16/06/2009

Ces mots qui enchantent : Le bonheur

 

 

 

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La définition du  bonheur  balance entre l’assouvissement de toutes les passions même les plus folles selon Calliclès ou au contraire fuir « ce tonneau sans fond » insatiable qui revient à  céder à une vie de passions et de plaisir et qui serait une sorte de mort entraînant l’homme dans un cercle vicieux selon Socrates . Pour lui, la vie bonne est une vie à la fois bonne et vertueuse, allier le plus grand bonheur avec la plus grande vertu.  On peut avoir du plaisir et ne pas être heureux faut-il encore être vertueux.

Revenons à ce terme de bonheur en grec « eudaimonia » et  qui signifie, la bonne heure, le bon moment, "le souverain bien".  Pour Aristote le bonheur est le bien de l’homme, la richesse et le pouvoir ne sont que des moyens d’y parvenir, il invite aussi à la vertu et à la contemplation. Toutefois, notre bonheur ne dépend pas exclusivement de nous, des éléments extérieurs peuvent venir empêcher l’accès au bonheur, oppression, guerre civile.

Epicure rejoint l'idée de Calliclès,   la jouissance  consiste à souffrir le moins possible, mais il est nécessaire de limiter ses désirs et il nous invite à ce magnifique exercice un tantinet compliqué:  jouir le plus possible en désirant le moins possible donc sélectionner parmi les désirs ceux qui nous amèneront au bonheur. Tout plaisir qui entraînerait à la dépendance est naturellement à éviter car il devient source de souffrances et nous enchaîne,  pas de bonheur concevable sans liberté. Donc sur cette lancée, il  propose de vivre le plus intelligemment possible afin de ,  jouir le mieux possible. Les meilleurs plaisirs sont les plaisirs naturels et nécessaires et ceux qui font du bien à l’âme. Entre hédonisme ( le plaisir est le principe de tout bien)  et eudémonisme (le bonheur est le souverain bien ) la  voie au bonheur réside dans l’acceptation de notre finitude, tout prend fin nous inclus, une des sources de notre bonheur est surmonter la peur de la mort.

Les modernes poursuivent en reprenant avec Kant l’idée de satisfaire tous nos désirs « un tout absolu, un maximum de bien-être dans mon état présent  et dans toute ma condition future » pour lui le bonheur est un idéal « non de la raison, mais de l’imagination » nous pouvons le rêver, mais il est inaccessible. Kant se rabat (ne vous découragez pas ! ) sur une vie au-delà et qui rejoint l’idée chrétienne. En attendant restons dignes  afin d’être un jour heureux dans l’au-delà. Voilà pour perspective notre « horizon d’espérance »

Assouvir ces désirs c’est le tonneau des Danaïdes, on en veut davantage, éternellement insatisfaits. Mais où est le bonheur ? Ce bonheur qui semble être insaisissable, faut-il se transformer en prestidigitateurs pour l’attraper et le retenir comme un oiseau avant qu’il ne s’enfuie. Notre unique réponse est que le bonheur se vit ici et maintenant, on ne le trouve ni dans la nostalgie du passé, ni dans l’angoisse du futur. Il est là,  à portée de main. Pareils à des vagabonds errants, nous déposons notre lourd fardeau de désirs, d’envies, nous observons l’instant présent libres de tout désir qui n’appartient qu’au futur pour jouir de l’instant présent, léger, « pur instant de bonheur » elle est l’expérimentation profonde d’un instant transformé en étincelles de postérité. Le temps s’arrête, le malheur suspendu au-dessus de nos têtes, jouir de ce que l’on a ou de ce que l’on fait intensément, nous quittons le désir pour la jouissance, nous quittons le manque pour se réaliser pleinement. Le bonheur est l’absence de malheur, lorsqu’on se met à jouir pleinement de quelque chose le malheur reste à la porte, c’est ou l’un ou l’autre.

L’expérience esthétique est une des plus grandes sources de bonheur volée au malheur, extatique devant la beauté, c’est-à-dire l’harmonie, le temps reste suspendu dans une contemplation qui nous rend heureux. Elle est une émotion, une sensibilité à l’objet qui créé un plaisir intense, une jouissance immédiate qui nous ouvre les portes de l’immensité illlimitée du  sublime. On se sent transporté au-delà du malheur, on aime ce que l'on voit, voilà l’instant de « pur » bonheur. La musique participe largement à notre bonheur, sentir la musique c’est expérimenter un moment de bonheur.
Les Indiens d’Amérique soignaient les mélancoliques avec le pouvoir de l'esthétique. On bandait les yeux du malade, un artiste peignait sur le sable des mandalas aux couleurs puissantes pour qu’en les voyant, le malade s’extasie et expérimente un moment de bonheur utile à sa guérison. La beauté nous fait vivre un moment de plénitude, mais pour accéder à cela, il faut observer le monde, devenir attentif  à ce qui nous entoure, chercher la beauté, quitter « l’attention pour l’attente » garantit l’ennui et la tristesse.  Le bonheur réside dans notre capacité à aimer la vie, rester attentif. Le déprimé est blasé, fatigué, indifférent au monde qui l'entoure, il n’observe plus rien hormis son malheur, le bonheur pourrait lui passer sous le nez sans qu’il sen aperçoive. « Aimer c’est se réjouir » et lorsqu’on a perdu cette capacité d’aimer c’est qu’on est malade.


(parmi les sources de lecture : Comte-Sponville- Jean Delumeau- Arlette Farge -La plus belle histoire du bonheur)



L'incontournable lettre d'Epicure à Ménécée


salut.

Même jeune, on ne doit pas hésiter à philosopher. Ni, même au seuil de la vieillesse, se fatiguer de l’exercice philosophique. Il n’est jamais trop tôt, qui que l’on soit, ni trop tard pour l’assainissement de l’âme. Tel, qui dit que l’heure de philosopher n’est pas venue ou qu’elle est déjà passée, ressemble à qui dirait que pour le bonheur, l’heure n’est pas venue ou qu’elle n’est plus. Sont donc appelés à philosopher le jeune comme le vieux. Le second pour que, vieillissant, il reste jeune en biens par esprit de gratitude à l’égard du passé. Le premier pour que jeune, il soit aussi un ancien par son sang-froid à l’égard de l’avenir. En définitive, on doit donc se préoccuper de ce qui crée le bonheur, s’il est vrai qu’avec lui nous possédons tout, et que sans lui nous faisons tout pour l’obtenir. Ces conceptions, dont je t’ai constamment entretenu, garde-les en tête. Ne les perds pas de vue quand tu agis, en connaissant clairement qu’elles sont les principes de base du bien vivre.
D’abord, tenant le dieu pour un vivant immortel et bienheureux, selon la notion du dieu communément pressentie, ne lui attribue rien d’étranger à son immortalité ni rien d’incompatible avec sa béatitude. Crédite-le, en revanche, de tout ce qui est susceptible de lui conserver, avec l’immortalité, cette béatitude. Car les dieux existent : évidente est la connaissance que nous avons d’eux. Mais tels que la foule les imagine communément, ils n’existent pas : les gens ne prennent pas garde à la cohérence de ce qu’ils imaginent. N’est pas impie qui refuse des dieux populaires, mais qui, sur les dieux, projette les superstitions populaires. Les explications des gens à propos des dieux ne sont pas des notions établies à travers nos sens, mais des suppositions sans fondement. A cause de quoi les dieux nous envoient les plus grands malheurs, et faveurs : n’ayant affaire en permanence qu’à leurs propres vertus, ils font bonne figure à qui leur ressemble, et ne se sentent aucunement concernés par tout ce qui n’est pas comme eux.
Familiarise-toi avec l’idée que la mort n’est rien pour nous, puisque tout bien et tout mal résident dans la sensation, et que la mort est l’éradication de nos sensations. Dès lors, la juste prise de conscience que la mort ne nous est rien autorise à jouir du caractère mortel de la vie : non pas en lui conférant une durée infinie, mais en l’amputant du désir d’immortalité.
Il s’ensuit qu’il n’y a rien d’effrayant dans le fait de vivre, pour qui est radicalement conscient qu’il n’existe rien d’effrayant non plus dans le fait de ne pas vivre. Stupide est donc celui qui dit avoir peur de la mort non parce qu’il souffrira en mourant, mais parce qu’il souffre à l’idée qu’elle approche. Ce dont l’existence ne gêne point, c’est vraiment pour rien qu’on souffre de l’attendre ! Le plus effrayant des maux, la mort ne nous est rien, disais-je : quand nous sommes, la mort n’est pas là, et quand la mort est là, c’est nous qui ne sommes pas ! Elle ne concerne donc ni les vivants ni les trépassés, étant donné que pour les uns, elle n’est point, et que les autres ne sont plus. Beaucoup de gens pourtant fuient la mort, soit en tant que plus grands des malheurs, soit en tant que point final des choses de la vie. Le philosophe, lui, ne craint pas le fait de n’être pas en vie : vivre ne lui convulse pas l’estomac, sans qu’il estime être mauvais de ne pas vivre. De même qu’il ne choisit jamais la nourriture la plus plantureuse, mais la plus goûteuse, ainsi n’est-ce point le temps le plus long, mais le plus fruité qu’il butine ? Celui qui incite d’un côté le jeune à bien vivre, de l’autre le vieillard à bien mourir est un niais, non tant parce que la vie a de l’agrément, mais surtout parce que bien vivre et bien mourir constituent un seul et même exercice.. Plus stupide encore celui qui dit beau de n’être pas né, ou
Sitôt né, de franchir les portes de l’Hadès.
S’il est persuadé de ce qu’il dit, que ne quitte-t-il la vie sur-le-champ ? Il en a l’immédiate possibilité, pour peu qu’il le veuille vraiment. S’il veut seulement jouer les provocateurs, sa désinvolture en la matière est déplacée. Souvenons-nous d’ailleurs que l’avenir, ni ne nous appartient, ni ne nous échappe absolument, afin de ne pas tout à fait l’attendre comme devant exister, et de n’en point désespérer comme devant certainement ne pas exister.
Il est également à considérer que certains d’entre les désirs sont naturels, d’autres vains, et si certains des désirs naturels sont contraignants, d’autres ne sont... que naturels. Parmi les désirs contraignants, certains sont nécessaires au bonheur, d’autres à la tranquillité durable du corps, d’autres à la vie même. Or, une réflexion irréprochable à ce propos sait rapporter tout choix et rejet à la santé du corps et à la sérénité de l’âme, puisque tel est le but de la vie bienheureuse. C’est sous son influence que nous faisons toute chose, dans la perspective d’éviter la souffrance et l’angoisse. Quand une bonne fois cette influence a établi sur nous son empire, toute tempête de l’âme se dissipe, le vivant n’ayant plus à courir comme après l’objet d’un manque, ni à rechercher cet autre par quoi le bien, de l’âme et du corps serait comblé. C’est alors que nous avons besoin de plaisir : quand le plaisir nous torture par sa non-présence. Autrement, nous ne sommes plus sous la dépendance du plaisir.
Voilà pourquoi nous disons que le plaisir est le principe et le but de la vie bienheureuse. C’est lui que nous avons reconnu comme bien premier, né avec la vie. C’est de lui que nous recevons le signal de tout choix et rejet. C’est à lui que nous aboutissons comme règle, en jugeant tout bien d’après son impact sur notre sensibilité. Justement parce qu’il est le bien premier et né avec notre nature, nous ne bondissons pas sur n’importe quel plaisir : il existe beaucoup de plaisirs auxquels nous ne nous arrêtons pas, lorsqu’ils impliquent pour nous une avalanche de difficultés. Nous considérons bien des douleurs comme préférables à des plaisirs, dès lors qu’un plaisir pour nous plus grand doit suivre des souffrances longtemps endurées. Ainsi tout plaisir, par nature, a le bien pour intime parent, sans pour autant devoir être cueilli. Symétriquement, toute espèce de douleur est un mal, sans que toutes les douleurs soient à fuir obligatoirement.
C’est à travers la confrontation et l’analyse des avantages et désavantages qu’il convient de se décider à ce propos. Provisoirement, nous réagissons au bien selon les cas comme à un mal, ou inversement au mal comme à un bien.
Ainsi, nous considérons l’autosuffisance comme un grand bien : non pour satisfaire à une obsession gratuite de frugalité, mais pour que le minimum, au cas où la profusion ferait défaut, nous satisfasse. Car nous sommes intimement convaincus qu’on trouve d’autant plus d’agréments à l’abondance qu’on y est moins attaché, et que si tout ce qui est naturel est plutôt facile à se procurer, ne l’est pas tout ce qui est vain. Les nourritures savoureusement simples vous régalent aussi bien qu’un ordinaire fastueux, sitôt éradiquée toute la douleur du manque : galette d’orge et eau dispensent un plaisir extrême, dès lors qu’en manque on les porte à sa bouche. L’accoutumance à des régimes simples et sans faste est un facteur de santé, pousse l’être humain au dynamisme dans les activités nécessaires à la vie, nous rend plus aptes à apprécier, à l’occasion, les repas luxueux et, face au sort, nous immunise contre l’inquiétude.
Quand nous parlons du plaisir comme d’un but essentiel, nous ne parlons pas des plaisirs du noceur irrécupérable ou de celui qui a la jouissance pour résidence permanente — comme se l’imaginent certaines personnes peu au courant et réticentes, ou victimes d’une fausse interprétation — mais d’en arriver au stade oµ l’on ne souffre pas du corps et ou l’on n’est pas perturbé de l’âme. Car ni les beuveries, ni les festins continuels, ni les jeunes garçons ou les femmes dont on jouit, ni la délectation des poissons et de tout ce que peut porter une table fastueuse ne sont à la source de la vie heureuse : c’est ce qui fait la différence avec le raisonnement sobre, lucide, recherchant minutieusement les motifs sur lesquels fonder tout choix et tout rejet, et chassant les croyances à la faveur desquelles la plus grande confusion s’empare de l’âme.
Au principe de tout cela, comme plus grand bien : la prudence. Or donc, la prudence, d’où sont issues toutes les autres vertus, se révèle en définitive plus précieuse que la philosophie : elle nous enseigne qu’on en saurait vivre agréablement sans prudence, sans honnêteté et sans justice, ni avec ces trois vertus vivre sans plaisir. Les vertus en effet participent de la même nature que vivre avec plaisir, et vivre avec plaisir en est indissociable.
D’après toi, quel homme surpasse en force celui qui sur les dieux nourrit des convictions conformes à leurs lois ? Qui face à la mort est désormais sans crainte ? Qui a percé à jour le but de la nature, en discernant à la fois comme il est aisé d’obtenir et d’atteindre le « summum » des biens, et comme celui des maux est bref en durée ou en intensité ; s’amusant de ce que certains mettent en scène comme la maîtresse de tous les événements — les uns advenant certes par nécessité, mais d’autres par hasard, d’autres encore par notre initiative —, parce qu’il voit bien que la nécessité n’a de comptes à rendre à personne, que le hasard est versatile, mais que ce qui vient par notre initiative est sans maître, et que c’est chose naturelle si le blâme et son contraire la suivent de près (en ce sens, mieux vaudrait consentir à souscrire au mythe concernant les dieux, que de s’asservir aux lois du destin des physiciens naturalistes : la première option laisse entrevoir un espoir, par des prières, de fléchir les dieux en les honorant, tandis que l’autre affiche une nécessité inflexible).
Qui témoigne, disais-je, de plus de force que l’homme qui ne prend le hasard ni pour un dieu, comme le fait la masse des gens (un dieu ne fait rien de désordonné), ni pour une cause fluctuante (il ne présume pas que le bien ou le mal, artisans de la vie bienheureuse, sont distribués aux hommes par le hasard, mais pense que, pourtant, c’est le hasard qui nourrit les principes de grands biens ou de grands maux) ; l’homme convaincu qu’il est meilleur d’être dépourvu de chance particulière tout en raisonnant bien que d’être chanceux en déraisonnant, l’idéal étant évidemment, en ce qui concerne nos actions, que ce qu’on a jugé « bien » soit entériné par le hasard.
A ces questions, et à toutes celles qui s’y rattachent, réfléchis jour et nuit pour toi-même et pour qui est semblable à toi, et veillant ou rêvant jamais rien ne viendra te troubler gravement : ainsi vivras-tu comme un dieu parmi les humains. Car il n’a rien de commun avec un vivant mortel, l’homme vivant parmi des biens immortels.

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Commentaires

Bonjour,

Vous êtes cordialement invité à visiter mon blog.

Description : Mon Blog(fermaton.over-blog.com), présente le développement mathématique de la conscience humaine.

La Page No-10: PLÉNITUDE !

LE BONHEUR, C'EST MATHÉMATIQUES ?

Cordialement

Clovis Simard

Écrit par : clovis simard | 31/01/2011

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