10/06/2009

Ces mots qui dérangent et qui hantent : La colère

colere.jpgSur l’Olympe, la colère d’un Zeus tempétueux gronde, le ciel zébré par sa fureur, foudres tonnantes qui tombent sur  Dieux et Déesses tremblant  devant cette force furieuse et craignant de périr transpercés par une lance ou  écrasés par les chars tirés par ses chevaux aux pieds d’airain et aux crinières de chevelures d’or. Après  les  colères de l’Olympe, ce sont les anciennes écritures qui les reprennent,  même Dieu se fâche,  sa  colère se révèle du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes, elle brûle tout sur son passage “Le peuple murmura et cela déplut aux oreilles de l'Eternel. Lorsque l'Eternel l'entendit, sa colère s'enflamma; le feu de l'Eternel s'alluma parmi eux, et dévora l'extrémité du camp " . La colère de Moïse s'enflamme aussi ; il jette  de ses mains les tables, et les brise au pied de la montagne.

L’emportement de Jésus au Temple de Jérusalem est aussi célèbre. En entrant dans le Temple, Jésus est saisi d’indignation, il est en colère devant ce spectacle de désordre, de brouhaha, il  est hors de lui, il  se fabrique un fouet avec des cordes et chasse tout le monde du Temple, avec bœufs et brebis. Il renverse tables et bancs, jetant à terre la monnaie des changeurs.
Comment a-t-on pu transformer cette “Demeure de Dieu parmi les hommes” en écurie à bestiaux ?

La Sainte colère, ce qui présuppose que la colère peut-être justifiée. Après les Dieux et les Saints, la colère enfin tombe sur les hommes, les voilà non seulement voués à la colère des Dieux, mais eux-mêmes deviennent sujets à la colère. Les Dieux leur font cadeau de leur colère, c'est-à-dire leur donne la capacité de distinguer le juste e  l'injuste et de s'opposer à l'injustice par la colère intégrant par elle une part de divin.

Et les hommes comme les Dieux ,  s’y abandonnent, se laissent allumer par elle, embraser, bouillonnants de colère, elle les envahit, les transforme, les déforme. Ils trépignent, ils suffoquent.  Elle s’exprime par toutes les couleurs de la palette d’un peintre : colère blanche, colère bleue, colère noire, rouge, pourpre, cramoisi, pâle, livide,  vert  de colère. Elle les fait trembler, frémir, froncer les sourcils, élargir les narines pareils à des taureaux enragés.


Et bien souvent les racines de la colère sont l’injustice et l’impuissance à l’empêcher.
Pour Aristote la colère est une bonne chose  puisque se mettre en colère est une manière de s’insurger contre une injustice qui se passe devant nous  et ainsi montrer que l’on a ainsi assimilé des principes moraux. Elle fait partie des grandes passions de l’âme, irrationnelle à souhait. L’être tente de rétablir la justice par sa colère, en se vengeant. Colère et justice sont indissociables. Chaque personne désire que  ses droits soient respectés, et s'ils sont violés, qu'ils soient entièrement réparés. Les offenses doivent être corrigées. “La colère est la non-acceptation de l'inacceptable.”


Sur la lancée d’Aristote, pour Saint Thomas d’Aquin, c’'est une passion causée par plusieurs autres passions : la tristesse, le désir et l'espoir. Son assouvissement procure à l'âme endolorie un plaisir qu'elle recherche d'autant plus qu'elle a été davantage blessée. La colère est enfant de l’amour parce qu'elle poursuit un bien ; or, tout bien est voulu par l'amour. Le bien qu'elle poursuit, c'est d'affirmer la justice, car le désir de la juste vengeance, par lequel Aristote et la plupart des philosophes la définissent, appartient à la justice.

Tandis que la haine veut le mal pour le mal, la colère voit dans le mal de la punition qu'elle désire infliger à un injuste agresseur un acte de justice. Mais la colère entrave la raison, même si initialement la raison en est juste, dans l’exercice de la colère, on perd le contrôle.

Sénèque lui a consacré un livre  - De la colère - – « L’homme est fait pour assister l’homme ; la colère, pour l’exterminer » pour lui, elle n’est pas naturelle à l’homme qui est bon dans le fond.  Quoi de plus aimant que l'homme envers autrui ? quoi de plus haineux que la colère ? L'homme est fait pour assister l'homme ; la colère pour l'exterminer. Il cherche la société de ses semblables, elle cherche l'isolement ; il veut être utile, elle ne veut que nuire ; il vole au secours même d'inconnus, elle s'en prend aux amis les plus chers. L'homme est prêt même à s'immoler pour autrui : la colère se jettera dans l'abîme, pourvu qu'elle y entraîne autrui.La colère, nous l'avons dit, a soif de vengeance : affreux désir, tout à fait étranger au coeur de l'homme, que la nature a fait la mansuétude même. Les bons offices, la concorde, voilà en effet les bases de la vie sociale ; ce n'est point la terreur, c'est la mutuelle bienveillance qui en serre les noeuds, par une réciprocité de secours. (Sénèque, De la colère, livre I, ch.5).

Bref, la colère passionne. Comment l’homme moderne la gère-t-il ? Elle paraît toujours trouver ses racines dans l’injustice. Tel homme devient violent pour des raisons anodines, on  irait presqu’à dire “sans raison”, c’est si disproportionné – quelqu’un frôle par inadvertance la carrosserie de sa voiture et laisse une très légère marque, le conducteur  sort  précipitement, les maxillaires tendus, livide, les poings serrés, les yeux exhorbités et il cogne, il cogne aveuglément - et on se demande “Mais  d’où lui vient cette colère ?” et la question est juste.
Vraisemblablement, spectateur d’une injustice, impuissant à la faire cesser, était-il enfant ? A la moindre occasion, cette colère qui se réveille, s’embrase, il démolit tout pour un rien, frappe aveuglément. Il est violent avec son entourage, sa femme, ses enfants, un rien le heurte, le rend fou de rage. Il se venge mais il ne sait plus trop de quoi, il a construit sur des sables mouvants, sur ce souvenir lointain d’une terrible injustice qui tente de réparer par cette violence qui appelle désespérement à la justice rétablie.

Des groupes peuvent se mettre en colère contre l’injustice d’un système, d’une invasion. On parle de la colère des Mohicans,  la colère des peuples autochtones, la colère des femmes, ou aujourd’hui la colère des chômeurs ! Elle rappelle une injustice commise à l’égard d’un groupe entier. On se révolte ensemble contre l’iniquité ! 

La colère est intéressante car elle est un cri à la transgression des valeurs morales, universelles et intemporelles, elle rappelle que l’homme est initialement et naturellement bon mais que  que l’injustice peut en faire un monstre.

Alors avant de juger la colère et la violence, continuons à interroger “Mais d’où vient cette colère ? et vous trouverez certainement pour   réponse : Une injustice inacceptable.

 

(Tableau Rouge de Colère Galienni)

Une grand-mère en colère

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Commentaires

Bonjour,

Grâce à la lecture de ce billet, je me suis sentie pousser des ailes. Et ce matin j'avais une pêche d'enfer qui m'a permis d'affronter cette matinée très chargée, gonflée à bloc.

Merci !!

""~~~(*__*)~~~""

Écrit par : Loredana | 11/06/2009

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