30/12/2009

Bombes lacrymogènes à la cathédrale de Dakar


Les yeux piquent méchamment, nous avançons un mouchoir mouillé appuyé fortement contre le nez en marchant rapidement dans le dédale de rues. Des coups tirés en l'air, des cris, des coups de gourdin sur des dos courbés. Ca se passe près de la cathédrale du souvenir africain, des volutes de fumée s'élèvent probablement le gaz lacrymogène.

On ne sait pas très bien ce qui se passe. Un soeur, menue comme une souris, avec son habit et sa voilette d'un blanc étincelant,  appartenant à la congrégation de Coeur Sacré de Marie, est révoltée. Les jeunes défilaient tranquillement avec une croix de Jésus, se rendant à la cathédrale pour présenter leurs voeux, comme chaque année, à la veille de Nouvel An. Des perturbateurs soupçonnés d'avoir été envoyés pour créer la confusion, suivis ensuite du GMI, le groupe militaire d'intervention qui fonce dans le tas. Les jeunes se barricadent dans la cathédrale et lancent des pierres contre les militaires qui à leur tour balancent leurs gaz.

La soeur, assise à côté de moi est survoltée: "'J'ai quitté ma famille, mon village pour me consacrer à ma foi et le Président Wade remet en doute les fondements mêmes de ma foi en remettant en question le fait que Jésus est fils de Dieu, Dieu lui-même. Il monte une communauté contre l'autre dans ce pays de cohabitation religieuse et de tolérance". Les voisins surenchérissent, eux sont musulmans. On n'a jamais vu ça, dans les familles mêmes on trouve musulmans et chrétiens, il ne pourra pas nous diviser ! Non seulement il s'est attaqué aux chrétiens mais aussi aux musulmans.

Au retour, dans la chaloupe qui nous mène à Gorée, les gens sont excités, parlent fort. C'est le choc.

Quant à notre soeur, elle serait prête à se mettre elle-même sur la croix pour crier sa colère. A court d'arguments, en s'étouffant presque, elle nous lâche un Alléluia !  Alléluia !  Dieu est avec nous. Je la regarde partir, elle marche à vive allure, à petits pas, minuscule, ébranlée par ce qui vient de se produire et prenant les gens à partie.

Alléluia !!!

 

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Commentaires

Ici en France, je fête Tabaski et Noël avec mes amis... J'espère bien que la "guerre" religieuse n'atteindra jamais le Sénégal...

Écrit par : Spipou | 31/12/2009

@Djemâa
Je ne sais pas comment vous expliquez ça, mais des générations de philosophes n'ont pas réussi à l'expliquer non plus. :)
Depuis que l'humanité existe, l'être humain a déjà bien des problèmes à affronter sur cette terre, ne serait-ce que pour sa survie, mais il faut encore qu'il s'en rajoute, et pour quoi ? Se battre pour savoir si Dieu est unique ou le même en trois personnes, ou des c... comme ça...

Enfin, rien de vraiment nouveau sous le soleil. Malheureusement !

Écrit par : Spipou | 31/12/2009

Si Dieu existe, et s'il est vraiment infiniment bon, il doit vraiment se faire du mauvais sang pour le bordel qu'il a foutu sur terre !

Excusez-moi du ton de mes commentaires, mais l'incident auquel vous avez assisté me révolte et m'attriste profondément. Je n'aurais jamais cru que ça arriverait au Sénégal, alors que je reçois des textos de Joyeux Noël depuis Rufisque et Kaolack, et que j'en envoie moi-même pour Tabaski...

Écrit par : Spipou | 31/12/2009

Voici ce qui arrive lorsqu'un pays historiquement démocratique, pacifique et plurireligieux comme le Sénégal confie le pouvoir à un politicien qui privilégie ouvertement les intérêts de sa confrérie (les mourides) contre les autres principales croyances du pays (tidjanes et chrétiens). Même si c'est dans l'air du temps, c'est infiniment regrettable. Evidemment, il se mêle à cela de sordides raisons financières et de non moins sordides arrières-pensées électoralistes.
Tout cela ne va pas manquer de réveiller les tendances sécessionnistes casamançaises à dominante chrétienne.
Espérons que les Sénégalais, qui sont gens majeurs et informés, sauront éviter ce piège terrible qui leur est tendu en renvoyant le fauteur de troubles dans ses foyers lors des prochaines élections.

Écrit par : Philippe Souaille | 31/12/2009

@Philippe Souaille

Je ne sais pas ce que fait et dit actuellement Abdulaye Wade, mais au début je trouvais qu'il était bien : par exemple, il a officiellement aboli la peine de mort au Sénégal (même si la peine de mort avait été très peu appliquée depuis l'indépendance, elle n'avait pas été abolie). Au lendemain du 11 septembre, il a été le seul chef d'état africain à s'opposer fermement au terrorisme, réclamant une action interafricaine pour lutter contre ce dernier ; cette action commune s'est enlisée dans les sables des organisations inter-africaines, mais ce n'était pas de la faute de Wade. Et pour prendre un problème pour lequel j'avais milité, il y a environ 3 ans, j'avais écrit, dans le cadre d'un mouvement contre les exécutions de personnes mineures en Iran, à différents chefs d'état et la seule réponse - très encourageante - que j'avais reçue venait de la Présidence du Sénégal. Je n'avais reçu aucune réponse de la Présidence Française (Jacques Chirac à l'époque).

Maintenant, devant l'érosion de sa popularité, que Wade favorise les Mourides, je veux bien vous croire. J'ai aussi entendu pas mal de choses sur l'appétit personnel démesuré de Madame Wade.

Egalement, Abdulaye Wade est l'un des dirigeants de pays pauvres qui "drague" l'argent des Mollahs Iraniens - argent que les Mollahs accumulent en pillant à leur profit les ressources, pétrolières et autres, mais la liste est longue et je ne vais pas écrire un commentaire de trois pages - pauvreté du pays oblige, mais j'imagine que ce rapprochement Sénégal-Iran ne va pas sans l'obligation de donner quelques gages au pays payeur. Citons aussi l'appropriation progressive de l'espace économique sénégalais par le Maroc, qui s'accompagne de l'établissement de madrassas de plus en plus nombreuses...

En dehors de l'appétit de pouvoir que manifeste tout gouvernant, c'est ce qu'on appelle la maladie du pouvoir, est-ce que Wade, dans ce constexte, a les mains vraiment libres ?

C'est pour ça que je souscris totalement aux propos de Breyten Breytenbach : [il nous parle de] "l'Afrique et de la nécessité absolue d'accéder à son autonomie économique".

Écrit par : Spipou | 31/12/2009

Bonsoir ma compatriote,
Bonne et heureuse année 2010. Bon courage pour cette lutte...

Écrit par : Haykel | 01/01/2010

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