27/02/2010

LA GRANDE CARRIERE DU MULET CONTREBANDIER AWAX

le-vieux-mulet-1.jpgAWAX est un mulet qui a défrayé la chronique en 1996 en Tunisie.  Sa mort a peiné les foules nombreuses. Ignorés les droits de l'homme dans le quotidien La Presse, indifférents aux  Islamistes emprisonnés et longuement cités dans le Temps, aux  grandes escroqueries largement décriées  dans La Dépêche, les lecteurs n'étaient passionnés que par la mort de la pauvre bête.  Les politiciens, le jour de la mort du mulet, avaient beau s'égosiller, emplir les colonnes de la presse de tous leurs mensonges, les journalistes dénoncer les malversations de toutes sortes, on n'entendait que cris, pleurs et grincements de dents  sur la mort d'AWAX- montré à pleines pages, éclipsant,  du coup,  les plus grandes personnalités politiques qui auraient payé cher pour avoir une telle audience. Ils auraient payé bonbon pour se mettre dans la peau du mulet ne serait-ce qu'un seul jour. Politiciens et journalistes étaient inexorablement relégués dans l'ombre du mulet tunisien, grand  contrebandier entre la frontière tunisienne et algérienne. Awax, ainsi se nommait-il. Son nom faisait référence à l'avion-radar espion américain.

 

Awax est né dans un petit village proche de Tabarka - au Nord-est de Tunisie-  et situé à flancs de montagne couverte d'épineux. Dès sa naissance, on le déclara intelligent et vif et son maître lui prédit une glorieuse carrière - celle de contrebandier habile et discret.

Dès ses deux ans, son maître le prépara à craindre les uniformes de policiers tunisiens et algériens et des douaniers des deux frontières.  Après avoir confectionné de manière parfaite les quatre  uniformes, le maître dès qu'il montrait un uniforme tapait le mulet. A force de coups répétés face à des mannequins fabriqués de toutes pièces et arborant ces habits étranges, le mulet sur le modèle  pavlovien finit par  avoir le juste réflexe quant au  danger de la chose: la fuite . Il avait compris de la façon la plus évidente du monde :  un uniforme,  un coup. Il avait conclu que tout ce qui portait un uniforme pouvait s'avérer être dangereux pour son dos.

Après trois ans d'exercices quotidiens, Awax était prêt enfin à traverser la frontière à  Babouch.  Chargé comme un mulet de matériel électronique de pointe, devenu spécialiste malgré lui de transfert de technologie. Le tout glissé dans les deux couffins  en osier, étroitement attachés sur chaque côté de la bête.  Il connaissait par coeur le sentier qui passait près des douanes. A la vue d'un douanier, ou d'un policier, il augmentait le pas de charge pour s'enfuir le plus vite possible et épargner sa peau des méchants coups de bâtons auxquels il fut soumis durant des années et qu'il pouvait encore être amené à recevoir.

Durant quatre  ans, à raison de 30 à 40 km par jour. Awax s'en allait par les sentiers escarpés livrer le fruit de la contrebande. Son maître et l'acolyte algérien voyaient leur fortune grossir à vue d'oeil et tous les efforts fournis sur la bête leur rapportaient beaucoup d'argent.  Leur mulet était la  poule aux oeufs d'or. Un comparse récupérait la marchandise sur sol algérien et renvoyait le mulet avec des nouvelles marchandises de contrebande dont des cigarettes de contre-façon et de l'essence libyenne à moitié prix qui transitait par l'Algérie.  Celle-là même qui se vend au bord de la route et que des malhonnêtes mélangent à de l'eau. Quand vous croyiez avoir fait une bonne affaire, vous vous retrouviez en panne quelques kilomètres plus loin avec en guise d'essence de la mauvaise huile mélangée à de l'eau.

Un  douanier algérien finit par remarquer cet étrange manège du mulet fuyant à leur vue. Ils finirent par le suivre, et plus vite ils couraient, plus vite le mulet les distançait, malhabile dans sa course,  freiné par son lourd chargement. Un jour, ce qui devait arriver, se produisit,  les  douaniers algériens le rattrapèrent et le trouèrent de plusieurs balles.

Ainsi s'acheva la grande carrière de contrebandier du mulet. Durant ses années d'exercices, il passa environ vingt  tonnes de marchandises non déclarées, ignorant tout ce qui avait de fastidieux à remplir les formulaires TVA et le carnet ATA et à devoir glisser, sans cesse, sous table  des backchiches pour accélérer  la procédure interminable de dédouanement des produits.

 

 

23:39 | Tags : tunisie, awax | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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