27/05/2009

A chacun son tsunami- Le retour à Genève ou la troisième vague

images.jpg

A l’aéroport de Colombo de nombreuses photos sont épinglées par des familles de touristes disparus. Un couple de parents âgés vient d’arriver de France, probablement pour chercher leur enfant ou petit-enfant, on remarque qu’ils n’avaient jamais certainement voyagé aussi loin. Ils parlent à peine l’Anglais. Ils ont déjà l’air totalement perdu. Je les plains en me demandant ce qu’ils vont découvrir précisément, peut-être le savent-ils déjà.

Dans l’avion qui nous ramène en Suisse via la France, des sapeurs pompiers,  une quinzaine voyagent avec nous. Ils sont épuisés. De leur carrière, ils n’avaient jamais vu cela.  Ils sont intervenus près de Trincomalee dans le nord est du Sri Lanka, ils ont assisté des gens d’un village qui avait reçu de plein fouet une vague haute de 12 mètres. Une femme sapeuse-pompier compare cela à un immeuble qui se serait effondré sur le village, plus de la moité des gens sont morts, faisant du coup  un nombre incroyable d’orphelins,  de nombreuses autres personnes sont  blessése au niveau des hanches et des jambes surtout.

Fermer les oreilles, les yeux, je ne veux plus rien entendre, plus rien savoir …… C’en est  trop, trop de tout.

Le retour sera pour nous comme une  troisième vague. Après le 26 décembre , les gens ont surconsommé  des images d’horreur, spectaculaires. Je suis surprise de constater combien nous avons été plus réactifs qu'eux en rapport à ce qui nous est arrivé. A Genève, les personnes que je croise et qui nous regardent un peu comme des bêtes de cirque et qui nous  interrogent sans égards  ont l’air plus marquées que nous autres qui pourtant avions vécu ce drame au Sri Lanka. Ils ont subi l’évènement, nous l’avons affronté :  en cela résidait toute la différence.

Après quelques jours, nous finissons par être fatigués de répondre aux mêmes questions, répétitives, les enfants aussi montrent des signes d'agacement, un grand sentiment de lassitude nous envahit, un rien m’épuise. Je me couche tôt, je dors mal.

Chacun reprend ses activités, école, travail. Mais cette sensation de flottement ne me lâche plus tout à fait, une distance légère,  la vie se déroule   à travers l'écume des vagues, une impression de flotter, un peu cotonneuse pas tout à fait inconfortable. Les nuits sont remplies de mêmes cauchemars:  courir, se perdre , ne plus savoir où sont les  enfants tandis que l’Océan nous fonce dessus.

Quatre mois de ce sentiment étrange, puis un à mon tout grand étonnement, de la façon la plus inattendue comme ces choses-là arrivent, un jour surprise ! Un tsunami de type inattendu, sentimental celui-là  !  Je croise un homme que je connaissais mais de très loin, néanmoins  sa sensibilité et son intelligence ne m'avaient pas échappées, il passe devant moi, je suis en grande discussion avec quelqu'un d'autre, je souris tout en parlant.  Lui est entouré de gens, je regarde distraite ce groupe avancer, arrivé à ma hauteur, mon regard s'accroche au sien, velours brun, je plonge délicieusement dans  ses yeux; tangue, bouleversée. Et voilà que la vie vient me chercher, si délicieuse, elle  se met à courir avec passion dans mes veines, l'émotion me submerge, le coeur bat la chamade, sacré atterrissage .  Quel beau retour à la vie !

FIN


Epilogue : par la suite, nous lancerons une association d'aide au micro-crédit Tangage et je retournerai deux fois dans ce cadre au Sri-Lanka. Nos amis ont participé financièrement à la réalisation de petits projets qui avaient pour but de racheter les outils de travail:  filets de pêche, bateaux, tuk-tuk, machines à coudre...etc

10:24 Publié dans Voyages | Tags : sri lanka, tsunami | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

Commentaires

Bouleversant témoignage. Les mots ne me viennent pas pour vous dire l'émotion que j'ai ressentie en vous lisant.

Merci de l'avoir partagé.

Écrit par : Loredana | 27/05/2009

Dans le flux et le reflux des mots, on a l'impression de vivre un peu de ce tsunami et surtout, au-delà des interrogations mues par la curiosité et la compassion passive, on ressent à travers le désordre des phrases, la profondeur des bouleversements souterrains - de l'être humain. Merci pour ce déroutant voyage.

Écrit par : Iris Dorient | 28/05/2009

Les commentaires sont fermés.