19/05/2009

L'ISOMANIA OU LA DERIVE DES PROCESSUS DE NORMALISATION

 

Vous avez tous vu les label ISO que les entreprises affichent glorieusement, fières qu'elles sont d'appartenir au grand mouvement du «consensus en quête de résolutions aptes à répondre aux exigences du monde économique». Mais tout de même, l'organisation internationale insiste, il y a une tentative d'éthique, celle de la performance pour tous. Il y a aussi les bonnes pratiques, celles qui sont en lien avec l'évaluation de la conformité. Gestion de la qualité, exigences organisationnelles. Mots à résonance pompeuse, qui ne sont que concepts creux derrière lesquels on rangera des humains transformés en série de gestes mécaniques, englués, ankylosés dans cette dérive néolibérale. Bref, vous avez compris qu'il y a d'un côté les marathoniens de la performance et de l'autre les ISO-lés de cette course désespérée. Pour entrer dans ce grand mouvement international, les entreprises paient cher pour enfiler la camISOle de force et davantage chaque année pour y rester sous menace d'en être éjectées.
Concrètement, cela signifie que tous les postes sont soumis au rouleau compresseur de la normalisation et finalement de la rentabilité. Segmentarisée, spécialisée, fracturée, la tâche de chacun se spécialise. Réduire, saucissonner en vue d'une efficacité croissante. Le labellisé ne voit plus que par un bout de la lorgnette son travail, lui donner un sens serait vain. Cette fragmentation du travail induit la fragilisation de l'emploi et un stress énorme face à un rythme croissant de la productivité. L'impossibilité dans ce cadre normatif imposé d'apporter des idées nouvelles, les tâches sont définies par objectif donc contrats à courte durée, turnover. Bonjour la précarité! Cette désintégration du travail pousserait à devenir schISO.
Adieu, les créatifs! Adieu, les rêveurs! Ceux qui ne répondent pas en 2 minutes 35 secondes au client. Adieu les clients incapables de s'exprimer en 35 secondes! Dans cette perspective, tout ce qui n'est pas rentable de suite ne peut convenir. Exclues les personnes en phase d'insertion, exclus les étrangers, exclus les jeunes en formation, exclus les handicapés physiques ou psychiques, les débutants de toutes sortes. L'Isocratie n'a cure de la cohésion sociale. Vous repasserez nous voir lorsque vous serez enfin ISOmaniables, aplanis à souhait.
Derrière les labels se cachent souvent les pièges de la normalisation et ce ne sont pas que les entreprises qui sont touchées. Les universités, les lieux de formation professionnelle et les écoles même, dès la primaire, sont visés. L'enquête Pisa utilise le même vocabulaire que les labels de croissance et de performance appliqués au secteur industriel et économique. Il nous faudra bientôt étudier et penser dans un cadre ISO.
Le danger de radicalisation à travers les processus de normalisation fait certainement le lit de la révolution qui se met en marche.
On sent venir de toutes parts un vent de révolte qui s'opposera violemment à la tentative d'annihiler les êtres que l'on croit pouvoir associer à des machines.
Assurément, nous sommes prêts à sortir de notre Iso-torpeur, nous sommes prêts à nous réapproprier notre rythme, notre pensée.

 

 

DJEMÂA CHRAÏTI, Genève, source Le Courrier

14:51 Publié dans Solidarité | Tags : iso | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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