur la plaine de Plainpalais, je déambule en croquant allègrement dans une pomme rouge et juteuse. Un banc tentateur exposé au soleil m'attire comme un aimant,  ma voisine de gauche, dévore un  sandwich au camembert. Elle est très élégante dans son ensemble veste-pantalon vert pistache, des bijoux à tous les doigts, de nombreux colliers,  j'observe deux  tatouages sur son  torse  :  un soleil bleu et un oiseau dans un nid . Elle est napolitaine et raconte comment en 1970, elle a gagné un concours de chanson "O sole mio ! Mais attention, pas n'importe comment mais  en le chantant à la façon napolitaine,  précise-t-elle".  Son expression est fleurie, je paresse au soleil et tout en l'écoutant,  je m'imagine  Naples :  ses ruelles, les habits suspendus sur un fil entre deux immeubles des vicoli pavées , des cris d'enfants, l'odeur de la pasta qui se dégage des cuisines trop généreuses où les fiori di zucchini et les gnocchetti con la ricotta attendent sagement quelques bouches gourmandes.

Elle me montre le tatouage, soleil bleu, pourquoi bleu ? Ma signora, parce que je suis la seule femme à fixer le soleil sans sourciller et je confirme, il n'est pas jaune, mais bleu ! Vous voulez que je vous montre.  Dio mio ! Surtout pas, je la convaincs de renoncer à cette folie.  Elle insiste malgré mes cris de réprobation  et le fixe, yeux grands ouverts, longuement  sans ciller. "Voilà, c'est bien ce que je vous disais, il est bleu et les rayons pas entièrement jaunes mais légèrement roses, dit-elle,  d'un ton vainqueur."

 

Elle surenchérit : " malgré que les docteurs me disent d'arrêter de regarder le soleil, je continue et suis toujours capable de lire et d'écrire sans lunettes. Je ne vois pas bien les gens de loin, mais c'est pratique, ça fait toujours des "nuls" en moins à voir".  Nous rions, joyeusement, sur ce bon mot.

Curieuse, je lui demande quand a-t-elle commencé à regarder le soleil ?  A Naples, enfermée pour une courte période alors qu'elle était jeune dans une clinique psychiatrique , elle s'est assise sur un banc, il faisait beau ce jour-là, elle a regardé le soleil, en le suppliant de la sortir de là, de cet enfermement involontaire, de ce lieu où elle avait tant  peur, de tout et de tous, aussi bien des malades que du personnel soignant.  Oh ! Mon soleil, implorait-elle en joignant les mains,  elle l'invoquait, "donne-moi de ta lumière et fais-moi sortir de cet enfer, de cette obscurité dans laquelle j'ai plongé malgré moi !" Lorsque le personnel médical la vit fixer l'astre lumineux, ils l'enfermèrent et l'attachèrent à son lit.

Aujourd'hui, elle se sent mieux, elle est bipolaire, mais sait mieux gérer cela. Parfois, elle fixe encore le soleil, quelques secondes juste pour l'admirer, mais vraiment juste un tout petit peu, elle ne peut s'en empêcher.  Le soleil l'illumine et la remplit de joie et de surcroît, elle n'est pas aveugle.

Ravie et émue par cette conversation inattendue sur un banc,  nous nous présentons finalement, moi , c'est Djemâa. "Gemma" comme en italien, demande-t-elle  ? Si vous voulez. La pierre qui avale la lumière du soleil ? Si vous voulez aussi.

Après m'être éloignée, de quelques pas, à mon tour, je l'imite et  me risque à fixer le soleil pour vérifier  si il est vraiment bleu comme elle le prétend. Je cesse immédiatement après moins d'une seconde, je suis éblouie, n'y vois plus rien, je ne pourrais même plus écrire ce billet, si je continue, aveuglée quelques instants, des points noirs,   des taches jaunes qui sautillent et dansent devant moi,  j'y renonce, vaincue.

Quelle étrange rencontre, j'ai dû croiser une  déesse-soleil, la déesse Sol ou une prêtresse d'Hélios !

 

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Les baleines - un cri trempé de silence !

Chers amis,

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Une proposition attendue ce jeudi pourrait lever le moratoire mondial sur la chasse commerciale à la baleine dans certains pays. Signez la pétition urgente pour maintenir le moratoire et protéger les baleines:

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Signez la pétition!

Ce jeudi doit être dévoilé un projet qui pourrait légaliser la chasse commerciale à la baleine pour la première fois depuis 24 ans.

Le sort de ce projet sera déterminé en grande partie par les réactions immédiates du monde face à ce texte -- et selon nos informateurs, beaucoup de gouvernements ont prévu de soutenir le projet et d'autoriser la reprise de la chasse commerciale. C'est maintenant ou jamais que nous devons nous faire entendre pour que nos gouvernements s'opposent au texte et sauvent les baleines.

Avaaz vient de lancer une pétition urgente pour montrer à nos dirigeants que les citoyens demandant la protection des baleines, et non la chasse meurtrière à des fins commerciales. La pétition sera envoyée aux délégués de la Commission baleinière internationale chaque fois que nous atteindrons 100 000 signatures supplémentaires -- signez ici et faites suivre ce message :

http://www.avaaz.org/fr/whales_under_threat/?vl

Un consensus international fort a permis de s'opposer à la chasse à la baleine pendant des décennies -- mais cela n'a pas empêché le Japon, la Norvège et l'Islande de continuer à chasser les baleines, d'ignorer le moratoire international et d'utiliser une lacune dans cet accord en prétendant que leurs expéditions entraient dans le cadre de la "recherche scientifique". Aujourd'hui ils pourraient être récompensés par un projet de "compromis" qui rendrait légal leur activité de chasse commerciale à la baleine.

Pire encore, un certain nombre de pays suivent attentivement ce processus -- avec en arrière-plan l'idée de lancer leurs propres programmes de pêche à la baleine si le projet en discussion est accepté. En effet si le Japon, la Norvège et l'Islande peuvent chasser et vendre les baleines, d'autres risquent de demander "pourquoi pas nous?"

Il est temps de sauver les baleines -- une fois encore. Cliquez ci-dessous et faites suivre le message pour s'opposer à la levée du moratoire sur la chasse commerciale à la baleine:

http://www.avaaz.org/fr/whales_under_threat/?vl

Il y a 40 ans, les baleines étaient proches de l'extinction. Mais grâce à une grande mobilisation internationale, le monde a décidé d'interdire la pêche à la baleine en 1986. Ce moratoire est une des grandes victoires du mouvement de défense de l'environnement.

Aujourd'hui, les baleines font face à de nombreuses menaces: pas seulement les harpons des chasseurs, mais aussi le changement climatique, la destruction des écosystèmes en raison de la surpêche et de la pollution, ainsi que les filets prévus pour capturer d'autres poissons. Une nouvelle vague de chasse commerciale à la baleine pourrait décimer ces créatures douées d'une grande intelligence et d'une vie sociale proche de l'humanité. Nous ne pouvons pas prendre le risque d'un tel recul.

Avec espoir,

Ben, Ricken, Paula, Iain, David, Luis, et toute l'équipe d'Avaaz


SOURCES:

Informations sur la Commission Baleinière Internationale et le moratoire entrée en vigueur en 1986:
http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/_14358/index.html

Le document le plus récent rendu disponible par la CBI concernant le compromis actuellement en discussion (texte en anglais):
http://www.avaaz.org/recent_draft_IWC

Un article du Devoir sur l'état des négociations au sein de la CBI:
http://www.ledevoir.com/international/actualites-internat...

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25/04/2010

Les aéroports, un amusement perpétuel

6a00d8341d4b8d53ef0115719a87dc970b-450wi.jpgLes gares et les aéroports sont mes lieux favoris où on y passe des moments inoubliables et qui peuvent aller de l'ennui profond à la franche rigolade et ce  malgré les heures d'attente, le temps file trop vite.

Hier, à l'aéroport de Dakar, une femme européenne se trouvait  devant moi dans la queue pour le check-in, l'employée refuse de l'enregistrer parce qu'elle est enceinte. La future maman s'agite, explique, on se dit que toute cette excitation n'est pas bonne pour elle. Tout le monde s'en mêle,  si elle est rentrée au Sénégal il y a 15 jours elle doit bien pouvoir en ressortir, je m'adresse à sa belle-mère : "vous réalisez, chère Madame, que vous pensiez avoir un petit-enfant français, mais si elle accouche au Sénégal, votre belle-fille repartira avec un enfant africain" - La belle-mère est excédée, puis finalement tout rendre dans l'ordre,  comme souvent en Afrique où toute situation devient plutôt prétexte  à palabres qui finissent toujours par aboutir sur une solution, en réalité enne elle n'est enceinte que de 6 mois et peut voyager jusqu'à 7, l'employée aurait pu exiger le certificat médical, mais laisse filer.

Des voyageurs embarquent pour New York, quadruple contrôle, les service de sécurité ont  oublié de vérifier les amygdales pour s'assurer qu'on n' y aurait  pas planqué quelque chose. Les femmes puissantes à larges boubous sous lesquels on pourrait camoufler chaises et armoires, sont palpées et repalpées. Un Sénégalais est contraint de laisser derrière lui  sa bouteille de parfum, qu'à cela ne tienne, il se la vide entièrement sur lui, d'une traite, sans hésiter. Un fort parfum envahit tout le hall d'attente, les rires fusent, ça va être dur de voyager avec cette bouteille de parfum ambulante qu'est devenu ce voyageur.

Dans l'avion, j'aide une cap-verdienne à hisser sa valise dans la  cabine, petite mais incroyablement lourde, je lui demande ce qu'elle a bien pu y mettre: des poulets ? Une autre cap-verdienne riposte, Non ! Non ! Elle a débité son mari en morceaux, elle en avait assez de lui !

Et beaucoup moins drôle cette anecdote, en arrivant à Dakar, un porteur, a profité de mon chariot surchargé pour y laisser ajouter  des objets, et évite de me faire passer le contrôle.  Il est 3 heures du matin pour nous, nous sommes déjà exténués, je m'affole, qu'y -a-t-il dans le paquet ? Il l'ouvre, c'est un ordinateur, à quelques mètres devant le douanier qui semblait  de mèche, un autre homme, rajoute toujours sur mon chariot, cette fois-ci un sac,  Vuitton, je n'ai rien le temps de dire, on dépasse le contrôle, un grand gars reprend son sac et part en courant. Qu'y avait-il là dedans ?  Je m'engueule avec le porteur et menace de le dénoncer, qu'il déguerpisse avec son sachet.  Que pouvait- il bien y avoir dans ce sac Vuitton ? Je continue à me poser la question. Le tour de passe-passe n'a pris que quelques secondes.

 

Les voyages, j'adore !

 

 

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21/04/2010

LE TANGO DE POPENGUINE

P1010833.JPGPopenguine, à 50 km au Sud de Dakar, sous les filaos aux fines épines qui à la moindre brise font office d'éventail. Face à une plage de sable fin, le ressac des vagues berce. Un homme, de haute stature, svelte, nous salue,curieuse,  je l'interroge aussitôt :"Journaliste ou cinéaste? Dans le mille, journaliste et cinéaste. Ses grandes lunettes rappellent les pare-brises d'une Citroën 2 CV, derrière lesquels le monde défile, paysages, danses, théâtre.  Passionné de tango, Jean-Louis Mingalon,  journaliste, réalisateur, scénariste et auteur écrit pour  le quotidien Le Monde sous la rubrique culture. Sans plus attendre, il se lance dans un discours enflammé sur  son sujet de prédilection: le tango !

En quelques minutes, il nous brosse un tableau vivant de la danse des porteños. Née au XIX ème siècle dans les bordels de Buenos Aires et dansée  d'abord par les hommes, cette expression verticale du désir horizontal, inquiète les catholiques français. Finalement, on demande à voir, le prélat s'exclame :"Pourquoi danse-t-on le tango debout? Plus édulcoré, le tango envahit les salons, tango de salon, tango musette avec accordéon au lieu du bandonéon, on s'approprie et s'accomode tant bien que mal de cette frénésie du corps à corps si érotique.

Le spectacle Tango Argentino  donne une impulsion forte au tango qui connut après les années Peron, une baisse d'engouement de la part des porteños, il retrouvera  ses lettres de noblesse dans le monde entier. En 2001, à Buenos Aires, on ouvre les cours pour le premier Festival de Tango, une quarantaine, on attendait quelques centaines de personnes, pas moins de 100'000 personnes s'inscrivent. Des enfants de 6 ans deviennent de véritables stars.

Cérébral, communication corporelle, corps scotchés ou éloignés, en pyramide, en angle, soit pareil à des lettres qui font des mots, puis des phrases, un vocabulaire infini, à partir des 8 pas de base du tango. On interprète, danse d'improvisation, on devient son propre chorégraphe, son propre créateur de figures P1010829.JPGà l'infini. Une danse qui passionne, le désir de tango s'apparente à la libido, zone d'apprentissage douloureuse,  suivie du plaisir jusqu' l'orgasme abouti, il n'y a ni avant, ni après, seul compte le moment de la danse.  Les tangueros découvrent la musique avec leur corps, l'un en face de l'autre, quelques instants, on se sent, se pressent et les premiers pas offriront la magie d'une rencontre.

Jean-Louis Mingalon voyage toujours avec un ou deux CD de tango traditionnel dans ses poches qu'il déforme ainsi. Le soir, il me propose de le regarder danser avec sa compagne. Une stéréo posée au sol de la réception et les voilà, sous les yeux ravis du personnel et des clients, qui nous offrent  un spectacle inattendu, un tango à Popenguine.

Vous pouvez écouter Jean-Louis Mingalon sur France Musique dans sa Chronique sur le tango  dans l'émission "Etonnez-moi,  Benoît" , le samedi de 11h30 à 12h30.

 

 

CDE01[1].jpg

Rendez-vous des muses à Popenguine  une femme artiste-sculpteur  possède son atelier à Dakar, les deux danseurs sont ronds, il s'en dégage une puissance, une force de vie intense, néanmoins  la danse les transfigure, ils deviennent  aériens, gracieux.

http://www.anne-mourat.com/

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20/04/2010

LA SMALA DE GOREE - LA COUR DES MIRACLES

 

P1000353.JPG

Arc-boutée, la tête plongée dans un contrat sur le transport de 70 tonnes de matériel pour le Tchad, j'imagine des bateaux, des grues qui soulèvent des machines immenses. Je sirote mon thé derrière le bureau directorial, en tournant des pages et des pages. Marie-Jo est assise à ma droite ( Messieurs! Pas de commentaires désobligeants, svp : il faut deux petites femmes pour remplacer un grand patron ). La porte est grande ouverte: Les visites impromptues se succèdent transformant notre bureau en cour des miracles. Un homme  chétif, sinon maigre entre, long comme un cure-dent,  il s'assied. Il dit avoir un verger à Popenguine, il se lance dans de longues palabres-salamalecs : "Souviens-toi, Marie-Jo quand j'apportais à ton père des mangues et des melons, il y a 30 ans." Je songe que les melons vont bientôt avoir un goût amer et c'est fou comme la mémoire est coriace quand le besoin se fait sentir. Notre temps est précieux, Marie-Jo l'invite à en venir à l'objet de la requête. Il soupire, une enfant épileptique et qui a besoin de soins donc il faut de l'argent pour acheter les médicaments. Marie-Jo lui rappelle qu'elle n'est pas directrice d'une ONG mai d'une usine. Finalement, un peu ONG, tout de même,  elle lâche quelques billets.

Un vendeur ambulant, à son tour entre, il pose une montagne de serviettes de plage sur le bureau couvrant du coup factures et créances de ses linges colorés : rose flamand, vert pistache, orange, jaune maïs, bleu turquoise, tout le bureau prend des airs de vacances, on voit déjà le sable blanc et la mer bleue. On en achète quelques unes.

Les ouvriers entrent en groupe avec le délégué syndical à la tête du groupe. Ils exigent une augmentation de primes sur la  production.  Trop tôt, lâche Marie-Jo. L'usine vient à peine de sortir d'une passe difficile. Mais elle promet que dès que la situations s'améliorera, elle proposera un arrangement qui siéra à tout le monde. Elle se tourne vers moi, je confirme qu'elle est femme d'honneur et de parole. Je lui chuchote à l'oreille :"Me voilà devenue ta griote, je chante tes louanges !"

Le poulet yassa que j'ai mangé à midi me plonge dans une douce torpeur digestive, un directeur d'entreprise fait irruption. Il se lance dans une construction de lotissement important. Je lui propose des fosses septiques, il me demande si je suis la commerciale, je lui dis plutôt écrire des romans. Chiche ! Il veut mon offre écrite en vers , qu'à cela ne tienne. Je me lance dans un long poème avec pour chaque ligne la première lettre du mot  fosse septique  "Fantaisie des sens quelle Offrande de la vie cette Sensualité fugace à la Solarité superbe Enigme du désir; etc" Il sourit. Nous continuons à prendre des commandes de cuves de 500 et 1000 litres.

La journée a été bonne,  ce bureau est une vraie cour des miracles et c'est un peu comme ça partout,  je suppose.  La vie est là, à  votre porte, vibrante et merveilleuse.

 

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15/04/2010

LA SMALA DE GOREE - VISITE A KEUR MASSAR

P1010789.JPGAllô?Allô? crie l'enseignant sénégalais de l'hôpital traditionnel de Keur Massar , 4 classes de 104 élèves assis sur des chaises devant un hangar sur lequel est inscrit école et qui répondent en choeur :"J'écoute!" - Allô?Allô? J'écoute. Les élèves de R.Steiner clorent leurs activités de deux semaines dans le cadre d'un voyage d'études humanitaire avec les élèves sénégalais en organisant  une fête de départ : ateliers de musique, chants, danses, foot avec les garçons. Tout le personnel de l'hôpital est présent. Les tradipraticiens, la pharmacienne, le personnel administratif, 28 employés au total.  Un joyeux petit air de fête qui plane enveloppé d'un léger voile de sable apporté par le vent.( pour en savoir plus voici le lien de l'école Steiner  http://www.accueil-beausoleil.com)

 

 

P1010804.JPG L'hôpital traditionnel de Keur Massar est à 25 km de Dakar, centre de soins antilépreux à l'origine et ce jusqu'en 2006 puis converti en centre de soins pour des maladies plus courantes et même  le SIDA se traite avec d'excellents résultats. Au départ une biologiste passionnée française , le Dr Yvette Parès, ancien professeur à l'Université Cheikh Anta DIOP de Dakar, directrice du Centre de Recherches Biologiques sur la Lèpre qui rencontre des tradipraticiens, elle les voit à l'oeuvre et s'intéresse à leur travail et surtout à leurs succès à Keur Massar. Il faut savoir qu'en Afrique 80% des Africains n'ont pas accès aux soins modernes, pour le Sénégal on évalue ceci à 50% , le premier mouvement est donc de faire appel à la médecine traditionnelle, quand bien même on aurait les moyens de se soigner différemment.   Les tradipraticiens sont des guérisseurs de père en fils et se consacrent  très tôt à connaître les  vertus des plantes. Pas moins de 250 variétés dans le jardin botanique de l'hôpital et tous les 6 mois de nouvelles variétés plantées.

 

P1010807.JPGLe rêve du directeur du centre est de l''agrandir et d'en faire  le fournisseur principal des autres pharmacies du pays qui vendent aussi des plantes curatives. Une idée pas tout à fait incongrue lorsqu'on constate l'engouement en Europe pour une médecine alternative qui persuade les Sénégalais de ne pas y renoncer trop vite.

Un beau moment passé avec des gens passionnés qui croient en un projet qui tous les jours apportent ses preuves auprès des 40 ou 50 patients  qui se présentent par jour auprès des tradipraticiens.

 

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13/04/2010

LA SMALA DE GOREE - Le chien a bouffé le courrier

P1010680.JPGLa maison de Marie-Jo se situe entre la maison du Bon Dieu ou la colonie, partout de la vie, ses enfants âgés de 14 à  25 ans , les élèves de l'école R.Steiner, 16 élèves de 16 et 17 ans, garçons et filles, quatre accompagnateurs, l'organisation magnifique, des lits, des matelas, des arrangements avec les voisins. 30 jeunes et nous autres 10 personnes qui évoluons dans une maison spacieuse avec patio.

Mon matelas sort de ma chambre transporté par deux jeunes, heureusement qu'il me reste encore mon lit. Le soir, ce sont des grandes tablées généreuses, et puis naturellement les exigences de la vie communautaire, tout le monde doit être présent sinon le repas passera sous le nez des absents. Marie-Jo explique que pour vivre ensemble il y a forcément des règles de vie à respecter et c'est un moment précieux durant lequel tout le monde se retrouve.

Tous assis autour de la table, sur l'assiette de Marie-Jo, une enveloppe, une lettre de la banque qui présente ses condoléances et invite à prendre contact avec le conseiller, on rit, rien que 5 mois de retard. Elle la met de côté, le chiot coton malgache, rosi par les murs crépis ocre et qui en fait le seul chien rose de la planète, s'acharne sur la lettre de la banque, la réduit en charpie sous la table, la dévore, à croire que lui aussi a une dent contre les banksters, il nous bouffe les phrases grandiloquentes, le numéro de compte déchiqueté, le conseiller transformé en boule de papier, le tout épars sous la table du dîner.

Même les chiens paraissent fâchés contre les banquiers, il frétille de la queue ravi du carnage !

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La smala de Gorée - Après la tempête

P1010451.jpg

En décembre, je rencontrai des ouvriers inquiets, nerveux, déstabilisés après la mort de leur patron Eric, son épouse Marie-Jo dorénavant veuve depuis à peine trois semaines qui reprenait les commandes au pied levé sans expérience dans le domaine du traitement des déchets. Cette usine qui semblable à un navire traversait une tempête sans précédent, tous à bord face au danger de couler, ils se sont soudés comme un seul homme pour faire corps derrière un capitaine fraîchement arrivé, frêle femme, minuscule  et qui dirigeait tant bien que mal l'entreprise qui pouvait s'échouer d'un instant à l'autre avec ces récifs monstrueux qui avaient pour noms des retards de paiement, des commandes qui n'arrivaient plus, et surtout l'absence soudaine et douloureuse du patron et mari  disparu.

Hier, j'ai rencontré tout le monde, des administratifs aux ouvriers dans les unités de production. Ils sont fiers d'avoir su traverser cette période, le chef de l'unité de production debout devant le moule entrain de le préparer à la cuisson, crie très fort à cause des bruits des machine : " Tu vois, on s'en est sorti, parce que toute l'équipe était derrière sa nouvelle patronne!", tout cela dit avec un certain respect dans la voix. Après mon tour d'horizon, j'entre dans le bureau de mon amie, l'embrasse et la félicite d'avoir réussi à redonner confiance à tous ces pères et mères de famille, travailleurs qui étaient à deux doigts de perdre leur emploi. Ils portent encore sur leur visage, la fatigue et malgré tout la joie d'avoir tenu  bon.

Le nouveau stagiaire, Moussa me fait un compte-rendu de son stage, je lui suggère de tenir à jour son journal de bord. Les élèves de l'école Steiner sont passés, il y a quelques jours, ils ont ramassé des déchets plastiques en grande quantité et destinés au  recyclage, les ouvriers sourient encore de cette belle rencontre,  inattendue.

Ce matin, j' ai le nez plongé dans la lecture du  prochain contrat:  une mission de 7 mois au Tchad, le transport de 70 tonnes de machine pour recycler et fabriquer en grandes quantités des  fosses septiques qui serviront à l'assainissement individuel,  collectif et semi-collectif  à N'Djamena. Cheffe d'industrie, une des seules peut-être à Dakar, la voilà bientôt au Tchad à aller et venir entre le nouveau chantier et l'usine Transtech. Dangereux, trop chaud, compliqué ? J'imagine toutes les difficultés poindre à l'horizon. Dans tous les cas, ce serait l'occasion d'un reportage unique.

Dans deux jours, je me rendrai à Keur Massar pour un prochain billet ! Grâce à Marie-France de Meuron, Marie-Jo y a décroché un chantier. Et puis, ce sera aussi l'occasion de revoir les élèves de l'école Steiner .

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