08/06/2009

Ces mots qui dérangent et qui hantent : L'humour

tn_HansSilvester-1.jpgL'humour est une des méthodes de survie quand vous gaugez au fond de votre malheur où tout n'est que noirceur et grincements de dents. Ironie ou humour ? j'opterai plutôt pour l'humour comme belle forme de résistance au malheur  qui lorsqu'on ne  peut  l'éviter, il ne reste plus qu'à l'observer en cherchant les zones de lumière, tel un peintre qui rehausserait d'une touche claire sa toile jugée trop sombre. Donc distanciation obligée, on devient l'observateur de son propre drame et forcément on dédramatise.

"L'humour est une forme d'esprit qui permet de souligner avec détachement des aspects plaisants, drôles et insolites de la réalité."

De l’humour ou de l’ironie ?  L'ironie entraîne plutôt un rire sarcastique qu'un rire joyeux que fait naître l’humour. L’ironie est selon Bergson de nature oratoire, elle est exagération des valeurs pour désigner ce qui n’est pas. Une forme d’humour désespérée. Les grands ironiques sont des désespérés, on rencontre des écrivains ironiques parmi les suicidés : Stefan Zweig, Schopenhauer, Romain Gary ( Emile Ajar). L’ironie est bien une stratégie défensive et subversive. Elle coupe les ponts, elle est sans appel.
L’humour a quelque chose de plus convivial. Comment vivre après des drames, comment survivre dans une certaine gaieté lorsque objectivement, il n’y a plus aucune raison d’être joyeux ?
Toujours selon Bergson, l’humour a quelque chose de plus scientifique. L’humour affectionne les termes concrets, les détails techniques, les faits précis. C’est une analyse froide d’une situation donnée, l’émotion est en quelque sorte paralysée, gelée, cautérisée. Puis on extrait un détail du tout dramatique, et le travail d’anatomiste peut commencer. Un détail mis en exergue, de manière drôle, peut faire rire aux éclats, et cette faculté de se réjouir vient ensoleiller les zones d’ombres.
A cette faculté de pratiquer l’humour vient s’ajouter de l’insolence et de la liberté de langage. Il faut être résolument voyou .
L’humour vient transformer, les êtres, les choses, les situations, de manière telle que seule la drôlerie d’une situation demeure. On devient spectateur hilare de son propre destin, avec toute la distance que cela requiert. Notre histoire est racontée de façon telle qu’elle entraîne le rire chez les autres, ceci rejaillit sur vous et vous en riez davantage. Contrairement à l’ironie, on ne peut le pratiquer qu’en plongeant aux sources de son propre drame, se retrouver au cœur de sa propre dimension tragique et l’émotion qui fait mal est déjà identifiée et il devient ainsi aisé de la paralyser en quelque sorte.

« Plus un drame a de grandeur, plus profonde est l’élaboration à laquelle le poète à dû soumettre la réalité pour en dégager le tragique à l’état pur. Le comique s’adresse à l’intelligence pure ; le rire est incompatible avec l’émotion. On ne doit plus être ému. La nécessité d’isoler un sentiment et en faire un parasite doué d’une existence indépendante. » Ceci est certainement du ressort des psychiatres, aider à identifier les émotions enfouies qui sont encore trop douloureuses pour jaillir à la surface. » Les dépressifs sont rarement capables d’humour, le travail de distanciation ne peut se faire, les émotions sont multiples, entremêlées, chaotiques.

Quelques questions qu’on pourrait être à même de se poser . Faut-il être intelligent pour pratiquer l’humour ? – Peut-on utiliser l’humour pour aider l’autre et à sa place ? L'humour s'enseigne-t-il ?
L’humour ne trouvant ses racines que dans le vécu de la personne, son humour est proportionnel à ce qu’il vit, il peut largement se servir à partir de sa propre réalité. Parfois, on peut tenter d'utiliser l’humour pour extraire l’autre de son marasme, écouter, identifier les émotions et les retraduire de façon assez amusante, il arrive que  ces personnes soient capables d'en  rire. Mais cet exercice est assez périlleux  ailleurs que sur soi à cause de la pudeur face aux émotions des autres , la crainte de plutôt blesser que consoler et on rate son but. On ne tentera l'exercice que si  la personne est réceptive, il est nécessaire d'avancer à pas de loup, légers et aériens et ne s'engouffrer dans le rire que si l’écho en est assuré. Les enfants sont réceptifs à l'humour, on leur raconte parfois un récit en exagérant l'humour pour qu'ils en saisissent le sens et eux-mêmes finissent par apprendre la distanciation aux évènements.
J’ai rencontré des gens analphabètes qui avaient énormément d’humour, ils étaient capable d’un réel travail intellectuel d'analyse et de fine observation de leur propre vécu.

Pour imager ceci, un exemple intéressant fourni par Bergson : Un rescapé du naufrage d’un navire est repêché par un douanier, tout mouillé, quasi nu, il raconte en riant que le douanier lui demande s’ il a quelque chose à déclarer.
Peut-on faire de l’humour sur tout ? - Il est difficile de faire de l’humour sur une situation dramatique dans sa globalité, on cherche toujours le détail à extraire,disséqué, analysé, il est quasiment impossible de faire de l’humour sur un drame entier , vraisemblablement à cause de la variétés des émotions. On ne travaille pratiquement que sur quelques émotions à la fois.

Les traits communs entre toutes ces personnes qui ont pour credo de vie l’humour, c’est une réelle joie de vivre. Bon vivant, celui qui pratique l’humour comme ultime refuge est un hédoniste, gourmand à souhait, curieux de tout, toujours prêt à saisir au vol la situation rocambolesque. Il est en plein dans son environnement lié étroitement à la vie qui l’entoure.

Voilà quelques pistes en guise de réponse sur une stratégie comme une autre de survie joyeuse et résolument optimiste. L’humour est le chemin qu’emprunte l'artiste  pour illuminer des tableaux parfois trop sombres, amoureux de la lumière, une touche, par-ci et par- là, il relève la vie parfois sombre d’un bel éclat ensoleillé.

Pour Sigmund Freud l'humour a non seulement quelque chose de libérateur mais encore quelque chose de sublime et d'élevé. Il vous fait prendre de l'envol et regarder votre malheur de haut,de  très très haut et pour notre plus grand bienfait.

20:28 Publié dans philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

Les commentaires sont fermés.