26/02/2010

LES GRATTE-CULS DE MARSEILLE - JUST DO IT !

2008060921534135_Quicklook-original.jpgEn plein quartier Nord de Marseille, je suis assise et observe ce semblant de vie depuis  une  estrade en ciment,  entourée de "gratte-culs" - On préfère dire comme ça ,  ça fait mal aux dents de dire gratte-ciel, le ciel on l'a oublié, ou il vous a oublié, on ne sait plus trop dans quel sens  l'amnésie s'est produite,  mais il est certain qu'il n'est pas pour les habitants  de la cité. Du ciel et du bon Dieu, on n'en voit plus que le cul !

Les immeubles lépreux aux cages d'escalier explosées, les balcons  surchargés d'objets divers et encombrants, c'est vrai que dans les clapiers où on y vit à dix, il n'y a plus de place.  Et parfois un malheureux ivre, mais de révolte  surtout, balance son frigo du dixième étage, mieux va pas se trouver en bas,  à ce moment-là. Ce serait trop con de mourir écrasé par un frigo.  Mourir, certes, mais avec un peu de gloriole et d'emphase quand même !

Les voitures au pied des immeubles sont calcinées, couchées sur le dos, des chiens errants  dont les propriétaires se sont jetés par la fenêtre, on ne se souvient plus précisément quand, couratent par-ci par-là, entre coups de pied des gamins et morceaux de pain qu'on veut bien leur balancer.

Le mistral souffle dans ce quartier maudit, des nuages de poussière tournoient au-dessus de ce désespoir, se perdent dans cette grisaille des laissés-pour-compte, où le chômage des jeunes avoisine le 80%.  Alors l'école ou la formation professionnelle quand on voit ça, on se demande à quoi ça sert.  Les parents autrefois travailleurs, cascade humaine d'immigrés et de réfugiés débarqués dans les années 1960,  après la guerre d'Algérie, se souviennent avoir travaillé au moins une fois à l'usine, au port  ou sur un chantier, mais il y a si longtemps. Les enfants hésitent, peut-être bien que les vieux ont travaillé un jour ! Ils se souviennent qu'autrefois, ils  les voyaient se lever   tôt le matin, mais c'était peut-être pour se rendre à l'ANPE ?

Les "descentes de camion" habillent tout le monde de marque, de pied en cap, le nom des grands qui s'affichent sur les Champs Elysées ou  Faubourg St-Honoré et viennent sans le vouloir s'encanailler dans la cité. La revanche des pauvres. Gucci, Burberry, Vuitton, Christian Dior, chaussures Nike.

Comme pour ridiculiser la bourgeoisie et ses apparats,  on exhibe, on traîne dans le ruisseau, on descend du piédestal les attributs de la France bien-pensante, xénophobe  et petite bourge.

On lui fait goûter au ciment, à la lèpre saturnienne, à l'alccol, à la drogue, à la dépression. Les habitants de la cité se baladent avec les grands noms des couturiers sur le dos (même si ce sont des faux) pour noyer les nantis avec eux, les ensevelir sous la masse de leur exclusion.

Comment  s'empêcher de réinterpréter la pub et le slogan des marques dans cet univers dantesque- Dior et son Midnight poison - Burberry et son Designed for living, built for life- oui mais quelle vie précisément ?  Nike et son Just Do it ! (pour vivre dans la cité il faut le faire). Ces slogans   trouvent un écho et planent de manière étrange dans cet enfer marseillais.

Il serait temps de balayer ces cités inhumaines où les êtres sont entassés comme du bétail, exclus du système : JUST DO IT !

 

 

 

 

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Commentaires

A Marseille dans mon enfance, je me souviens des immigrés algériens, tunisiens et marocains qui travaillaient dans les usines, dans la construction, dans les fabriques. Il étaient des saisonniers. Giscard d'Estaing a décrété le regroupement familial sans avoir préparé le terrain : écoles, logements, mosquées et surtout sans avoir préparé la population à cette arrivée massive de familles nombreuses qui bénéficiaient des allocations familiales, peu éduquées arrivant avec leurs coutumes et ignorantes des nôtres. Cela a été un choc car l'immigration a été subite et lourde. Mais comme toujours, la grande majorité de ces familles se sont adaptées, ont fondé une diaspora, leurs enfants se sont mariés aux français dit de souche et ont pu étudier, avoir des diplômes, un travail. Mais dans la deuxième partie de l'ère Mitterand qui avait promis beaucoup aux jeunes immigrés (Mouvement Touche pas à mon pote) et finalement peu changé la donne, il y a eu une coupure, les parents premiers immigrés n'arrivant plus à maintenir le statut familial et donc l'autorité sur les enfants, l'espoir d'une vie meilleure et le fait de ne pas être vraiment reconnu comme français, a provoqué le phénomène de getthoïsation des banlieues. Aujourd'hui, c'est difficile de rattraper les erreurs du passé car plusieurs générations mais surtout les jeunes des banlieues en général, aujourd'hui se sont organisées dans un monde parallèle et une économie souterraine mêlant le système D, la petite délinquance mais surtout le trafic de drogues et d'armes, activités qui rapportent plus que d'aller à l'école, avoir un diplôme, avoir un métier et payer ses impôts. A cela s'ajoute la montée en puissance des islamistes qui enferme encore plus les jeunes dans un deuxième carcan : celui de la religion musulmane détournée par des imans radicaux, les coutumes ancestrales essentiellement à l'encontre des jeunes femmes (mariage forcé, excision) et des coutumes rapportées d'ailleurs : la burqua complètent l'emprise politico-religieuse sur la communauté. Voilà les banlieues qui se retrouvent dans une deuxième cercle d'exclusion mais celui-ci ne venant pas de la société française mais de leur propre chef. Mais je dirai avant tout que la Cité phocéenne à contrario de Paris ou Lyon a un atout de plus : tout le monde se sent marseillais avant d'être français et c'est pour cela que lors des émeutes en France, la ville de Marseille a été relativement épargnée malgré un Front National qui était à ce moment là à son apogée.

Écrit par : demain | 26/02/2010

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