14/03/2010

LE TALISMAN (suite)

P1010591.JPGL’histoire du talisman excitait définitivement ma curiosité, j’invitai la vieille dame grecque qui tenait le magasin d'antiquités à Kandy à me raconter tout ce qu'elle connaissait sur ce bijou. Elle sortit un vieux papier chiffonné et graisseux d'une vieille boîte, les lettres en sinhala aux formes arrondies semblaient courir sur le papier comme autant d'araignées.

D'après elle, il daterait du début du XX ième siècle et fut ciselé d'après la facture parfaite du travail par un orfèvre. Un texte écrit en  Sinhala racontait le périple du talisman en ces termes et probablement dicté par la jeune fille analphabète :

“Mon nom est Ishanka née à Lakdaram. Orpheline de père et de mère, j’ai grandi dans ce village jusqu’à l’âge de mes 15 ans. Ma “famille” m’a mariée  à trois frères, riches exploitants de champs de thé . Un Tamoul du nom de Thavappalan qui signifie don divin et  travaillant dans les champs de thé a crée pour moi ce talisman pour apaiser mes larmes. Il m’avait fait jurer que je ne l’ouvrirai pas, mais je ne l’ai pas écouté. Le malheur s’est ensuite abattu sur notre maison, mes maris sont morts brûlés dans un incendie pendant leur sieste. C’est de ma faute, je remets le talisman à quelqu’un de meilleur que moi. Il ne faut  jamais l’ouvrir ainsi a parlé Thavappalan.”  

Le talisman aurait été  ainsi donné à une soeur  de la jeune veuve probablement incinérée selon la coutume après la mort de ses maris. Celle-ci finalement craignant l’objet l’aurait confié au propriétaire du magasin, autrefois, sri lankais. A  son tour, il  aurait mis en garde la nouvelle propriétaire grecque en insistant bien sur le fait qu’il ne se vendait pas mais devait être  confié à quelqu’un qui assurait en faire bon usage et qui s’engagerait  aussi à ne pas l’ouvrir.

Telle  était la volonté de Thavappalan,  le Tamoul.

 

Nota bene : A l’époque, le sujet est encore très tabou, la polyandrie fraternelle était courante à Kandy, malgré l’interdiction des administrations britanniques pour qui ces mariages heurtaient la morale victorienne. La raison principale consistait à ne pas diviser les terres.  Les enfants  nés de ces mariages appartenaient à la communauté,  savoir qui était le père biologique importait peu, on les attribuait en principe  au frère aîné.

22:58 Publié dans Voyages | Tags : kandy, talisman | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

Commentaires

Récit très intéressant. Cela fait penser à la boîte de Pandore, qu'il ne faut non plus jamais ouvrir. J'avais aussi lu que, dans certains pays (dont la région du Mustang, au Népal?), c'étaient en effet les femmes qui épousaient plusieurs hommes de la même famille (des frères) en même temps, pour des raisons économiques.

Écrit par : Kissa | 15/03/2010

Belle et triste histoire.
La polyandrie se pratique (pratiquait) au Ladakh et au Zanskar. En fait, un homme peut épouser plusieurs soeurs, ou une femme plusieurs frères, et ce pour les raisons expliquées par Djemâa.

Écrit par : Anne-Marie La Salamandre | 15/03/2010

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