25/10/2009

Van Gogh-Gauguin – La dramatique cohabitation à Arles


om3308.jpgEté 1888- Vincent Van Gogh attendait avec impatience la venue de son ami Gauguin à Arles, il écrivait régulièrement  à Théo, son frère, le rassurant sur les perspectives financières bien engagées : investir sur le deuxième lit pour son ami et finalement à deux ils feront caisse commune et partageront les frais. Les questions matérielles réglées, le logement, le pain quotidien et la couleur assurés, il s’adonneront entièrement à la peinture,  corps et âme. A eux deux, ils recréeront le Pont-Aven du Sud et soutiendront  ensemble le “siège de l’insuccès”. “Se résigner à vivre en moines ou en ermites, avec le travail pour passion dominatrice, avec résignation du bien- être.” Des lettres et des lettres destinées à Théo qui montrent avec quelle fébrilité, ferveur et impatience Vincent attendait  Paul Gauguin. 

Le grand Paul finit par arriver, par un matin d’automne,  un peu cassé après quinze heures de voyage et les six changements de train,  en provenance de Pont-Aven en Bretagne et déjà usé aussi par les maladies tropicales.  Il est  choqué à la vue de la Maison Jaune de Vincent, il critique tout, pas un mot de remerciement à cet ami qui prépara sa venue avec tant d’amour et qui souhaitait “rendre la plus jolie pièce d’en haut aussi bien que possible comme un boudoir de femme réellement artistique.” Effectivement, la chambre de Paul irradiait du jaune tournesol qui était une obsession chez le “Hollandais fou”. Paul  a fini par l’associer à cette fleur et l’avait représenté peignant des tournesols, s’immolant dans ce jaune tourmenté, Vincent n’apprécia pas son portrait :”Oui, c’est bien moi. Mais fou.”
selbstbildnis_les_miserables_hi.jpgA vivre ensemble, Vincent découvre chez Paul,  hormis un grand peintre, un ami et un bon cuisinier, ils se partagent  les tâches, Paul range, Vincent salope ! Paul fait le ménage, Vincent les courses, un jour sur deux , chacun fait le ménage. Ils travaillaient tous deux d’arrache pied à leurs tableaux, se concertent, s’encouragent, Paul aurait plutôt tendance à critiquer le travail de Vincent.  Vincent,  lui,  admire les oeuvres de Paul et l’écrit à  son frère, Théo :  “Gauguin travaille  à une femme nue très originale dans du foin avec des cochons… Il a fait revenir de Paris , un pot magnifique  avec 2 têtes de rat.”
Arrivé en octobre, les relations entre Gauguin et Vincent sont déjà au plus mal en décembre, le 23 décembre,  il envoie une lettre à Théo précisant que " Gauguin est découragé de la bonne ville d’Arles, de la petite maison jaune et de Vincent lui-même”. Ce soir-là ils se disputent, Vincent menace Gauguin avec un rasoir, finalement il se tranche une partie de l’oreille gauche, l’enveloppe dans du papier journal pour l’offrir à Rachel, sa prostituée préférée, filiforme,  qui travaillait chez Mme Virginie. Cette Rachel pour qui Vincent puisait  dans la cagnotte commune destinée aux frais généraux de la maison et qui faisait hurler Paul qui insistait auprès de Vincent qui n’avait qu’à faire comme lui et séduire des femmes, ça coûterait moins cher !

gaugin-paul-29.JPGDe ce séjour à Arles, Gauguin emportera avec lui une passion pour les tournesols, il en fait planter à Tahiti, et plus tard les acclimatera aussi dans les îles Marquises, illuminant son jardin, hommage au “Hollandais fou” ? Mais encore il les peints, tournesols dans  un fauteuil, un oeil rivé au coeur de la fleur fixe le spectateur. Vincent fixant Paul  ? La conscience torturée de Paul trois ans (1901) après la nuit dramatique du 23 décembre 1888 ?

Malgré la  fin tragique de Paul dans les îles Marquises, la jambe purulente, épuisé, pauvre, il gardera un souvenir ému de Vincent et ses corbeaux qui rêvait de créer les Ateliers du Sud où vivrait la future communauté d’artistes qu’ils fonderaient dans les pays exotiques. Et sans le savoir, Paul avait réalisé le rêve fou du Hollandais, en créant à Tahiti l'Atelier des Tropiques, un endroit primitif où l’argent y serait aboli, la fraternité des artistes trouveraient là un paradis entièrement voué à l’art.

 

Sources : Vincent Van Gogh - Lettres à son frère Théo

Mario Vargas Llosa - Le Paradis - un peu plus loin

Portrait de Van Gogh par Paul Gauguin

Autoportrait de Paul Gauguin - Les Misérables, lui représenté en Jean Valjean,  en arrière fond le portrait d'Emile Bernard

22:15 Publié dans Culture | Tags : van gogh, gauguin | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | | |

Commentaires

Super cet article. Quelle bonne idée. Merci.

Écrit par : hommelibre | 25/10/2009

Bravo Djema,
Votre texte sur la pathétique relation Gauguin-van Gogh est parlant ! Vous avez su relater avec exactitude cette atmosphère si particulière qui a entretenu leur relation. Votre écriture ne souffre pas de ces éternelles remarques personnelles "puisées" dans tous les livres précédents traitant de cette belle et ô combien douloureuse histoire des souffrances des artistes créateurs.
A vous lire, on devine sans ambiguïté la sincérité qui est la vôtre dans votre analyse des "choses de la vie des hommes".
Poursuivez ainsi, car je pense que vos lecteurs ne pourront qu'apprécier vos écrits !
Cordialement, Alain Vermont.

Écrit par : alain vermont | 10/11/2009

Bonjour, Comme vous faites référence à Mario Vargas Llosa, je retrouve textuellement des phrases du livre "Le paradis-un peu plus loin"...Seulement quelles sont les sources de Vargas Llosa? Vous les avez vérifiées, ou simplement vous vous êtes contentée de tirer quelques phrases sur le peu de choses qu'il écrit de ces deux mois passés à Arles? Tout au long de son livre, il entre dans le personnage de Gauguin, et il parle du "Hollandais fou"...Seulement à la fin, il parle de Vincent...
Mais, même si je trouve facile de faire ce que vous avez fait, cet article peut inciter à lire le Paradis, qui raconte de la même manière fictionnelle la vie de la grand-mère de Gauguin, Flora Tristan.
Où est la vérité?
Vargas Llosa a une imagination débordante, et un sacré talent... On ne peut lui reprocher d'inventer, c'est ce qui différencie le romancier du biographe, n' est-ce pas?
Et finalement lequel de ces deux artistes était le "plus fou"? Il y avait Vincent , qui était tellement malheureux! Croyait-il vraiment en cette "Maison du jouir" que son ami Paul a enfin bâtie en pensant à lui, Vincent?
Il apparaît que Gauguin n' aurait pas laissé de bons souvenirs dans les îles... mais ceci n' est pas un souvenir, c'est une réputation... vraie ou fausse! Bonne ou mauvaise. Rien de plus!Hommages aux deux grands artistes.

Écrit par : malléjac | 21/02/2013

Merci pour ce texte brillant!

Écrit par : Yves GAY | 06/05/2015

Merci Monsieur Gay, comme vous avez pu le ressentir, Van Gogh m'émeut au plus haut point, sa correspondance avec son frère Théo m'a littéralement bouleversée et profondément marquée.
Ce commentaire venant d'un critique d'art et chroniqueur est donc pris comme un compliment qui m'honore.

Écrit par : djemâa | 06/05/2015

Les commentaires sont fermés.