20/07/2009

L'olivier millénaire- Si vivant, si émouvant !




P1000751.JPGPlanté au sommet d’une colline avec à l’horizon la Ste Victoire qui le nargue au loin, l’olivier trône, là , fier et puissant, dans cette région aride du Var, depuis paraît-il 800 ans ou 1’000 ans, qu’importe ! Nous n’en sommes plus à quelques siècles près. Un tronc noduleux, tortueux, torturé par des siècles pas toujours très tendres; scindé en deux, entouré de lavande et bercé du chant des cigales, ses branches étalées comme des bras ouverts paraissent plonger dans le ciel bleu de Provence. A quelques mètres, son ami de toutes les guerres, le chêne, le toise du haut de ses quinze mètres. Le petit d’autrefois, frêle arbre, il y a si longtemps déjà, a poussé et grandi jusqu’à lui faire de l’ombre et malgré ses deux cents ans, il lui paraît encore bien jeune, juste adolescent.

Olivier millénaire qui, bon siècle mal siècle, arrive encore à se couvrir de délicates feuilles tendres et argentées, parvient, néanmoins, à fleurir et offrir quelques olives, minuscules et vertes, si fraîches, si jeunes comparées à ce vieux rabougri qui semblait n’avoir plus rien à donner, un être à bout de souffle et pourtant ! On l’imagine tout au long de ces siècles avoir vécu tant de périples, s’être épuisé au fil des ans. Il n’en est rien. Du mistral puissant à décorner les boeufs à la tramontane, ce vent du nord, qui balaie tout sur son passage, les incendies de forêt auxquels il a échappé l’imprégnant pour des années d’une odeur tenace et l’habillant de deuil, couleur cendre. Les années de sécheresses, puis celles d’inondations, il a résisté à toutes les tempêtes, survécu à toutes les affres du temps.


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Il s’était habitué à voir paître les troupeaux de moutons et entendre leur jeune berger au large chapeau souffler dans son pipeau, les notes allègres lui parvenaient de loin en loin mêlées aux chants des cigales, épousant le chuintement du vent qui décoiffe le feuillage des arbres, perdu dans une danse de Saint-Guy qui affole le paysage. Il se souvient autrefois des sangliers qui s’acharnaient au pied du chêne pour y dénicher quelques truffes brunes à la forte odeur de terre. Il observait attentivement les larges sillons tracés à la charrue tirée par des boeufs de labour, essouflés sur ces coteaux arides. Le large fouet du paysan en nerf de boeuf fendait l’air d’un bruit puissant et s’abattait impitoyable sur le dos des bêtes suintantes et haletantes qui s'acharnaient sur cette terre ingrate.  Toutes feuilles frémissantes, il retenait son cri : que les hommes sont donc cruels !

A l’aube naissante, dans la promesse du jour qui pointe, lorsque les dernières étoiles lasses d’avoir scintillé de tous leurs éclats la nuit durant succombent enfin à la lumière qui les tète, les engloutit peu à peu et qui enfin nourrie de cette luminescence stellaire renvoie une solarité rayonnante, plongé dans  les couleurs pastels de Provence à l'heure de la rosée rafraîchissante qui vient se poser comme perle rare sur ses feuilles nouvelles, l’olivier entend l’angélus du presbytère tinter gaiement,  le chant du coq se mêle joyeusement au carillon.

Des années, des siècles qui passent alors  que l’arbre millénaire étend ses racines, vaste réseau labyrinthique aux entrelacements sinueux qui se nourrit de cette terre rouge bauxite. Mieux ancrées sont les racines plus grande est la résistance.
Métaphore ? Sans nul doute.

10:37 Publié dans France | Tags : var, olivier millénaire | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Djemâa, superbe texte, bravo, merci !
Un brin d'humour : espérons qu'une marque d'huile d'olives du Var ne retrouve pas ton olivier, car alors bonjours les dégâts publicitaires.
Bonnes vacances, par ici 35° à 11h30

Écrit par : Hypolithe | 20/07/2009

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