21/06/2009

Ces mots qui enchantent : La générosité

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La générosité est un des plus beaux sentiments, aussi noble que la grandeur d’âme dans la mesure où il s’agit de s’abandonner entièrement, de manière libre pour offrir à l’autre un don dont on attend rien en retour. On n’est pas généreux par devoir, ce dévouement aux autres s’inscrit au-delà du devoir, c’est là où commence la générosité, lorsque rien ne nous y oblige et elle peut être offerte à tous.
Elle procure à celui qui la pratique la plus grande satisfaction, celui qui donne reçoit autant que le bénéficiaire mais en terme d’amour-propre. La particularité de la générosité est qu’elle apporte quelque chose à l’autre dont je ne profiterai en rien afin de s’assurer que l’autre y  trouve son compte, et même parfois j’y perds  ! C’est la forme la plus parfaite de sacrifice de soi pour les autres, le sacrifice en est son essence.

Mais alors quel intérêt direz-vous ?

Pour Spinoza, la générosité  est « Un désir par lequel un individu, à partir du seul commandement de la raison, s’efforce d’assister les autres hommes et d’établir entre eux  et lui un lien d’amitié .” Une autre forme de se prolonger à travers les autres, la condition d’assumer d’abord son exigence propre, qui est de persévérer dans son être, le plus possible, le mieux possible, autrement dit d’agir et de vivre.”  En réalité rien n’est plus utile à l’homme que l’homme et que quiconque est conduit par la raison désire pour les autres ce qu’il désire pour lui-même .
Aristote l’associe à la grandeur d’âme dans toute sa perfection, sa grandeur, sa plénitude et Saint-Thomas d’Aquin l’associe davantage à l’humilité, ils mentionnaient plutôt la magnanimité qui s’estompera au profit de  la générosité, terme plus moderne que l’on verra apparaître à  partir du  XVIIs,   à cheval entre la magnimité et la libéralité.  L’éthique aristotélicienne donne une place d’honneur à cette vertu. Elle inclut la conscience d’une haute valeur personnelle, elle est dans la juste mesure de l’estime de soi, vertu totale, vertu parfaite, elle atteste combien la justesse dans la connaissance et l’amour de soi est nécessaire à une moralité fondée en raison.
L’amour par essence est généreux, qui prend aussi des allures de don de soi,  mais la générosité n’implique pas toujours l’amour, il n’est pas nécessaire d’être amoureux pour être généreux. Cette distinction est intéressante.

La générosité prend des formes bien particulières et se manifeste de mille et une façons, elle peut aller jusqu’au sacrifice d’une vie pour en sauver une autre,  ou s’exprimer à travers un sourire, une parole bienveillante, un sentiment d’amitié profond, des gestes d'affection, des biens matériels, une écoute attentive et attentionnée, des bras largement ouverts, il y a générosité quand autrui sent qu'il a reçu quelque chose qui lui a fait du bien sans qu'il se sente obligé de donner en retour, mais sa reconnaiissance est une forme de retour qui enrichit l'autre d'une image positive de lui-même.  D'où l'adage qui donne  reçoit beaucoup.

Jacques Derrida est beaucoup plus critique à l’égard de la générosité :
« Donner par générosité ou parce qu’on peut donner (ce qu’on a), ce n’est plus donner il désigne le pouvoir propre de prodiguer le bien propre - et donc en dernière instance de réassurer le propriétaire. La  vraie générosité commencerait par un mouvement intérieur vers l’autre, un lien très fort, sans objet. L’objet ne peut que rappeler le pouvoir de l’un sur l’autre. Ce qui implique qu’on s’offre tout entier, “l’objet” du don , c’est nous sans compter. Il lie le don à la puissance, à la dette , donc à la servilité, existe-t-il un vrai don “non empoisonné” non générateur de dette ?   De quelle manière se paie-t-on, par l’auto-satisfaction ? Un don doit-être suivi d’un contre-don pour rétablir l’équilibre. Propose-t-il dans le fond un potlach, mot “chinook” qui signifie “ action de donner” et qui consiste à travers des rituels à offrir un don en retour et dont la valeur doit-être au moins égale à celle du premier don, rituel pratiqué chez les amérindiens, auprès de nombreuses ethnies de l’océan Pacifique, en Indes.

Le rituel  Potlach est intéressant, il est une pratique du don et contre-don qui rééquilibre les rapports entre les groupes et met en perspective le danger de la  générosité à sens unique qui  peut asservir, humilier, rendre dépendant, pour exemple la masse de dons qui va du Nord vers le Sud  n’est  peut-être plus un geste de générosité mais d’asservissement, d’aliénation de ceux qui ont  le pouvoir de prodiguer le bien propre.

Le véritable acte de générosité n’est peut-être pas d’offrir mais de s’offrir véritablement, je deviens véritablement le prolongement de l’autre, la vraie générosité est d’abord le mouvement intérieur vers l’autre qui n’est pas différent de moi mais me rappelle à ma propre existence à travers le regard reconnaissant que l'on me renvoie. La générosité :  un miroir bienveillant qui enrichit et qui renvoie une image de soi satisfaisante dans laquelle on plonge pour se ressourcer et qui a pour premier but de tendre la main vers autrui, mon altérité.

15:49 Publié dans philosophie | Tags : générosité | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

Commentaires

A la lumière de la psychologie spéculative, la générosité est un non sens.

Il n'y a de générosité que de celui qui accepte d'écouter l'interpelant.Il s'abandonne un instant pour écouter.
En regardant l'autre, on se reçoit.
En aimant l'autre, on se cherche et on aime soi.
Mais se recevoir de l'autre dans la réciprocité est une cérémonie exceptionnelle. S'il faut définir ces instants de bon heurt, cet amour de l'autre, on constate alors qu'il est sans objet réel et sans objet matériel.
on se convainc d'avoir donné, en fait on prend. On veut croire qu'on a donné et qu'on s'est donné alors qu'on se saisit des dispositions.
Il n'existe pas de générosité. Il n'y a qu'abandon. Abandon si nécessaire pour faire de la place.
On s'abandonne un instant, on sollicite l'abandon de l'autre.
L'abandon est la réponse à la distance entre les sujets, il convient, pour survivre du soi isolé, de combler cette distance, de se rapprocher de l'autre par les objets, c'est-à-dire réduire la durée et l'espace du néant, créer des instants de décision, construire des logiques, meubler de sentiments: édifier des espaces communs. Parfois, le comblement fait place à la prise du pouvoir sur l'autre ou à sa propre auto-destruction. La soumission de l'autre n'est autre chose que miroir qui renvoie en symétrie l'image de soi. Image imperceptible ou niée.
Fin d'émission du message.

Sans l'abandon des uns et des autres, rien ne pourrait plus s'accomplir; les désirs demeureraient des non lieu; l'espace entre les individus serait sidéral.

Écrit par : Nepotin | 14/07/2009

@hepotin- nouveau blogueur dans la blogosphère ? Commentaire très intéressant et un regard autre qui nous donne vraiment envie de s'abandonner pour écouter l'autre.

Écrit par : duda | 14/07/2009

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