30/12/2009

Bombes lacrymogènes à la cathédrale de Dakar


Les yeux piquent méchamment, nous avançons un mouchoir mouillé appuyé fortement contre le nez en marchant rapidement dans le dédale de rues. Des coups tirés en l'air, des cris, des coups de gourdin sur des dos courbés. Ca se passe près de la cathédrale du souvenir africain, des volutes de fumée s'élèvent probablement le gaz lacrymogène.

On ne sait pas très bien ce qui se passe. Un soeur, menue comme une souris, avec son habit et sa voilette d'un blanc étincelant,  appartenant à la congrégation de Coeur Sacré de Marie, est révoltée. Les jeunes défilaient tranquillement avec une croix de Jésus, se rendant à la cathédrale pour présenter leurs voeux, comme chaque année, à la veille de Nouvel An. Des perturbateurs soupçonnés d'avoir été envoyés pour créer la confusion, suivis ensuite du GMI, le groupe militaire d'intervention qui fonce dans le tas. Les jeunes se barricadent dans la cathédrale et lancent des pierres contre les militaires qui à leur tour balancent leurs gaz.

La soeur, assise à côté de moi est survoltée: "'J'ai quitté ma famille, mon village pour me consacrer à ma foi et le Président Wade remet en doute les fondements mêmes de ma foi en remettant en question le fait que Jésus est fils de Dieu, Dieu lui-même. Il monte une communauté contre l'autre dans ce pays de cohabitation religieuse et de tolérance". Les voisins surenchérissent, eux sont musulmans. On n'a jamais vu ça, dans les familles mêmes on trouve musulmans et chrétiens, il ne pourra pas nous diviser ! Non seulement il s'est attaqué aux chrétiens mais aussi aux musulmans.

Au retour, dans la chaloupe qui nous mène à Gorée, les gens sont excités, parlent fort. C'est le choc.

Quant à notre soeur, elle serait prête à se mettre elle-même sur la croix pour crier sa colère. A court d'arguments, en s'étouffant presque, elle nous lâche un Alléluia !  Alléluia !  Dieu est avec nous. Je la regarde partir, elle marche à vive allure, à petits pas, minuscule, ébranlée par ce qui vient de se produire et prenant les gens à partie.

Alléluia !!!

 

22:54 | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | |

La smala de Gorée - Une rencontre singulière

Sans titre.JPG7h30 - île de Gorée. Nous nous dirigeons comme chaque matin vers le port, mes chaussures de ville dans un sachet plastique, tandis que je traverse la place sablonneuse en tong. Le maire de Gorée qui chaque matin prend aussi la chaloupe pour Dakar rit en me voyant : "La voilà  devenue une vraie goréenne ! ".  Sur la place un homme est entouré de Goréens, Marie Jo me présente à l'écrivain sud africain Breyten Breytenbach. Il séjourne, 6 mois par an,  sur l'île et s'occupe de l'Institut de Gorée, il y anime des ateliers en faveur de la démocratie et de réflexion sur l'avenir de l'Afrique. A l'annonce de la mort d'Eric, il prend Marie Jo dans ses bras et la serre très fort contre lui.

Nous décidons de nous rencontrer en fin de journée après notre travail à l'usine. Durant la journée, dans les ateliers, je me remémore les écrits de Breytenbach, l'homme de tous les engagements, tandis que les moules énormes tournent de façon hélicoïdale, en observant la fournaise, braises ardentes sous les machines, je songe à l'Afrique du Sud; le racisme, le broyage infernal semblable à ce que je vois dans l'atelier.

Comme nous l'avions prévu, nous nous rencontrons d'abord pour boire un verre. L'engagement de l'homme n'a pas pris une ride, il nous parle du monde, de l'Afrique et de la nécessité absolue d'accéder à son autonomie économique. Ses oeuvres récemment publiées, sa conversation interrompue et imaginaire avec Mahmoud Darwich le poète palestinien : Outre-Voix. L'Europe, le rêve des Africains qui rêvent du Paradis européen, comment retenir ces jeunes : la création d'emploi coûte que coûte. La crise, les migrants. Tout y passe. Le travail est immense, mais on se console, une vie sauvée et c'est l'humanité que l'on sauve. Pour ne pas désespérer........

Invité à dîner à la maison, il se réjouit de rencontrer la smala de Marie Jo, 14 enfants orphelins de père,  aujourd'hui. Il part  chercher une bouteille de Merlot 2005 chez lui, nous l'attendons assises sur un banc sous le baobab centenaire sur la place. Assis entre Marie Jo et moi en bout de table, tous les enfants des ado et adultes sont réunis. Le souper est sacré, tout le monde doit être présent, la maman est intraitable sur ce point:" C'est le seul moment où nous sommes tous ensemble, ce moment est précieux ! ".  Sur la bouteille offerte  de Breytenbach une étiquette sur laquelle on peut lire " Imagine Africa" avec un texte écrit par lui. Il le traduit, on n'entend pas une mouche voler, les jeunes boivent ses paroles :

Over the island - A wind of voices - Vibrant with the deep - Song of human dignity - Murmurs messages - Of peace and responsability - And that mouvement becomes a space - For freedom to : Imagine Africa

Après cela, durant le repas,  il raconte ses années de prison,  l'autorisation obtenue grâce à la pression internationale, celle d'écrire. Ses geôliers ne lui accordent que 5 pages par jour. Il dédramatise, d'autres personnes vivent des moments aussi durs. L'écrivain au regard de marin embrasse le monde de ses yeux qui ne cessent de scruter l'horizon des hommes et interroger le monde.

 

 

 

@ Crédit photo / Djemâa Chraïti

14:44 Publié dans Voyages | Tags : breyten breytenbach | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

28/12/2009

La smala de Gorée - Le temps des miracles

View 0.jpgA Lourdes on ne fait peut-être plus de miracles, mais à Dakar si. Certaines mémoires se sont réveillées et se sont souvenues d'avoir un jour reçu un coup de pouce. Renvoi d'ascenseur qui tombe à pic. Un groupe d'experts sénégalais s'est ainsi proposé de soutenir Marie Jo dans la reprise de l'usine, assorti d'un soutien financier probablement.  Comme St Thomas, on veut voir pour y croire. Mais notre optimisme sans faille reçoit la bonne nouvelle comme elle vient,  à bras ouverts.

Ce matin, j' ai pris des photos supplémentaires en vue de la création du site internet prévu par Eric décédé depuis et qui avait déjà réservé le nom de domaine.  J'espère pouvoir l'avoir en ligne d'ici deux jours et que vous découvrirez en même temps que nous. Le webmaster Sylvestre se donne à fond pour y parvenir avant mon départ.

La deuxième grande idée du jour est la création d'une association au sein de l'entreprise Transtech et que l'on nommera "Transdev" . Ses buts:  développer les activités en lien avec la récupération matière plastique en collaboration avec des ingénieurs spécialisés en développement durable, offrir des stages à des jeunes au sein de l'entreprise, informer les écoles sur les projets futurs et leur participation active quant à la prévention auprès d'autres  jeunes et développer la recherche et développement.

Vous pouvez voir un fauteuil en matière plastique récupérée, de nombreux meubles ont déjà gagné des prix design dont un autre fauteuil fabriqué en tongs récupérées.

 

13:17 | Lien permanent | Commentaires (15) | |  Facebook | | |

25/12/2009

La smala de Gorée - Une mère courage

P1010484.jpgLes salaires des 30 ouvriers a été payé de justesse, ils n'ont reçu cette année que le 50% de leur prime annuelle, on explique que cette année tout le monde doit faire des efforts après la mort de leur patron Eric. Le container de polyèthylène en provenance de Thaïlande vient d'arriver, il faut les 26'000 euros pour le récupérer sans cette matière l'usine ne tourne plus, il sert de liant pour les déchets.

Assise dans le bureau de feu le boss, je consulte ses agendas sur les trois dernières années, je les tiens pareils à des reliques religieuses. Au fur et à mesure des mois, des années s'égrènent les rendez-vous; les anniversaires des enfants à ne pas manquer, le dentiste, les avances faites aux ouvriers, rendez-vous d'affaires.  Et surtout les rendez-vous qu'il avait prévus  avant d'être fauché par la mort. Ce moment plongé dans son agenda m'émeut et m'ébranle  profondément. Mon amie qui a repris l'usine a un entretien, elle me confie son portable pour répondre aux appels et là c'est surréaliste, chaque dix minutes le téléphone sonne, ce sont les enfants qui appellent et qui me donnent un aperçu de la vie de mon amie /

- Tata, dis à maman que Adama  s'est évanoui, il a fait une crise de paludisme, il  est au dispensaire et doit recevoir une perfusion à 5'750 CFA, l'infirmière veut savoir si on paie.

Mais qu'elle la lui administre sans attendre et qu'elle nous appelle si elle veut une confirmation du paiement !

- Tata, c'est Hélène, je fais quoi avec les moules, je les congèle directement ou je les cuis avant ?

Je n' en sais rien, Maman te rappelera

Tous les autres appels sont aussi inattendus : Diam a cassé le cadre du tableau , qu'il le fasse réparer; David est allé chercher une valise perdue à l'aéroport de Madrid et qui arrive deux jours plus tard; en scooter sans casque, il palabre une heure avec le policier et lui donne de l'argent. Les filles ont fini de préparer la table de Noël; je réponds super, on se réjouit de voir ça, on a oublié de mettre la bûche de Noël dans le frigo, elle a fondu.................et ainsi va la vie, j'ai déjà oublié l'agenda si émouvant. Cette joyeuse smala de 14 jeunes vibrants de vie vous happent  très vite dans la réalité immédiate.

P1010494.jpgOn se renconcentre sur le  travail de l'usine, je visite le centre de broyage des déchets situé ailleurs.  Les ouvriers parlent des projets du patron, ils sont admiratifs. Chauffe-eau solaire, Spa  tabourets, tables et chaises de restaurant, bancs, fosses septiques réalisés en matière récupérée.

De retour au bureau, avec le frère d'une connaissance de Genève on prévoit la création d'un  site internet, il  nous fait une faveur avec un prix au plus bas, Eric l'avait prévu et avait déjà réservé le nom de domaine, on finalise.  On prévoit une action de communication en faisant appel à une association qui s'occupe des enfants de la rue, distribuer en rollers des flyers dans les restaurants pour proposer des tables et des chaises. Offrir une semaine de travail à des jeunes pour notre promotion, c'est faire d'une pierre deux coups.

Rivée  au carnet de commande, je réalise que ce sont les enjeux de toute PME.  LE CARNET DE COMMANDE ! Prévoir un container de polyèthylène d'avance pour ne pas se retrouver en rupture de matière. Un "Bankster" appelle Marie Jo pour une créance en souffrancce, elle lui demande  de patienter.  Les banquiers et l'humanitaire ne font pas bon ménage. Il consent du bout des lèvres et accorde un délai à la veuve qui se bat comme un diable. Mais elle est soutenue par des amis, certains ont cassé la tirelire pour aider. On attend le miracle de Noël, un beau montant sous le sapin de Noël !

10:52 | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | |

22/12/2009

La Smala de Gorée - Une mère courage

P1010480.jpg7 h du matin. Mon premier jour à l'usine pour accompagner mon amie Marie Jo propulsée directeur général depuis 15 jours après le décès de son mari Eric. Je l'encourage, un coup de crayon noir aux yeux, nous ne sommes pas encore devenues des ouvriers, un peu de coquetterie ça ne fera de mal à personne. La chaloupe est à 8h, nous voyagons avec Monsieur le Maire de Gorée qui se rend aussi à Dakar. Le port est bondé, c'est la journée des tirailleurs sénégalais. Nous parlons avec le maire du programme de sensibilisation du tri auprès de la population de l'île, passer par les jeunes est une bonne idée.  Pour se donner du courage, je rappelle le proverbe africain à mon amie  : "Méfie-toi de ce qui se rapproche de la terre, c'est dangereux". Alors deux femmes petites !

 

 

P1010451.jpg

 Les ouvriers sont orphelins de leur patron Eric qui était comme un père pour eux. Cela fait un mois que l'usine tourne au ralenti. Installée au bureau de la direction générale, le délégué syndical en entrant relève qu'avec mon béret je ressemble à une révolutionnaire, je ne commente pas. C'est un vrai chantier, tout va à veau-l'eau, c'est la débandade. Nous avons noté une ou deux malversations, on rectifie le tir. Chaque minute un ouvrier ou un contremaître entre dans le bureau, certains en fumant. ça sent la sacré reprise en main. Mais dans le fond, ils ont surtout peur, l'angoisse de perdre leur travail, de ne plus pouvoir nourrir leurs enfants, souvent ils sont les seuls soutiens de famille.

Je fais le tour de l'entreprise et me mets à parler avec la plupart d'entre eux pour comprendre les activités de chacun. Ils sont fiers de ce qu'ils produisent et surtout de parler de leur patron si à l'avant-garde, si visionnaire. Un management patriarcal, comment gérer après ça ?

 

 P1010501.jpg

Comptables, commerciaux, les camions qui sortent et rentrent le matériel recyclé; véritable fourmillière. J'appelle un webmaster avec la politique de P1R, pas un rond, mais des besoins urgents. L'heure de déjeûner est arrivée, on demande du poulet. On n'a pas dû s'exprimer clairement, on nous livre une poule vivante dans un carton. Je rêve les yeux ouverts.

Pas le temps de déplumer, on regarde les bilans et surtout ne pas être plumées !

21:25 | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Facebook | | |

21/12/2009

La smala de Gorée ~ une mère courage

P1010434.jpg

Vols retardés, départs reportés, en fin de compte, la dernière chaloupe qui doit m'amener sur lîle de Gorée me passe sous le nez. Il est minuit, Marie Jo m'envoie un autre bateau. Dans une nuit noire, sur une eau sombre, je devine l'île au loin ombre hésitante dans un écrin de velours. Mon amie m'attend au débarcadère, nous nous serrons dans les bras sans un mot,  La maison de style portugais de couleur ocre est calme. Qui croirait qu'une vingtaine de personnes vit là. Le deuil est encore planant dans l'air, la présence de l'absent est tout entière. Tout dans cette demeure parle de cet homme aimé de tous, un enfant du pays qui s'était intégré tout en restant attaché à ses valeurs et ses traditions, Beaujolais et fromage inclus.

Les jeunes, ses enfants adoptés ou pas en parlent avec beaucoup d'émotion. L'un d'eux me confie qu'il était son meilleur ami aussi.

 

P1010437.jpg

 

Eric décédé à Paris a été raptrié à Dakar et enterré au cimetière des goréens, assurément un enfant du pays. A Paris, sa chambre d'hôpital s'était transformée en village africain. Enfants, amis, ils étaient tous là. Ecologiste, entrepreneur dans la récupération de matériau, lMarie Jo lui a offert son dernier clin d'oeil en lui créant une tombe à la mesure de ses rêves.

 

 

 

 

P1010432.jpg Avant de se rendre à l'usine, nous assistons à la séance municipale où Marie Jo siège en qualité de conseillère municipale pour les Verts. L'ordre du jour l'assainissement et l'érosion des routes. Dans une vieille bâtisse aux larges salles lumineuses, des ventilateurs au plafond. La cour est baignée de lumière, des oiseaux piaillent tandis que le flux et reflux des vagues bercent et rend le discours de plus en plus lointain et diffus. Ce qui est rassurant est de constater que partout dans le monde la vie communautaire se traite en  palabres et avec quelle brio, chacun respecte l'art de la palabre, particularité de l'île avec ses 1800 habitants où il est préférable de s'entendre. 50% de femmes siègent, femmes de tous âges et comme ailleurs dans le monde  ce sont les hommes qui tiennent le crachoir Son cheval de bataille l'environnement, la collecte des détritus et comment la traiter sur le continent, Dakar.

23:33 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

19/12/2009

Les animaux au coeur des conflits

images-4.jpgAu début de la guerre de Sarajevo, en avril 1992, nombre de correspondants de la presse internationale racontèrent l'histoire des animaux agonisants du zoo de Sarajevo qui mouraient de blessures par des éclats d'obus ou de la famine.

Le parc même fut placé dans un "no man's land" sur la ligne de front et ses employés essayaient en vain de s'en approcher pour les nourrir.

Une évacuation d'animaux vers d'autres pays avait même été envisagée, mais ils furent abandonnés à leur sort tant le risque d’être tué était grand.

Les habitants du quartier disent se souvenir encore des hurlements de leur lion mourant. Ils étaient si fiers du lion et de la girafe reçus quelques années avant le conflit. Tous les enfants et leurs parents avaient rendu au moins une fois visite à ces hôtes d’un genre particulier. Lorsque le gardien qui tentait de nourrir, au péril de sa vie,  les pauvres bêtes entre deux tirs de snipers, finit par être touché et mourir, les bêtes furent tristement livrées à elles-mêmes. Durant des semaines, on entendait des cris affreux, le directeur du zoo se souvient : "C'était horrible. J'entendais le cri de ces bêtes innocentes sans pouvoir les aider".  Quand après des jours d’agonie le lion expira, ce fut une défaite pour tous les habitants de Sarajevo. Le roi de tous les animaux considéré comme le plus fort en succombant les ramenait à leur propre faiblesse. Le seul qui survécut à ce désastre fut le boa dont la digestion lente lui assura sa survie.

Ane-Zebre.jpgToujours dans le registre des animaux, souvenons-nous de ce tour de passe-passe à Gaza quand les ânes, à la plus grande satisfaction des enfants, furent transformés en zèbres. Zèbres de fabrication locale à défaut de pouvoir en acheter et les acheminer par le tunnel. Les enfants ne s’en laissaient pas conter mais trouvaient que ces ânes étaient quand même beaux.

Ces animaux doivent vraiment penser que ces humains sont fous !

23:48 Publié dans Solidarité | Tags : sarajevo, gaza | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

18/12/2009

La smala de Gorée - Une mère courage !


P1000353.JPG

 

Elle m’avait invitée pour les vacances de Noël . Le billet en poche pour Dakar, je m’imagine prendre la chaloupe qui m’amènera sur l’ìle de Gorée, l’île aux esclaves. Des vacances idéales les pieds en éventail, à boire du lait de coco, entre baobabs et bougainvillées, en regardant la mer au loin. Soit, la paresse au rendez-vous, douce détente.

Entretemps, je recois un email dévastateur qui ébranle jusqu’aux tréfonds de l’âme. Mon amie m’annonce la mort de son mari, un français installé au Sénégal depuis de nombreuses années, entrepreneur d’une entreprise de recyclage de matière plastique avec ses 30 ouvriers. La voilà propulsée à la tête de l’entreprise et seule avec 14 enfants, la plupart sont adoptés. Ce petit bout de femme qui va devoir se démener, avec toute sa souffrance pour seul bagage.

Les vacances se passeront à ses côtés à tenter de sauver l’usine, à soutenir les enfants. Le plus urgent, trouver les fonds 15’000 euros pour acheter la matière première, bloquée au port de Dakar pour relancer l’usine. A part écrire, que puis-je faire ? Je me console en me souvenant que Rimbaud a bien été chef de chantier à Chypre et en Egypte. Passer de la plume au chantier. Je lui annonce que je compte du coup faire un reportage sur place, les ouvriers sont ravis. Suivre, jour après jour, le sauvetage de l’entreprise en plein deuil.

Mon arrivée à Dakar est prévue le 20 décembre.

Affaire à suivre………

 

Novembre - MES CONDOLEANCES A MA BELLE SMALA DE GOREE QUI VIENT DE PERDRE UN PERE ET UN MARI.

 

Mai 2009

Il y a de ces amitiés solaires qui ne prennent pas une ride en trente ans. Seules les années nous ont légèrement égratignées, marquant leur passage de  traits profonds, autant de  belles signatures. Le temps du pensionnat à Vevey où nous déambulions en jupe bleu marine et socquettes blanches est si loin, un vieux souvenir poussiéreux, a-t-il même existé ?

Deux bonnes amies qui se retrouvent et en quelques heures nous passons en revue, la famille de l’une et de l’autre : des parents déjà morts, des suicidés, des toxicodépendants, des naissances, des amours joyeuses, d’autres beaucoup moins, des voyages, des études, des mariages, des divorces, et puis une ribambelle d’enfants.

Mon amie, un minuscule bout de femme,  qui a gardé son regard plein de malice me raconte sa vie sur l’île de Gorée où elle réside, située à moins de quatre kilomètres de Dakar, au centre de la rade que forme la côte sud de la presqu'île du Cap-Vert. Sa vie joyeuse avec  14 enfants âgés de 14 ans à 26 ans, 5 filles, le reste sont des garçons. C’est le destin qui l’a voulu ainsi;  trois enfants sont les siens dont deux avec Eric un Français du Beaujolais qui travaille à Dakar dans le recyclage de plastique et qui fabrique entre autres des meubles très design. Puis la soeur qui décède et laisse sept enfants, on fait donc un peu de place, à eux tous viennent s’ajouter encore quatre autres enfants qui ont décidé et demandé à partager la vie de cette joyeuse bande.

Mais comme si cela ne posait aucun problème, mon amie Marie-Jo arrive encore à prendre le bateau tous les matins et se rendre à sa Galerie d’art L'Artisanerie, proche du débarcadère à Dakar. Un lieu d’insertion pour le travail des prisonniers et des enfants de la rue, c’est une coopérative artisanale. Quelqu’uns de ses enfants "adoptifs"  travaillent avec elle et gagnent ainsi un peu d’argent, le reste va dans une cagnotte qui permettra d’acheter ce qui manque aux autres. Et quand vraiment y a plus assez et que les caisses sont vides, on se retourne vers “Tonton Eric”.

Elle se met au fourneau tous les  soirs et prépare des mets cap-verdien, français ou sénégalais. Comme certains enfants sont musulmans et d’autres chrétiens, c’est avec porc ou sans porc, on honore toutes les fêtes religieuses, le Carême, le Ramadan, Noël, certains vont à l’église, d’autres à la mosquée. Chaque enfant respecte la religion de l’autre et même de ceux qui ne pratiquent pas. Avec les parents on parle français pour qu’Eric ne se sente pas exclu, les enfants entre eux parlent wolof.

Ils l’appellent tous Maman et Eric “Tonton” et parfois lorsqu’ils sont tous partis soit au travail, soit à l’école, soit en formation, on entend dans la grande maison vide, dite d’une voie éraillée un “Maman ! Maman ! strident, c’est le perroquet surnommé “Tocard” qui ne veut pas être en reste.
On compte parmi cette joyeuse troupe, des footballeurs professionnels, un tailleur, un moniteur d’équitation, un mécanicien de précision. Eux tous mettent volontiers la main à la pâte pour du bricolage à la maison sous l’oeil attentif d’Eric. Tous les enfants traitent avec le plus grand respect l'Oncle Charles,  50 ans, qui a perdu la boule et qui n'est qu'un enfant de plus, le personnage central de la maisonnée. Ils apprennent la tolérance et à intégrer la différence.

Si c’est compliqué ? Ils s’autorégulent, s’organisent entre eux, règlent leurs problèmes souvent à l’amiable, les grands grondent les petits lorsqu'ils font des bêtises ou parlent mal aux "parents.  Le  week-end, d’autres enfants viennent élargir le groupe.
Quant aux courses, elles se font par 50 kg au minimum, achetées à Dakar mises dans la chaloupe, puis transportées à la maison à pied. Il n’y a pas de voitures sur l’île. Chacun repart avec une liste de commissions et ce sont des centaines de kilos par an de nourriture.
Tandis qu’elle me raconte cette vie joyeuse et intense, son portable ne cesse de sonner. Oui ! installe la table au centre de la cour, répond-elle à l’artiste peintre au bout du fil. Actuellement, elle organise à distance une exposition de peinture par des artistes qui participent au Festival annuel artistique sur l’île de Gorée.


Leurs enfants écoutent avec passion les années suisses de “Maman” ou la France d’Eric, ils s’imaginent ces paysages, cette tranquillité, ce calme, cet ordre, la neige, le froid. Marie-Jo a vécu douze ans en Suisse, et achevé ses études avec une licence en droit à l'Université de Fribourg.

A force de gérer autant d'enfants, elle me raconte l'anecdote avec Sarkozy qui s'était  rendu sur l'île de Gorée, elle était entrain de lui parler en sa qualité de conseillère municipale, présidente de la commission environnement, avant même qu'elle ait fini son discours, il se retourne et part. Elle l'interpelle :"Eh ! Vous là-bas, je n'ai pas terminé" . Il revient sur ses pas et l'écoute jusqu'au bout, elle expliquait les avantages de faciliter l'obtention des visas pour les conjoints de ressortissants français, afin d'éviter les demandes de naturalisation. Elle me dit en s'excusant qu'est-ce que tu veux avec tous ces enfants, on finit par traiter tout le monde du pareil au même.

Ce que ça apporte tout ça ? - La générosité, l'ouverture sur des mondes nouveaux, maintenant on s'intéresse au foot, aux chevaux, au design. On n'arrête plus d'être passionnés.  C'est vrai, il y a parfois des problèmes à régler, des remises à l'ordre mais en rapport à ce que l'on peut vivre, ça vaut tous les efforts du monde. On n'a pas le temps de se regarder le nombril et de se sentir mal, on est juste pris dans ce mouvement dynamique d'un groupe qui évolue si vite, tous ensemble.

Elle termine sur un grand éclat de rire et me lance un énergique, tu sais quoi  ? "Je me réjouis trop de devenir grand-mère!"

Pour convaincre, elle a son argument choc, “le contraire de noble, c’est ignoble” alors soyons nobles et grands, si on peut et même si les moyens manquent parfois, et d'autant plus lorsqu'on peut  partager généreusement ce que l’on a la chance de posséder.

 

00:25 Publié dans Solidarité | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Facebook | | |

16/12/2009

Voile contre string – un corps féminin aliéné ?

images-2.jpgDerrière le voile, la volonté de cacher le corps à la concupiscence masculine, ou le découvrir et l’affubler d’un string pour l’offrir à cette même concupiscence ? Entre les deux, où se trouve réellement la liberté de la femme. Femme muselée, femme objet ?

En Europe, on demande à la femme d’enlever son voile, sur les plages des pays arabes et d'ailleurs on les prie de cacher ce string qu’on ne saurait voir, parfois les seins, ou on  les invite à  ne plus se balader en short à raz le bonbon dans les villages .

Le corps de la femme, lieu de tous les débats, de toutes les passions, bonnes comme mauvaises

images-1.jpgLe débat est ouvert !

22:32 Publié dans Société - People | Tags : string, voile | Lien permanent | Commentaires (30) | |  Facebook | | |

06/12/2009

La folie dernier rempart contre l’intégrisme : ultime forme de résistance

                            images.jpgSi un thème est bien récurrent dans le monde arabe, c’est celui de la folie. Pour Khalil Gibran, c’est Youhanna le fou “qui ose dire la vérité”, dans son dialogue avec Dieu on retrouve un refus de la relation traditionnelle, il propose une nouvelle relation à Dieu. Celui qui ose mettre à bas les valeurs et les traditions obsolètes. La folie, affrontement contre les idées reçues est largement accepté dans la bouche de celui qui a perdu la raison. Tahar Ben Jelloun avec “Moha le Fou, Moha le Sage” autorise son mendiant à interpeller sur la place publique les passants, tout en brûlant les billets de banque, il met en doute toutes les fausses croyances: l'argent, l'occidentalisation, la religion, le pouvoir, le torture et on le laisse dire,  cet homme pauvre  qui s’est détaché de toutes ses chaînes, celui qui a enfin retrouvé sa liberté de parole et de pensée. Sa folie l’a rendu libre,  sa folie l'a rendu sage.

Schizophrénie sociétale ? On laisse parler les fous et on les écoute attentivement. Ils deviennent critiques de la société dans laquelle ils évoluent. La folie est-elle le langage des anges qui ont renoncé à la religion des humains ? Le seul espace possible d’expression critique. Vent impétueux qui souffle sur tout ce qui est figé, dérange, interpelle. Les auteurs arabes n’hésitent pas à planter dans leur décor, un personnage central qui interroge le monde et plus aucune force, ni étatique, ni religieuse ne réussit à entraver ce flot d’expression libre parce que ces personnages “dé-socialisés” sont ceux qui ont soif de changement et de vérité. Ils ne sont plus soumis à aucune censure, ignorant toutes les frontières, ils avancent seuls dans leur désert avec leurs mots et leurs maux  qui se réapproprient la parole censurée. Mis au ban de la société, ils l’observent avec d’autant plus d’acuité et réintègrent par là leur propre humanité.

Dans Jounoun (folie) pièce tunisienne de Fadhel Jaïbi écrite par Jalila Baccar, le schizophrène,  Noun, nous suggère  comme dans une confidence, dans un long murmure que sa part féminine,  sa sensibilité, sa dimension fragile , voire quasi féminine ne peut s’exprimer que dans la folie dans ces sociétés à forte domination masculine où il faut être fort et invincible.

Alors on soupire , “meskine” qui signifie “le pauvre” mais on l'écoute avec passion. Eloge de la folie.

Qui oserait lancer une fatwa contre un fou?

00:45 Publié dans sociologie | Tags : folie | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Facebook | | |