31/07/2009

"Je veux un bol de riz, s'il vous plaît"

images.jpgPaix à l'âme de Monsieur Hiroki Nishiyama - Dans cette triste histoire,  vous constaterez  la force de quelques lignes sur un carnet :  belle forme de résistance, un ultime cri de détresse qui résonne dans nos consciences parfois assoupies, assommées par trop de malheurs entendus et vus en boucle, anesthésiées par un quotidien ronronnant, pareils à ces chevaux maigres et fatigués d'Andalousie à Cordoba ou Sevilla que nous sommes devenus , aux flancs tristes et creux  et à la colonne vertébrale saillissante qui tirent les touristes dans leur carriole d'un rouge criard, la tête  plongée  dans l'avoine, des oeillères des deux côtés, même les fouets ils ne les ressentent plus, ils n'ont même plus la force de chasser les mouches qui les envahissent  - ces quelques lignes griffonnées sur un carnet par un homme qui meurt de faim et qui nous rappellent que nous ne sommes pas de vieux canassons aveugles et indifférents...................................

 

Kitakuyushu est une ville située au sud-ouest du Japon qui regroupe de riches entreprises et surtout la présence d'une municipalité si performante, érigée en modèle à suivre. On vient de toutes parts pour se frotter aux méthodes drastiques des 143 fonctionnaires zélés qui sortent les bénéficiaires de l'aide publique, en appliquant les quotas, ce qui leur assurera les félicitations de leur hiérarchie et la promotion tant convoitée. Par manque de chance, la troisième victime de cet excès de zèle est morte en laissant à côté d'elle un carnet, témoin de son calvaire et dont la fin tragique a fait le tour de la planète.
M. Hiroki Nishiyama, 52 ans, ancien chauffeur de taxi au chômage, a été une victime sacrifiée sur l'autel de la réduction de la dette publique. Sa maigre pension de 1 000 yen (environ 650 euros) a été suspendue et en deux mois, il a passé de 64 kg à 58 kg. Il relate dans son carnet aux fines pages son calvaire, cette faim qui le tenaille jour et nuit. Mais il continue à bien aligner ses chaussures avant d'entrer dans son pavillon fait de tôle et de planches, à essayer de garder des habits propres, toujours les mêmes, inlassablement lavés et suspendus sur un étendage de fortune. Plein d'espoir de retrouver du travail, il patiente, mais la faim ne le lâche plus et aura raison de lui. Le 25 mai, il écrit à 3 heures du matin: «Cet homme n'a pas mangé depuis 10 jours, il veut manger du riz, une boule de riz.». Son journal s'achèvera le 5 juin: «Je veux un bol de riz, je n'ai pas mangé depuis 25 jours» , sa mort suivra de près.
Le modèle japonais en prend un coup, avec ses presque 20 millions de pauvres et nouveaux pauvres. Une politique qui refuse de reconnaître la pauvreté, résultat d'un système ultralibéral qui s'essouffle. «Le pauvre n'est plus un citoyen, seuls ceux qui paient des taxes le sont», selon un professeur de l'université de Tokyo.
Et des vieux souffrants, malades, pauvres, qui se traînent avec leur sacs, pourchassés de toutes parts, on les voit déambuler dans la ville, se reposer entre deux piliers en marbre dans le quartier de Shibuya, royaume de la surabondance et de la surconsommation.
Le Japon est la deuxième économie mondiale. Pour commencer la lutte contre la pauvreté dans le monde, le Japon peut commencer par revoir sa propre politique en la matière et appliquer un programme simple et efficace: cesser de s'acharner sur les plus faibles pour réduire la dette publique et que tous les Hiroki Nishiyama aient un bol de riz par jour, au moins, s'il vous plaît!

 

DJEMAA CHRAÏTI, Genève publié dans le Courrier novembre 2007

Je réédite cette note parce que cette histoire m'avait  beaucoup émue, que je revenais du Japon où effectivement j'avais pu constater de vi su la situation de précarité des personnes âgées qui n'ont plus leur place dans cette économie galopante où : si tu ne produis pas, tu es juste bon pour la poubelle ! Certains internautes japonais s'en sont pris à moi pour dire que cette personne n'était pas décédée alors que l'information avait été largement diffusée par un journalistes japonais du Times Magazine et qui avait fait le tour du monde.

 

09:16 Publié dans Solidarité | Tags : kitakuyushu | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Votre récit est très percutant et très bien écrit. Je partage votre émotion.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 31/07/2009

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