06/02/2010

Toute une économie suspendue à un fil

kalhotky.jpg"On  connaît  bien le drame de ces paysannes polonaises du village montagnard de Koniakow, célèbre depuis plus de deux cents ans,  pour perpétuer l'art de la dentellerie et qui par le plus pur des hasards s'est  trouvé une nouvelle jeunesse, un second souffle qui devait relancer l'économie de  toute une région qui ne tient  désormais  plus qu'à un fil : celui du string.

Certaines femmes brodent  en douce  la nuit des strings pour ne pas être accusées d'obscénité.  Le village est séparé  dorénavant en deux camps :   celles qui brodent comme leur mère et grand-mère nappes et  napperons traditionnels,  rideaux savamment ouvragés qui prennent des semaines à être fabriqués et les délurées qui  participent à vicier le monde par leur fantaisie outrancière, et qui en quelques heures fabriquent des petites culottes et des bouts de ficelles qui valent de l'or.  Les secondes finissant naturellement par  gagner  mieux leur vie que les premières en travaillant dix fois moins.

Au début, certains maris préféraient fermer les yeux lorsqu'ils  sentaient leur  épouse  glisser subrepticement  hors du lit nuptial , marcher sur la pointe des pieds, toutes lumières éteintes et au plus noir de la nuit  broder à la lumière discrète d'une bougie quelques dizaines de strings.  Le lendemain, elles les livrent en douce, discrètement cachés dans un sac, à  Malgorazata Sanaszek, la femme intelligente qui sut créer sa petite entreprise en révolutionnant entièrement le village. Certaines vieilles dentellières très pieuses allèrent jusqu'à  s'enquérir auprès du  prêtre pour savoir si c'était pécher que de  broder ces strings;  le prêtre très embarrassé à devoir juger de la chose sans jamais l'avoir vue dut s'en faire livrer quelques modèles,  à l'église même.

Une autre femme très en vue dans le village et franchement opposée  à cela, organisa même une conférence en invitant les auditeurs à réfléchir sur comment concilier le fait d'avoir fabriqué de la dentelle pour le pape Jean-Paul II , pour la reine d'Angleterre et pour d'autres églises réputées dans le monde et en même temps fabriquer de la dentelle pour des culs ?

L'auditoire, en guise de réponse,  lâcha quelques phrases  évasives, dans des  borborygmes hésitants en défendant la clause économique et qu'au-delà de la ficelle, tout le village  bénéficiait désormais de la visibilité internationale. Il fallait admettre que ce minuscule bout de fil,  les avait extirpés et  sortis du puit profond dans lequel ils étaient tous plongés depuis trop longtemps tout liés qu'ils étaient au monde religieux  dont le faste d'antan s'amenuisait irrémédiablement, au fil des ans. Cette reconversion inattendue méritait ainsi force réflexion.

Le petit business de Malgorazata Sanaszek qui fit d'elle une femme très riche est  simple;  elle récolte les bouts de ficelle et autres sous-vêtements coquins fabriqués par les dentellières aux doigts de fée,  les photographient, les scannent et envoie  le tout sur son site internet.  Les commandes affluent du monde entier et contribuent à ce que plus d'une famille parvient dorénavant à mettre et des épinards et du beurre dans son assiette."

 

 

 

 

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Commentaires

Mieux vaut gagner sa vie en brodant des dentelles sex-plosives qu'en fabriquant des explosifs pour supprimer d'autres vies!

Écrit par : La Jonquille | 07/02/2010

!!! C'est une histoire vraie, Djemaâ ?

Écrit par : Spipou | 10/02/2010

J'ai trouvé le site, j'en suis... sur le cul, c'est le cas de le dire !

Écrit par : Spipou | 10/02/2010

Mais quand même, la morale est sauve : les strings sont frappés de la TVA à 22%, alors que les napperons sont à 5% !

http://www.koniartusa.com/index.php?mod=media

Écrit par : Spipou | 10/02/2010

@Spipou Merci pour ce lien, je ne le connaissais pas, dommage j'ai raté la petite information sur la différence de TVA, mais je rajouterai cette croustillante info dans mon roman qui a repris cette histoire. Mon héroïne est assise et en buvant son café, elle observe les rideaux brodés à Koniakow et hop, on raconte le tout......

Écrit par : djemâa | 10/02/2010

:) Tu pourrais aussi parler de la conservatrice du musée qui porte plainte !

Bon, on pense ce qu'on veut des strings et de l'image du corps de la femme dans le monde contemporain, mais si j'ai bien suivi les articles, la mode du string permet aux habitants du village de gagner leur vie, et aussi de préserver un savoir-faire vieux de deux siècles.

Je me demande ce que diraient les grincheux si Koniakow avait retrouvé sa prospérité économique en fabriquant des Kalachnikov ou des mines antipersonnel...

Écrit par : Spipou | 10/02/2010

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