01/06/2009

Ces mots qui dérangent et qui hantent : LA NORMALITE

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Récemment un journaliste demandait à un médecin psychiatre ce qu’est la normalité,
Le journaliste : Pouvez-vous définir la normalité ?
Le psy : Non ! Mais on nous demande de rendre les gens normaux.

Sa réponse lucide et intelligente soulève des questions essentielles : C'est quoi  la normalité  ? C'est quoi la folie ? et quand commence-t-on à être considéré "anormal", où se situe la frontière ?

La norme est souvent un repère qui permet de comparer, d'évaluer et d'agir. Mais  comment savoir ce qui est "normal" ou "anormal", tant au niveau biologique, que psychologique ou social ? La norme est d’une part objective et d’autre part subjective. Pour ce qui est de l’aspect objectif, on part du postulat qu’elle est conforme à des lois fondamentales, d’un point de vue subjectif, c’est de l’ordre du perçu et relatif au vécu particulier de chaque sujet.

L’anormalité se définirait donc par opposition à ce qui n’est pas “normal”. La définition la plus large est conformité au type le plus fréquent, ce qui renvoie à une notion quantitative et statistique.

La seconde définition, "conformité à une norme, à une règle, à ce qui doit être", renvoie plutôt à une notion qualitative. Ce qui est "normal" est ce qui est en adéquation avec un référent d'ordre supérieur.


Prise en compte de la subjectivité humaine,  la définition objective de la "normalité" est rendue complexe en raison du caractère intrinsèquement subjectif du psychisme humain. Les contextes culturels et éducatifs définissent  et déplacent la norme dans le temps. Les normes ne sont pas universelles donc mouvantes, elles changent en fonction des lieux et du temps. Fou hier, génie aujourd'hui !

Petite aparté : Aujourd'hui avec la crise, on pourrait se demander si la norme en matière de manipulation bancaire est la tromperie :   les banquiers malhonnêtes sont considérés en général comme des gens normaux qui appliquent de manière normale la tromperie généralisée.  Changer cela reviendrait  à transgresser la norme. Un banquier honnête doit-il alors être considéré comme déviant et "anormal" ?

Prise en compte de la subjectivité humaine à l’origine de distorsions du Réel.  Pendant longtemps on a cru que la Terre était immobile, L'astronome Copernic rejettera la croyance ancienne soutenue par l'Eglise, selon laquelle l'Univers tournerait autour de la Terre; ses idées sont condamnés par le pape en 1616. Il était considéré alors comme “anormal”

La  norme peut-être associée à un signe  de médiocrité extrême de l’esprit humain. Les génies et les  surdoués sont souvent incompris et  la risée de leur temps. La normalité, c'est soit ce qui est conforme à une norme morale (dans une société donnée), soit ce qui est statistiquement fréquent. Une norme morale est fixée par la société, c'est un dogme, un préjugé, tandis que la fréquence statistique est un fait. Pour  Michel Foucault, philosophe français, la normalité est une obsession et  le concept de folie  un outil de contrôle social, une manière de stigmatiser la différence, bref une source d'aliénation pour quiconque ne cadre pas avec l'ensemble.

Si vous n’êtes pas dans la norme, alors vous êtes déviant, un terme qui porte tout son poids de stigmatisation. La déviance étant une forme de transgression, on est amené ainsi à s'interroger,   les artistes, les poètes et les penseurs, les révolutionnaires  ne seraient-ils pas ainsi tous  déviants ?   Parce que l’art et la pensée n'évoluent et font avancer le monde que dans la transgression. Les sociétés dogmatiques se font un point d’honneur de contrôler et les artistes et les penseurs soumis dès lors à la censure et empêchant de ce fait la transgression, c'est-à-dire l'art, la pensée, l'évolution tout court. "Les artistes sont hautement anormaux parce qu'ils supportent une plus forte quantité de liberté que les autres", la trangression pouvant aussi donc être associée à un acte libertaire par opposition à une norme liberticide.  Belle forme de résistance !

Le  dogme, une société étriquée, font  le lit de la déviance et exploseront du même coup le nombres de personnes considérées comme “déviantes”.  Durant la période nazie, les homosexuels finissaient dans des camps,  exterminés pour leur déviance, alors que dans la Grèce Antique on favorisait ces relations homosexuelles perçues  comme contribution à la relation pédagogique idéale entre le maître et le jeune éphèbe. Ce qui faisait dire à Proust :"Il n'y avait pas d'anormaux quand l'homosexualité était la norme."

Au XIX siècle, on a tenté de définir par la courbe de Gauss ce qu’était la normalité afin d’éviter un jugement subjectif pour s’appuyer sur des données réelles et reconnaîte l’individu “normal” et “standard”, la norme étant définie par des acteurs du système social. Ce qui nous porte à croire que la normalité ne veut rien dire. Elle n’existe pas en soi,  elle est définie par rapport à un référent qui est variable.

Donc, on ne sait pas ce que signifie véritablement le concept mouvant de "normalité", Nous devrions donc à défaut de savoir ce qu’elle est  être plus tolérant. La  "normalité" consisterait à se  sentir bien dans sa peau et dans sa tête, dans une société équilibrée et tolérante. On porte sur l'autre un jugement d'anormalité, mais le sujet lui-même jugé "anormal" se sent en général très normal et adéquat, et il ne voit pas où réside le problème de manger les spaghettis avec ses chaussures et s'étonne de l'étonnement des autres.   Donc le seul élément qui devrait attirer notre attention,  c'est la souffrance que peut engendrer le fait de s'écarter d'une ligne supposée être la normalité. Avoir mal de se sentir différent, s'auto-exclure parce qu'on atteint sa propre limite de transgression supportable et qu'on ne peut plus gérer sa vie, devraient être les seuls critères valables. Pour résumer, lorsque  la personne qui a "dévié" souffre et  qu'elle est freinée dans sa capacité de vivre  agréablement en accord avec qui elle est , et en accord avec les autres et avec ce  en quoi elle croit. Bref,  lorsqu'elle n'est plus maître de son destin et qu' elle a mal et qu'elle deviendrait potentiellement dangereuse pour elle et les autres .

Ainsi, idéalement nos propres schémas de normalité feraient office de voies exploratoires et conductrices en lien avec nos   propres valeurs et avec lesquelles nous  devrions  vivre en conformité, de façon agréable et harmonieuse et évoluer avec cela de façon naturelle, aisée et spontanée dans la société qui nous entoure.

 

 

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* Est-ce normal d'être différent ? questionna l'enfant d'éléphant.
* Que dis-tu, enfant d'éléphant ? barrit le chef des éléphants.
* Rien ! Je ne dis rien ! recula l'enfant d'éléphant.
* C'est louche de n'être pas comme tout le monde ! gloussa le dindon.
* C'est dangereux de n'être pas comme tout le monde ! dit le canard impassible.
* C'est dangereux pour lui ! plaignit la petite poule rousse.
* C'est surtout dangereux pour nous ! grogna le cochon.
* Nous ferions bien de nous méfier de lui ! aboya le petit roquet.
* Nous ferions mieux de le chasser tout de suite ! hurla à la mort le gros chien jaune.

 

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Commentaires

La normalité, c'est apprendre au quotidien d'être un robot sociétaire, et d'être libre dans son moi intime, être conscient de challenge, nous permet de canaliser notre douce folie, l'intelligence se mesure par rapport à autrui, vivre comme tout le monde, en somme et avoir la chance de côtoyer des êtres humain de bien, se regarder dans le miroir et se dire, je m'accepte comme je suis et je me préserve de la médiocrité humaine. Vive L'HUNANITE DANS TOUTE SA SPLENDEUR AVEC LA FOI DE BIEN.

Écrit par : FALLDIA | 25/11/2014

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