30/11/2009

PUB SUR FOND DE MINARET

imgad.jpgPour ne pas manquer l'occasion de garder notre sens de l'humour, tandis que tout le monde s'étripe sur les blogs et ailleurs du reste ,  la TDG affiche cette pub sur ses pages virtuelles  à côté des blogs enflammés sur les minarets.  Comme quoi tout est bon pour faire de la pub.

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26/11/2009

Les minarets qui minent

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Genève troublée par ses minarets qui minent le moral et qui me rappellent les  minarets et  murs criblés d’impacts de balle à Sarajevo, cette ville qui présente encore au regard des passants des façades vérolées, des immeubles entiers détruits, bouches béantes au milieu de la ville. Un musée national à peine épargné, l’aile gauche quasiment vide où une longue barque est exposée sous verre, seule, dans une immense salle, comme si elle partait à la dérive. La partie consacrée à l’histoire naturelle présente une collection extraordinaire de papillons et minéraux. Tout rappelle encore la guerre pourtant finie il y a treize ans.

Sarajevo  est un chantier ouvert, on y voit de nouvelles constructions un peu partout et qui poussent comme des champignons, mais surtout la construction ou la réhabilitation de plus de 150 mosquées après le conflit dans tout le pays dont de nombreuses à Sarajevo. Bâties à la-va-vite, supplantant les espaces consacrés aux écoles ou à d’autres espaces de vie plus utiles après la guerre. L’objectif “purifier” un islam considéré comme déviant et transformant la ville en "chaudron de l'islam radical."  A la tête de celles-ci des imams wahhabites fanatiques, des fonds qui financent les conversions et permettent d’aider des bosniaques des campagnes convertis à un islam radical de s’installer, aujourd’hui, au coeur de la ville.

Durant la guerre, la distribution du pain était conditionnée au port du voile, au préalable, de toutes les femmes d’une famille, certaines jeunes filles étaient payées l'équivalent de 100 euros pour se voiler, politique de la carotte et du bâton sur fond de guerre, prosélytisme intransigeant pour soumettre ces Bosniaques dont l’ islam modéré aux signes extérieurs discrets, fait frémir la barbe des intégristes. Les minarets ne sont en réalité que la pointe de l’iceberg.

Dès 1992, la Bosnie totalement abandonnée des Européens confient ce pays déchirés aux détracteurs de la “guerre sainte”, Moudjahidin qui défendent  la religion pour le compte  des Bosniaques. 300 organisations tenues par des wahhabites s’installent en Bosnie qui se transforment peu à peu en avant-garde wahhabite en Europe avec ses "soldats de dieu" venus d’Afghanistan, du Soudan, d’Egypte, d’Algérie, d’Arabie Saoudite, d’Iran et du Pakistan, quatre à six milles. Nombreux d'entre eux resteront après la guerre en Bosnie en épousant  des femmes bosniaques.

A l’issue de la guerre, on découvre un intégrisme planant tel un vautour au-dessus du charnier qui vient se nourrir des restes de la guerre pour venir imposer sa loi à travers ses medressas et prêches religieux. Avec un 60% de chômage, les autres mal payés ou payés irrégulièrement, la tentation intégriste est grande et elle apporte ses avantages matériels conséquents, des arrangements, des pistons pour des
emplois. Durant la guerre, on rétribuait les familles qui acceptaient de voiler leurs femmes de 50 DM  à 100 DM  (entre 25 euros et 50 euros)


Mais qu’attendent, en réalité, les Bosniaques, plus de religion ? Non, ils veulent plus d’usines, plus d’emploi, une vraie relance de l’économie et moins de mosquées, s’il vous plaît. Les corans distribués à la pêle n’ont jamais nourri personne.

Le pire serait- il encore à venir et se profilerait nettement à l’horizon ? Une région tout entière qui pourrait, peu à peu, se trouver infiltrée par des
fondamentalistes venus de l’Arabie Saoudite et de l’Indonésie et avec pour nouvelle arme, cette fois-ci, non pas des snipers, mais des livres religieux et l’application de la charia pour tous.  Les barbus ou les "barbouzes" selon, s’ installent déjà par groupes dans et aux abords des mosquées à imposer leur wahabisme étriqué, aussi insidieux que les snipers serbes ! La seule solution pour éviter toute nouvelle violence, serait s’engager dans un véritable processus de laïcisation intégrant les différentes sensibilités plutôt que laisser s'installer et se répandre comme tâche d'huile, un fanatisme aux conséquences désastreuses et imprévisibles.

Genève  aura-t-elle  aussi envie de voir  des  minarets en territoire multiconfessionnelle comme l'était avant la guerre  Sarajevo ?

Moins de religion, plus d’humanité ! Mon Dieu,  épargne-nous de tes fidèles, pour l'amour du ciel.

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24/11/2009

L’infarctus du poisson rouge


555166955.JPGCes nageoires rouges-oranges si fines, translucides, dentelées sur les extrémités pendent misérablement.  Il  touche presque le fond de l’aquarium, légèrement  arc-bouté. Un spectacle affligeant qui vous coupe le souffle,  une fraction de seconde. La vie s’en est allée, sans bruit, bue par l’eau, aspirée tout entière. Pauvre bête ! Le héros de mon roman s’est fait la belle avant la fin, il a clos un chapitre à sa manière, il a marqué le point final, tiré le rideau sur sa courte vie de poisson rouge. Une amie à qui je racontai ce triste évènement, très attentionnée  me transmettra ses condoléances sur un ton grave, d'une voix profonde.

D’abord bouleversée, je constate que dans mon roman, les poissons rouges flottent le ventre  à l’air à la surface de l’eau et ce que je vois-là sous mes yeux m’offre un spectacle très différent affreusement pathétique. Le passage de la littérature à la réalité est nette, tranchant comme une lame de rasoir.

Le deuxième cyprinidé se retrouve seul, il tourne en rond, solitaire. En l’espace de quelques heures, je passe de croque-mort de poisson rouge à agente matrimoniale. Au magasin d’aquariophilie, je décris le drame. Le vendeur, peu loquace conclut à un infarctus. Il m’en propose un autre rouge, minuscule. De toute urgence ne surtout pas laisser l’autre seul, il risquerait aussi de passer l'arme à gauche.  Il n’y a peut être pas que les humains qui meurent de solitude.

En suivant les instructions du vendeur, j’acclimate peu à peu la nouvelle ou le nouveau venu, comment distinguer le genre,   j’observe la rencontre qui se déroule dans une indifférence parfaite. Puis, la vie semble reprendre son cours, tranquille, lente, silencieuse.  Ils nagent  côte-à-côte, s’ignorent superbement.

Mariage de raison, c’est sûr !

Les pages de Marguerite Duras sur la mort d’une mouche et qui m’avaient beaucoup impressionnée me reviennent peu à peu et je pense que ces lignes sont aussi bien adaptées  à la mort d'un  poisson rouge.

"La mort d'une mouche, c'est la mort. C'est la mort en marche vers une certaine fin du monde, qui étend le champ du sommeil dernier. On voit mourir un chien, on voit mourir un cheval, et on dit quelque chose, par exemple pauvre bête....Mais qu'une mouche meure, on ne dit rien, on ne consigne pas, rien.

Le bruit des élytres a cessé. La mouche était morte. Cette reine. Noire et bleue.

Celle-là, celle que j'avais vue, moi, elle était morte. Lentement. Elle s'était débattue jusqu'au dernier soubresaut. Et puis elle avait cédé. Ça a peut-être duré entre cinq et huit minutes. Ça avait été long. C'était un moment d'absolue frayeur. Et ça a été le départ de la mort vers d'autres cieux, d'autres planètes, d'autres lieux.

Je voulais me sauver et je me disais en même temps qu'il me fallait regarder vers ce bruit par terre, pour quand même avoir entendu, une fois, ce bruit de flambée de bois vert de la mort d'une mouche ordinaire.

Oui. C'est ça, cette mort de la mouche, c'est devenu ce déplacement de la littérature. On écrit sans le savoir. On écrit à regarder une mouche mourir. On a le droit de le faire."


Marguerite Duras (Écrire 52-53)

22:10 Publié dans littérature | Tags : poisson rouge, marguerite duras, ecrire | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

20/11/2009

La triste vie des auteurs !

Le grand jour de la dédicace est arrivé, c'est un événement important  Le carton de livres est dans la voiture, il me faudra les apporter à la librairie plus tard dans l'après-midi. Je parque ma voiture devant des travaux et  à ma grande surprise, on vient de m'enlever le véhicule avec tous les bouquins dedans prévus pour la séance de dédicace. J'appelle aussitôt la police au  "117"- Bonjour, vous m'avez enlevé mes livres, où sont-il ?  A la fourrière ! Je les imagine dans un sombre garage, eux qui devaient briller de leurs mille feux !  Je soupire, il y a des jours comme ça..............

Mais rassurez-vous, entre temps,   je les ai récupérés avec la voiture donc au plaisir de vous rencontrer .

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16/11/2009

Trou dans le CV ou vue sur la mer !

Fly_dédicace.jpgPour parler enfin de nos trous dans le CV avec joie  et confiance !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'AVIS DE L'EDITEUR
Et si le vivant, l’homme, ne résidait pas dans le parcours que liste soigneusement son CV, mais dans les blancs inexpliqués de celui-ci, dans les années d’interruption, de rêve, de liberté, de créativité, où il échappe au rouleau compresseur de la "productivité" et de "l’efficacité"? Et si nous réapprenions à valoriser l’individu, à insuffler un peu d’humanité dans une chaîne de travail disséquée, démembrée, bien délimitée? C’est ce que nous souffle Djemâa Chraïti, dans un joli texte qui mêle les voix fictives d’artistes, de penseurs, de poètes (qu’aurait pensé un employeur de nos jours devant le CV de Chopin, de Frida Kahlo?) à celles bien réelles d’inconnus "troueurs de CVs", qui ont mis entre parenthèses leur vie professionnelle pour s’occuper de leurs enfants, prendre soin de leur santé, ou tout simplement obéir à un irrépressible besoin de liberté. Un appel émancipateur et salutaire dans un monde du travail qui se déshumanise de plus en plus.

 

RESUME
Les employeurs se méfient des "trous" dans les CVs, des plages vides, des années "inactives". Vides? Inactives? C’est pourtant ces zones d’ombres qui intéressent Djemâa Chraïti, ces irrégularités de vie qui permettent à l’humain de l’emporter sur le monde policé de l’entreprise. Dans un monde où le travail se dépersonnalise de plus en plus, où l’homme est oublié au profit de la productivité, où les tâches sont fragmentées jusqu’à réduire à néant l’horizon de l’ouvrier, Trou dans le Curriculum Vitae apparaît comme un remède efficace. Texte chaleureux, personnel, qui s’adresse directement à ceux qui travaillent comme à ceux qui sèment leur CV d’escapades salutaires, il est un véritable éloge à la vie, à la liberté, à la solidarité, dans une volonté de repenser le monde de l’entreprise.

Pour en savoir plus

http://www.publibook.com/boutique2006/detail-4506-PB.html


Parcours professionnels interrompus: les trous dans un CV ne doivent pas être tabous

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/0363a024-61ca-11de-a6ab-1...

 

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14/11/2009

LE COLIS

images.jpgCette fois-ci, elle en était  sûre et certaine, il n’y avait  plus aucun doute, les  hommes et les femmes viennent  assurément de planètes différentes. Lorsqu’elle lui a annoncé la rupture, il l’a immédiatement prévenue  qu’il lui enverrait un colis  réunissant tous les objets qu’elle lui avait offerts,  tout au long de leur relation. Oui ! Oui ! ‘C’était un potlatch sentimental, pareil aux chefs indiens, il brûlait symboliquement tous ces petits riens pour lui prouver qu’il était libre sentimentalement, qu’il ne devait rien, qu’on ne l’avait pas acheté, ni attaché, par ce geste chargé de sens, il voulait se montrer détaché………distant……….
Et cette idée si étrange la  fit rêver , elle l’imaginait choisir la grandeur du paquet, faire le tour de son appartement, en quête de ces témoins amoureux qui n’avaient plus leur place, partir à la chasse, fureter partout, parce que de ces petits riens,  ils essaimaient partout chez lui, elle avait pris ainsi,  à travers eux, sa place chez lui, :  dans la salle de bains, dans la cuisine, dans son armoire, dans sa bibliothèque, et encore là où il ne pourrait pas les arracher, tant ils sont restés accrochés, agrippés désespérement  à  son coeur . En une phrase, en quelques mots,”je te quitte”,  les voici tous devenus orphelins, transformés en souvenirs désagréables.

Elle se mit à songer à  l’armée de  petits cadeaux qu’il réunirait et toc, elle se dit qu’elle en ferait  de même.  Elle aussi potlachera, chez elle, elle farfouille dans son tiroir, en extrait la bague en argent ciselée avec sa perle de corail, l’admire tant elle est jolie. L’enfile à l’annulaire, éloigne sa main pour mieux l’admirer. Ah! Qu’elle est belle.  Les livres, les habits réunis, elle les glisse dans un grand sachet plastique  sur lequel est inscrit en gros caractères “Ne me jetez pas dans la nature”.

L’heure du rendez-vous est là , il a décidé de lui donner en personne son colis.  Ils s’asseient dans un coin du bistrot, chacun pose sur la table son paquet comme si c’était de la dynamite, délicatement, sans mot dire. Ils s’observent longuement, et elle de tenter de se souvenir de tout ce qu’il pouvait y avoir là-dedans. Curieuse, elle lui demande d’ouvrir le paquet sous prétexte qu’elle aimerait vérifier qu’il ne se soit pas trompé en confondant ses cadeaux avec celle d’une autre. Lentement, il s’exécute, ouvre large les deux pans du colis. Elle s’exclame . Non ! Tu n’as pas le droit de  me rendre ce carrousel, - minuscule jouet d’enfant, coloré, mécanique-  ce n’est pas un cadeau sentimental, c’est…………………….euh.....................elle ne trouve pas ses mots, elle les cherche, la seule chose qu’elle ressent est un immense chagrin, pourquoi ce carrousel la touche-t-elle   autant ? Les larmes lui montent aux yeux. De tous les objets rendus, celui-là l’émeut particulièrement . Toujours au fond du carton, des livres, des lettres d’amour dorénavant vides de sens,  des babioleries : un marché aux puces sentimental…………

Il voit la bague  à son doigt, elle hésite, elle est si jolie, non pas tant pour son prix, mais contrairement à lui, les objets qu’il lui a offerts, elle continue à les chérir.  Elle la palpe lentement, sensuellement et décide de ne pas la lui rendre.  Il sourit, il aurait souffert, c’est la seule chose qui l’aurait vraiment fait souffrir et elle le sait. Peu à peu, la conversation, murmurée,  timide reprend, ils se remémorent à quelle occasion ils s’étaient offerts toutes ces petites choses. Sicile, la petite statue noire pour le jour de son anniversaire. Rome, après une monstrueuse scène de jalousie, le collier réconciliateur.  Elle extrait, à son tour, les objets du sachet. Ils les commentent, finissent par sourire,  se regarder longuement……………………se prendre par la main, il lui caresse en silence la bague………………..

Le carrousel se remet à tourner après s’être interrompu un moment comme pour reprendre son souffle :  tourne, tourne, le carrousel……..Ils s’embrassent tendrement et repartent,  bras dessus bras dessous,  avec chacun son colis et son sachet sous le bras.

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09/11/2009

Le "Nègre Gelé" de Diemtigtal

images.jpgEn voyant les premières neiges sur les sommets des montagnes, le souvenir de l'Africain gelé en février 2009 à Diemtigtal ressurgit tel un fantôme dans ma mémoire. J'imagine encore cette triste histoire, la tragédie d'un homme qui n'avait pas reçu la juste information au bon moment , ce réfugié à qui on n'avait pas suffisamment expliqué en quoi consistait son statut de NEM - non entrée en matière.  Il a préféré s'enfuir, se cacher, il le payera de sa vie, de sa méconnaissance des conditions rigoureuses des montagnes suisses en hiver. Ce fait divers a été repris de manière libre dans un prochain roman, mais tout en écrivant cette histoire, je songe à l'errance solitaire de cet homme jusqu'à sa fin ultime. Paix à sa mémoire !

 

"Amir  se souvient d’avoir croisé au Centre de requérants , Mustafa, un Somalien très souriant avec qui il partageait les tâches de nettoyage du réfectoire, Mustafa parlait dans un anglais hésitant. Un jour, il vit que le Somalien était très dépité, il venait de recevoir une réponse négative en lien avec sa demande de statut de réfugié, il craignait tant d’être renvoyé en Somalie, ce qui signifiait pour lui la fin de tous ses espoirs, la mort. On lui colla l’appelation d’un NEM, non entrée en matière. Il lui fit comprendre qu’il allait disparaître bientôt, se volatiliser pour être sûr de ne pas être rapatrié chez lui. Effectivement, un matin, on constata que Mustafa avait disparu.

Quelques mois plus tard, sur un ton laconique, le présentateur du téléjournal annonçait un “Nègre gelé” dans les Alpes, le descriptif correspondait si bien à lui, qu' Amir était certain qu’il ne pouvait s’agir que de Mustafa bien que personne ne connaissait de manière précise le nom de l’Africain gelé ou du moins on n’estima pas nécessaire de le nommer ni de révéler  sa véritable identité. Il avait déchiré ses papiers, s’était réfugié en plein hiver dans les hautes montagnes sans connaître les conditions exactes et cruelles des froids hivernaux. Les villageois de Diemtigtal dans l’Oberland bernois, s’étonnaient de voir un Noir, si noir sur cette neige blanche que l’on voyait apparaître et disparaître au fond de cette vallée des Alpes bernoises sises à 1600 mètres d’altitude. Les chasseurs avaient écarté l’idée qu’il puisse s’agir d’ un homme et encore moins d’un Africain, aucun homme ne pouvait échapper aux nuits glaciales. De vieilles légendes réapparaissement comme par enchantement. Les dires des anciens du village se réactualisaient et se réinterprétaient sans fin au vu des derniers événements, des histoires de fantômes, de revenants, de loups-garous ressurgissaient comme par miracle, les vieilles histoires cachées du village transpiraient, refaisaient surface avec toute sa cohorte de vieilles haines,  transmises de génération en génération,  entre les familles du village.  On se souvenait de la jeune fille morte dans des douleurs atroces après un avortement subi à la sauvette à l’aide d’aiguille à tricoter, son fantôme probablement ou celui de son enfant devenu grand. Ou alors l’assassin du boulanger qui a été pendu, haut et court, autrefois et qui s’avérait être innocent et qui désormais hante les blanches montagnes pour décrier la noirceur du monde.

Soit la présence fugitive de cet Africain dont on ignorait tout et dont même la présence était incertaine avait réveillé les mémoires, délié les langues, dans les bistrots on commentait la chose en baissant la voix de crainte d’être entendu, d’effrayer les femmes et les enfants. La région entière finissait par vivre à l’ombre de l’Africain errant transformé en arbre à palabres des villageois qui commentaient cette noirceur du fond de leur verre de blanc. Une femme prétendit l’avoir aperçu; un Africain qui avait si fière allure. Une autre serveuse à qui il commanda à boire, un jour, appela la police très inquiète de voir un Africain pour la première fois dans cet endroit perdu, dans ce trou du cul de Judas. Le policier très débonnaire lui dit qu’en Afrique on n'appelle pas la police lorsqu'un  Blanc commande à boire et qu’il ne voyait pas pourquoi il devait se déplacer pour un contrôle d’identité chaque fois qu’un Noir commandait à boire dans un village perché des Alpes suisses.

Mustafa donc se réfugia d’un cabanon à l’autre, il entrait par effraction, y passait une nuit ou deux sans rien voler, ni nourriture de réserve qui se conservait longtemps, ni habit, ni couverture. Juste dormir, échapper à la police se croyant pourchassé.  Puis une propriétaire d’un de ces refuges de montagne réalisant que quelqu’un y avait passé la nuit, fit cadenasser la porte épaisse en bois. Décision fatale, ce fut précisément devant cette cahute “Ramseli” que Mustafa arriva épuisé, transi de froid, il n’eut plus la force de revenir en arrière, il tenta en vain avec ses dernières forces de fracturer le volet, mais il s’affaissa et le froid fit le reste. On le retrouva raidi, tout gelé couvert d’une mince pellicule de neige. La police enquêtera principalement sur le fait de savoir ce que le pauvre homme avait volé pour survivre.
Au sein de la résidence, cette histoire fit grand bruit, les Somaliens craignaient tous de finir gelés comme leur compatriote. Mais il aurait suffi d’expliquer à Mustafa que même si la loi était inique, car quand bien même le statut de réfugié lui était refusé, il ne pouvait pas être renvoyé chez lui et qu’en bout de course, il se retrouverait simplement dans une situation illégale et qu’hormis notifier l’infraction, la police se trouverait contrainte de le relâcher après le contrôle de routine. C’était une de ces situations kafkaïennes dans laquelle, le gouvernement se plaisait à engluer les demandeurs d’asile déboutés.

22:43 Publié dans Solidarité | Tags : diemtigtal | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |