27/09/2009

L’épuisement des vieux migrants !



main_d_un_OMI.jpg30 ans, 40 ans de vie sur les chantiers inscrits au bout des mains, des bras, des jambes, du coeur laissant des traces profondes sur la santé et qui démontrent que face à la vieillesse on est pas tous égaux non plus.  Pour les femmes, une vie de ménage chez les autres:  courbées, penchées, pliées à récurer, frotter, aspirer. Pour les ouvrières penchées toute la journée ou à répéter des millions de fois les mêmes gestes, mécaniques, précis, si cruels pour les bras et le dos.  La langue à peine apprise. Pas le temps !  Il fallait nourrir des bouches et qui fait qu'on n'a toujours tout compris qu'à moitié et qu'on n'a jamais pu tout à fait se faire comprendre non plus.   Et le temps de s’arrêter est déjà arrivé, on n'a rien vu  venir, le temps a filé, glissé comme du sable entre les doigts, on a juste pu travailler comme des forçats à plein temps pour se nourrir et se vêtir.  Les enfants sont déjà grands, ils avancent tout gentiment, parfois ils rougissent de présenter leurs vieux parents qui parlent le français avec les gros outils de chantier. On extrait les mots à la pioche et on les balance comme on peut ! Les faire écrire vous oubliez, même au pays, ils ont à peine été à l’école et leur langue maternelle, ils la parlent sans vraiment pouvoir l'écrire !

Le rythme durant toutes ces années de travail pour certains était simple, une fois par an retour au pays.  On  y construisait la maison qui devait les accueillir pour le temps de leur retraite et les enfants enfin nés ailleurs qui pourront revenir et continuer leur vie au pays des parents. Tous ensemble, ils reviendraient un jour. Pendant trente et quarante ans, c'est ce rêve chaud et intense qui donnait du sens à ces levers à quatre heures du matin par un froid glacial , à marcher dans la nuit des matins d'hiver pour rejoindre le chantier, tandis que les femmes couraient emmener les enfants à l'aube à la crèche et qui arrivent déjà épuisées à l'usine.

Aujourd’hui, les enfants ! Il ne faut même plus y penser, ils sont de là où ils ont grandi et ne parlent pas la langue des parents.  Vaille que vaille, les vieux continuent à s’y rendre de plus en plus fréquemment, mais la vieillesse est bien là avec son lot de petites et grandes misères. Les rendez-vous chez les médecins qui impliquent d’écourter le séjour, les maladies chroniques qui exigent de renouveler les médicaments tous les trois mois et qu’on ne trouve pas dans son pays.  Alors, certains préfèrent laisser aller la maladie, lui foutre un couvercle dessus et advienne que pourra. Evidemment à la prochaine visite médicale, le médecin n’a plus qu’à constater une pejoration de la maladie.  La maison construite alors qu'on était encore relativement jeune a vieilli ,elle aussi, et qu’il faudrait la  retaper, mais on n’a plus la force de le faire soi-même et on n’a forcément pas beaucoup d’argent.

Les allers-retours incessants, déchirés encore plus qu’ils ne l’étaient jeunes, parce qu’avant on laissait les parents derrière et maintenant ce sont les enfants.   Ils doivent respecter les durées de séjour à l’étranger  pour ne pas perdre leurs droits aux prestations alors qu’il devient de plus en plus difficile de bouger si vite, et si souvent, l’âge avançant, on aurait plutôt envie de ralentir, trois mois sont devenus si courts.
Certains vieux migrants bien qu’ils aient la nationalité du pays hors du contexte de leur travail ne connaissent pas forcément leurs droits, ils n’ont plus les potes du chantier ou de l’usine pour refiler des tuyaux, or forcément l’isolement guette, la précarité est à deux pas, la dépression encore plus proche quand ce n’est pas l’alcool.

Ces vieux migrants sont plus exposés que d’autres, une étude en France démontre que ces travailleurs souffrent dès l’âge de cinquante-cinq ans de pathologies qu’on ne rencontre chez les Français que parmi les personnes de vingt-ans plus âgées.


Les retraites  relativement basses pour tous, les exposent eux particulièrement qui souvent ont connu un parcours professionnel en dent de scie  à une précarité  certaine.

Un autre phénomène qui apparaît de manière évidente est l’épuisement général. Au niveau de la langue apprise, il y a un  régression, ils la parlent moins étant moins  en contact avec d’autres personnes. Plus isolés, ils soufffrent de solitude et déchirés entre deux pays, leur rêve de retour au pays une fois arrivé à la retraite disparaît irrémédiablement face aux difficultés en lien avec le manque d’argent et une santé plus fragile : les années de labeur se paient cash !

Ça sera éternellement difficile d’être d’ici et là bas, jamais tout à fait partis, jamais tout à fait arrivés, et déjà en repartance pour un hypothétique ailleurs.

10:23 | Tags : migrants | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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