01/08/2009

Chronique africaine - Une terre gorgée de sang

ug5_4964-1.JPGIl est 4 heures du matin, sur la route du Botswana en provenance du Zimbabwe, la  limousine engloutit l’asphalte, silencieuse et  aérienne, les roues effleurent à peine la route. Confortablement installée à l’arrière, j’apprécie,  à l’horizon,  la promesse de l’aube  qui annonce  un  embrasement superbe aux couleurs arc-en-ciel.  Les arbres fantomatiques de ces grands espaces semi-désertiques sont en faction, veilleurs et gardiens attentifs de ces étendues infinies.

La vitre baissée, je profite de l’air frais du matin, une bise légère souffle agréablement sur mon visage. J’aspire à pleins poumons l’odeur de cette terre aux senteurs chaudes et riches qui taquinent agréablement les narines. Un doux répit avant les grosses chaleurs qui s'imposent jour après jour, sans surprise,  une fatalité qui s'acharne sur vous.

Au volant de la belle voiture, un riche homme d’affaires indien, ses doigts boudinés dégoulinent de bagues en or, énormes et qui tiennent le volant d’une manière désinvolte, le coude appuyé sur le bord de la fenêtre. Son corps massif emplit tout l’espace, il est profondément câlé dans son siège.
Sur la route au loin, devant nous, un groupe d’hommes est penché sur quelqu’un, l’image est encore floue, mais au fur et à mesure que nous avançons, elle se précise dangereusement sous nos yeux étonnés. 
Ils traînent un homme couché par terre tout en lui écrasant la tête avec une énorme pierre, cette tête, ils la lui fracassent à coups répétés, le mourant n’est plus que gémissements et soupirs. La voiture arrive à leur hauteur, je prie l’Indien d’arrêter la voiture et de faire quelque chose, j’ordonne : « Arrêtez  la voiture ! Intervenez pour sauver cet homme! »  D’un ton laconique et méprisant, l’Indien en crachant par la fenêtre lâche un  : « Laisse les cafards régler leurs problèmes entre eux ! »
Je me retourne et observe par la lunette arrière l’homme qui n’est plus qu’un amas sanguinolent sur la route, bouillie humaine, morceaux de chair éparpillés.  Un haut le cœur, une nausée se pose au bord de mes lèvres. Entre temps, le ciel est devenu rougeoyant, une boule de feu sortie des entrailles de la terre, aussi rouge que le sang sur l’asphalte noir, le bush se réveille de sa torpeur nocturne, la vie frémissante s’ébroue et se défait de son manteau de velours noir. Au loin, les girafes mangent tranquillement les feuilles d’un arbre, une à une , consciencieusement, sans se presser.

Mon regard se pose à nouveau sur le conducteur adipeux et je finis par m’interroger sur la présence des Indiens en Afrique, cette terre qu’ils vampirisent sans jamais se mêler aux Africains malgré les quatre ou cinq générations qui ont passé sur ce continent qui les accueille et leur permet de s’enrichir. Même morts, ils continuent à vider le pays de ses richesses. Leurs cadavres, avant d’être renvoyés en Inde,  passent par les mains d’un boucher- chirurgien qui les ouvrent comme des sacs, les vident et les remplis d’émeraudes et d’argent, recousus à la hâte,  on les remet en bière et postés via l’Inde.  Les chroniques des quotidiens adorent rapporter  ce genre d'anecdotes avec des titres à vous hérisser les cheveux sur la tête :"Un coeur trop gros pour un si petit corps" , au titre on sait immédiatement que le coeur n'est qu'un paquet de pierres précieuses destiné à sortir illégalement.

Le regard perdu au loin, j’inspire profondément frappée par le contraste de tant de violence et de tant de beauté de cette terre africaine gorgée de vie et de sang.

11:05 Publié dans Voyages | Tags : zimbabwe, botswana | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Vous êtes qui vous ? et vous faites quoi dans cette limousine ?

Écrit par : gexhi | 01/08/2009

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