22/06/2009

Haschich: de l’extase à la dépendance

Outdoor_Cannabis_picture.jpg
Rien de nouveau sous le soleil ! On se pose autant de questions aujourd’hui sur ces substances qu’on s’en posait il y a plusieurs siècles.
Autrefois, considéré comme le “vin des pauvres” le haschich était admis. Connue comme plante médicinale par les Grecs et intégrée dans la préparation de médicaments, sa consommation comme drogue jouissive apparaît en Syrie et en Egypte avant la fin du XI ème siècle. Débarquée avec les Tatars, le haschich se répandra  plus largement et on finit par le considérer comme une deuxième arme, l'épée de Genghis Kan, souverain mongol, et la drogue qui rend passif celui qui devrait se battre contre l'envahisseur.

Ibn al-Baytar (XIIIème siècle) en décrit ses effets et sa préparation : Hachîcha (herbe). Il enivre fortement ceux qui en prennent même en petite quantité, son usage conduit à l’abrutissement. Leur esprit s’altère et ils aboutissent à la folie, quelque fois même à la mort. Les fakirs en usent abondamment, mélangé à du sésame ou du sucre, on le mastique ce qui procure excitation et gaieté. Parfois on le boit mélangé à quelque liquide - On ne le fumera pas avant l’apparition du tabac, c’est-à-dire début du XVII ème siècle.

Dès le XIV ème siècle, on tente de trouver par quelques pirouettes savantes une façon de le condamner, n’étant ni rejeté par la Sainte écriture, ni par le Coran finalement les docteurs de la religion optent pour une interprétation avec le raisonnement par analogie. L'ivresse du vin est interdite parce qu'elle corrompt la raison, idem pour le haschich donc par extension on devrait aussi interdire l'herbe et son ivresse. On s’appuie surtout sur ses effets nocifs; destruction mentale et physique et un hadith pose un principe général “Tout ce qui enivre est interdit” tout ce qui altère la raison, la corrompt et crée l’absence de cette dernière. Objet de prohibition absolu. Montée au créneau des opposants qui s’érigent contre cette décision, on le déclare seulement “corrupteur” ou “narcotique” et qu’il ne fallait juste pas en abuser, ils se réfèrent au Livre pour attester qu'aucune mention n'est faite au sujet de cette drogue : Un poète féru de taverne répondra par ces vers :" Dans  le vertige du haschich réside l'objet de mon désir, ô les petits possesseurs d'intelligences et d'esprits ! Sans motif ni rationnel ni scripturaires ils l'ont interdit. Or il est interdit d'interdire ce qui n'est pas interdit. Dans le conte des mille et une nuits, on découvre à travers les récits , la lascivité  « luxe, calme et volupté » induit par le haschich, même les sultanes s'y adonnent dans des parfums vaporeux, elle se laisse griser par la douce rêverie des voyages imaginaires au-delà  de l'enfermement du harem.


L’apparition du café à la fin du XV ème siècle, qui se répand du Yémen au Hedjâz, puis Egypte et Damas suscite des controverses aussi grandes,  à l’instar du haschich. Critiques vaines, car il était difficile de démontrer avec le café des effets aussi importants sur l’organisme et l’esprit. Les proliférations des Kahvehânes en attestera,  on y déguste à loisir ce nouveau nectar avec un peu de haschich, nouvel espace de convivialité et d’oisiveté.

Le cheikh damascain Ibn Taymiyya (1328) part en croisade contre le haschich. Il mène campagne aussi contre les lupanars et les tavernes à Damas. Il prononcera cinq fatwas contre le haschich. Il nous laissera des études approfondies sur le sujet afin de démontrer la nocivité de cette substance.
Dans son oeuvre “L’herbe de l’ivresse” il démontre qu’il serait illogique d’interdire le vin qui enivre et pas le haschich qui produit les mêmes effets, voire pires car l’herbe a des effets psychiques. Les buveurs peuvent devenir furieux, à l’opposé l’herbe produit langueur et soumission, diminue l’ardeur et le potentiel de nuisance de ses adeptes, amoindrit leur jalousie et les jette dans l’abjection, les rend effeminés et les conduits à se laisser cocufier ou à se prostituer eux-mêmes quand ce n’est pas les deux à la fois. La drogue est donc surtout un danger pour celui qui en use. Il a usé de toute la richesse du vocabulaire arabe pour en décrire les méfaits : altération, corruption, trouble, affaiblissement, couverture, diminution, confusion, absence, disparition ou inexistence de la raison, aveuglement de l’entendement, non-conscience de ce qu’on dit, folie.
Toutefois elle “ouvre la porte de l’imaginaire” et elle provoque plaisir et ravissement, voilà en quoi réside l’ivresse tant décriée car il est ensuite  difficile de s’en libérer. Un médecin contemporain Dr Al-Qastallâni mentionne une “enfermedad mental” se manifestant par un “el cambio que tiene lugar en el temperamento, que violenta los actos voluntarios y rompe el equilibrio, conduciendo de este modo al exceso y al desorden”. Tous s’accordent sur la dépendance des états mentaux et entraîne sûrement des effets désastreux sur l’organisme, le foie devient une éponge.

Mais le pire pour Ibn Taymiyya ce sont ceux qui utilisent la drogue comme moyen de se rapprocher de Dieu, suivez mon regard……Les Soufis sont pleinement visés et qui, eux,  maintiennent que l’utilité du haschich est plus grande que le péché d’en consommer. Elle amène droit à l’extase donc rapproche du divin. On reprochera aux Soufis sous couvert de démarches mystiques de vivre dans des couvents pour simplement “manger du haschich.” Eux  maintiennent  que  l'herbe est "Bouchée du souvenir et de la réflexion qui meut la détermination vers le plus noble des lieux, elle mène vers la Voie." Les poètes vont jusqu'à lui consacrer des vers :"Es el hachis el secret con el espiritu- Se eleva a las mas sublimes moradas- En la ascension celestial de un entendimiento- Libre de ataduras mundanas.
Marco Polo décrira d’autres mystiques “les haschishiyyin” “camés aux haschich” d’où le mot assassin parce qu’ils devenaient fous et selon les dires tuaient en masse.
On reproche aux  Soufis sous l’effet de la drogue de se transpercer, de manipuler des fers tranchants avec lesquels ils se font violence, dépendants ils offrent dès lors leurs corps aux supplices et qui les conduisent droit à la mort. Pour le cheick la société mamlûke va à la dérive, irraison, immoralité et mécréance.
Peut-on speeder la religion ? Pour les religieux, non ! Seule la prière et s’en tenir au Livre et à la Tradition doivent suffire contrairement aux Soufis qui sont aussi religieux et qui prônent l’inverse, les ultra-religieux les comparent aux Nazaréens qui boivent du vin pendant l’eucharistie pour atteindre l’ivresse et rencontrer Dieu.
On dénonce chez les Soufis les pratiques libertines peu en phase avec la religion telle qu'elle est conçue par les ultra-religieux: sous prétexte de religion, ils incitent à la transe, à la défonce par la drogue, encouragent le libertinage et la débauche, hétérosexuelle et homosexuelle dont avec des éphèbes.  "Religieux camés, mélomanes, omnivores, illusionnistes, entremetteurs, sodomites et autres imposteurs illuminés et  attaqués par Ibn Taymiyya."  On ira même à comparer par la suite les Soufis toxico Mamlûk comme des hippies avant l’heure, contre-culture par excellence au coeur de l’Islam. Ils vivaient en communauté, rejetant le système économique et partageaient leurs biens matériels. Leur position aujourd’hui est toujours très ambivalente, rejetés, pourchassés, ils continuent à déranger et sont carrément interdits en Arabie Séoudite. (le mouvement soufi au coeur de l'Islam reste un sujet passionnant, on les surnomme les néo-platoniciens !)

Au sujet des soufis stambouliotes, dans Voyages, Gérard de Nerval  écrit :”Ces derviches représentent la tradition non interrompue des cabires, des dactyles et des corybantes, qui ont dansé et hurlé durant tant de siècles antiques sur ce même rivage. Ces mouvements font arriver l’homme à un état bizarre où Dieu, touché de son amour, consent à se révéler par des rêves sublimes, avant-goût du paradis.”

Toutefois, on reste un peu plus souple quant à l’utilisation du haschich dans le cadre médical mais accepté du bout des lèvres – "L'usage de la marijuana, du haschich et de l'opium comme substances intoxicantes est interdite (haram). S'en abstenir est une obligation. C'est cependant permis dans une proportion qui n 'est pas nocive et n'a pas d'effet sur l'esprit,  sur recommandation d’un médecin spécialiste et pour autant que cela fasse du bien au patient” -  Al-Haskafi (1677 )


En conclusion : “Rien de nouveau sous le soleil !” à une exception près le taux de THC a notamment augmenté depuis ce temps avec tous les effets pervers que cela induit auprès des jeunes notamment.

Ouvrage de référence Ibn Taymiyya Le Haschich et l’extase
Textes traduits de l’arabe et présentés et annotés par Yahya Michot

12:30 Publié dans Voyages | Tags : haschich, ibn taymiyya | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

Commentaires

l'Histoire raconte que les "hachichans", étaient une peuplade ultra-béliciste, et que pour se préparer au campagnes militaires (razzias), ils cessaient toute activitée sexuelle ainsi que tout ivresse canabique, au moins 2 semaines avant le début des hostilités...
Ainsi, leur courage et leur résistance s'en trouvaient décuplés, semant la terreur dans les troupes adverses...On dit même que Alexandre le Grand utilisa ces peuplades comme mescenaires dans ses conquêtes... Certains racontent que de leur sabre recourbé, ils tranchaient indistinctement les têtes, répétant que "Dieu, reconnaitrait les siens d'entre les morts"...

Écrit par : mur | 22/06/2009

Je suis triste de voir la désinformation calomnieuse que vous faites du soufisme! Les moyens d'élévations sont les prières surérogatoires , les jeûnes surérogatoires, les veillées nocturnes, les retraites spirituelles, les lectures du corans, les dhikr, istighfar et prières sur le prophètes (sws)! Triste est de constater cette omission et heureux de savoir que nous comparaîtrons tous devant Le Juge des juges!

Écrit par : Ahmed | 25/10/2014

Les commentaires sont fermés.