31/07/2009

"Je veux un bol de riz, s'il vous plaît"

images.jpgPaix à l'âme de Monsieur Hiroki Nishiyama - Dans cette triste histoire,  vous constaterez  la force de quelques lignes sur un carnet :  belle forme de résistance, un ultime cri de détresse qui résonne dans nos consciences parfois assoupies, assommées par trop de malheurs entendus et vus en boucle, anesthésiées par un quotidien ronronnant, pareils à ces chevaux maigres et fatigués d'Andalousie à Cordoba ou Sevilla que nous sommes devenus , aux flancs tristes et creux  et à la colonne vertébrale saillissante qui tirent les touristes dans leur carriole d'un rouge criard, la tête  plongée  dans l'avoine, des oeillères des deux côtés, même les fouets ils ne les ressentent plus, ils n'ont même plus la force de chasser les mouches qui les envahissent  - ces quelques lignes griffonnées sur un carnet par un homme qui meurt de faim et qui nous rappellent que nous ne sommes pas de vieux canassons aveugles et indifférents...................................

 

Kitakuyushu est une ville située au sud-ouest du Japon qui regroupe de riches entreprises et surtout la présence d'une municipalité si performante, érigée en modèle à suivre. On vient de toutes parts pour se frotter aux méthodes drastiques des 143 fonctionnaires zélés qui sortent les bénéficiaires de l'aide publique, en appliquant les quotas, ce qui leur assurera les félicitations de leur hiérarchie et la promotion tant convoitée. Par manque de chance, la troisième victime de cet excès de zèle est morte en laissant à côté d'elle un carnet, témoin de son calvaire et dont la fin tragique a fait le tour de la planète.
M. Hiroki Nishiyama, 52 ans, ancien chauffeur de taxi au chômage, a été une victime sacrifiée sur l'autel de la réduction de la dette publique. Sa maigre pension de 1 000 yen (environ 650 euros) a été suspendue et en deux mois, il a passé de 64 kg à 58 kg. Il relate dans son carnet aux fines pages son calvaire, cette faim qui le tenaille jour et nuit. Mais il continue à bien aligner ses chaussures avant d'entrer dans son pavillon fait de tôle et de planches, à essayer de garder des habits propres, toujours les mêmes, inlassablement lavés et suspendus sur un étendage de fortune. Plein d'espoir de retrouver du travail, il patiente, mais la faim ne le lâche plus et aura raison de lui. Le 25 mai, il écrit à 3 heures du matin: «Cet homme n'a pas mangé depuis 10 jours, il veut manger du riz, une boule de riz.». Son journal s'achèvera le 5 juin: «Je veux un bol de riz, je n'ai pas mangé depuis 25 jours» , sa mort suivra de près.
Le modèle japonais en prend un coup, avec ses presque 20 millions de pauvres et nouveaux pauvres. Une politique qui refuse de reconnaître la pauvreté, résultat d'un système ultralibéral qui s'essouffle. «Le pauvre n'est plus un citoyen, seuls ceux qui paient des taxes le sont», selon un professeur de l'université de Tokyo.
Et des vieux souffrants, malades, pauvres, qui se traînent avec leur sacs, pourchassés de toutes parts, on les voit déambuler dans la ville, se reposer entre deux piliers en marbre dans le quartier de Shibuya, royaume de la surabondance et de la surconsommation.
Le Japon est la deuxième économie mondiale. Pour commencer la lutte contre la pauvreté dans le monde, le Japon peut commencer par revoir sa propre politique en la matière et appliquer un programme simple et efficace: cesser de s'acharner sur les plus faibles pour réduire la dette publique et que tous les Hiroki Nishiyama aient un bol de riz par jour, au moins, s'il vous plaît!

 

DJEMAA CHRAÏTI, Genève publié dans le Courrier novembre 2007

Je réédite cette note parce que cette histoire m'avait  beaucoup émue, que je revenais du Japon où effectivement j'avais pu constater de vi su la situation de précarité des personnes âgées qui n'ont plus leur place dans cette économie galopante où : si tu ne produis pas, tu es juste bon pour la poubelle ! Certains internautes japonais s'en sont pris à moi pour dire que cette personne n'était pas décédée alors que l'information avait été largement diffusée par un journalistes japonais du Times Magazine et qui avait fait le tour du monde.

 

09:16 Publié dans Solidarité | Tags : kitakuyushu | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

29/07/2009

De la boukha à la burqa – L’ivresse du néant !

Tignous-Burka-kaboul-2.jpgUn article hypra-intéressant et toujours aussi provocateur d’une journaliste de Charlie-Hebdo qui se balade en burqa à Kaboul et titré :
Kaboul underground – Sous la burqa - Sexe, mensonge et MLF !

Quelques extraits pour donner envie d’en lire davantage : “Pour les novices, la burqa n’est pas qu’un sac à viande, elle le devient quand on sait la porter: pensée pour que bobonne puisse trimballer les courses, elle est ouverte sur le devant, au-dessus du pubis, pour libérer les bras. Le tissu est léger, et la relija, la grille placée au niveau des yeux, en coton croche.


……..Une fois dans la rue, le miracle a lieu: des bonshommes en pagaille et pas une œillade qui vous rappelle le péché originel. Pour la première fois, seule, invisible, inodore, invincible. Le sentiment d’être libre. Ou morte.

«Jusqu’à l’âge de 12 ans, rapporte Atik Rahimi, le garçon reste dans les jupes de sa mère, puis c’est le déchirement: il entre dans le cercle des hommes et n’en sortira plus. Résultat: la poésie est hantée par les femmes et le vin, l’autre interdit.» Mais les hommes se retrouvent dans des pratiques à la romaine, avec éphèbes et tout le tralala. «La tradition veut que les chefs de tribu enlèvent des garçons orphelins pour les entraîner à la guerre et les faire danser le soir, précise Bachir. Les talibans ont tous été violés.» D’ailleurs, à Kaboul, il est facile de trouver des vidéos porno amateurs venues du sud du pays avec des gamins de 10 ans dans le premier rôle…

Le pire ennemi des Talibans : la femme émancipée

… “Le traitement réservé aux femmes actuellement est à l’image de la dégradation du pays en général, et de Kaboul  en particulier: «Quand on part le matin, précise une jeune salariée de l’ONG Madera, on ne sait jamais si on rentrera le soir. Pour les talibans, les Afghanes au service des étrangers sont des traîtresses et des dépra­vées.» Finie, l’époque où ces dames balançaient leur tchadri et leurs ambitions face à la caméra comme d’autres avaient lancé leurs soutifs. Discrédité, le ministère de la Condition féminine, moquée, cette prétendue police chargée des luttes contres les violences faites aux femmes, dénigrée, la grande majorité de femmes au gouvernement. Même l’organisation radicale RAVA, implantée au Pakistan, devient difficile à contacter: ses militantes nient en faire partie ou ne donnent que des interviews consensuelles, le visage masqué. «Tout cela, un spectacle, un show pour les Occidentaux, sourit Habi­ba, ma copine du salon de beauté. Une belle affiche pour une belle parade.»

 

Eh, les copines, y a du boulot sur la planche !


http://www.charliehebdo.fr/index.php?id=772

Dessin : Tignous

21:45 Publié dans sociologie | Tags : burqa | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

28/07/2009

"Rubor et tumor cum calore et dolore" - Qu'est-ce que le style ?

ivo-andric-veciti-kalendar-maternjeg-jezika.jpg"Rougeur et oedème avec fièvre et douleur" - J'ai pêché cette phrase miraculeuse dans l'oeuvre magnifique de Ivo Andritch (ou Andric),  oeuvre très personnelle et intime de réflexions, de pensées, intitulée "Signes au bord du chemin" et égrénée de conseils aux auteurs (blogueurs)  que nous sommes avec un chapitre consacré aux Ecrivains dont un passage intéressant sur : qu'est-ce que le style ?

"A tout moment, en toute circonstance, sans raison apparente, et sous n'importe quel prétexte, on vous pose la question : qu'est-ce que le style ?

Les réponses sont multiples et variées, elles paraissent toutes aussi justes les unes que les autres, et pourtant la question revient inlassablement : qu'est-ce que le style ?

Lorsque quelqu'un voit ou éprouve un fait comme vrai et réel, lorsque, en suivant son sentiment intérieur il trouve la forme la plus adéquate pour le communiquer aux autres, et lorsqu'il le fait de la façon la plus simple et la plus parfaite possible- c'est le style dont cet homme se sert en lequel le fait en question se trouve le mieux exprimé.

Les anciens médecins définissaient, par exemple, l'inflammation de certains organes par ces mots : rubor et tumor cum calore et dolore. Voilà un exemple de bon style. Une telle définition est le résultat d'une longue réflexion, d'une patiente observation et d'un tri attentif des faits. Qui plus est, elle est condensée en une phrase qui ne comporte que sept mots. Cette phrase résume le plus clairement possible tout ce qui peut être dit sur un phénomène précis. En outre, elle sonne bien, elle est facile à comprendre et à retenir. C'est là un exemple du bien parler et , indirectement, unes des réponses possibles à la question : qu'est-ce que le style ?

Le style ? Douce musique universelle........ Mais il y a encore les mots, "leur sonorité, la phrase et la composition de l'ensemble, un contenu sensible ou spirituel" pareil à un tonneau de vin sur lequel nous frappons avec l'index nous indique par le son qu'il produit s'il est plein ou vide, pourquoi notre phrase ne dirait-elle pas, par sa seule musique, quelque chose sur la présence ou l'absence en elle d'un contenu ...?

On se pose la question suivante, le blog va-t-il créer un style différent ?  Allons-nous réinventer une écriture, un style, une autre façon de dire les choses ? - Plus direct, plus court, plus intense sur l'exemple de : rubor et tumor cum calore et dolore.

Doit-on en observateurs attentifs être capables de  poser en quelques mots  le diagnostic :  clair, simple, limpide, compréhensible de tous  ?

Mais nous sommes surtout animés par la  forte envie de raconter quelque chose et nous voulons être sûrs que le lecteur comprenne ce qu'on écrit même  lorsqu'on blogue et qu'on blague allègrement.

Choisir dans ce foisonnement de mots, le mot le plus juste, écrire le mieux possible, être aussi exigeant que pour un écrit papier pour la simple raison, qu'au bout de vos mots et de vos phrases quelqu'un vous lira.  Bien écrire même  sur un blog juste pour offrir à l'autre" un Pont sur la Drina" , c'est-à-dire quelque chose de si bien raconté..... quant aux fautes d'orthographe, même si un texte en est bourré, le principal est d'être capable de comprendre ce que l'auteur a voulu dire (je rassure les mauvais en orthographe, les écrivains ne sont pas forcément bons en orthographe contrairement à ce que l'on imagine, le nombre de ratures en atteste.  Oui, souvent,  c'est dans la douleur et des grincements de dents qu'ils enfantent  leurs si belles phrases vouées à la postérité.)

A chacun son blog, à chacun son style !

 

A lire Ivan Andritch - La chronique de Travnik- Il était un pont sur la Drina

 

 

 

22:22 Publié dans Lettres | Tags : ivo andritch, ivo andric, il était un pont sur la drina | Lien permanent | Commentaires (29) | |  Facebook | | |

26/07/2009

Ces mots qui enchantent : L'Amour

la_spirale_de_l'amour_badge.jpg

 

La valse des mots pour dire je t’aime.........ou un soupir  suffit…inquiétude…..quiétude ........celui qui fait voir la vie si belle…....ou si affreuse….se promettre pour l’éternité, se quitter avant l’aube……plus léger que les ailes d'un papillon………des étoiles dans les yeux, le coeur en charpie..........je m'aime tant lorsque je suis avec toi.....……… rêver en état de veille, regard plongé vers d’immenses plaines de joie et de tristesse…...beaucoup de folie pour une si légère   amertume…….découvrir la vie sous un nouveau jour……….Ah ! que le vie est cruelle…..mieux vaut mourir d’amour que d’ennui….....être amoureux c’est badiner dans un champ d’ortie, on finit piqué à vif...........être amoureux ou aliéné ?...........................................................................un peu, beaucoup, passionnément ..................mais si passionnément ! ....Passionnément, beaucoup, un peu, un peu moins, plus du tout.............. ! Jolie spirale.................

 

je vous invite à rajouter les vôtres via les commentaires , je les incluerai dans ce texte.

09:05 | Tags : amour | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

25/07/2009

Zevs qui peut à Hong Kong - Le logo liquidator risque la taule !

zevs-arrested-over-liquidated-chanel-sign-01.jpg On n'apprécie pas l'art urbain à Hong Kong, connu pour être un désert culturel, Zevs le graffeur français risque bien d'en faire les frais. Dans la nuit du 12 juillet, Zevs s'est senti très inspiré en collant des stickers du  logo Chanel qu'il a ensuite enduit  de peinture  ruisselante et dégoulinant  lamentablement le long de la surface d'un mur chic Armani qui faisait face à une boutique Chanel.

"Ayant trouvé ces deux géants face-à-face, j'ai décidé de souligner la guerre des marques en liquidant Chanel sur Armani" explique l'artiste.

Un chauffeur de taxi l'a repéré en pleine action, a relevé le numéro de plaque et l'a dénoncé. Le graffeur  ne fait pas rire du tout les Chinois alors qu'il expose en ce moment à Hong Kong à  Art Statements Gallery . La marque italienne quant à elle,  réclame 700 000 euros environ de dommages.

L'artiste lui est très étonné et trouve le prix exorbitant, en attendant les autorités lui ont confisqué son passeport et reste bloqué à Hong Kong.

Imaginez ! Si on mettait autant d'argent dans l'art que dans la pub, que nos villes seraient belles. On n'aurait plus à subir  les publicités sexistes Citröen ou celles de la banque Saxo ou des pubs vulgaires qui choquent quant au contenu manipulé et à l'esthétique absente et qui salissent, elles,  vraiment nos murs et nos esprits ! Vive l'art urbain .... Or, les premières ont les moyens pour s'afficher de faire le trottoir pour lequel elles paient très cher, les seconds se font de la place comme ils peuvent au risque de leur liberté.

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24/07/2009

Nouvelle provençale - UN COUP POUR RIEN !

photo_offre_880.jpg
Soucieux, le nez plongé dans son Pastis, Alain épie les moindres mouvements de la jambe de Gilles; cette jambe folle pareille à celle d’un pantin désarticulé, qui va dans tous les sens, qui mène sa vie propre sans plus se soucier de son propriétaire. Gilles , debout devant le comptoir en zinc, après avoir traversé bruyamment tout le bistrot “La Farigoulette” en claudiquant, s’enfile quelques pastagas et repose brusquement son verre en observant tranquillement de biais, Alain perdu dans ses rêves, les épaules voûtées, toute sa vie comme repliée autour de son verre longiligne sur lequel est inscrit “51”, la bouche légèrement ouverte presque pendante sur un visage décharné, des yeux vitreux et hagards et constamment fixés sur le pantalon noir.

Alain revoit inlassablement défiler sous ses yeux la même scène, qui tourne en boucle, invariable depuis si longtemps. C’était par un de ces matins froid d’automne, une légère brume couvrait d’un voile léger la garrique. Dans une odeur magnifique de romarin, de ciste purpureus et de thym mêlée à la senteur chaude de terre et de champignons, ils étaient partis , à cinq, à la chasse au sanglier. Le jour à peine levé encore laiteux et qui annonçait une belle journée; une de ces belles journée automnale où la lumière vive donne au paysage une géométrie parfaite, son fusil sous le bras, les chiens couratant autour d’eux, surexcités, aboyant, furetant partout. Ce matin-là, il avait le coeur légèrement serré, il semblait suffoquer à chaque inspiration comme s’il se trouvait enfermé dans une pièce exiguë et surchauffée, bien que l’air fût frais. C’était l’appel du destin, il ne pouvait pas faire autrement, il était forcé, incité à le faire, pression plus forte que lui et devant laquelle il ne pouvait résister, il le faisait pour Stéphanie. Une voix intérieure le commandait, l’ordonnait, c’était son devoir de le faire, il n’avait plus le choix.
Sa décision était prise, il savait qu’il ne le raterait pas, il était connu pour être le meilleur tireur de la région.
Gilles marchait , quelques pas devant, ne se doutant de rien. Un doigt appuyé sur le chien du fusil, un déclic, un cri renvoyé longuement par un écho lugubre , une douleur lancinante, Gilles s’écroule. Alain sait que les trois autres ont tout vu, témoins et complices malgré eux. Le sanglier courait à bien deux mètres plus en avant, impossible de confondre la bête apeurée et l’homme, même un novice n’aurait pas commis cette monstre bourde.

L’enquête ne donnera rien, tout le monde appuie et confirme la thèse de l’accident, bête et méchant. Gilles a perdu sa jambe, le sanglier court toujours, les villageois regardent Alain avec comme un lourd reproche silencieux au fond des yeux, l’accusation rampante, ils l’ont tous jugé coupable. C’est connu, les grands secrets des villages , c’est comme ceux des familles, ils les enchaînent les uns aux autres par une omerta implacable, même à huis-clos, sur l’oreiller, dans ces confidences chuchotées, on n’ose pas se le dire que ce n’était pas un accident.

Alain avait prévenu Gilles d’un regard haineux, un regard qui tue chargé d’une noirceur diabolique, à sa façon, il lui a bien montré qu’il ne fallait pas s’intéresser à la Stéphanie.
Une jeune beauté qui arrivait d’un pas nonchalant et gracieux, par jour de marché, les mercredi et samedi, marché qui se tenait sur le terrain de pétanque, avec son panier de fromages de chèvre frais, délicatement enroulés dans des feuilles de vigne, ses parents possédaient une ferme à quelques kilomètres de là et qui y élevaient vingt adorables biquettes blanches comme des colombes. Stéphanie avec sa longue chevelure brune et ses yeux en amande d’un vert émeraude était aussi fraîche et appétissante que ses fromages ronds comme sa belle taille. Ses fromages et elle debout devant une minuscule table sur laquelle elle déposait délicatement sa marchandise de ses longs doigts encore potelés, encore à peine sortis de l’enfance, formaient un tableau attachant.
Les gars du village lui tournaient autour, elle riait, joyeuse, ses seins se soulevaient pleins et généreux et Alain se serait damné pour un seul de ses sourires, il aurait vendu son âme pour un seul soupir qui aurait gonflé magnifiquement cette poitrine qui le rendait fou.
Gilles, lui tournoyait autour avec quelque succès, il la faisait rire aux éclats par de bons mots, des compliments joliment tournés. Alain, plutôt taciturne, silencieux et solitaire sentait qu’elle lui échappait. Et dans sa tête, c’était devenu comme air têtu et qui ne vous lâche plus : “ il fallait empêcher qu’il la lui vole, elle est à moi, à moi, à moi…..Ritournelle infernale dans sa tête qui l’envahissait tout entier. Lui aussi avait sa chance, il en était certain. Tiens ! La dernière fois, elle l’avait regardé en souriant, longuement ses yeux plongés dans les siens. Il en était sûr qu’elle s’intéressait à lui.
Jour et nuit, il y pensait, les deux hommes se croisaient sans plus se saluer, ils ne se reprochaient rien ouvertement, mais et l’un et l’autre savaient ce qu’il en retournait : Stéphanie et ses robes à dentelles, Stéphanie et sa belle bouche pulpeuse, Stéphanie, Stéphanie…… qui leur brûlait les sens, qui les rendait fous, qui les empêchait de dormir.

C’était il y a presque trente ans, Alain ne tire plus, il tremble, l’alcool y est certainement pour beaucoup. Il est là, les yeux perdus dans la jambe de Gilles comme si il y lisait toute son histoire, celle d’une vie ratée. Le trou béant de la balle qu’il devine sous le pantalon noir et qui l’aspire tout entier, qui l’engloutit, le dévore, le ronge, le mine, le détruit peu à peu sournoisement.
Et pourquoi tout ça, finalement ! La Stépanie a fini par monter à Paris avec un brocanteur parisien qui vendait de si belles choses, elle est partie sans un regard pour eux, sans un regret, elle n’est jamais plus revenue dans la région, livrant les deux hommes à l’enfer.

12:31 Publié dans Voyages | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

20/07/2009

L'olivier millénaire- Si vivant, si émouvant !




P1000751.JPGPlanté au sommet d’une colline avec à l’horizon la Ste Victoire qui le nargue au loin, l’olivier trône, là , fier et puissant, dans cette région aride du Var, depuis paraît-il 800 ans ou 1’000 ans, qu’importe ! Nous n’en sommes plus à quelques siècles près. Un tronc noduleux, tortueux, torturé par des siècles pas toujours très tendres; scindé en deux, entouré de lavande et bercé du chant des cigales, ses branches étalées comme des bras ouverts paraissent plonger dans le ciel bleu de Provence. A quelques mètres, son ami de toutes les guerres, le chêne, le toise du haut de ses quinze mètres. Le petit d’autrefois, frêle arbre, il y a si longtemps déjà, a poussé et grandi jusqu’à lui faire de l’ombre et malgré ses deux cents ans, il lui paraît encore bien jeune, juste adolescent.

Olivier millénaire qui, bon siècle mal siècle, arrive encore à se couvrir de délicates feuilles tendres et argentées, parvient, néanmoins, à fleurir et offrir quelques olives, minuscules et vertes, si fraîches, si jeunes comparées à ce vieux rabougri qui semblait n’avoir plus rien à donner, un être à bout de souffle et pourtant ! On l’imagine tout au long de ces siècles avoir vécu tant de périples, s’être épuisé au fil des ans. Il n’en est rien. Du mistral puissant à décorner les boeufs à la tramontane, ce vent du nord, qui balaie tout sur son passage, les incendies de forêt auxquels il a échappé l’imprégnant pour des années d’une odeur tenace et l’habillant de deuil, couleur cendre. Les années de sécheresses, puis celles d’inondations, il a résisté à toutes les tempêtes, survécu à toutes les affres du temps.


P1000754.JPG
Il s’était habitué à voir paître les troupeaux de moutons et entendre leur jeune berger au large chapeau souffler dans son pipeau, les notes allègres lui parvenaient de loin en loin mêlées aux chants des cigales, épousant le chuintement du vent qui décoiffe le feuillage des arbres, perdu dans une danse de Saint-Guy qui affole le paysage. Il se souvient autrefois des sangliers qui s’acharnaient au pied du chêne pour y dénicher quelques truffes brunes à la forte odeur de terre. Il observait attentivement les larges sillons tracés à la charrue tirée par des boeufs de labour, essouflés sur ces coteaux arides. Le large fouet du paysan en nerf de boeuf fendait l’air d’un bruit puissant et s’abattait impitoyable sur le dos des bêtes suintantes et haletantes qui s'acharnaient sur cette terre ingrate.  Toutes feuilles frémissantes, il retenait son cri : que les hommes sont donc cruels !

A l’aube naissante, dans la promesse du jour qui pointe, lorsque les dernières étoiles lasses d’avoir scintillé de tous leurs éclats la nuit durant succombent enfin à la lumière qui les tète, les engloutit peu à peu et qui enfin nourrie de cette luminescence stellaire renvoie une solarité rayonnante, plongé dans  les couleurs pastels de Provence à l'heure de la rosée rafraîchissante qui vient se poser comme perle rare sur ses feuilles nouvelles, l’olivier entend l’angélus du presbytère tinter gaiement,  le chant du coq se mêle joyeusement au carillon.

Des années, des siècles qui passent alors  que l’arbre millénaire étend ses racines, vaste réseau labyrinthique aux entrelacements sinueux qui se nourrit de cette terre rouge bauxite. Mieux ancrées sont les racines plus grande est la résistance.
Métaphore ? Sans nul doute.

10:37 Publié dans France | Tags : var, olivier millénaire | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

17/07/2009

Ces mots qui dérangent et qui hantent : Le suicide

images.jpgimages.jpgimages.jpgLe suicide est un défi pour  la communauté tout entière qui se sent quelque peu coupable de n’avoir pu dissuader le suicidaire, on le vit comme un affront social qui ébranle nos certitudes et nous impose de s’interroger sur le sens de notre vie et de notre mort.  Un mystère entier à penser sans fin, le réduire à un problème pour lequel il y aurait une réponse serait non seulement réduire le suicide, mais l'homme en tant qu'existant, qui se met entre parenthèses pour se penser. Ni savoir, ni connaissances autour du suicide, il n’y a donc pas de théories bonnes ou mauvaises. Elle est une éthique de l’inquiétude.

“ Enfermer le suicide dans la seule dimension de l'échec, c'est participer de la morale dominante, c'est culpabiliser le suicidant, et celui ou ceux qui n'auraient pas su le retenir ou l'accompagner, c'est culpabiliser  d'une manière pire que n'a pu le faire l'Église, car dans le jugement actuel, il n'y a plus de transcendance, plus de Bien ou de Mal comme nous dépassant, et par conséquent de pardon possible, mais simplement une responsabilité face à une maîtrise de l'homme sur l'homme.”

Les philosophes ont de tout temps interroger l’acte suicidaire. Liberté ? Affirmation de notre humanité ?  Ultime révolte contre le destin ?  Acte gratuit. Le libre-arbitre est ce qui nous distingue de l’animal qui vit pour sa conservation, il est rattaché entièrement à la notion de survie tandis que nous “pensons” notre vie et la décidons en lien avec le sens qu’on lui accorde.  Le sens de notre vie est sous-tendu par la volonté d’en finir, et cette interrogation pour laquelle il n’y a  pas de réponse absolue, il n’y a donc pas de solution, elle est juste un problème sans solution, elle est en forme de lancinante interrogation sur pourquoi vivre qui nous amène directement à pourquoi ne pas mourir.
Elle nous ramène à l’origine de ce qu’on est et qui n’est pas de notre ressort, l’existence nous est donnée et non décidée. Ce qui permet de juger le suicide, mais qui juger sinon les survivants ?
Notre vouloir-vivre peut-être altéré pour plusieurs raisons, donc déjà l’acte libre est exclu, pour l’être il faudrait qu’il soit absolument gratuit. “Je me tue sans raison” et si il y en a une seule, je suis aliéné à elle donc ce n’est plus un acte libre, c’est illusoire. Il demeure toutefois un événement existentiel qui reste un mystère et qui induit une démarche philosophique.  Un événement existentiel qui pose les fondements de l’éthique tragique de l’inquiétude. Pour Freud: «Quand on commence à se poser des questions sur le sens de la vie et de la mort, on est malade car tout ceci n'existe pas de façon objective»." De ce fait si ceci n’existe pas de façon objective, il n’y a pas de théorie bonne ou mauvaise sur le suicide. Il n’y a que des pistes de réflexion.
Si on part d’un point de vue moral, le suicide n’entre pas en ligne de compte, la morale est caractérisée par les normes qui ont valeur universelle ou générale et qui contraint les individus. Or, à travers les siècles et selon les cultures, la question du suicide est perçue différemment et interprétée autrement. Donc, la question ne peut guère se poser d’un point de vue moral.

Que disent les Anciens :

Platon condamne et juge en principe le suicide, on doit se consacrer entièrement au bien de la Cité surtout en tant que philosophe toutefois il accepte trois exceptions qui pourraient le tolérer :  la condamnation, la maladie très douloureuse et incurable et un sort misérable

Aristote est catégoriquement opposé au suicide contraire à la vertu, voire un acte de lâcheté  une injustice perpétrée contre soi-même et contre la Cité. Sur ses traces suivra St Thomas d’Aquin.

Aristote, Diogène et bien d'autres philosophes grecs se suicidèrent par sagesse dit-on, ou peut-être par dépit de ne pas avoir su comprendre le monde. Méprisaient-ils tant leur vie que de pouvoir la quitter aussi brutalement avec si peu de regrets ?


St Augustin sur les traces de Platon radicalisera sa position contre le suicide, il fixera une doctrine claire dans La Cité de Dieu.
"Nous disons, nous déclarons et nous confirmons de toute manière que nul ne doit spontanément se donner la mort sous couleur de fuir des tourments passagers, au risque de tomber dans des tourments éternels; nul ne doit se tuer pour le péché d'autrui : ce serait commettre le péché le plus grave alors que la faute d'un autre ne nous souillait pas; nul ne doit se tuer pour les fautes passées : ce sont surtout ceux qui ont péché qui ont besoin de la vie pour faire pénitence et guérir; nul ne doit se tuer par espoir d'une vie meilleure espérée après la mort : ceux qui sont coupables de leur mort n'ont pas accès à cette vie meilleure." Le commandement “tu ne tueras pas “ s’applique également à soi-même.

Pour Epicure "Que celui qui a plusieurs raisons bien fondées de quitter la vie mérite notre compréhension. C'est un malheur de vivre dans la nécessité, mais il n'y a pas de nécessité à vivre dans la nécessité. De tous côtés, devant nous, courent faciles une foule de chemins qui mènent à la liberté. Rendons grâces à Dieu que personne n'est condamné à vivre"

Les stoïciens entr’ouvrent la porte avec le fait qu’il faille tenir ferme sur ce qui dépend de notre vie, manifestation de la volonté intérieure qui peut nous amener à décider ou pas de vivre ou de mourir, puisque dans le fond la mort n’est pas si importante.

Épictète est plus catégorique "abstiens-toi et supporte"



Pour Sénèque l’adage est , "Tu ne dois pas vivre sous la nécessité, car il n'y a pour toi aucune nécessité de vivre".  Sénèque, condamné par Néron, déclara : "celui qui meurt de la même insouciance avec laquelle il est né, celui-là a conquis la sagesse" .


Chez les Modernes

Les théories modernes sur le suicide philosophique le présentent comme un  acte de liberté sauvegardant la dignité de l'homme maître de sa vie et de sa mort et qui s’oppose d’emblée à la position religieuse pour qui la vie appartient à Dieu et nous sommes ainsi sa propriété.


Montesquieu dans ses Lettres persanes aborde d’une manière intéressante la question du suicide :
"Les lois sont furieuses en Europe contre ceux qui se tuent eux-mêmes : on les fait mourir, pour ainsi dire, une seconde fois ; ils sont traînés indignement par les rues ; on les note d'infamie ; on confisque leurs biens.

Il me paraît, Ibben, que ces lois sont bien injustes. Quand je suis accablé de douleur, de misère, de mépris, pourquoi veut-on m'empêcher de mettre fin à mes peines, et me priver cruellement d'un remède qui est en mes mains ?

Pourquoi veut-on que je travaille pour une société, dont je consens de n'être plus ? que je tienne, malgré moi, une convention qui s'est faite sans moi ? La société est fondée sur un avantage mutuel. Mais lorsqu'elle me devient onéreuse, qui m'empêche d'y renoncer ? La vie m'a été donnée comme une faveur ; je puis donc la rendre lorsqu'elle ne l'est plus : la cause cesse ; l'effet doit donc cesser aussi.

Pour Soeren Kierkegaard, il démontre que dans les problèmes existentiels on ne peut jamais décider pour l’autre. Ce qui amène à dire que c’est un acte individuel à portée universelle.
Une piste intéressante est proposée par Amery dans Porter la main sur soi- Traité du suicide. Lui-même ancien déporté d’Auschwytz fera une tentative en 1976 et se suicidera en 1978. Améry pense que le suicidant se sort de la logique de la vie, qu'il estime que la vie n'est pas la valeur suprême. Dès lors, aussi longtemps qu'on reste dans la logique de la vie, on ne peut pas comprendre le suicide. "Le seul qui aura droit à la parole, écrit-il, est celui qui aura pénétré dans ces ténèbres-là.” il devient tout aussi impossible de justifier que de condamner le suicide.

Avec Cioran, c’est paradoxal, la pensée suicidaire aide à supporter la vie : au plus profond de mon malheur, je sais qu’il me reste toujours la liberté d’en finir. Ce geste, je le reporte d’heure en heure, tout me sachant libre de décider de sorte que jour après jour, année après année, je parcours tranquillement mon chemin vers mon destin. En tout état de cause, la pensée du suicide - comme possibilité d’achèvement d’une vie accomplie - m’accompagne et me soutient à sa manière, comme un aiguillon de la pensée. Elle est une incitation à remettre au chantier le travail nécessairement inachevé du sens.

Camus
Mais le suicide soulève la question fondamentale du sens de la vie : « Mourir volontairement suppose qu'on a reconnu, même instinctivement, le caractère dérisoire de cette habitude, l'absence de toute raison profonde de vivre, le caractère insensé de cette agitation quotidienne et l'inutilité de la souffrance ».

Durkheim donne du suicide la définition la plus générale possible : c'est un "acte accompli par la victime, qu'elle sait devoir produire le résultat : la mort" .


L' éthique de l'inquiétude. Elle seule,  semble-t-il peut être soucieuse de l'altérité, car, justement, elle découle de la reconnaissance de l'altérité; nos actions se feront dans le tremblement, le frémissement, parfois dans une terrible angoisse, prix de notre liberté. L'éthique n'est pas là pour nous rassurer, mais elle est là pour nous aider à faire avec nos peurs.
La philosophie a pour tâche d'apporter des solutions, alors qu'elle doit mettre en évidence les problèmes, affronter le questionnement, approcher le plus possible les rives du mystère sans y aborder. Donner des solutions à la question éthique du suicide serait de nouveau imposer un discours affirmatif sur ce dont on ne peut rien affirmer. Il faudrait ici, pour être cohérent, préciser d'où on parle.


Le suicide des écrivains s’inscit parfois dans un acte ultime de transgression. Écrire doit être une trangression ou alors c’est qu’on a rien de nouveau à dire, il est préféraable dès lors de poser la plume, le suicide ocmme ultime signature, un acte de liberté qui transcende toute chose. Pourtant celui de Stefan Zweig s’inscirait davantage comme un dernier souffle malheureux sur cete vie qui finissait par lui échapper totalement, cette vie aux frontières devenue si floues pour lui. Celui de Romain  Gary perdu  dans les filets d’une vile délétère, envoûté par le fantôme Seberg en prise avec ses métamorphose identitaires puis Mishima en 1970, quelques jours après avoir mis un point final au dernier volume de son grand cycle romanesque, prémonitoirement intitulé "L'ange en décomposition". Il laissa sur son bureau ces simples mots : "Dans l'étroitesse de la vie humaine j'ai choisi la voie de l'éternité". Une forme d'espoir, d'un meilleur au-delà ?

Le suicide un acte désespéré ? On en doute , ce geste faftal est encore un geste d’espoir comme on le voit avec Mishima, en finir pour un mieux ailleurs, ou du moins en finir pour ne plus sentir la souffrance. Il y a un espoir d'améliorer un état même par sa fin, promesse de continuer autrement . C'est un acte jugé désespéré pour les vivants qui se retrouvent confrontés brusquement à leur propre existence et le sens qu'ils lui atttibuent.


Mais que dire à de jeunes suicidaires ?  Hormis les culpabiliser ou leur rappeler avec maladresse “Te rends-tu compte que tu as toute la vie devant toi ?  – Mais c’est justement cela le cauchemar, voire le drame. C'est davantage un appel urgent à la quête de sens ? Ce sens qui donne une direction à la vie si forte.  On  offre peu de réponses parce qu’on s’intéresse moins au sens qu’à l’objectif à atteindre, à réussir, à performer. Un objectif n'est pas un sens un soi.  Redonnez le sens à la vie réside dans  une invite à se  reconnecter à l’autre, à la société, interpréter son rapport à l'autre, le réinsterpréter sous un angle nouveau.  S’extraire de sa propre altérité pour aller à la rencontre des autres. Le bénévolat social est une bonne façon de se réappropier le monde qui nous est devenu si étrange, si étranger ………… L'homme est bien un animal social, il doit se sentir en phase avec la société dans laquelle il évolue.



Bibliographie
Source Contrepoint philosophique Michel Cornu

Durkheim, Emile, Le suicide, Paris, P.U.F., 1960.

Aristote Ethique de Nicomaque

22:45 Publié dans philosophie | Tags : suicide, durkheim, camus, cioran, platon, aristote | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

14/07/2009

- Six jours pour grandir !


TmarrakechBW.jpg1967- Il y a des années qui sont marquées au fer rouge, elles restent définitivement ancrées et au fil du temps on finit par donner un sens à ce que l’on a vu et vécu.

Enfant suisso-tunisienne, je me retrouvai plantée à la Goulette dans une famille tunisienne d’origine africaine. Ma grand-mère d'origine valaisanne avait cru bon de me laisser chez cette ancienne nounou pour venir travailler quelques mois en Suisse. A cinq dans une chambre d'un  appartement qui donnait de plain-pied  sur la ruelle animée et où les enfants y jouaient du matin au soir, je découvris avec émerveillement ce quartier qui devait devenir le mien par la suite.
Il fallait véritablement se l’appropier à une époque où la Tunisie multiculturelle vous offrait la chance de frayer avec plusieurs langues et plusieurs religions. A l’époque, les portes des maisons restaient ouvertes et on pouvait passer ses journées à aller chez les uns et les autres, les enfants étaient toujours bien reçus et particulièrement moi qui devais décrire la Suisse sous tous ses angles , parfois,   je devais lire pour l'un ou pour l'autre, tant bien que mal,  les lettres en français que certains recevaient de France ou des journaux français sans rien y comprendre surtout lorsqu'il s'agissait de lettres administratives.

Dans cette ruelle d’un quartier populaire, il y avait les Siciliens installés en Tunisie depuis plus de 20 ans et qui jouaient aux cartes en riant et en se disputant, ils allaient pêcher le dimanche. Un jour, la Madalena m’invita à rentrer dans la chambre de son père mourant; un homme fort vieux qui ne pouvait s’empêcher de parler de la Sicile sans ravaler un sanglot qui finissait par le faire longuement tousser au point de l'étouffer.  Au-dessus du lit,  un crucifix énorme, je restai bouche bée, horrifiée devant le spectacle de ce crucifié dégoulinant de sang, je pris un air dégoûté et Madalena me demanda si je ne le trouvais pas magnifique. Du haut de mon innocence, je répondis :”Je le trouve affreux!”- Elle s’en est allée quérir un balai et m’a couru après dans toute la maison. Soit, je compris qu’il y des choses qu’il fallait éviter de dire, que cet homme souffrant sur une croix  était supposé être très beau !

Entre l’agneau adorable dans la cour et auquel on s’attachait irrémédiablement et qui finissait égorgé et quelque temps après la circoncision du fils aîné qui hurlait à vous déchirer les  tympans, je naviguais curieuse dans ce milieu relativement nouveau et populaire, chamarré et bruyant. Ayant appris à danser le twist en Suisse, j’étais le clou du spectacle des mariages du quartier, on m’invitait à faire ma danse “zazou” aux sons des darboukas.

Puis il y eu des inondations épouvantables, dans tous les foyers on ne parlait que d’enfants aspirés par des bouches d’eau, des morts par noyades. J’osai à peine sortir de crainte d’être moi même engloutie par je-ne-sais-trop-quoi. Mes visites régulières se faisaient le plus souvent chez Sarah, la belle et jeune voisine qui vivait plus loin, pâtisserie et bonbons, j’y trouvais toujours quelques bonnes surprises et de surcroît elle parlait le français. Lorsque ses amies venaient l’aider pour les grandes festivités, elles se mettaient à plusieurs dans la cuisine, et parfois elles baissaient la voix pour parler , j’imagine des anecdotes drôles et pas pour les oreilles d’une enfant.

Les semaines se transformèrent peu à peu en mois et  se déroulaient plus ou moins bien. Le mari de ma logeuse qui travaillait sur les ferries français, ramena, une fois, une télévision. Très fiers de cette grande nouveauté, ils la posaient sur le bord de la fenêtre avec un cintre en guise d’antenne et des gens du quartier s’asseyaient dans la rue, qui sur des chaises, qui sur des coussins, qui sur des tapis pour écouter des discours auxquels je ne comprenais rien, mais chargés de cris, de haine. Les gens dans le quartier s’échauffaient, la colère grondait.  Un beau matin, on décréta que je ne pouvais plus aller chez Sarah, la voisine sous prétexte que les “juifs mangent les enfants arabes”- Stupéfaction, incompréhension de ma part.  Sarah,  au fur et à mesure  des jours pleurait davantage, je continuai à me glisser en douce chez elle pour papoter comme nous avions pris l’habitude de le faire et continuer à manger des pâtisseries.
Un matin, je trouvai les volets de sa maison clos, le portail  cadenassé. Ils étaient partis. J'arpentais inlassablement la ruelle en espérant voir quelque chose se produire, un jour, deux jours passèrent, puis il fallut se rendre à l’évidence, ils ne reviendraient plus.

J’avais tout supporté jusque là, mais je compris que quelque chose de grave s’était produit, qu’en quelques jours tout avait changé. Du coup, je restai couchée , refusant de manger, une colère sourde, quelque chose d’injuste s’était passé mais je ne savais  comment l’expliquer, les journées se noyaient dans mes larmes.  Après trois jours de mutisme absolu durant lesquels on me força à manger, un marabout vint très sérieux faire des prières en vue de ramener mon âme. Ils avaient conclu que Sarah était partie avec elle et que la voisine juive m’avait maudite, voire ensorcelée.

Bien des annés plus tard, je compris que nous avions vécu la guerre des six jours.

Aujourd’hui, le deuxième prénom de ma fille est Sarah, je refuse d’avoir une  télévision et j'abhorre les fascistes de tous bords qui du reste étonnamment se ressemblent sur tous les points du globe, dans toutes les religions et dans toutes les cultures.

23:52 Publié dans Résistance | Tags : la guerre des six jours, la goulette, tunisie | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | |

13/07/2009

Ah sous la burqa ! L'Atlantide engloutie

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Il y a de ces haltes imposées qui vous minent le moral. Ainsi, la compagnie Etihad Airways qui vous retient en otage,  une nuit au moins,  à Abu Dabi, dans un cinq étoiles avant de continuer le périple ves l'Asie.  Plantée dans un décor hollywoodien de carton-pâte, face à votre petitesse des immeubles imposants surgissent du désert, frigorifiée par des ventilations qui vous gèlent  l'âme. Vous ne savez que faire de votre temps, vous observez du haut de votre immeuble de 20 étages, les longues limousines dans lesquelles s'engouffrent quelques obèses paresseux qui se traînent d'une limousine à une boutique chic et de la boutique à une autre limousine, chic et luxe , l'argent transpire de partout, mais c'est  surtout d'ennui que l'on transpire.

Soit, il faut bien tuer le temps en attendant de reprendre mon vol le lendemain matin, ayant en horreur le shopping, néanmoins, je me damne et m'engouffre dans "The"  Abu Dabi Mall. Les classiques enseignes mortifères Woolworths, Zara, Versace, Burberry, Louis Vuitton, Channel, Gucci and Yves Saint Laurent s'alignent comme partout ailleurs et puis cette vitrine insensée devant laquelle s'arrêtent quelques groupes de femmes en burqua. Dentelles noires et rouges, string recouvert d'un voile transparent léger comme la bise, aux allures de mille et une nuits, porte-jarretelles en moucharabieh noires , coeurs en diamant strass, papillons en plume rouge, froufrouteries, un monde insoupçonné, érotique, tapageur, le tout très coquin.  Du coup, j'entre dans la boutique pour m'assurer de qui pourrait bien plonger dans cet univers de soie et de dentelles. Les femmes parfumées à outrance, dans un cliquetis d'or,  choisissent quelques sous-vêtements qui jurent avec leur burqa, elles rient entre elles passent à la caisse en déposant leur butin prometteur de quelques nuits coquines.

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Elles repartent plus lascives et ondulantes que jamais laissant derrière elles une traînée odorante de jasmin et de rose, les yeux hyper maquillés brillent d'un éclat plus intense et on s'imagine un monde englouti sous la burqa, l'Atlantide des désirs enfouis et cachés sous le léger voile qui répond au moindre mouvement du corps imposant du coup un autre regard sur l'érotisme.  Un monde insoupçonné derrière la burqa !

 

 

22:33 Publié dans Voyages | Tags : burqa, abu dabi | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Facebook | | |