19/05/2013

Ce qui n'est pas médiatisé, n'existe pas !

se-taire.jpgUn axiome inquiétant qui induit une redéfinition du monde et  nous pousse à nous interroger : qui décide quoi, comment, quand, pour qui , pourquoi, avec qui,  par quel biais ?  

 Est-ce une autre façon de dire que ce qui n’est pas mis en lumière, doit demeurer dans l’ombre ? Que ce que l’on ne voit pas doit rester secret. Ce dont on ne parle pas, ne doit pas mériter notre intérêt. 

Mais qui décide donc de ce qui doit être vu ?  Les médias ? Les politiciens ? Les groupes de pression qui ont les moyens de se rendre visibles et prêts  à confondre :  faire du bruit et fournir de l’information ? La triade : le propriétaire du journal, le marché, le journaliste ? Quelle interdépendance entre eux ? Qui a du pouvoir sur qui et jusqu'où ? Le journaliste "conseiller du roi"  le soutient ou soutient le groupement ou son idéologie jusqu'où et jusqu'à quand ? Quelle limite pour le journaliste à ne pas franchir, allié, puis ennemi qui a des informations "sensibles" et qu'il utilisera au service de qui pour quel nouveau prince ou roi ? Journaliste indépendant ? Ah, bon ! ça existe ? Information objective ?Ah ! Vraiment ? 

 

Rendre quelque chose de visible,  est-ce alors  une question de moyens ? Un paradigme cynique , en perspective. Seuls les nantis,  associés à des groupes de pression, les plus en vue, les stars  fabriquées de toutes pièces par les premiers, quand bien même n’ont-elles pas grand-chose à dire auraient le droit de dire ce qui doit être vu et dit  ?  Sont-ce les annonceurs qui paient des encarts  dans les journaux et dorénavant sur les sites  qui influencent  l’information et décident de ce qui doit être révélé, montré, tu, ou matraqué en boucle ?

Si tel est le cas, nous partons d’un postulat pour le moins  inquiétant. A lire ce qu’on lit, on peut effectivement comprendre qui a les moyens de rendre manifeste un type d’information qui nous est livrée en masse. Une manufacture de l’information qui sur-représente une position, un événement, un courant de pensée et qui prépare les groupes silencieux à ingurgiter ce que veulent  leur  faire avaler ceux qui détiennent le pouvoir et les finances et tirer encore davantage profit du silence. S' ils daignent   parler d’un fait social;  ce n’est qu’à travers quelque  faits divers, de façon anecdotique. Les faits divers peuvent être réutilisés ad infinitum et ad absurdum : « Un meurtre sordide, une occasion de relancer le débat sur la privatisation des prisons où on pourrait y faire travailler les condamnés et faire du bénéfice. Même les morts sont utiles à cela, instrumentalisés post-mortem  ! ».   On lance aux  pourceaux non plus  des perles, mais une bouillie infâme.

Une massification de l’information qui tourne en boucle et qui prépare la masse à ingurgiter un modèle sans voir là-derrière la manipulation d’un petit groupe qui appartient dans le fond à une élite « économique » ou/et  « politique » souvent la même et sur plusieurs générations. 

Des opinions faites et défaites sur le modèle de tout ce qui est « fast » , à savoir rapide et superficiel et surtout qui passe très vite, comme chat sur braise lorsqu’il s’agit des intérêts de la masse silencieuse et vouée aux gémonies. Des faits divers qui font croire qu’on a de plus en plus d’information, tandis que l’on nous désinforme et que la pensée s’appauvrit, le principal disparaît au profit du surmédiatisé d’un éphèmère déconcertant dont il ne reste rien, sinon du tapage assourdissant. 

Combien d’informations importantes nous échappent ainsi. Combien d’éléments nous manquent-ils pour analyser des situations dans leur ensemble et surtout les comprendre  ? 

Quelques questions qui nous forcent à penser qu’il est préférable de ne pas trop s’intéresser à ce que l’on voit, mais à tout ce qui reste caché, rester critique à l’égard de l’écho de résonance des nantis et toujous se demander :Quel intérêt ont-ils à nous révéler cela ou à  insister ? Et vous le trouverez tapi dans les bas-fonds.  L'intérêt !  cet appétit vorace des engrangeurs de billets.

Seule la connaissance du  terrain, au plus proche des réalités sociales  nous permet de comprendre  ce qui s’y  passe véritablement et permet de  faire circuler l’information auprès d’un ou plusieurs  groupes dont on assure le maillage communicationnel  ;  c’est bien-là où réside l’essentiel, dans la zone d’ombre que l’on camoufle avec subtilité, sur le terrain social qui vit et vibre dans les labyrinthes profonds d’une société qui s’illustre par le clinquant et qui aimerait que l’on continue à   « boulimiser » ce qu’elle nous balance à tire larigot. 

Ce qui est important n’est pas : ce qui est dit, mais ce qui est tu, ce qu’on voit mais ce qui ne se voit pas,  ce qu’on sait mais ce qu’on ignore;  c’est bien-là où tout se joue.

Sans doute les réseaux sociaux sur internet  permettent  de relancer les cartes pour un nouveau jeu et faire sortir de l’ombre ce qu’on aurait voulu tant camoufler, à savoir des réalités sociales et économiques qui prouvent le triste état du monde et sa grande inégalité et injustice. En évitant soigneusement d'être financés pour éviter de se retrouver dans le cas de la presse classique.

Dans un  silence de plus en plus pesant, les damnés de la terre disparaissent. « Chut » surtout ne pas en parler ! On risque de se souvenir qu'ils existent ! 

 

(voilà pourquoi j'ai renoncé au journalisme et que je préfère les blogs où je ne touche pas un kopeck, mais exprime librement ce que j'ai à dire : le prix de la liberté ! même ça,  se paie et surtout ça   ....) 

 

 

 

 

18/05/2013

L'art en deuil

130514-PNB133555N.jpg

Une statue détruite et à laquelle on a décapité la tête aussitôt transformée en projectile pour briser une vitrine.  Cela s'est produit en mars de cette année devant le Conservatoire de Musique de Genève.

De cette belle statue aux allures de vestales grecques et qui ornait une des niches du bâtiment, il ne reste que cette image qui symbolise parfaitement le sort que l'on réserve à l'art.

 

 

Quant aux poètes ! Ils sont recouverts d'un même linceul de silence, aussi noir et épais,   bien qu' ils portent si haut et si loin La Vérité ! Les taire et  les étouffer, les recouvrir de mousse, comme l'art, c'est à cela qu'excellent les médiocres. Mais les anges, légers et aériens,  volent par-dessus la bassesse avec l'art des poètes. 

 

J'étais morte pour la Beauté - mais à peine

M'avait-on couchée dans la Tombe

Qu'un Autre - mort pour la Vérité 

Etait déposé dans la chambre d'à côté -

 

Tout bas il m'a demandé "Pourquoi es-tu morte?"

"Pour la Beauté", ai-je répliqué- 

"Et moi - pour la Vérité -  C'est Pareil- 

Nous sommes frère et soeur", a-t-Il ajouté- 

 

Alors comme Parents qui se retrouvent  la Nuit -

Nous avons bavardé d'une Chambre à l'autre -

Puis la Mousse a gagné nos lèvres -

Et recouvert - nos noms - 

EMILY DICKINSON 

 

I Died For Beauty

I died for beauty, but was scarce
Adjusted in the tomb,
When one who died for truth was lain
In an adjoining room. 

He questioned softly why I failed?
"For beauty," I replied.
"And I for truth - the two are one;
We brethren are," he said. 

And so, as kinsmen met a-night,
We talked between the rooms,
Until the moss had reached our lips,
And covered up our names. 

Emily Dickinson
 
 

 

Photo Bruno Toffano, la suite des photos  sur son blog Tribune de Genève

http://aphroditepixart.blog.tdg.ch/ 

 

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13/05/2013

Tohu-bohu pour un clocher


P1050808.JPGQuelle effervescence autour du clocher de l’église de Collonges-sous-Salève devant lequel on se rassemble,  impressionné par un spectacle inhabituel. Une église étêtée de son clocher  arraché de son promontoir et qui se balance dans les airs tranporté par une grue de levage. Posé au sol, dégarni de ses ardoises, seule la charpente, ossature en vieux bois, trône au milieu d’un chantier, devant les échafaudages de l’église, elle aussi en réfection.

 Les langues se délient et vont bon train :

 Pour les commerçants sceptiques, il faudrait sonner les cloches au maire pour  s’être lancé dans un telle aventure digne de la construction d’une  pyramide. Et puis cette ruelle Verdi obstruée par les travaux qui empêchent les voitures des  clients de circuler, ou alors si péniblement. Et puis c’est pas Dieu qui nous remplit les caisses ! N’est-ce pas ? maugrée un marchand.  Ah ! en êtes-vous sûr ? suggère un curieux qui nous offre une interprétation simplifiée et corrigée du pari de Pascal;  une version pour les nuls.  Le commerçant se ravise, il est bon pour confesse……..

D’autres badauds admirent, bouche bée, l’œuvre  en devenir, un brin nostalgique du défi relevé d'antan par les   bâtisseurs de cathédrale. A l’époque où on n’avait que sa foi pour ériger de tels édifices.

Il y les mauvaises langues, certes Verdi s’est marié dans cette église en catimini avec la cantatrice Giuseppina Strepponi; en grand secret avec pour seuls témoin le cocher et le sonneur de  l'église, en 1859. Que pouvait-il bien se tramer derrière  une telle précipitation ? Et  que de baptèmes d’enfants dont la filiation tout aussi mystérieuse qu’imprévisible les faisaient passer de  l’eau baptismale aux supputations les plus alimentées, sources intarissables. Mais en conclusion et comme pour se rassurer, on lâchait en soupirant  : »Tous des enfants de Dieu, pour sûr ! »—

Vient le refrain lançinant des pessimistes ronchonneurs qui ferait frémir un Maurice Ravel  : »A quoi ça sert !  tout fout le camp :  la France, l’Europe, le monde, le travail, la pollution. C’est pas le clocher qui va nous sauver. Encore des dépenses pour rien !"


P1050805.JPGLes sensibles regardent le coq avec tristesse en le plaignant : « regardez-le, il ne girouette même plus. Il se sent  perdu !" 

Et le coq, fier et digne, muré dans un silence éternel, regrette ses paysages aimés et si distincts selon les points cardinaux : douces prairies, verts pâturages , lac indigo , Salève sublime baigné par les lumières roses du jour mourant.  Sombre et rongeant son frein, il  se souvient amèrement avoir régné  en maître sur la « flèche altière d’un élégant clocher qui s’élance au-dessus des oasis de feuillage et pointe vers l’horizon . » 

Condamné à subir les hommes et leur fureur, obstiné, il ne tourne plus la tête, il fixe le mur de l’église en comptant les jours qui le hisseront au faîte et l’éloigneront de la frénésie vaine pour jouir du silence et du spectacle. Dieu que les hommes deviennent petits en se rassemblant. Encore six semaines à patienter pour être réinstallé au sommet, enfin seul  !

(suite.......) 

 

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12/05/2013

Le poète naît poète

IMG_20130116_143506.jpgPar ces quelques lignes, il me semblait important de partager avec vous cette rencontre magique. Une jeune adolescente née en France et  qui vit à la Réunion et dont la passion pour la poésie nous dévoile que le poète naît poète. Une sensibilité exacerbée qui se révèle souvent très jeune, bien avant l’âge d’écrire et de lire et une capacité d’observer le monde avec les yeux d’un entomologiste et la faconde d’un ménestrel. Je lui avais proposé de lire ses poèmes, après trois  mois, elle me fit parvenir un email : »Bonjour, Djemâa, c’est moi l’adolescente, Jessica, brune aux cheveux courts, j’étais assise à côté de vous  sur le vol Lyon-Paris….voilà trois de mes poèmes  ! ».Je l’ai invitée à brièvement décrire son parcours avant d’introduire ses poèmes.  (vos encouragement ne seront jamais de trop…Merci chers lecteurs…..)

 

 

"En effet , je viens de la Réunion , j'ai 16 ans et ma seule passion est l'écriture. Comment j'en suis arrivée à là ? Je ne sais pas , cela a toujours été une évidence pour moi , une véritable vocation , ce genre de sentiments qui vous tenaillent de l'intérieur et vous font sentir QUI vous êtes et à quoi vous êtes prédestiné. 
Depuis le premier jour où j'ai su lire , je ne me suis jamais arrêtée , toujours en variant les genres et j'ai décidé d'en faire ma vie. Alors vers l'âge de 11 ans , j'ai laissé courir mes doigts sur le papier lisse , et je ne me suis jamais arrêtée de noircir les lignes. J'ai envie de passer de l'autre coté de la barrière , de lecteur devenir auteur.
Moi aussi je veux pouvoir raconter. 
J'ai toujours éprouvé un intérêt particulier pour Baudelaire , notamment pour la beauté de ses vers mais surtout pour la définition qu'il a donnée du poète : celui capable de lire par les symboles , prophète des forces invisibles de la nature . Le poète est celui dont l'âme est d'une sensibilité accrue à l'univers autour de lui .
En effet , cest comme ca , que je me perçois : depuis mon plus jeune âge , je me suis rendue compte que j'étais d'une sensibilité extrême à ce qui m'entoure , le vent chantant , les brises légères , les doux parfums du printemps... Tout . Je ressens tout . Et mon esprit enregistre . A mon sens , l'écrivain , le poète , est celui qui même sans plume , même sans support , continue d'écrire dans son esprit , continuellement. Tout ce que mon cerveau enregistre , tout ce que je vois , ce que j'entends , tout est retranscrit par écrit à l'intérieur de ma tête. 
Je voudrais pouvoir écrire toute ma vie et je ferais tout et absolument tout , pour y arriver."

 

 

Les folies bergères 

 

Qu'elle est belle la douce sous trop de fard à paupières

Qu'elle est triste son âme sous l'accoutrement vulgaire

Qu'il est fragile son corps sous l'armure austère

Qu'il est fébrile ce sourire sous son rouge à lèvres

Qu'ils sont désertés d'étoiles ces grands yeux sans pareils

Qu'ils sont noirs les traits de l'innocence passagère

Qu'elle est passée la folie des années primaires

Qu'elle est triste la douce , derrière ce sourire prospère,

Qu'elle est cruelle la vie sous son regard pervers,

Qu'il est envolé le temps de la primevère .

Qu'ils sont beaux , les amants des folies Bergères

Qu'ils sont misérables ces vers à la Jacques Prévert,

Qu'elles sont pitoyables ces larmes roulant à terre ,

Et pourtant , qu'elle est belle sous son fard à paupières.

 

 

 Le champ de vie 

 

Cours petite fille des blés ,

Cours , ô , loin de ces prés !

Règne trop de désastre

Confesse toi aux astres .

Tout n'est que désillusion

Où se perd toute raison ,

Péchés , délices infâmes ,

Ainsi , petit brin de femme.

Adieu contrées dérisoires

Elle se jette dans la Loire.

La mort petite joueuse

Derrière sa silhouette affreuse

Lui rendit bien grand service

Lui ôtant sa mine grise.

La vie , elle , sans courtoisie

fit gémir la jalousie,

S'amusa sur des chemins

Où fanèrent les jasmins ,

Lui vola l'identité

D'une vie idéalisée

En emportant avec elle ,

Loin , les rires sempiternels

Loin , les amours oubliées

Jeté , bonheur condamné

Crucifié ange déchu ,

Rendit son dernier salut.

Vivent trop de souvenirs

Dans les ultimes sourires

Meurent mille et un regards

La Mort , enfonce son dard

Alors vie désenchantée

Meurs , petite fille des blés !

 

 

Le Coquelicot

 

Joli cœur , l'amour foisonnant

S'agitait comme la jeunesse

Dans des rêves mirobolants

Cherchant un peu de tendresse ,

Quand le temps vole les sentiments.

La vie cette traîtresse ,trahit lorsque notre cœur s'éprend ,

Ainsi quelle faiblesse

De faillir dans ses penchants

Condamnée la liberté

Quand l'amour ôte toute clémence

Le cœur tient lieu de démence

Sentiment , fébrile , fragile , blessé laisse bien des carences ,

En rien ne peut être apprivoisé

Cause de déchéance

Si l'on ne s'en est emparé

On le vole au temps

Des coquelicots en fleurs

Le sent dans le vent

Malgré la force des leurres

Éclot au printemps et fane bien avant l'heure.

Naïf , fugace , pimpant

Piège la vie tel un voleur et s'en va en riant

Les joues roses ! le visage contrit

Il s'installe sans crier gare

Sous la dentelle défraîchie

Qui n'attire plus qu'un regard

Qui séduisit la jolie.

 Les promesses du hagard ,

Dans des mensonges polis

Emmaillotent le cœur ignard ,

De la belle Lady .

 

 

Ensuite j'ai tenté d'écrire un petit quelque chose en prose et voila ce que ça a donné :

 

Destruction. Trois syllabes qui m'écorchent la bouche.

Il est là, perché sur le bout de ma langue, tel un parasite, un rapace aux serres crochues, qui me lacère tout entier. Il le transperce de part et d'autres,s'insinuant en moi comme dans un refuge, son nid. Il broie mes côtes, lapidée mon coeur, et frappe dans un brouhaha assourdissant mon cerveau. Dormir. Je voudrais dormir , mais il m'en empêche. Il me guette , il est a l'affût. Je suis sa proie . Sa voix est hurlante , insoutenable. Je le sens qui me déchire.

Destruction. Tout dans la configuration même du mot est brusque, dur, effrayant et pourtant ... Si délicieux .

Oui , c'est douloureux mais il est mon seul allié.

Cadavres ensanglantés qui se tordent de douleurs , visage défigurés de terreur , humanité asservie , je me vois frémir de plaisir.

Destruction. Amer et exquis , ouragan qui me déchire.

Je le sens , là , entre mes deux poumons , incrusté , scellé qui me dévore à petites bouchées tel un gibier savoureux.

Plaie béante ,  abîme profonde,  simple mot , tapi en moi ...a fait de moi ce que je suis.

Grand malheur , unique bonheur.

Il a pris le contrôle de mon esprit et mon âme et conduis ma triste destinée.

Condamné à la damnation , je suis sauvé.

Je n'étais personne et .. Il s'est éveillé .

JE me suis éveillé.

Il a fait de moi un homme fort. Que dis je ? Un homme ?

En réalité , je suis bien au-dessus de cela : l'être suprême. Je suis l'âme du mal et la conscience du Diable et rien ne pourra m'outrepasser.Seule mon enveloppe charnelle est présente , mon esprit s'élève à  dix milles lieues d'ici .

L'humanité n'est que le passage primitif de mon existence.

Mon nom est Destruction.


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10/05/2013

LES ETOILES D’UN CIEL AFGHAN

ciel-etoile-1196120319[1].jpgPlongée dans le livre de l’écrivain afghan,  Khaled Hosseini « Les cerfs-volants de Kaboul », j’en oublie mon rendez-vous, puis engloutis les dernières pages submergée par  un sentiment étrange. L’œuvre est bouleversante, mais c’est une autre émotion qui m’étreint;  une ancienne histoire qui se reconstruit parallèle à celle que je lis. Un  vieux souvenir  qui se fraie un dur passage dans les méandres du temps et remonte péniblement à la surface de ma conscience, un ciel d’étoiles afghanes qui tapissent ma mémoire et dont émerge le visage d’un écrivain de Kaboul que j’avais oublié.

Alors étudiante, entre autres petits travaux , je corrigeais ou tapais des textes pour d'autres personnes.  Un écrivain afghan qui vivait à Lausanne m’invita à corriger ses poèmes, voire à les retravailler. Poète connu dans son pays, il voulut traduire ses poèmes en français,  désargenté, il ne pouvait faire appel qu’à des étudiants. Chaque passage était scruté, discuté, disséqué, chaque virgule commentée.

Lorsque je rencontrais l’auteur dans son kiosque à tabac, nous passions des heures à lutter sur tel ou tel vers. Un acharnement buté nous confrontait en une drôle de guerre.  Ligne après ligne, mot après mot, un Waterloo de chaque instant durant lequel je devais céder du terrain. J’avais l’impression de marcher sur des mines antipersonnel pour chaque modification que je suggérais. Il insistait, s’obstinait, refusait mes propositions ou s’enflammait pour telles autres. Nous interrompions notre combat versifié , à l’arrivée de chaque client, et reprenions de plus belle après le départ de   celui-ci.

L’homme déjà âgé avait quitté Kaboul en 1980.  Il se plaignait de la pauvreté de la langue française en comparaison du farsi.  Ses poèmes parlaient d’étoiles;   quatrains aux  nuits lapis-lazuli, ghâzals aux yeux qui pleurent étoiles scintillantes d’espoir et femmes qui murmurent aux cristaux du ciel dans une langue qui leur est propre.  Des lumières dans la nuit qui réveillent les cœurs où brillent les joyaux dans le velours d’un ciel afghan qui a tendu son tapis de perles.

Un jour d’épanchement plus particulier, il se mit à me parler des nuits, à Kaboul, où il dormait sur la terrasse en-haut de sa maison,  les mains posées derrière la tête.  Il  passait des nuits entières à observer ce ciel constellé de diamants. A ce stade du récit, le vieil homme se mit à pleurer, des larmes ruisselaient sur son visage et venaient s’engouffrer dans sa barbe parsemée et blanche. En le regardant, j’imaginai ces étoiles qui resplendissaient  dans la nuit noire de ce qu’était devenue l’Afghanistan. Le poète savait qu’il ne reverrait jamais plus ses fidèles compagnes aux allures de reines qui vêtues de leur robe d’argent dansaient dans l’or des rayons de lune.

Dans les larmes de l’exilé, on pouvait reconnaître   un ciel noir d’encre où les étoiles s’étaient éteintes, éclipsées   par le feu des canons et des bombes. 

En  lisant "Les cerfs-volants de Kaboul", je viens de réaliser que le poète afghan dont j'ai oublié jusqu'au  nom et l'oeuvre, avait déposé, à mon insu,  dans mon imaginaire,  une myriade d'étoiles qui scintillent au creux de ma mémoire et que lorsque je lis ou entends Kaboul, un bouquet stellaire se met à briller depuis.


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09/05/2013

Après le couvre-chef des religieux, le béret des laïcs

Dans la rangée du contrôle douanier à l’aéroport de Genève, je patiente dans la longue file.  J'arbore  un petit  béret à pois blancs dont les cheveux dépassent.

Devant moi un religieux d’origine juive passe avec son haut chapeau noir, il passe le contrôle sans devoir ôter son haut-de-forme,  juste après il est suivi d’une femme voilée qui elle aussi passe sans autre. Arrivé mon tour, la chargée du contrôle douanier m’invite à enlever mon béret.

Je refuse et justifie :"Pourquoi les deux devant passent sans enlever leur couvre-chef  et pas moi?"

-  C’est à cause de leur religion ! » me répond-elle

- Pourquoi dois-je l’enlever ? insistai-je

- Pour des questions de sécurité , dit-elle  embarrassée.

- Si on parle de sécurité, les premières personnes religieuses ou pas devraient se découvrir ou alors on parle d'une sécurité à deux vitesses.   Or, je n’enlèverai pas mon béret, aussi pour des questions religieuses.

- Quelle religion ?  me demande-t-elle.

- La  religion des laïcs ! lui répondis-je du tac au tac .  Toute la rangée qui me suit  et  a assisté avec attention à la scène s’esclaffe de rire.

-  C’est bon passez !  lâche la douanière  en admettant peut-être,   dans le fond,  que je n’ai pas tout à fait  tort.


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07/05/2013

La vengeance d'un rescapé (fin)

Chers lecteurs, 

Pardonnez-moi, une série de billets relativement longue a été nécessaire pour raconter cette aventure humaine qui a, en soi,  quelque chose de désespérant. Le drame de l'humanité, la barbarie que l'on peine à comprendre et expliquer. Un personnage qui captive et vous envoûte. Dans ce récit, il y a de l'universel, on plonge au coeur du destin  d'un enfant innocent qui décidera , jeune homme,   et ce de façon obsessionnelle de  parcourir le monde pour mettre la main sur le tortionnaire qui a liquidé de la façon la plus abjecte sa famille et l'achever.

Le soldat Eliahu  Itzkovitz terminera  son service à la Légion, cinq ans au total,   et recevra des documents qui attesteront qu'il a servi "Avec honneur et fidélité"  la  Légion étrangère. C'est un jeune homme de 25 ans dans son uniforme blanc de marin qui se présentera devant la cour martiale israélienne ,   en 1956.  L'affaire est largement médiatisée, l'opinion divisée. Le condamner ou pas. Un justicier exemplaire ?    

Il  sera jugé  pour avoir déserté la marine et  condamné  à un an de prison qu'il purgera à Haïfa, peine clémente en regard de ce qu'il aurait dû recevoir.  

La Légion en l'incluant dans son Dictionnaire historique paru en mars 2013 lui a accordé la place qu'il méritait dans les annales de la Légion étrangère. 

Certains  destins   nous renvoient le miroir du monde 

 

l'entier du récit  sous www.djemaachraiti.ch


Inspiré par la vraie histoire du légionnaire Eliahu Itzkovitz

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06/05/2013

La vengeance d'un rescapé (5)

Stanescu dévisage Eliahu pour reconnaître en lui  une connaissance, pour se souvenir de où et quand il l’aurait rencontré. Il se remémore l’attitude  de ce jeune soldat qui l’avait tant frappé lors de son arrivée et qui le surprend encore. Ce quelque chose d’indéfinissable en lui ; un mélange de sang-froid et de détemination farouche.

 -      On se connaît ? s’enquiert  le caporal

-      Je viens aussi de Chisinau , répond  Eliahu

Le visage de Stanescu s’éclaircit :

-      tu es un ami de mon fils ?

-      Non ! Je suis un Juif de Chisinau .

Stanescu fouille dans sa mémoire, il ne sait plus combien de morts il a laissé derrière lui, il ne saurait les compter. Des familles décimées , des enfants orphelins,   des femmes et des filles violées. Après des soirées de beuverie, des gens tués à bout portant dans une chasse effroyable en guise de jeu.  Il a laissé derrière lui des cadavres sans fin, des fosses commune pleines ……. Il fallait que ça arrive, il n’allait pas  continuer à fuir indéfiniment, même au bout du monde, même en Indochine, son passé, à grandes enjambées le rattraperait . Il le savait, il le pressentait,  ce jour-là devait arriver. Il fallait qu'il arrive !  

Le soldat en face de lui est  calme. Il n’a pas envie de discuter, ni le comment, ni surtout le pourquoi de la barbarie. Il sait qu’il n’y a pas de sens ni à donner ni à trouver dans la bestialité. Il n’y a pas de justification quand l’homme devient une bête féroce. On ne demande pas à l ‘animal enragé pourquoi il est enragé, on l’abat  !

Au plus profond de sa souffrance et de sa solitude, Eliahu a compris qu’il y a des frontières qu’on ne peut franchir et que si on s’y risque , on n’en revient plus. Tout n’est plus que fuite en avant, dans les ténèbres toujours plus noires de celui qui a perdu toute humanité. Et Stanescu pour lui est celui qui est allé au-delà, ce n’est plus un homme c’est un monstre sanguinaire qu’on achève.

Eliahu lève son MAT  49 et tire les deux première balles :

-    pour les miens que tu as tués

Il vide son chargeur des 30 balles restantes, en une rafale interminable :

-    pour tous les autres.

 

Les Viêt Minh au son des rafales se mettent à leur tour à tirer, en s’étonnant de n’avoir vu passer aucune balle dans leurs rangs.

Le soldat Eliahu Itkovitz comme tout soldat de la Légion sait que le règlement impose qu’on ramène les soldats tombés sous les armes. Il traîne le corps criblé de balles jusque vers la Road 18. Il s’assied à côté de ce qui est devenu une  marionnette démantibulée. 

Les gars qui passent s’exclament :

-  Il l’ont salement amoché ton gaillard, les Viêt ! Il n’ont pas reconnu le caporal derrière  cette   masse informe. 

-   C’était ton compatriote n’est-ce pas ? rajoute un autre avec un peu de compassion dans la voix

 -  Mmm ! pour seule réponse de Eliahu.

En attendant le véhicule de la Légion  qui doit venir rechercher les soldats, le soldat Eliahu Itzkovitz regarde la longue route de terre devant lui, ni joie, ni victoire. Un profond sentiment du devoir accompli, de justice rendue, mais surtout il est submergé par la sensation d’un vide immense. Une vie qui s’était concentrée sur cette rencontre, maintenant le néant au bout de la route.

Stanescu sera enterré comme légionnaire tombé en Indochine sous les tirs des Viêt Minh, Eliahu félicité d’avoir ramené le corps sous les balles de l’ennemi.  

Eliahu a quitté son visage d’enfant, ses yeux paraissent ceux d’un homme vieilli d’un coup. En quelques heures, il a laissé son passé derrière, il l’a posé comme un ballot trop lourd sur la Road 18 entre Bắc Minh  et les Sept pagodes.

Il en est sûr, il n’y a pas de cohabitation possible entre férocité et  humanité.  La promesse de l’aube, c’est une promesse d’humanité que sa mère lui a laissée entr’apercevoir dans la lumière de ses yeux tandis qu'elle mourait sous les coups du tortionnaire. Il vient de le comprendre : soit l’homme, soit la bête !  Il a choisi d’être un homme. 


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Récit inspiré de la vraie histoire du Légionnaire Eliahu Itzkovitz

 


05/05/2013

La vengeance d'un rescapé (4)

C’est à la faveur d’une embuscade menée  par les Viêt Minh que le soldat Eliahu Itzkovitz pût  enfin approcher le caporal, par un de ces mois d’août  humide,  à la chaleur tropicale suffocante. Un ciel bas couleur anthracite avec au fond du paysage des palmiers vert émeraude aux troncs minces et longs, balancés par un vent du sud-est chargé par l’humidité de l’Océan Indien . A cela, s’ajoute une mousson aux pluies abondantes et intermittentes  qui transpercent les soldats jusqu’à l’âme. 

Leur régiment  se trouvait alors sur la Road 18 entre Bắc Minh et les Sept Pagodes en repérage quand des tirs ennemis les prirent pour cibles.

Le caporal hurla « planquez-vous ! »-  En quelques enjambées souples de félin, Eliahu suivit le Roumain, ils plongèrent dans les herbes hautes pour crapahuter ensuite,   sur les coudes et les genoux, leur MAT 49 tenu à bout de bras malgré le poids du pistolet mitrailleur.  

Les balles sifflent  de toutes parts, ils restent planqués le visage contre la vase putréfiée  à l’odeur nauséabonde.  Dans quelques heures, les sangsues s’infiltreront sous leur pantalon, tandis que les moustiques plus grands que des papillons s’acharneront sur leurs bras, sur leur visage, sur  leur corps.

 Le caporal est essoufflé, il maudit les Viêt Minh, les menace  de leur faire à tous la peau. Eliahu est à sa hauteur, à moins d’un mètre de distance. Ils sont seuls, les autres se sont camouflés plus loin,  répartis un peu partout dans le champ. Les troupes ennemies sont à moins de 100  mètres.  Le jeune soldat l’observe et aperçoit ses yeux injectés de sang;  une beuverie de la veille qui lui fait office de somnifère.   Les nerfs de la mâchoire courent rapidement sous la peau. Voilà à quoi ressemble le bourreau, à  quoi ressemble celui qui m'a fait trembler de peur pendant des années et qui a détruit nos vies   !  pense-t-il.  A la dérobée, il le regarde longuement , pris d’un profond dégoût.

Les tirs s’amenuisent, chacun épargnant ses balles qui volent sans atteindre leur but.  Plus un bruit, un calme inquiétant, les oiseaux se sont tus, les singes font les morts, ils ont cessé d’ hurler ,   plus rien ne bouge.  Un silence troublé par le glissement d’un Krait  au venin mortel,  subtil et feutré entre les longues herbes.

Dans cette nature qui retient son souffle, Eliahu lâche d’une voix sûre pareille à la lame tranchante du sabre d’un Samouraï, polie pendant des années,  affinée, aiguisée inlassablement,  jour après jour et qui fendrait l'air  :

 -       Stanescu !

 Celui-ci se retourne vers le jeune soldat,  sans l’ombre d’une hésitation, sans s’étonner que quelqu’un l'ait identifié sous son vrai nom. Spontanément, il répond :

 -       Oui !

 L’homme sans le savoir vient   de signer son arrêt de mort. 

 

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récit inspiré de la vraie histoire du Légionnaire Eliahu Itzkovitz

 

 

 

 

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01/05/2013

La vengeance d'un rescapé (3)

Parvenues à Bắc Ninh  en Indochine , les nouvelles recrues  sont alignées au garde-à-vous. Le caporal passe en revue les soldats qu’on vient de lui envoyer. Il peste, jure, éructe, fulmine : « Toutes des gonzesses, qu’on m’a envoyées ». Les soldats serrent les dents sous les injures; la sueur leur dégouline le long du visage, descend le long du cou, les chemises sont trempes. La mousson n’arrange rien et les moustiques encore moins.  Impossible de les chasser ou se gratter malgré les démangeaisons incessantes , le moindre mouvement attirerait  l’attention du capo qui paraît fou.

Le caporal à l’accent roumain s’étouffe de rage, il se met à deux doigts du visage de chacun  et continue à vitupérer. Placé presqu'au  bout de la ligne, le soldat Eliahu Itzkovitz reconnaît  la voix de celui qu’il cherche depuis 13 ans, cette voix stridente  qu’il aurait reconnue parmi mille autres.  Cette voix qui humilie, qui menace, qui ordonne et qui tue…………

Tandis que le capo continue l’inspection, un par un, Eliahu revoit les images défiler ;  le camp de Chisinau , les dortoirs, les hurlement de ses frères tandis que Stanescu s’acharnait sur leur père, puis ce fut leur tour. Eliahu caché sous un tas de vêtements ,  eut juste le temps de croiser le regard de sa mère;  coup d'oeil affolé vers lui.  Quelques minutes avant de succomber sous les coups du gardien de prison,  malgré l'acharnement sur tous, elle  comprit alors, dans son amour immense de mère, dans un  pressentiment si fort  que son cadet, son dernier, son tout petit...........serait épargné et réchapperait à cette férocité meurtrière . Une lumière ténue d’espoir dans les yeux maternels  à laquelle s’est attachée l’enfant et par  laquelle  il s'est nourri pour trouver encore du courage dans sa nuit la plus noire;  un fil de lumière sur lequel il marchera  comme un funambule, sans jamais tomber.    Une bouée dans la tempête de sa vie, un éclat ultime qui l’éclairera tout au long de son chemin et auquel le soldat reste encore profondément ancré, ce qui sans doute, explique  cette  confiance inébranlable. Cette force tranquille qu’il faut craindre comme annonciatrice des plus grands cataclysmes. 

Or, il en est sûr, sans la moindre hésitation, c’est bien l’homme qu’il pourchasse depuis tant d’années. Son imagination d’enfant  le représentait depuis la taille de ses 10 ans et  l’avait grandi de façon incommensurable. Dans sa terreur d’enfant, il l’avait perçu  comme un monstre invincible.

Aujourd’hui, il retrouve un homme, âgé de moins de 50 ans,  caché derrière son pseudonyme, court sur pattes et trapu, légèrement plus maigre qu'auparavant, au visage sec et nerveux. La seule chose qui n’avait en rien changée était  la perversité de l’homme,  une monstruosité demeurée entière,  renforcée même  par les années de commandement.

Stanescu, remonte la file peu à peu  et se dirige vers Eliahu, ce soldat au visage encore d’enfant avec une hésitation sur les traits peu marqués comme si le temps avait hésité à y tracer  son passage, aux cheveux châtains  presque entièrement rasés et aux yeux d'un brun profond, velours contrarié  – on sait que les orphelins ont de la peine à quitter l’enfance pour le monde adulte, les mains aimées leur ont manqués pour les aider à passer ce cap, il y a toujours de l’enfant perdu en eux, un air d'égarement qui tâtonne dans le monde des grands ,   - qui dépasse le caporal d’au moins deux têtes. 

Un soldat au gabarit impressionnant !  L’homme s’arrête à sa hauteur et se prépare à quelques injures. Le regard de Eliahu l’arrête net, un quelque chose dans le regard qui montre une détermination que le caporal n’avait jamais vue jusque là.  C’est étrange, ce visage enfantin lui rappelle quelque chose, quelqu’un vaguement.  Son fils aurait presque eu son âge se dit alors le Roumain  qui ne sait pas qu’il se trouve face à  celui qui a  tué son aîné de coups de couteau à Chisinau. Dans ce regard déterminé, quelle force étrange ! quelle  puissance !  pense   l’homme,  songeur,   en s’éloignant du soldat  et en continuant à invectiver les autres, envahi d'une sensation étrange, indéfinissable, un malaise indicible.............

Eliahu Itzakovitz inspire  profondément, ses jambes tremblent.  Derrière ce calme apparent résultat d'une absolue maîtrise, il n’a rien laissé paraître, à la vue du tortionnaire;  de ce bouillonnement intérieur, de ce chaos momentané durant lequel il entendait les battements de son cœur jusque dans sa tête, le sang battre dans ses tempes.  Une joie singulière et lugubre l’étreint, le voilà arrivé à destination, au bout de la si longue route, au bout de la si longue attente, finalement !  

 

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récit inspiré de la vraie histoire du Légionnaire Eliahu Itzkovitz

 


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30/04/2013

La vengeance d'un rescapé (2)

Appuyé contre  son paquetage colonial composé de chemisettes , de short, de vestes sans boutons et de moustiquaires, le casque colonial sur la tête, le soldat Eliahu Itzkovitz  grille une cigarette sur le pont,   à bord du Skaugum. Au départ de Marseille, le navire vient de quitter Colombo, après avoir fait escale à  Port-Saïd et Aden,  pour continuer vers Saïgon.  Un bateau norvégien destiné aux mers froides  et dans lequel, ils allaient bientôt tous étouffer de chaleur dans des cabines sans hublot. 

A Marseille, ils  sont partis sous les crachats des badauds  qui les insultaient en brandissant des gourdins et leur reprochant de s’embarquer pour tuer des communistes, casser du Viêt Minh Des Légionnaires traités comme des proscrits, des voleurs, des bagnards et qui de surcroît se laissent  entraîner dans la sale guerre .

L’air humide devient étouffant, ils se sentent comme dans « une boîte de conserve mis au bain-marie » , un véritable supplice. Sur le bateau les hommes se battent plus souvent, ils jouent inlassablement aux cartes, se plaignent amèrement de la mauvaise nourriture et de la vermine.

Ce n’est plus qu’une question de mois, de semaines, de jours. Eliahu est indifférent, il mène sa guerre à lui, il n’a qu’un but : retrouver l’assassin de ses parents, le bourreau au rire gras et aux yeux d’acier.  Le reconnaîtra-t-il après tant d’années ? Entre 1941 et 1954, 13 ans se sont écoulés, Stanescu a dû changer.

Arrivé après un voyage sans fin à Hải Phòng, Itzkovitz   demande à rejoindre des unités où d’autres compatriotes roumains seraient présents. Il était de coutume de laisser les Légionnaires se regrouper  en fonction de leur langue ou de leur origine.  

Le jeune homme  est envoyé à Bắc Ninh rejoindre  une garnison dans le  3 e  REI, le 3 ème Régiment étranger d’infanterie le plus décoré.   Le caporal est un roumain lui garantit-on , à cette nouvelle, un fin observateur aurait remarqué sur le visage impassible de cet athlète  taciturne, un tic nerveux, à peine perceptible.  Sous cet air tranquille et détaché, le cœur bat la chamade. Stanescu ? pense-t-il.

 

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27/04/2013

La vengeance d’un rescapé (1)

En 1945, Stanescu le Roumain,  pensait s’en sortir à bon compte en fuyant et en s’enrôlant dans la Légion étrangère depuis Offenburg, zone d'occupation militaire française en Allemagne.

Le képi blanc, espérait-il,  laverait ses fautes, blanchirait ses mains rougies du sang des Juifs tués dans les camps de Bessarabie.  La Légion, la "blanchisseuse des âmes", " la gomme à effacer les passés"  l’engloutirait  tout entier, le rachèterait ,  pour le faire renaître sous une nouvelle identité. Il suffisait d’un pseudonyme,  sans devoir présenter un quelconque document pour être accepté; derrière l’anonymat le plus absolu, on refaisait sa vie comme on pouvait.  A l’issue de la Légion, la mort, ou la nationalité française après trois ans de service.

C’était sans compter sur l’acharnement sans faille de Eliahu Itzkovitz qui, lui  se souvient, - mémoire meurtrie d'un destin tragique - comment le gardien de prison roumain, Stanescu,  assassina de  ses propres mains sa famille entière, son père, sa mère, ses trois frères;  victimes parmi les 53'000 autres,  tués durant ces pogroms,  dès 1941.  Il est le seul et le plus jeune des enfants de sa famillle à en avoir réchappé; le  visage du monstre est resté ancré  dans la mémoire de l’enfant de 10 ans , gravé au plus profond de sa haine. Le seul but dorénavant de Eliahu dans son existence est de venger les siens, ou plutôt de rendre justice. 

Après sa libération du camp par les soviétiques en 1944, Eliahu  enquête  et trouve le fils du gardien, il le poignarde avec un couteau de boucher, il encourt alors une peine de cinq ans dans les geôles roumaines pour mineurs.

A la sortie de prison, en 1952, Eliahu Itzkovitz est autorisé à émigrer en Israël. Il ne laisse derrière lui que des fantômes, ceux des siens tant chéris.

D’abord dans les paras, il demande ensuite son transfert vers  la marine israélienne, ce qui lui est accordé. Le plan de Eliahu est parfait. Son navire aborde à  Gênes en Italie pour récupérer de la marchandise, le jeune soldat profite de cette aubaine pour déserter. Son unique but, retrouver Stanescu.

A force d’interroger des Roumains , puis un Français qui lui dit connaître un homme qui correspond à  la description et qui s’est enrôlé dans la Légion étrangère, Eliahu veut à son tour s’enrégimenter.

De l’Italie, il fuit vers la France, en habit civil et prend le train jusqu’à Marseille, puis s’enrôle dans la « lessiveuse » française qui rachète les vies des aventuriers, des éclopés,  des pires criminels, des monstres sanguinaires pour les envoyer en Algérie puis en Indochine. Plus de 50% de la légion, à ce moment,  est composée  d’Allemands nazis de la Wehrmacht, qu’ à cela ne tienne, Itzkovitz ne recule devant aucun sacrifice pour mettre la main sur le criminel roumain.

Eliahu se retrouve sous le soleil brûlant d’Algérie, dans le camp d’entraînement de Sidi-Bel-Abbès,  au nord-ouest du pays, premier  régiment français, là où on se saoûle à l’absinthe, plus mauvaise que du vitriol.  Dans la chaleur et la poussière du bled, on voit les légionnaires déambuler les yeux injectés de sang, titubant,  ivres et fiévreux,  atteints du typhus mortel.

 

Amaigri, le teint hâve, après trois mois passés dans  de cet enfer, enfin Itzkovitz est envoyé en Indochine, à Hải Phòng . Le refrain des Légionnaires, chanté à tue-tête, prend un sens particulier durant le voyage, pour le jeune homme qui se laisse bercer, rêveur,  les yeux dans le vague en tendant l'oreille aux paroles qui semblent  lui être destinées  :"Nous avons souvent notre cafard........Dormez en paix dans vos tombeaux".  Il pense aux siens............. le coeur serré.

Obstiné et courageux, Eliahu, se rapproche peu à peu du monstre roumain, prédateur  qui continue à étriper, étrangler, démembrer, torturer d’autres proies, sous d’autres cieux. Or, le monstre qui pareil à un vampire a besoin de sang pour vivre, ne se doute pas un seul instant qu’une chasse à l’homme est entamée depuis des années pour le retrouver.


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20/04/2013

« Un grain de sable nomade poussé par le vent » (2)

Elle est assise en face de moi, les traits tirés, des cernes, quasiment des poches sous les yeux. Son combat  contre les punaises lubriques qui ont une durée de vie de 360 jours et capables de forniquer jusqu’à 220 fois par nuit, la laisse pantelante. Elle n’a pas quitté Pékin pour réduire sa vie à une chasse aux hétéroptères et espérait un destin plus noble;  une carrière plus marquante que cette lutte,  sans merci, contre un ennemi pas plus gros qu’un pépin de pomme. 

Lorsqu’elle fit passer sa pétition dans son immeuble afin que tous les locataires ensemble prennent de strictes  dispositions, par un dispositif imparable pour éliminer définitivement ces importunes, elle dut  naturellement imprimer sur deux  feuille A4 en couleur, « la chose en question »,  la Cimex lectularius et en coller une,  dans l’ascenseur et l’autre,  à l’entrée de l’immeuble pour que chacun sache précisément à quoi ressemble l’ennemi. Un corps oval et aplati légèrement transparent brun-rouge, à faibles rayures,  capable de se glisser dans la plus petite fente.

Dorénavant, lorsqu’ils se retrouvent dans l’ascenseur, les locataires s'observent, le visage fermé,  soupçonneux et taciturnes, dans un silence pesant et accusateur, cherchant su le corps de chacun les traces du passage de ces nuisibles,  taches ou boursouflures  rougâtres dues à la morsure des punaises de lit. Personne ne pipe mot, tandis que la photo de l’accusée semble envahir tout l’espace et émettre des signes sournois de moquerie, à leur encontre. 

Les rumeurs les plus folles finirent par pourrir la vie de tous. D’abord, que le voisin du premier ramenait régulièrement des filles de joie à  l’ hygiène douteuse venues qui sait d’où  ! Puis ce fut au tour du concierge d’être soupçonné, et qu'au lieu d’entretenir avec soin l’immeuble, il se laisserait  aller à boire, assis,  derrière ses containers de poubelle.  Mais encore, le vieux du 6 ème étage qui n’aurait pas fait son ménage depuis six mois. Ou alors, la voilée du deuxième qui ne portait pas de voile jusqu’il y a trois semaines et qui ne s’en sépare plus, allez savoir pourquoi. Pour cacher les piqûres sans doute. 

« Le grain de sable nomade poussé par le vent » soupire et me dit que même un voisin du troisième étage, porte gauche avec un paillasson en forme d'escargot, en guise  de gag lui a demandé si elle n’avait pas ramené les punaises avec le canard laqué façon pékinoise. Un peu honteuse, elle me déclare, avoir dès les premiers jours de morsures, envoyé un SMS à son médecin avec trois syllabes, répétées deux fois :"Au Secours, Au Secours", le médecin soucieux lui fixa un rendez-vous immédiat pour lui lâcher le pronostic de piqûres de Cimex lectularius.

Des cancanages interminables, qui se répandaient plus douloureux que les piqûres de punaise et tandis que les humains là-haut sur leur matelas colportaient chaque soir quelque médisance sur le compte des  uns et des autres, la vermine dessous se préparait à une nouvelle nuit d’orgie qui aurait fait pâlir d’envie Sade et Casanova. Tandis que les humains pétris dans leur triste quotidien grincent des dents, la pouillerie marivaude sans remords, se laissant aller à sa nature unique faite de copulation et de reproduction,  joyeuse et légère, dans la plus parfaite insouciance. 

Mon interlocutrice pékinoise finit de me brosser ce triste tableau par une remarque intéressante : « En Chine, on ne pense jamais à venir en Suisse, parce que la Suisse tout entière  pour nous n’est pas plus grande qu’une de nos villes chinoises. On opte en premier choix, pour la France, les Etats-Unis ou le Canada. Mais qui aurait pensé que dans un si petit pays et dans une ville qui n’est pas plus grande qu’un de nos quartiers , j’aurai  eu autant de soucis avec quelque chose  d’aussi minuscule qu’une punaise de lit. Avoir fait des milliers de kilomètres pour trouver "ça",  au bout de la route.   Vous avez un bon proverbe qui dit « le Diable se cache dans les détails » et le Diable se cache bien dans mon lit."

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16/04/2013

"Un grain de sable nomade poussé par le vent"(1)

"Un grain de sable nomade poussé par le vent", c’est ainsi que se décrit mon interlocutrice chinoise en traçant d’un large mouvement de bras le long parcours entre Pékin et Genève. Pourquoi avoir choisi Genève ? Silence, nous sommes au restaurant, la coutume chinoise veut qu’on reste discret au restaurant lorsque le serveur s’approche, on interrompt alors la conversation par discrétion et par politesse. Pour écouter ce qu’il nous propose et le complimenter sur les plats qu’il nous apporte. Donc pourquoi  Genève ? pour la simple raison qu’elle est arrivée d’abord en France voisine sans doute par mariage, je ne vérifie pas, outre mesure.

La  jeune femme chinoise qui se tient assise en face de moi commence à éveiller ma curiosité, c’est la métaphore du grain de sable qui a retenu toute mon attention. En levant la manche de son chemisier, elle me montre des taches rouges, des piqûres de punaises de lit. Elle m’explique en avoir partout sur le corps. Sa voix légèrement nasillarde monte d’un cran, un tantinet perçante, elle est très énervée contre ces punaises qu’il l’empêchent de dormir. Excédée, elle mène une enquête,  remonte la filière du linge lavé, des produits utilisés,  puis pousse l’investigation plus loin, plus haut chez le voisin qui admet en avoir aussi. Finalement, elle lance une pétition auprès de tous les locataires de son immeuble , le traitement des punaises tous ensemble en même temps, une grande opération menée d'un pas martial par le petit bout de femme énergique mais surtout agacée.

 Elle se plaint de ne rien savoir, ni n’avoir jamais vu de sa vie des punaises, ni à la télévision, ni sur internet, ni dans un livre.  Pour finir, aiguillonnée par la curiosité, à mon tour, je surfe sur internet pour lui  raconter, la prochaine fois,  à quoi ressemble la vie d’une punaise dans un lit. C’est affolant !

La sexualité des punaises des lits est passionnante. Elles peuvent copuler jusqu’à 200 fois par jour, légèrement aveugles elles confondent les partenaires. Qu’à cela ne tienne, le mâle vise où il peut à l’aide de son pénis perforateur et laisse sa semence à n’importe quel endroit du corps de la femelle. Au printemps, les spermatozoïde, du moins ceux qui ont survécu se retrouvent près des ovaires, les transpercent et s’y enfoncent. Hermaphrodites, si un mâle a transpercé par erreur un autre mâle, ce n’est pas grave, lors d’un prochain accouplement avec une femelle, elle recevra le sperme des deux mâles. En Afrique, une espèce particulière les Antochorides scolopelliens, grâce à leur sexe-canon tirent à distance.

 Bref, lors de mon prochain dîner avec le « grain de sable nomade poussé par le vent », je baisserai le ton à l’arrivée du serveur pour lui raconter tout ce que je sais dorénavant sur les punaises de lit. Et lui expliquerai , que  tandis qu’elle dort paisiblement, c’est un véritable lupanar qui s’organise dans son matelas et  englué dans ses  amours folles, pris dans un élan passionné la Cimex Lectularius s’en donne à cœur joie et pique à tout va;  un véritable vampire qui peut piquer jusqu’à 90 fois en une seule nuit, auparavant, il lance un premier jet qui anesthésie et qui lui permet ensuite de passer à table et sucer   du sang humain jusqu'à plus soif sans que la victime soit incommodée, sur le moment, car  elle ne s'en aperçoit pas immédiatement. Après les ébats amoureux, que voulez-vous, il faut bien reprendre des forces ! 

 

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13/04/2013

Stefan Zweig, "un homme qu’on n’oublie pas"


899542_22115633_460x306.jpgVienne- Après le château de nuées, l’Autriche est devenue l’antre de l’oubli ; une mémoire effacée sous un mince manteau de cendres que la brise la plus légère révélera au grand jour.

Cette volonté d’amnésie  tapie sous les lourdes perruques poudrées de l’orchestre viennois qui nous  joue Mozart en habits d’époque, ou cachée au fond du chocolat chaud du célèbre café Sacher, laissant quelque amertume qui vous emplit la bouche et y laisse un arrière-goût désagréable.  Derrière les façades impériales des bâtiments d’époque tendance néo-classique ou Jugendstil ; une architecture monarchique qui comme une main fermée renferme tous ses secrets et dont s’échappe quelque chose de sinistre, comme une odeur fétide qui se dégage de cette Vienne autrefois si glorieuse.

Malgré la musique, malgré la tentative d’occulter la mémoire;  dans le regard des policiers, dans ces coups d’œil furtifs qu’on vous lance, dans ces œillades appuyées qui vous scrutent et vous déshabillent, vous pressentez l’âme contrariée des Autrichiens qui n’a pas su, n'a pas pu, ou n'a pas voulu revisiter son passé. Une trappe semble les avoir engloutis, et derrière laquelle, ils gesticulent,  muets, le visage grimaçant, les traits lourds appesantis par des souvenirs qui tardent à disparaître.

Dans cette ambiance étrange qui sent le moisi et le renfermé, comme si on avait oublié quelque chose dans un coin et qui se serait mis à putréfier; je cherche,  en vain,  quelques traces zweigiennes, quelques indices qui me conduiraient  à Stefan Zweig, celui que l’on considère comme le plus grand écrivain du XXème siècle, or il  est absent de sa ville natale, exclu, encore et encore.

Seul le « Stefan Zweig textilen » trône sur une plaque élégante, on préfère garder en mémoire la lignée commerçante plutôt que pensante d’un écrivain qui a su admirablement interroger son époque, sans concession, avec la précision d’un chirurgien qui sait où porter son scalpel pour nous montrer l’avancée alarmante de la maladie sur un corps déjà pourrissant. Délaisser avec un réel acharnement un écrivain qui a su avec une précision implacable dans son œuvre «Schachnovelle » nous expliquer comment sous le nazisme,  l’Eglise catholique se concentrait à sauver ses biens plutôt que des vies . Qui a envie de se revendiquer de celui qui fut un véritable visionnaire,  fin observateur, critique puis victime  de son temps ?

Un homme de lettres pacifiste qui aujourd’hui, sans doute, peinerait à revenir en Autriche, ce pays où, selon la  femme de lettres autrichienne, Elfriede Jelinek, le travail de mémoire contrairement à l'Allemagne, n’a pas eu lieu.  Les mots du nazisme continuent à courir sur les bouches et mêmes sur celles des pseudos- bien-pensants, des mots qui véhiculent des concepts chargés de sang  et de drame, des mots traîtres  passés dans le langage courant et surtout dans la pensée et qui préparent la réalisation des choses  les plus odieuses comme  naturelles et évidentes.  Ces mots contaminés continuent  à habiter la langue et a pris corps dans l’âme et la pensée autrichienne. Ils perdurent et sévissent sans pour le moins du monde être dérangés, puis délogés.  Une langue qu’on refuse de revisiter , d’interroger.

Il faut se rendre à l’évidence, l’Autriche a juste recouvert sa mémoire historique d’un nuage de poussière sombre et tenace croyant échapper ainsi à son destin, et pourtant il exigera,  toutefois, un jour ou l’autre,   le long travail qu’un peuple doit effectuer sur lui-même.   Savoir ne suffit pas, faut-il encore  prendre conscience.  Il n’y échappera pas, tel est son sort. 

Vienne refuse  Stefan Zweig qui l'a vu naître en 1881,  et celui-ci la lui rend bien,  il s’abstient de revenir sur les lieux fantomatiques de sa "geistige Heimat" avec  ce sombre pressentiment qui lui faisait dire de façon si juste  et avec force vision  :   « On peut tout fuir, sauf sa  conscience .»


Stefan Zweig, l'exilé, le sans patrie,  se donnera la mort suivi de sa compagne Lotte, le 22 février 1942, au Brésil, à Petrópolis.   Au-delà de l'exil physique, le double drame de l'écrivain réside dans cet exil forcé  au sein de sa propre langue qu'il a chérie, travaillée, exploitée, en véritable orfèvre des mots qu'il était.  Cette langue tant aimée qu'il a élevée au plus haut point et qui est devenue la langue des bourreaux, le rendant incapable dès lors de l'utiliser, signant  du coup, sa propre fin, son arrêt de mort,  en temps qu'écrivain et en temps qu'homme :  une fusion indissociable.  

Un drame effroyable ! Stefan Zweig nous rappelle que la langue n'est pas innocente, elle est complice de toutes les barbaries. Et la fin de la barbarie exige impérativement de revisiter sa langue qui véhicule des concepts et nourrit finalement les pensées pour justifier  les actions, les plus ignobles. 

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07/04/2013

Tuser pour créer

 DownloadedFile.jpegUn Wallon de Liège vient de me raconter une  magnifique anecdote sur le gigantesque dispositif de pompage des eaux de la Seine,  situé au Château de Versailles et construit entre 1681  et 1682 sous le règne de Louis XIV.  Une machine de Marly, incroyablement complexe pour cette époque, œuvre du maître charpentier et mécanicien liégeois Rennequin Sualem.

Lorsque Louis XIV s'adressa au Liégois lui demandant  comment il était parvenu à une telle solution , celui-ci lui répondit en wallon « Tot tusant sire ».

 Un verbe surprenant,  « tuser » qui laisse deviner tout l’ébranlement de la mécanique créative faite d’un mélange subtil de rêverie, "de réflexion, de macération puis de décantage". Un long processus qui permet à notre espace imaginaire de se laisser envahir par le souffle magnifique de l’inventivité.

Pour cela une nécessité absolue de s'accorder des espaces de rêvasserie intenses , des moments infinis où on tâtonne encore dans la nuit noire du bout des doigts les belles utopies. Ces rêves magnifiques qui nous bercent et que l’on faisait enfant comme par exemple glisser sur les rayons de lune ou voyager sur des nuages avec en arrière-fond l'éternelle injonction de la maîtresse :"Arrêtez-donc de rêvasser!"

Un verbe qui nous ramène à notre réalité, celle du tout express qui laisse peu de place à l’imaginaire et à la rêverie, précisément ces lieux magiques où l’on créent des inventions, des œuvres sublimes, moment des plus belles fulgurances quand le génie d’un trait grandiose signe son passage sur les ailes des anges. 

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23/03/2013

« Mon corps m’appartient »

 ndtlxGHJJIzySdJ-556x313-noPad.jpgAu XXI  ème siècle, les femmes doivent encore au quotidien se battre pour rappeler  qu’elles ne sont pas des objets, ni soumises aux impératifs religieux, ni soumises au diktat consumériste, encore moins au commerce sexuel et aux prédateurs de tous genres.

 Derrière le traitement du corps de la femme, c’est le machisme qui manipule l’objet ;  ce corps à travers lequel on manifeste son pouvoir, son autorité toute puissante. Voilée, stringée, dénudée, violée,  excisée, infibulée, botoxée, chirurgée, domestiquée, confinée,  la femme peine à se réapproprier ce corps, mais surtout à  se positionner dans une société à forte dominance masculine et entre autres autoritarismes, le religieux patriarcal se complaît à merveille dans ce schéma de la toute puissance  qui impose s’il faut se couvrir ou se découvrir et comment. Dans les moindres détails, de doctes religieux viendront vous expliquer à combien de millimètres doivent se situer vos manches autour de vos poignets  et vos ourlets au-dessus de la cheville, comment vos cheveux doivent  être cachés et combien de centimètres pour la barbe des barbus.

Cette obsession sur le corps de la femme, crée l’effet inverse, elle engendre  une surexcitation sexuelle, un érotisme de chaque instant, et dans les pays où l’on s’acharne sur ce corps naît l’obsession perpétuelle, une frénésie quasi pathologique qui exposent dangereusement les femmes, les hommes,  les fillettes (le dramatique fait divers récent une fillette de 3 ans violée à la Marsa) , voire les petits garçons. Ceci engendre des sociétés à forte violence sexuelle  et abus sexuels répétés, à l’encontre des plus faibles et même entre hommes. Il serait intéressant d'avoir les statistiques précises du nombre de prisonnier-ères  sodomisé-es et/ou violé-es par leurs geôliers.   Le jour où on obtiendra les statistiques précises sur les viols d’enfants commis à l’ombre des livres sacrés, toutes religions confondues, on lèvera le voile sur un tabou bien  ténébreux et qui fait ses victimes par millions et sur lequel plane un sordide silence.

Les dogmes à l'encontre du sexuel créent une violence sexuelle et une relation de dominés-dominateurs.  A ce sujet et de manière explicite,  Octavio Paz dans son oeuvre le  "Labyrinthe de la solitude" décrit parfaitement ces mécanismes dans les sociétés machistes, en l'occurrence mexicaine, où les hommes se dominent aussi entre eux dans la violence, en fonction de qui est devant et qui est derrière, qui se ferme et qui s'ouvre. La  domination s'étend effectivement jusque entre hommes dont certains sont ouverts comme des femmes par sodomisation donc soumis au maître machiste tout puissant qui règne sur tout ce qui est ouvert ou ce qu'il ouvre par force. 

D'autres sociétés prétendues éclairées se targuent de laisser leurs femmes montrer leurs atouts féminins pensant qu'il est le signe suprême de respect et d'égalité alors, qu'en réalité,  les différences salariales hommes-femmes  sont criantes et qu'on observe peu de femmes aux commandes et lorsqu'elles y parviennent c'est encore trop souvent par droit de cuissage. Levons tous les voiles dont celui tenace de l'illusion. 

Dans les sociétés évoluées qui tendent à l'égalité homme-femmes, on perçoit aussi de manière générale, un meilleur traitement fait aux diversités et une plus grande justice sociale, prémice de toute société démocratique. 

 La seule manière de répondre à cette violence provoquée par la série d’interdits  est de laisser la femme entièrement maîtresse de ce qui lui appartient : son corps et sa vie et plus simplement encore, de façon plus large, redonner à chacun et chacune,  une chance de laisser se développer sainement loin des interdits hypocrites qui n’engendrent que domination et  violence, sa propre dimension érotique et sexuelle et se créer sa place au sein d'une société qui s'affranchit de toute dictature. 

BRAVO AMINA  POUR TON COURAGE ! 


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18/03/2013

Festival de films de femmes 4ème édition

 Hommage aux femmes reporters d’ici et d’ailleurs

 

du mercredi 20 au dimanche 24 mars 2013

 

   Jocelyne Saab

Projections, tables rondes, témoignages

 

À Fonction Cinéma, à Genève

Maison des Arts du Grütli – Rue Général-Dufour 16

 

Mercredi 20 mars

 

18h30 Accueil, discours de bienvenue. 

Présentation par Anne Vaucher du film d’ouverture.

 

19h00 Projection EN PREMIÈRE VISION du film Voix de reportages (2013, 26’) d’après des textes et des photos de Laurence Deonna, grand reporter genevoise. Laurence Deonna, ancienne présidente de Reporters sans frontières section Suisse, sera présente. Elle a reçu en 1987 le prix Unesco de l’Education à la Paix pour l’esprit de son œuvre. 

Suivi d’un débat et d’un buffet.

Ce film sera projeté également en clôture du festival. 

 

Jeudi 21 mars

 

11h30 Projection-débat avec Laurence Deonna Voix de reportages (2013, 26’). Attention !  Exceptionnellement à Cité Seniors, Rue Jean-Charles Amat 28, 1202 Genève (angle rue de Lausanne).

 

18h45 Projection du film Le drôle de pays des Kurdes d’Irak (2003, 26’) de Mylène Sauloy. Cinéaste française à qui l’on doit de nombreux films à risque, notamment en Tchétchénie. 

 

 19h30 RENCONTRE EXCEPTIONNELLE avec l’Italienne Giuliana Sgrena. Reporter de guerre et journaliste pour Il Manifesto, elle a été kidnappée  à Bagdad en 2005. Lors de sa libération, la voiture diplomatique italienne qui l’amenait à l’aéroport a été  attaquée par l’armée américaine. L’un des officiels a été tué à son côté  et elle-même blessée. 

 

 Vendredi 22 mars 

 18h30 Projection du film Lee Miller ou la traversée du miroir (1995, 54’) en présence du réalisateur Sylvain Roumette

Personnage troublant, la photographe Lee Miller fut la première, sinon l’une des premières, à pénétrer dans les camps de concentration nazis. Son ultime défi fut de se baigner dans ce qui fût la baignoire de Hitler !

 

19h45 TABLE RONDE 

« Etre femme reporter dans les zones à risques : un atout ? » avec Giuliana Sgrena, Jocelyne Saab, Khadidja Al Salami et Mylène Sauloy

Modératrice : Laurence Bezaguet, journaliste à la Tribune de Genève

 

Samedi 23 mars

 

13h30 Projection du documentaire Yemen : La révolution au féminin (2012, 1h30) de Khadidja Al Salami. Ayant dû faire face à d’incroyables difficultés pour se réaliser dans une société archaïque, elle est la première femme cinéaste que le Yémen ait jamais connue.

 

15h15 Projection du film La malédiction de naître fille (2005, 52’) de Manon Loizeau. Film révoltant. En Asie, on tue les filles pour n’avoir que des garçons. Journaliste et reporter française, spécialiste de l’ex-Union soviétique, elle a reçu le Prix Albert-Londres 2006 pour le film présenté dans ce festival.

 

16h30 Projection du film Nassima : une vie confisquée (2007, 26’) de Marianne Denicourt. Témoignage poignant d’une vie de petite fille en Afghanistan. A la fois actrice et réalisatrice française, elle est venue récemment aux documentaires, notamment avec ce film.

 17h15 Projection du film Voleurs d’yeux (1993, 40’) de Marie-Monique Robin. La journaliste d’investigation et écrivaine française dénonce là l’horreur des trafics d’organes entre l’Argentine, le Mexique, la Colombie et les USA et l’Europe. Pour ce film, elle a reçu plusieurs distinctions, dont en 1995 le Prix Albert-Londres. 

 18h15 RENCONTRE EXCEPTIONNELLE avec Jocelyne Saab, grand reporter libanaise et cinéaste de fiction (Dunia, 2005). Elle nous fera voyager de ses premières images de reporter de guerre jusqu’aux conflits actuels.  

 

Dimanche 24 mars 

 17h00 Film surprise sur le rôle des femmes dans la révolution au Bahreïn. 

 18h15 CLÔTURE avec Voix de reportages (2013, 26’) de Laurence Deonna

 

 

Organisateurs du Festival : Laurence Deonna, présidente efa être femme aujourd’hui

                                        Ali Agraniou, président de DiversCités, www.diverscites.ch

Renseignements :    

Laurence Deonna  079 900 72 98                               Maison des Arts du Grütli

laurence.deonna@bluewin.ch                                     Fonction Cinéma

Ali Agraniou 078 771 56 15                                        Rue Général-Dufour  16

ali.agraniou@gmail.com                                             1204 Genève

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17/03/2013

Quand le pape fêtait les massacres

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Il est important de ne jamais oublier l'histoire,  -  celle dont on extrait les matériaux pour construire l'avenir - , à l’heure des carillons vaticanesques, du déferlement de rouge et d’or,  dans ce bruissement  de soutanes et de prières latines, le vieux souvenir de la Saint-Barthélémy fait surface comme une ombre sinistre et inextirpable   sur les réjouissances.

Un massacre de protestants en une nuit, la tragique du 23 au 24 août 1572, qui se déroula d'abord  à Paris puis en province où le sang coula  sans relâche. Un  carnage soutenu par l’église catholique à travers la voix de son  pape,  Grégoire XIII qui soutint  ardemment cette extermination systématique des Réformés.


Et c’est dans une joie infinie  que l’on s’abreuva  du sang des victimes, que les panégyristes dans des feux de joie célèbrèrent l’extermination  des "égarés" . Les messes d’action et de grâce, alors,  se suivent pour remercier le Seigneur de les avoir délivrés du péril menaçant. Les confieries y alloient tambour battant (voir une épine qui fleurissait au cimetière des Innocents , après la Sainte Barthélémy)crians que ce jour-là l'Eglise refleurissoit par la mort de tant d'hérétiques.

Pour marquer l’événement  et en perpétuer le souvenir, une médaille est frappée avec d’un côté l'effigie de Grégoire XIII  et l’ange exterminateur frappant de son glaive les huguenots ; de l’autre, à l’entour l’inscription « Ugonotorum strages, 24 augusti, anno 1572 ».

 La papauté d'aujourd'hui est bien héritière de cette longue tradition d’intolérance, derrière les masques on perçoit les rictus du fanatisme.  A ce que je sache,  les religions n’ont jamais eu la prétention d’être autrement  que dogmatiques.  Au-delà du spectacle vaticanesque que l’on nous offre, nous savons que les religions comme les idéologies  sont souvent  à l’origine des massacres, consubstantiels au dogme.

 

Dieu,  pour l'amour du Ciel, épargne-nous de tes fidèles toutes religions confondues  !

 

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16/03/2013

Avis de recherche - tête décapitée puis disparue

Elle a un port de tête fier et altier de ces statues grecques qui semblent scruter un horizon millénaire et détenir des secrets capables de sauver le monde.  Cette  agalma dont la mission consiste non seulement à rendre le monde meilleur aux Dieux mais surtout aux hommes, par le plaisir que fait naître la beauté , à qui, le week-end passé,  on a sauvagement arraché  la tête, et dans un bris de glace, projetée, elle   a traversé une vitrine de magasin. Elle est restée figée dans un étonnement sans pareil, drapée dans sa dignité de déesse grecque; elle observe ce monde devenu incompréhensible où même la beauté laisse indifférent, où rien ne retient la violence des jeunes qui sans doute à la sortie d'un bar, éméchés ont voulu se payer un "fun".

Sur le bras gauche  du corps décapité, on peut y lire "I love Mama". Est-ce la mère que l'on a voulu punir ? La femme éternelle qui pose ce regard maternel sur le monde ? La femme tout court ? Une déception amoureuse qui ne supporte plus la vision des formes féminines que l'on broie en  un chagrin  revêtu du lourd  manteau de la destruction. La beauté devient sans doute insupportable à celui qui est plongé dans les abysses du désespoir auquel vient se mêler tristement une profonde ignorance et une insensibilité aux belles choses, l'un allant souvent de pair avec l'autre. 

L'art deviendrait-il haïssable dans un monde qui supporte tant de laideurs ? un "Vandalarte" qui pointe un malaise social et met en exergue le gouffre vers lequel nous glissons sans plus pouvoir résister, plus rien à quoi se raccrocher, ni valeur, ni morale, ni conscience;  ces phares lumineux qui nous montrent la lumière dans la nuit la plus noire,  tant les repères sont perdus. 

Si vous voyez la tête de cette femme décapitée, faites-le nous savoir, elle doit être proche de celle prise sur la photo  ! 

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Devant le Conservatoire de Musique - Genève 

 

 

Un grand merci pour ces photos  à Bruno Toffano, la suite des photos  sur son blog Tribune de Genève

http://aphroditepixart.blog.tdg.ch/


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