20/04/2010

LA SMALA DE GOREE - LA COUR DES MIRACLES

 

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Arc-boutée, la tête plongée dans un contrat sur le transport de 70 tonnes de matériel pour le Tchad, j'imagine des bateaux, des grues qui soulèvent des machines immenses. Je sirote mon thé derrière le bureau directorial, en tournant des pages et des pages. Marie-Jo est assise à ma droite ( Messieurs! Pas de commentaires désobligeants, svp : il faut deux petites femmes pour remplacer un grand patron ). La porte est grande ouverte: Les visites impromptues se succèdent transformant notre bureau en cour des miracles. Un homme  chétif, sinon maigre entre, long comme un cure-dent,  il s'assied. Il dit avoir un verger à Popenguine, il se lance dans de longues palabres-salamalecs : "Souviens-toi, Marie-Jo quand j'apportais à ton père des mangues et des melons, il y a 30 ans." Je songe que les melons vont bientôt avoir un goût amer et c'est fou comme la mémoire est coriace quand le besoin se fait sentir. Notre temps est précieux, Marie-Jo l'invite à en venir à l'objet de la requête. Il soupire, une enfant épileptique et qui a besoin de soins donc il faut de l'argent pour acheter les médicaments. Marie-Jo lui rappelle qu'elle n'est pas directrice d'une ONG mai d'une usine. Finalement, un peu ONG, tout de même,  elle lâche quelques billets.

Un vendeur ambulant, à son tour entre, il pose une montagne de serviettes de plage sur le bureau couvrant du coup factures et créances de ses linges colorés : rose flamand, vert pistache, orange, jaune maïs, bleu turquoise, tout le bureau prend des airs de vacances, on voit déjà le sable blanc et la mer bleue. On en achète quelques unes.

Les ouvriers entrent en groupe avec le délégué syndical à la tête du groupe. Ils exigent une augmentation de primes sur la  production.  Trop tôt, lâche Marie-Jo. L'usine vient à peine de sortir d'une passe difficile. Mais elle promet que dès que la situations s'améliorera, elle proposera un arrangement qui siéra à tout le monde. Elle se tourne vers moi, je confirme qu'elle est femme d'honneur et de parole. Je lui chuchote à l'oreille :"Me voilà devenue ta griote, je chante tes louanges !"

Le poulet yassa que j'ai mangé à midi me plonge dans une douce torpeur digestive, un directeur d'entreprise fait irruption. Il se lance dans une construction de lotissement important. Je lui propose des fosses septiques, il me demande si je suis la commerciale, je lui dis plutôt écrire des romans. Chiche ! Il veut mon offre écrite en vers , qu'à cela ne tienne. Je me lance dans un long poème avec pour chaque ligne la première lettre du mot  fosse septique  "Fantaisie des sens quelle Offrande de la vie cette Sensualité fugace à la Solarité superbe Enigme du désir; etc" Il sourit. Nous continuons à prendre des commandes de cuves de 500 et 1000 litres.

La journée a été bonne,  ce bureau est une vraie cour des miracles et c'est un peu comme ça partout,  je suppose.  La vie est là, à  votre porte, vibrante et merveilleuse.

 

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Commentaires

Je vous félicite vivement de savoir allier la poésie au commerce. C'est un bel exemple d'alliance yin-yang, de rire et de travail.
Belle journée à tous!

Écrit par : Marie-France de Meuron | 20/04/2010

Si le yassa pèse un peu sur l'estomac, la prochaine fois il faudra manger du mafé. Mais tout dépend de la sauce ! Mafé au bouillon, donc.

Vous me donnez faim, là !

Bon courage !

Écrit par : Spipou | 24/04/2010

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