14/06/2009

Ces mots qui dérangent et qui hantent : La culpabilité

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Tous coupables !

La culpabilité est un sentiment très pénible et qui peut-être destructeur  parce qu’il n’y a pas de culpabilité sans châtiment. Elle traduit un processus d’intégration des interdits et nous permet aussi de marquer les frontières entre ce qui est autorisé et ce qui interdit, elle  s’est constituée lentement au cours de notre enfance et elle est supposée à-priori nous permettre donc de vivre en société.
En réalité, la difficulté réside dans le fait qu’elle nous empêcche parfois non seulement de vivre en harmonie avec les autres, mais aussi  avec nous-mêmes et peut  conduire  à des pathologies.
Elle peut être un surinvestissement de responsabilité à l’égard des autres et revêtir les formes de la surpuissance, se sentir responsable des autres, de ce qu’ils sont  et de ce qu’ils deviennent et selon leur parcours, on se sent entièrement responsable de leur échec  et on prend entièrement sur soi. La mère à l’égard de l’enfant, l’épouse à l’égard de l’époux ou vice versa.  Elle peut être identifiée à un besoin de contrôle sur les autres comme s'ils étaient passifs, inertes  et sans responsabilité, ils deviennent en quelque sorte des objets inanimés et c'est à travers le surinvestissement de celui qui se sacrifie entièrement qu'ils vivent et doivent donc réussir. Il y a un peu de narcissisme dans ce surinvestissement, sans moi l'autre n'est rien, donc s'il échoue ou tombe malade, ou peu importe,  tout est de ma faute, tout est de ma responsabilité, rappelons donc que "ma responsabilité s'arrête là où commence celle des autres." ce qui évitera d'envahir l'autre par ma culpabilité toute-puissante qui finira par marcher sur les plates-bandes de la responsabiiité des autres qui ne demandent qu'à se décharger si l'occasion leur est donnée (c'est peut-être une des causes du burn-out, donner jusqu'à plus pouvoir et tout prendre sur soi pour se déculpabiliser ??)
Manque-t-on suffisamment d’amour pour soi à toujours prendre sur soi la vie des autres ?   Craint-on tant de perdre cet amour que les autres nous portent pour le conditionner à  un code de conduite strict et que s’il dévie, notre sentiment de responsabilité se mue en sentiment de culpabilité ?
Accepter que notre pouvoir sur les autres est limité, c’est identifier ce qui est de notre responsabilité de ce qui ne peut l’être.  Nous ne sommes ni tout à fait responsables du malheur des autres, ni de leur bonheur. C’est une façon de reconnaître et identifier l’autre comme un être libre. Son destin est bien distinct, unique, indivisible.
Mais il est vrai que nous avons en héritage ce sentiment d’être coupable qui nous ramène à la faute originelle, aux héritages ancestraux, aux fautes de famille que l’on porte comme un fardeau dont parfois on ignore la cause même de la faute. Les non-dits, les secrets, se transmettent d’une génération à l’autre par un langage discret et inconscient.  La liste des poids peut-être longue :  divorce, vice, enfants illégitimes, déportation, suicide d’un parent. Les traumatismes se génèrent ébranlant l’équilibre des familles. Et nous voilà donc coupables d’un événement pour lequel on ne peut rien, caché vraisemblablement qui s’est passé alors même qu’on n’existait pas et qu’on pense régler par notre culpabilité, se responsabiliser avec un décalage dans le temps pour un événement passé pour lequel on ne peut plus rien.

Le poids dont on se responsabilise sans même sans rendre compte peut entraver une vie normale. On s’interdit de vivre librement pour payer en sorte la dette des autres, toujours penché vers les autres, on prend tout et de surcroît on le transmettra aux générations d’après. Bâtir sur des traumatismes, enveloppé de silences surprésents qui en disent plus longs que tous les discours, puis  décider de tout prendre sur ses épaules, on se sacrifie symboliquement sur l’autel des traumatismes familiaux et qui peut pousser jusqu’au suicide et ne produire finalement et  paradoxalement  que de nouveaux traumatismes. La fameuse chaîne familiale à laquelle nous sommes enchaînés........ …….

Pour Freud  le sentiment de culpabilité est « embrouillé » mais il affirme que nous sommes tous coupables et plus immoraux que nous le croyons.
Il ne juge pas la culpabilité, ni bonne, ni mauvaise, ce sont les racines dans lesquelles elle se nourrit qui peuvent être destructrices ou pas.
La civilisation est en partie responsable car elle réprime les pulsions agressives qui pourraient être libératoires. Un mauvais comportement, une mauvaise intention, une mauvaise pensée peuvent suffire à vous faire sentir coupable. « Une personne qui souffre et on se met à penser, si au moins, elle pouvait partir. Elle  meurt ! c’est donc de ma faute, c'est parce que j’ai souhaité sa mort »
Or, la culpabilité à dose homéopathique peut être saine dans le sens où on se juge, elle fait office d’examinatrice de nos actes et les soupèse à l’aune de notre propre moralité.


Pour Adler, la culpabilité est un sentiment d’infériorité qu’on compenserait par un désir de toute puissance compensatoire tandis que pour Jung,  elle est un refus de s’accepter soi-même.
Cette culpabilité nous permettrait aussi de marquer le signifiant de notre finitude, je ne peux pas aller plus loin, donc je culpabilise ce qui est une autre açon de reconnaître les frontières du possible et de l’impossible.
Un altruisme mal dirigé, excès d’intérêt sur les autres est une source infinie de culpabilité, le compassionnel qui surinvestit l'autre, le déresponsabilise, l'autre devient l'objet vivant de sa tentative de déculpabiliser. Un surinvestissement d’empathie, les parents sont malades, on se croit obliger des les aider, de les soigner et si on n’y parvient pas on se sent coupables. Souvent lorsque quelqu’un meurt, on sort la phrase habituelle « J’aurais dû, maintenant c’est trop tard ! » - Je n’aurais pas dû la laisser à la maison mais l’emmener de force à l’hôpital, je n’aurais pas dû l’emmener à l’hôpital mais la garder de force à la maison ! » Les variantes sont innombrables, j’aurais dû…. Il est trop tard.  J’étais incapable de …….donc forcément coupable, fort sentiment qui finit par créer une incapacité à réagir. A l’intérieur de soi, on se fustige, on se maudit, on se traite de nul, bref, on n'est pas et plus à la hauteur à nos propres yeux. Jugement sur soi qui finit par nous paralyser, nous empêcher carrément d’avancer, entraînant une lassitude, une mélancolie, une fatigue existentielle.
Reconnaître ses limites, ses erreurs, où  ma responsabilité se termine-t-elle  et où commence  celle des autres est un travail sur soi qui consiste à se positionner de manière évidente face à soi-même et aux autres.

Donc on peut admettre qu’il y a une culpabilité morbide qui nous paralyse et une identifiée comme saine, utile et nécessaire, je juge mes actes.

Pour Nietzsche le Christianisme a condamné l’homme déjà né coupable et qui a fait son malheur.  Personnellement, je me range du côté de Nietzsche, cette culpabilité a tenu l’homme asservi par la faute pour laquelle il doit payer de sa vie entière pour échapper à la vengeance divine d’un Dieu vengeur. Culpabilité, soumission, on se remet entre les bras de l’Eglise pour échapper à cette fureur divine, on se fuit, on échappe alors qu’on est déjà condamné comme coupable. Kierkegaard Sören considère la culpabilité comme fondement de toute vie sociale, communion avec les autres ce qui ne l’empêchera pas ce philosophe de l’intériorité  et de l’existence  de considérer l’être opprimé à la fois par un Dieu tragique, par un père tout-puissant et la faute primitive. En se sentant coupable, l’homme peut se présenter devant Dieu qui lui pardonnera. Inutile de vous dire qu’avec un tel bagage de culpabilité, Soeren Kierkegaard était profondément  dépressif et suicidaire.


La culpabilité trouve ses racines dans notre besoin de perfection, aucun acte ne sera suffisamment parfait, ce goût de l’inachevé, de notre incomplétude se traduit par de la culpabilité, nous sentons que nous aurions pu faire plus et davantage. Aller au-delà de ce qu’on fait nous aide à tendre vers l’infini, vers l’Absolu, vers Dieu, on culpabilise de ne pas être lui, soit parfaits et qui en réalité  est un désir  de toute-puissance.  Ce qui nous permettrait d'interpeller   quelqu’un  ainsi « Tu te prends pour Dieu ou quoi ? »

On a toujours une bonne raison de se  sentir coupable : « Il n'a jamais tué une mouche, dit le défenseur. Les mouches qu'il n'a pas tuées ont été porter la peste dans une province entière, dit l'accusateur. »  Jean Guitton

 

MERCI POUR VOS CONTRIBUTIONS QUI ALIMENTENT PLEINEMENT LA REFLEXION :

- Dans "culpabilité", il y a "culpa", la coupure. On peut dire aussi, comme en informatique, que le processus de culpabilité est un programme que l'on enclanche à certains moments. On en tire donc un "avantage" en ce sens que si nous nous engageons dans ce processus, nous nous coupons de notre sentiment profond tel qu'un sentiment de déchirure, d'abandon, de ces sentiments avec lesquels nous nous bloquons le diaphragme.-

-la culpabilité est aussi synonyme d'innocence et de naïveté... qui est aussi un des processus de la sortie de la spiritualité vers le matérialisme, car contrairement à ce qui pensent les gens, la culpabilité est fournie avec la peur pour obliger les gens à devenir ignorant et suivre comme un mouton celui qui détient la vérité ...et pas le contraire..  donc pas de culpabilité sans

 

 

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Commentaires

Dans "culpabilité", il y a "culpa", la coupure. On peut dire aussi, comme en informatique, que le processus de culpabilité est un programme que l'on enclanche à certains moments. On en tire donc un "avantage" en ce sens que si nous nous engageons dans ce processus, nous nous coupons de notre sentiment profond tel qu'un sentiment de déchirure, d'abandon, de ces sentiments avec lesquels nous nous bloquons le diaphragme.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 14/06/2009

la culpabilité est aussi synonyme d'innocence et de naïveté...

qui est aussi un des processus de la sortie de la spiritualité vers le matérialisme, car contrairement à ce qui pensent les gens, la culpabilité est fournie avec la peur pour obliger les gens à devenir ignorant et suivre comme un mouton celui qui détient la vérité ...

et pas le contraire..

donc pas de culpabilité sans peur ,

la culpabilité et la peur sœurs jumelles du même démon.
et cousines de l'ignorance et du fascisme...

Écrit par : luzia | 14/06/2009

@luzia et Marie-France de Meuron- Merci pour vos notes qui ont été reprises et intégrées dans le billet principal comme axes de réflexion.
Vos contributions sont donc utiles à lancer des pistes intéressantes sur ces thèmes qui nous concernent tous et où chacun a son mot à dire, la philosophie sert à cela, elle se distingue par-là du dogme qui ne donne que des réponses tandis que la première ne pose que des questions.

Écrit par : djemâa | 14/06/2009

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