03/06/2009

Ces mots qui dérangent et qui hantent : La mort

magritte8.jpgLa philosophie  est une méditation sur  la mort, la religion est une utilisation de celle-ci qui parfois en fait son fonds de commerce, or, pour les deux écoles,  il s'agit d'apporter des réponses ou du moins essayer afin de  ne plus troubler et paralyser  notre vie par l'angoisse de notre mort. Autrefois, "la philosophie antique nous apprenait à accepter notre mort. La philosophie moderne, la mort des autres" mais la question épineuse de notre fin reste toute entière.

 Dans sa lettre à Ménécée,  Epicure épilogue sur la mort et nous offre quelques pistes non dépourvues d'intérêt  et suggère  la désinvolture et la  distanciation  à travers ces quelques lignes  : "Maintenant habitue-toi à la pensée que la mort n'est rien pour nous, puisqu'il n'y a de bien et de mal que dans la sensation et la mort est absence de sensation. Par conséquent, si l'on considère avec justesse que la mort n'est rien pour nous, l'on pourra jouir de sa vie mortelle. On cessera de l'augmenter d'un temps infini et l'on supprimera le regret de n'être pas éternel. Car il ne reste plus rien d'affreux dans la vie quand on a parfaitement compris qu'il n'y a pas d'affres après cette vie. Il faut donc être sot pour dire avoir peur de la mort, non pas parce qu'elle serait un événement pénible, mais parce qu'on tremble en l'attendant. De fait, cette douleur, qui n'existe pas quand on meurt, est crainte lors de cette inutile attente !

Pourquoi avoir peur de la mort, car lorsqu'elle sera là, on n'y sera plus, aucune chance de se croiser et donc de se faire coucou de la main,  alors pourquoi s'en inquiéter ? c'est bien ce que nous  suggère Epicure.

Craindre de  se prolonger au-delà et en-deça est déjà ici-bas, une porte ouverte sur l'enfer,  bien avant l'enfer de l'au-delà tant imaginé et si effrayant, c'est un repli narcissique avec tout ce que cela implique de raccourcis, d'enfermement, de souffrance  dans un espace cloîtré de la pensée, d'empêchement au bonheur. L'homme finit par étouffer au lieu de tendre comme une flèche droite vers une cible qui est la mort mais qui équilibre tout son parcours de vie et lui donne ainsi une direction claire, volontaire et décidée.  La cible visée, qui est la nôtre qu'on le veuille ou pas,  a pour avantage d'indiquer une direction à la vie,  un point central identifié, repéré dans le temps, intégré, accepté, et d'offrir ainsi à sa vie, ici et maintenant un souffle qui porte vers de plus larges horizons.

Il est important de tendre  vers….. Cette dimension nourrit l'être, et insuffle à sa vie un langage et une énergie qui lui donnent tout son sens et que l'on peut appeler aussi vie spirituelle, à ne pas associer  forcément au religieux ou disons à chacun sa religiosité, sa manipulation des symboles et des images, athées inclus.

Le refus de composer notre vie avec la mort est certainement la plus grande source de pathologies et  l'angoisse sous-jacente peut prendre des formes les plus variées, tocs, addictions, les conduites compulsives, le rapport particulier à l'argent, la peur morbide de vieillir, au fait de collectionner de façon démesurée comme pour s'accrocher désespérement à la vie, une sexualité trouble et troublée.

Craindre de mourir est un empêchement à la vie, un frein certain au bonheur dans une société qui refuse d'aborder la plus grande dimension de notre existence, celle de notre fin !

 




17:50 Publié dans philosophie | Tags : la mort | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

Les commentaires sont fermés.