13/02/2010

Féminisme et écologie - un couple qui bat de l'aile

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La philosophe Elisabeth Badinter, sur les ondes de France Inter,  à l'occasion de la sortie de son récent ouvrage "Le conflit -  La mère et la fille" ,  dresse un tableau peu reluisant des acquis du féminisme. En 30 ans,   la cause féminine s'est égarée, perdue dans les sinuosités d'un discours hésitant entre dogmatisme et aliénation. En conclusion, la femme s'est fait avoir sur tous les tableaux, elle est présente partout, à la maison où elle fait plus d'heures de ménage que son conjoint,  au travail où elle est moins bien payée que les hommes et la culpabililté n'a pas changé d'un iota. A Mauvaise mère est venu s'ajouter mauvaise travailleuse.

Avec le mouvement écologiste, la femme risque de payer les frais de cet engouement vert qui se profile comme la nouvelle religion avec ses nouveaux dogmes.  La femme est invitée d'abord, ensuite elle sera forcée sous la pression  sociétale à un véritable retour  en arrière:  laver les couche-culottes, adieu serviettes et tampons hygiéniques, allaitement forcé sur deux ans, teintures pour cheveux prohibées, maquillage interdit (trop polluants) . On emmène les enfants à pied ou à bicyclette en pédalant comme des forçats, on monte les escaliers avec les cabas surchargés, c'est plus écolo que de prendre l'ascenseur. La voiture vous oubliez, la femme peut être  transformée en cheval de trait : porter, transporter, aller et venir, même pas besoin de lui donner du foin, la femme c'est encore plus écolo qu'un cheval ou un âne. Les femmes continueront à  se faire les trois huit et à quelles conditions !

Après la culpabilité maternelle, alors que chaque 10 ans on constate qu'on dit tout et son contraire, on pourra enfin officiellement accuser les femmes de polluer la planète.

Et qu'en est-il de la politique en matière d'énergie alternative qui ferait encore plus de bien à la planète  ? Il ne se passe pas grand-chose,  de ce côté-là,  ce sont les hommes qui décident des investissement à réaliser ou pas. En attendant, la femme a bon dos. Et si effectivement sauver la planète devait passer par le sacrifice des femmes, alors on pourrait suggérer de leur verser une partie des bénéfices de la taxe écologiste pour les maintenir  à la maison à laver les couche-culottes à la main, elles seraient payées,  du moins,  pour cet effort.

Si nous n'y prenons pas garde, Messieurs, Dames,  l'écologie transformera les femmes en disciples des  Mormons. Mais sur le principe de protéger notre planète, il n'y a rien à dire, néanmoins restons prudents afin que  ce ne soient pas toujours les mêmes qui doivent faire des efforts.  Ou alors considérons les femmes comme des Pachamamas (déesses-terre) et donnons-leur le rôle ad hoc digne de leur rang  et ne leur infligeons pas essentiellement  les obligations imposées par le machisme ambiant.

 

(photos, les femmes finiront par pédaler sous l'eau )

 

13:08 | Tags : féminisme, badinter | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | |

Commentaires

Bonjour Djemâa,

Une fois n'est pas coutume j'ai aussi apprécié la gueulante d'Elisabeth Badinter retranscrite dans les articles. Pas encore lu le livre donc je réserve mon opinion, sachant Elisabeth Badinter assez prompt à déglinguer tout azimut tout le féminisme, souvent de manière approximative.

Je partage ses doutes sur l'éco-féminisme et l'essentialisme qui règne dans certains groupes où le stéréotype du féminin comme plus proche de la nature tend à être renforcé, avec le culte maternaliste qui l'accompagne. Après, je dirais que Mme. Badinter n'est pas forcément la mieux placée pour critiquer l'essentialisme quand on connaît ses positions sur la sexualité "virile" masculine et son discours pour le moins alambiqué sur la socialisation des enfants. J'ai parfois un peu peur que ce genre de discours chez Elisabeth Badinter n'émane pas que d'un paradoxe personnel mais soit nourrit par l'envie de faire du buzz. Après tout, si l'écologie est tendance, les pourfendeurs d'écologie, tendance féministe ou non, le sont aussi. Et il faut bien reconnaître que Mme. Badinter a depuis quelques années un flair assez incroyable en matière de tendance ce qui lui a valu de devenir une égérie "involontaire" jusque dans les milieux les plus anti-féministes. En lisant Fausse route, et ses propos plus que nauséabonds sur les femmes victimes de violence conjugale qui n'auraient qu'à quitter leur mari, il y a de quoi se poser des questions.

"Mais sur le principe de protéger notre planète, il n'y a rien à dire, néanmoins restons prudents afin que ce ne soient pas toujours les mêmes qui doivent faire des efforts."

Je vous rejoins parfaitement!

Écrit par : Audrey | 13/02/2010

je pense que la femme peut évoluer que si le système que nous choisissons est changé, et tout le monde cherche a régler ce système alors qu'il est pourri et qui fonctionne sur l'injustice , la violence et la coercition à tout les niveaux, et dans le quel la seule évolution serait sa destruction puisque n'est pas réglable, ça marche pas on a des montagnes de preuves , même ce que nous pensons qui est bon si on le regarde bien de près est corrompu, et même ce que nous pensons soit bien ne sont que des soins palliatifs à une carcasse dégénérée ...

je pense que le féminisme est un discours de survie, peut être le seul acte vraiment créatifs du dernière siècle, car il a essayé de casser avec un des bastions de ce système, seul à lui tout seul ne peut pas changer notre civilisation en quelque chose de sain, parce que on ne peut pas créer sur le mourant, cet à dire sur le système capitaliste ....donc tout est voué à finir et à mourir, car la base est pourrie....

il faut un changement d'un autre genre, mais...

le quel ?

qui veut vraiment changer ?


bon we à vous...


luzia

Écrit par : luzia | 13/02/2010

Jamais la société n'a été aussi normative, régulatrice, privative de libertés (fumée, mobilité réduite et imposée par les Verts, contrôle des Etats sur les individus,..) intolérante (surtout avec le repli religieux et le terrorisme qui est sa main armée) avec le "political correct" à toutes les sauces qui amène à la pensée unique. Il ne nous reste qu'Internet et facebook et encore là aussi les Etats souverains veulent réguler...

Écrit par : sirène | 13/02/2010

Merci pour cet intéressant billet Mme Djemâa, je ne sais si le propos de Mme Badinter est totalement fondé, toutefois l'ouverture et la contestation qu'elle suggère ne peut être que salutaire pour les mouvements féminins, probablement l'occasion d'un second et nouveau souffle. Le féminisme a trop longtemps été confisqué par la gauche et les verts comme si la lutte pour le respect des femmes leur appartenait comme une chasse gardée.Pour un homme, penser ou non comme le disait Breton, que la femme est la clé de voûte de tout l'édifice n'a plus rien à voir aujourd'hui avec le fait que l'on soit de droite ou de gauche, les légitimités sont aujourd'hui totalement en train de changer et nous sommes en train de nous en apercevoir. Aujourd'hui on présente par exemple la création de nouvelles crêches comme un progrès indiscutable et sans vouloir forcément préjuger de la question je crois que l'on ne relève pas assez souvent que si l'on construit des crèches c'est aussi pour pouvoir ramener plus de femmes sur le marché du travail, dont un très grand nombre on le sait n'auront pas des emplois si gratifiants que cela. Il faut aller lire les rapports de croissance du Conseil fédéral, cette motivation du retour des femmes sur le marché du travail afin d'augmenter la productivité nationale y transparaît en toute lettre, un programme aussi défendu par la gauche et les verts. Je ne suis pas sûr que cela soit un progrès. Le progrès ce doit être que les femmes soient heureuses où et quand elles ont envie d'être heureuses, ce doit être le choix pour elles d'élever et de prendre soin de leurs enfants si telle est leur envie, possibilité que je crois malheureusement en train de disparaître pour elles aussi. Pour ma part je crois que bien des femmes sont en train d'être leurrées, elles font en quelques sorte l'expérience de qui a été trop longtemps victime et se voient instrumentalisées de tous côtés - les victimes reconnues sont un instrument politique de choix, qui défend et se place du côté des victimes s'offre toujours une légitimité incontestable et à peu de frais, cette stratégie est vieille comme le monde, c'est même le fond de commerce de partis rose-verts qui dans notre société s'en servent largement mais qui n'en demeure souvent comme vous le soulignez tout aussi dogmatiques. Et qui est dogmatique n'est jamais par définition quelqu'un qui veut voir l'autre comme la clé de voûte de tout l'édifice, ce n'est jamais sa motivation première qui ne reste jamais que l'obtention du pouvoir. Je suis très heureux que de nouveaux type de prises de conscience fasse leur apparition chez les femmes et je pense que cela pourra ouvrir le chemin à d'autres hommes qui je crois ont souvent été rebutés par la coloration justement dogmatique que prend parfois la défense du statut des femmes. Ce que vous dites aujourd'hui est à mon sens une véritable ouverture, c'est probablement le propos le plus constructif que je n'aie entendu de longtemps pour les possibilités de libération de la femme.
Bien à vous.

P.S. nocommento est masculin.

Écrit par : nocommento | 14/02/2010

Quant à moi j'ai lu cet article qui ne me déplait point :

E. Badinter, une journée de publicitaire sur France Inter
Classé dans : Médiatique — Vogelsong @ 8:35
Tags: Élisabeth Badinter, Ecologie, Féminisme, France Inter

On met les petits plats dans les grands à radio France, N. Demorand tout miel dans la matinale joue l’écolier candide face à la figure tutélaire du féminisme français. Pour E. Badinter, la voie est libre pour exposer sa vision de la femme, de la modernité, du Bien. Derrière les doléances habituelles et justifiées du combat féministe, inégalité de traitement, flexibilité, elle profite du créneau pour distiller une vision très conservatrice de la société. Elle affirme à juste titre que les femmes sont les premières victimes de la crise. Mais bien qu’exact, ce constat est lacunaire. On ne peut parler de la crise sérieusement en abordant seulement ses conséquences. Car les causes sont bien trop encombrantes. Cette publicitaire est légataire d’un vieux monde qui refuse de rendre les armes. Celui de l’exploitation symbolique des femmes, de la consommation comme mode de vie, du gaspillage comme habitude.
Une invitée de marque
E. Badinter est à la tête du conseil de surveillance de Publicis, quatrième groupe mondial de communication. Le groupe dont le chiffre d’affaires 2008 s’élève à 4,5 milliards d’euros. Moteur du capitalisme consumériste, les transnationales de la communication se repaissent de l’idée de croissance infinie. Pour E. Badinter et ses semblables, la crise s’apparente à un accident de parcours qu’il faut surmonter. Ancrée dans le paradigme de la fin XXe siècle, il est impossible à cette caste, enfants d’E Bernays, de penser autrement. La publicité massivement pilonnée est la seule manière de refourguer des babioles inutiles à des consommateurs qui n’en ont pas besoin. L’activité des groupes de communication comme Publicis ne s’arrête pas à la force de vente pour colifichets superflus. Lobbying et communication font partie de l’arsenal des prestations. Quand un groupe pétrolier veut verdir son image, il fait appel à une entité telle que Publicis pour lui servir un « wording » et un argumentaire qui lui permettra de lisser son profil public. Elle pourra continuer de polluer la biosphère avec un label « greenwashé ». Quand une multinationale du tabac en proie à une législation sanitaire veut continuer à toucher un public jeune par exemple, elle mandate une agence de communication pour échafauder une stratégie d’infiltration de ce segment de marché.
L’écologie, cet asservissement
Quand on parle d’écologie, E. Badinter conçoit, bouche pincée, qu’il « faille un peu changer ses habitudes« . Un peu. Que cela soit pour des raisons de survie, ou d’hygiène globale l’approche écologique devrait normalement s’imposer. Renoncer à l’économie du gaspillage, de l’accaparement et du bâfrement pour une minorité constituerait l’ébauche d’un progrès. Pas pour une publicitaire qui vend des livres parlant de femmes. Car elle a trouvé ses cibles. Les « naturalistes », ces immondes sauvages empêcheurs de gaspiller en rond. Points focaux de sa critique, l’allaitement, les couches lavables, la nourriture bio. C’est doctement qu’elle raillera C. Duflot, avec l’aide complice de N. Demorand sur la nourriture pour enfants, préférant les petits pots industriels aux « brocolis bios« . Si la vérité se niche dans les détails, ces derniers sont troublants. Car l’asservissement des femmes est aujourd’hui le fait des nouveaux naturalistes qui imposent des habitudes de consommation et un mode de vie plus continent. Argument ultime, « ils », entendre les écologistes, font passer la nature avant la femme. On pourrait s’étendre indéfiniment sur ce type d’allégation, mais elle met en relief une chose, pour E. Badinter la femme surpasse la nature, et elle n’en fait pas partie.
Une critique aveugle
Par contre, elle fait naturellement partie de l’univers publicitaire. Mythologie de la femme-objet, de la femme-produit pour écouler toutes sortes de colifichets. Publicis, par exemple, est l’origine d’une campagne mettant en scène une femme et ayant pour slogan « mon banquier me préfère à découvert« . Exemple ponctuel ? Évidemment pas. Le monde de la publicité fonctionne essentiellement sur le motif libidinal. Les références sexistes mettant en scène le désir avec des femmes utilisées comme objet de convoitise sont pléthores. Mais la ménagère revient aussi en force, J.M. Teyssier du BVP déclarait « voilà que la femme retrouve dans la publicité un rôle qu’elle maîtrise à merveille pour l’avoir pratiqué des siècles durant, celui du petit être, ravissant et fragile, futile et désarmé, qu’anoblissent pourtant les nobles responsabilités de la maternité et de l’éducation des enfants« . Le monde de la publicité en interne comme en externe est éminemment sexiste. Et dans ce métier, les faux culs sont légions, J. Séguéla sans complexe déclare « l’absence de femmes est liée – paradoxalement – à leur qualité de maturité, à leur recherche de stabilité, de sécurité« , mais la profession compte 65 % de femmes, le problème vient de la cooptation masculine et des stéréotypes véhiculés mettant en avant « de grands gosses attardés, joueurs et immatures ». Résultat : faible féminisation parmi la direction créative. D’ailleurs un cacique du métier, N. French déclara « s’il existe si peu de femmes directrices de création, c’est tout simplement parce qu’elles sont trop connes« . Il fut viré. Mais cela reste un angle mort de la profonde réflexion d’E. Badinter. Elle préfère vitupérer grâce aux bons soins d’une radio d’État sur le retour à la sauvagerie des langes.
La chaîne publique se lance dans un programme publicitaire au profit d’E. Badinter. Elle a pu y promouvoir son dernier ouvrage la journée durant. En rang d’oignons, les journalistes de la rédaction ont fait circuler les plats chauds. Questions gentillettes, temps de parole élargi et sans coupure. Seules les apostrophes d’auditeurs ont sorti ce beau monde d’une torpeur usante. Que vaut autant d’attention à une philosophe révolue ? Hormis ressasser les généralités féministes, elle s’est trouvé un créneau étroit, une niche économique pour y promouvoir ses thèses antiécologiques et conservatrices. Et aussi refiler son bouquin. Sous le vernis c’est un féminisme publicitaire de marché qui se cache. Mettant à son profit l’espace médiatique que son envergure lui permet pour que rien ne change dans l’ordre économique du monde. Sur France Inter, il est grand temps de consacrer une journée entière à V. Despentes.
Sources :
Marie Benilde – « On achève bien les cerveaux » ed. Raisons d’agir
Articles connexes :
Rue89 – Elisabeth Badinter, actionnaire féministe d’un Publicis sexiste ?

Écrit par : Hypolithe | 14/02/2010

E. Badinter, une journée de publicitaire sur France Inter
Classé dans : Médiatique — Vogelsong @ 8:35
Tags: Élisabeth Badinter, Ecologie, Féminisme, France Inter
On met les petits plats dans les grands à radio France, N. Demorand tout miel dans la matinale joue l’écolier candide face à la figure tutélaire du féminisme français. Pour E. Badinter, la voie est libre pour exposer sa vision de la femme, de la modernité, du Bien. Derrière les doléances habituelles et justifiées du combat féministe, inégalité de traitement, flexibilité, elle profite du créneau pour distiller une vision très conservatrice de la société. Elle affirme à juste titre que les femmes sont les premières victimes de la crise. Mais bien qu’exact, ce constat est lacunaire. On ne peut parler de la crise sérieusement en abordant seulement ses conséquences. Car les causes sont bien trop encombrantes. Cette publicitaire est légataire d’un vieux monde qui refuse de rendre les armes. Celui de l’exploitation symbolique des femmes, de la consommation comme mode de vie, du gaspillage comme habitude.
Une invitée de marque
E. Badinter est à la tête du conseil de surveillance de Publicis, quatrième groupe mondial de communication. Le groupe dont le chiffre d’affaires 2008 s’élève à 4,5 milliards d’euros. Moteur du capitalisme consumériste, les transnationales de la communication se repaissent de l’idée de croissance infinie. Pour E. Badinter et ses semblables, la crise s’apparente à un accident de parcours qu’il faut surmonter. Ancrée dans le paradigme de la fin XXe siècle, il est impossible à cette caste, enfants d’E Bernays, de penser autrement. La publicité massivement pilonnée est la seule manière de refourguer des babioles inutiles à des consommateurs qui n’en ont pas besoin. L’activité des groupes de communication comme Publicis ne s’arrête pas à la force de vente pour colifichets superflus. Lobbying et communication font partie de l’arsenal des prestations. Quand un groupe pétrolier veut verdir son image, il fait appel à une entité telle que Publicis pour lui servir un « wording » et un argumentaire qui lui permettra de lisser son profil public. Elle pourra continuer de polluer la biosphère avec un label « greenwashé ». Quand une multinationale du tabac en proie à une législation sanitaire veut continuer à toucher un public jeune par exemple, elle mandate une agence de communication pour échafauder une stratégie d’infiltration de ce segment de marché.
L’écologie, cet asservissement
Quand on parle d’écologie, E. Badinter conçoit, bouche pincée, qu’il « faille un peu changer ses habitudes« . Un peu. Que cela soit pour des raisons de survie, ou d’hygiène globale l’approche écologique devrait normalement s’imposer. Renoncer à l’économie du gaspillage, de l’accaparement et du bâfrement pour une minorité constituerait l’ébauche d’un progrès. Pas pour une publicitaire qui vend des livres parlant de femmes. Car elle a trouvé ses cibles. Les « naturalistes », ces immondes sauvages empêcheurs de gaspiller en rond. Points focaux de sa critique, l’allaitement, les couches lavables, la nourriture bio. C’est doctement qu’elle raillera C. Duflot, avec l’aide complice de N. Demorand sur la nourriture pour enfants, préférant les petits pots industriels aux « brocolis bios« . Si la vérité se niche dans les détails, ces derniers sont troublants. Car l’asservissement des femmes est aujourd’hui le fait des nouveaux naturalistes qui imposent des habitudes de consommation et un mode de vie plus continent. Argument ultime, « ils », entendre les écologistes, font passer la nature avant la femme. On pourrait s’étendre indéfiniment sur ce type d’allégation, mais elle met en relief une chose, pour E. Badinter la femme surpasse la nature, et elle n’en fait pas partie.
Une critique aveugle
Par contre, elle fait naturellement partie de l’univers publicitaire. Mythologie de la femme-objet, de la femme-produit pour écouler toutes sortes de colifichets. Publicis, par exemple, est l’origine d’une campagne mettant en scène une femme et ayant pour slogan « mon banquier me préfère à découvert« . Exemple ponctuel ? Évidemment pas. Le monde de la publicité fonctionne essentiellement sur le motif libidinal. Les références sexistes mettant en scène le désir avec des femmes utilisées comme objet de convoitise sont pléthores. Mais la ménagère revient aussi en force, J.M. Teyssier du BVP déclarait « voilà que la femme retrouve dans la publicité un rôle qu’elle maîtrise à merveille pour l’avoir pratiqué des siècles durant, celui du petit être, ravissant et fragile, futile et désarmé, qu’anoblissent pourtant les nobles responsabilités de la maternité et de l’éducation des enfants« . Le monde de la publicité en interne comme en externe est éminemment sexiste. Et dans ce métier, les faux culs sont légions, J. Séguéla sans complexe déclare « l’absence de femmes est liée – paradoxalement – à leur qualité de maturité, à leur recherche de stabilité, de sécurité« , mais la profession compte 65 % de femmes, le problème vient de la cooptation masculine et des stéréotypes véhiculés mettant en avant « de grands gosses attardés, joueurs et immatures ». Résultat : faible féminisation parmi la direction créative. D’ailleurs un cacique du métier, N. French déclara « s’il existe si peu de femmes directrices de création, c’est tout simplement parce qu’elles sont trop connes« . Il fut viré. Mais cela reste un angle mort de la profonde réflexion d’E. Badinter. Elle préfère vitupérer grâce aux bons soins d’une radio d’État sur le retour à la sauvagerie des langes.
La chaîne publique se lance dans un programme publicitaire au profit d’E. Badinter. Elle a pu y promouvoir son dernier ouvrage la journée durant. En rang d’oignons, les journalistes de la rédaction ont fait circuler les plats chauds. Questions gentillettes, temps de parole élargi et sans coupure. Seules les apostrophes d’auditeurs ont sorti ce beau monde d’une torpeur usante. Que vaut autant d’attention à une philosophe révolue ? Hormis ressasser les généralités féministes, elle s’est trouvé un créneau étroit, une niche économique pour y promouvoir ses thèses antiécologiques et conservatrices. Et aussi refiler son bouquin. Sous le vernis c’est un féminisme publicitaire de marché qui se cache. Mettant à son profit l’espace médiatique que son envergure lui permet pour que rien ne change dans l’ordre économique du monde. Sur France Inter, il est grand temps de consacrer une journée entière à V. Despentes.
Sources :
Marie Benilde – « On achève bien les cerveaux » ed. Raisons d’agir
Articles connexes :
Rue89 – Elisabeth Badinter, actionnaire féministe d’un Publicis sexiste ?

Écrit par : Hypolithe | 14/02/2010

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