19/05/2009

Le travail ? Beaucoup de souffrances

En Suisse,

on compte en moyenne quatre suicides par jour dont une augmentation importante de ceux commis sur le lieu de travail. Le suicide au travail! On le susurre, on le chuchote du bout des lèvres, on dérange les tabous, on soulève le tapis qui laisse entrevoir une poussière lentement accumulée, et pourtant les chiffres se mettent à parler d’eux-mêmes, qu’on le veuille ou pas. Reste à se demander ce qui se passe. Malgré les relations publiques des grandes entreprises qui affichent haut et fort leurs valeurs: «notre engagement social, notre solidarité», notre «human supportive way of working», «notre respect de l’individu»,notre vision pour le meilleur, «notre human rights policy», «notre sens des valeurs, notre
politique à dimension humaine» il y a quelque chose de mauvais au travail. Ça dégouline de bonté, d’amour pour le prochain, d’éthique, de générosité, de condescendance.
Alors! Les travailleurs devraient être réconfortés, rassurés de se sentir aimés si fort par leur entreprise, si bien dirigés
pour réussir. Eh bien, non! Certains d’entre eux, pour seule réponse, se détruisent sur leur lieu de travail.
On en reste pantois et puis, on s’interroge, au-delà du discours, sur ce qui cloche. Le processus croissant d’automatisation,
et ses mécanismes de rentabilité n’ont jamais été, ne peuvent pas et ne seront jamais porteurs de valeurs humaines. Ils ne
servent pas la vie, ni le bien-être, ni la civilisation et certainement pas l’individu ou le groupe humain. Le faire croire est pur mensonge,
poudre de perlinpimpim balancée aux yeux du travailleur, qui, en réalité, est constamment agressé dans ses besoins de respect et de sécurité, dans son identité, dans sa relation avec son prochain, besoins qui ne se retrouvent pas dans ces mécanismes et processus qui ont un seul produit
– la valeur marchande et un seul but – le profit.
Soumettre l’homme à la mécanique accélérée de la productivité et à la morale du profit génère confusion et désespoir. Certains s’adaptent et prospèrent armés d’indifférence ou de cynisme, une majorité survit patiente, mais quelques-uns tombent. Dans les rouages d’une machine on
peut se faire broyer, court-circuiter le système nerveux, ou simplement user prématurément. Simple accident de production. Perte calculable.
Voilà où se situe la faille. Les valeurs véhiculées par l’organisation sont un mensonge effronté, en contradiction avec ses pratiques qui sacrifient l’identité humaine sur l’autel d’une fiction sociale et économique. Plus on avancera dans ce mensonge; l’entreprise qui fait croire à des valeurs,
alors qu’en réalité elle vise uniquement la diminution des coûts ou le profit, plus le travailleur floué et touché dans son essence sera mis en danger. Il finit ainsi par se retrouver fragilisé, harcelé, utilisé, fourvoyé dans ses idéaux.
Une valeur marchande reste une valeur marchande et l’épanouissement humain est une autre valeur qui ne trouve pas sa place dans cette logique malgré les promesses illusoires. Hypocrisie, discours trompeur et anesthésiant, déguisement de la réalité, déséquilibrent profondément les travailleurs dans ce qu’ils ont de plus profond: leur identité d’être humain!


DJEMÂA CHRAÏTI, Genève/ source Le Courrier 28 décembre 2007

07:49 Publié dans Solidarité | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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