21/05/2009

A chacun son tsunami

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Il y a un peu de tsunami en moi.  Le monstre marin est tapi à quelque part dans mon inconscient prêt à se réveiller au moindre bruit de vagues. Le jour du tsunami la lune était pleine. Etrangement, mon existence s’est laissée envahir profondément par les éléments :  eau , lune. Associée à eux, dorénavant,  ils m’investissent profondément, nous coexistons par la force des choses.

Je vous raconterai et enfin je peux le faire, à travers  plusieurs billets, cette vague destructrice vécue par moi et par d’autres à travers des témoignages. Alors donnez-moi la main, serrez-la très  très fort pour que la vague ne m’emporte pas définitivement ……………

 

Sri Lanka Tangalle -



26 décembre - 8h45 - Nous avons empaqueté nos affaires, le chauffeur nous attend pour partir vers le nord. Palm Paradise est une résidence touristique à Goyomboka au Sud du Sri Lanka,  Ce sont des cabanes construites sur pilotis, entourées de cocotiers, de palmiers, des fleurs odorantes. L’endroit à est la hauteur de son nom, petit paradis terrestre. Ce matin-là du 26 décembre 2004, nous avions terminé le petit-déjeûner, nous étions en famille, sept personnes en tout.  Joyeuse équipée pour qui le moindre départ donnait des airs de colonie de vacances.



Habituellement, après le petit déjeûner, ma fille de 4 ans, partait se balancer près de la plage avec d’autres enfants. Les autres  filles se rendirent toutes ensembles dans leur bungalow pour se préparer au départ. Imaginez trois ados, il fallait se maquiller, s’habiller.  Mon compagnon  s'apprêtait à  payer la note finale du séjour et se rendit à la réception située  vers l’entrée de la résidence un peu plus haut. Moi, je buvai un dernier café sur une terrasse proche de la mer, le serveur me racontait de quel village il venait, son travail, sa famille, je me préparai à lui laisser un pouboire en guise de remerciement,   avant notre départ.  Tout était calme, paisibe, serein.

Soudain, des cris s’élèvent de la plage, un craquement terrible de bois qui éclate en mille morceaux. Le temps de me lever de ma chaise, j’ai  juste pu voir arriver la mer déferlante vers la première rangée de bungalows et les exploser pareils à de simples jouets qu’on écraserait.  J’observe le visage du serveur Sri lankais et réalise en même temps que lui qu’il n’avait jamais vu ça, auparavant,  de toute sa vie d’homme.  La balançoire où se rendait  après le petit-déjeûner l’enfant de quatre ans, est frappée par l’eau, elle se balance dans tous les sens, vide.  Où est l’enfant ? Mon sang se glace dans mes veines.  J’arrache mon sac de ma chaise, je devais pour sortir de l’endroit ouvrir un portail bas fermé d’un loquet, dans ma précipitation, incapable de l’ouvrir, je sautai par-dessus, malgré mes tongs.

Courir, crier, crier, courir en hurlant. La mer ! La mer ! – je suis sûre de ne pas courir assez vite, de ne pas crier assez fort. Je ne me retourne pas mais cours désespérée, où sont les enfants ? Derrière moi, un bruit épouvantable de destruction, de hurlements. Ne pas se retourner. A ce moment-là on ne pense qu’à la survie, même la peur ne vous atteint plus immédiatement, elle vous paralyserait. Il suffit de quelques secondes pour me déshumaniser, tout entière devenue animale, seul l’instinct de survie paraît me dominer. Il me faut sauver les enfants, toujours courir, courir encore plus vite.

Mon  compagnon sort du bureau de la réception,  il me voit affolée, regarde derrière moi et voit la mer qui semble me courir après tel un chien enragé. Il se précipite vers le bungalow des filles qui se préparaient, monte les marches des escaliers quatre à quatre. Les deux grandes qui avaient entendu mes hurlements s’étaient enfermées dans les toilettes en croyant à une attaque tamoule, il leur somme d’ouvrir la porte.  Lorsque j’ai l’ai vu revenir avec la petite dans les bras, alors que le doute s’était installé dans ma tête qu’elle se trouvait être sur  la balançoire, déjà disparue, m’émut tellement que je faillis m’affaisser et sangloter de soulagement.

 

12:15 Publié dans Voyages | Tags : tsunami, sri lanka | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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