06.02.2010

Toute une économie suspendue à un fil

kalhotky.jpg"On  connaît  bien le drame de ces paysannes polonaises du village montagnard de Koniakow, célèbre depuis plus de deux cents ans,  pour perpétuer l'art de la dentellerie et qui par le plus pur des hasards s'est  trouvé une nouvelle jeunesse, un second souffle qui devait relancer l'économie de  toute une région qui ne tient  désormais  plus qu'à un fil : celui du string.

Certaines femmes brodent  en douce  la nuit des strings pour ne pas être accusées d'obscénité.  Le village est séparé  dorénavant en deux camps :   celles qui brodent comme leur mère et grand-mère nappes et  napperons traditionnels,  rideaux savamment ouvragés qui prennent des semaines à être fabriqués et les délurées qui  participent à vicier le monde par leur fantaisie outrancière, et qui en quelques heures fabriquent des petites culottes et des bouts de ficelles qui valent de l'or.  Les secondes finissant naturellement par  gagner  mieux leur vie que les premières en travaillant dix fois moins.

Au début, certains maris préféraient fermer les yeux lorsqu'ils  sentaient leur  épouse  glisser subrepticement  hors du lit nuptial , marcher sur la pointe des pieds, toutes lumières éteintes et au plus noir de la nuit  broder à la lumière discrète d'une bougie quelques dizaines de strings.  Le lendemain, elles les livrent en douce, discrètement cachés dans un sac, à  Malgorazata Sanaszek, la femme intelligente qui sut créer sa petite entreprise en révolutionnant entièrement le village. Certaines vieilles dentellières très pieuses allèrent jusqu'à  s'enquérir auprès du  prêtre pour savoir si c'était pécher que de  broder ces strings;  le prêtre très embarrassé à devoir juger de la chose sans jamais l'avoir vue dut s'en faire livrer quelques modèles,  à l'église même.

Une autre femme très en vue dans le village et franchement opposée  à cela, organisa même une conférence en invitant les auditeurs à réfléchir sur comment concilier le fait d'avoir fabriqué de la dentelle pour le pape Jean-Paul II , pour la reine d'Angleterre et pour d'autres églises réputées dans le monde et en même temps fabriquer de la dentelle pour des culs ?

L'auditoire, en guise de réponse,  lâcha quelques phrases  évasives, dans des  borborygmes hésitants en défendant la clause économique et qu'au-delà de la ficelle, tout le village  bénéficiait désormais de la visibilité internationale. Il fallait admettre que ce minuscule bout de fil,  les avait extirpés et  sortis du puit profond dans lequel ils étaient tous plongés depuis trop longtemps tout liés qu'ils étaient au monde religieux  dont le faste d'antan s'amenuisait irrémédiablement, au fil des ans. Cette reconversion inattendue méritait ainsi force réflexion.

Le petit business de Malgorazata Sanaszek qui fit d'elle une femme très riche est  simple;  elle récolte les bouts de ficelle et autres sous-vêtements coquins fabriqués par les dentellières aux doigts de fée,  les photographient, les scannent et envoie  le tout sur son site internet.  Les commandes affluent du monde entier et contribuent à ce que plus d'une famille parvient dorénavant à mettre et des épinards et du beurre dans son assiette."

 

 

 

 

31.01.2010

Les poissons de la colère !

bouches_poissons.pngChow était un minuscule Chinois, maigre et nerveux, il  s'activait, sans relâche  dans sa cuisine,  royaume où il régnait en maître absolu,   dans un restaurant lausannois. Il excellait dans la soupe aux ailes de requin et le canard laqué. Le soir, lorsque tous les clients étaient partis, il demandait souvent à ses enfants encore petits de lui marcher sur le dos pour un massage.  Il s'allongeait les bras écartés et les enfants marchaient prudemment sur le dos de leur père, on entendait alors ses os craquer et lui râler de plaisir.

Sa tout aussi minuscule femme anglaise, assurait le service et  nous répétait tout ce qu'il disait, il est vrai que nous avions un peu de peine à comprendre son anglo-sino-français . Son accent un brin nasillard chatouillait agréablement l'oreille mais confondait l'entendement. Quelques sakés et bières par-dessus rendaient le tout incompréhensible, en toute fin de soirée son épouse,  en désespoir de cause, finissait pour tout simplement lui parler en chinois.

Soit, nous mangions régulièrement chez Chow. Cela faisait presque dix ans qu'il tenait son restaurant. Un jour, une nouvelle fracassante le rendit très maussade et sombre.

Le propriétaire un autre Chinois qui possédait déjà des restaurants à Genève,  souhaitait reprendre le bail, sans payer naturellement le pas-de-porte qui était d'usage autrefois. Chow voyait des années de labeur et de sueur s'effacer, réduites à néant. Il rencontra des avocats, discuta, implora, rien n'y fit. Le propriétaire demeura intraitable.

Il vida les lieux au jour dit comme le courrier le lui imposait. Il nettoya impeccablement  le tout. Le propriétaire très satisfait  entreprit des travaux en vue de la réouverture du restaurant, chinois naturellement. Mais une odeur étrange se mit à régner dans les lieux, d'étrange, elle tourna à fétide,  voire insoutenable.  Ils cherchèrent partout sans trouver la provenance exacte de ces émanations nauséabondes. Les ouvriers refusèrent même de continuer à travailler dans ces conditions.  Le propriétaire chinois se crut  maudit, il imaginait un sort lancé contre lui. Rien n'était assez puissant pour chasser la mauvaise odeur, l'ouverture du restaurant pris des semaines de retard.

Pendant ce temps, de son côté, Chow se mit à déprimer, boire plus que de coutume. Puis, il tomba malade, il se mit à maigrir à vue d'oeil. Moins de quatre mois plus tard, les médecins lui diagnostiquèrent un cancer, réponse  au choc  probablement de ce qui lui était arrivé. Il finira par mourir très peu de temps après, laissant derrière lui deux enfants en bas âge.

Les travaux se déroulaient péniblement dans le restaurant, un ouvrier en observant le mur du restaurant se rendit compte qu'on venait de poser du papier peint sur une bonne partie du mur, ils se mirent à vérifier ce qu'il y avait derrière, quelques pans de mur déplacés et ils découvrirent des rangées de poissons alignés et emmurés  pourrissant depuis des semaines.

Ce fut la dernière signature posthume de Chow !

 

 

 

28.01.2010

De Charybde en Scylla ou de Blondie en Paula !

MaryPoppins1.jpg

 

De Charybde en Scylla, d'un péril à l'autre. D'une part,  le cancer du larynx de Per et d'autre part,  l'expulsion de Paula.   En face une mer de silence. Le couloir aride et froid d'une administration obtuse, des portes qui se ferment, des bouches scellées, des appels qui résonnent dans le vide, un  vide glacial où règnent indifférence et mépris.

Mais aussi et heureusement, il  y a la chaleur du groupe, un soutien amical qui s'organise, la fourmilière qui s'active pour résister aux assauts  du destin. Tous unis, nous finirons par convaincre et fléchir ce dédain sournois.

L'un aidant l'autre : Paula sauvée, Per se sentira forcément mieux.

 

 

 

La grande rêveuse que je suis et qui crois encore aux contes,   imagine l'arrivée de Mary Poppins et ce souvenir magnifique qui remonte à la surface;  Poppins admirant un tableau plonge dans le paysage peint où tout devient réel.  Peut-être que nous réussirons, d'un coup de baguette,  à entrer dans ce monde magique, nous aussi. Un univers où tout serait possible, où les gens s'aimeraient si fort,  un monde où nous serions tous égaux, où nous pourrions tous vivre dignement sans être obligés de vivre dans la clandestinité pour survivre. Paula pourrait enfin  rester dans ce pays enchanteur où elle a tant donné,   la maladie comme par enchantement renoncerait  à s'acharner sur Per.

Et la puissance du rêve  est qu'on finit certainement par y croire. Et tiens, voilà ! Quelque chose a changé, comme c'est étrange, on se sentirait presque heureux....

 

 

27.01.2010

Robin des Bois et le sens du service public

nottingham_haut23[1].jpgUn agent CGT d'ERDF-GRDF mis à pied 21 jours pour avoir revendiqué le rétablissement de l'électricité à des Rmistes

 

AP | 21.01.2010 | 13:43

Un agent de l'unité clients fournisseurs d'ERDF-GRDF Midi-Pyrénées a été mis à pied 21 jours pour avoir revendiqué le rétablissement de l'électricité à un couple de Rmistes et leur petite fille de deux ans, a-t-on appris jeudi auprès de l'agent en question.

Dans le cadre de la procédure disciplinaire engagée contre lui en octobre dernier, Dominique Liot, monteur branchement et militant CGT, était menacé de 28 jours de mise à pied pour avoir revendiqué en avril 2009 une opération façon "Robin des Bois" de rétablissement de l'électricité dans une maison squattée par un couple de Rmistes et leur petite fille.

"Le fait que la direction prononce une mise à pied de 21 jours alors que la sanction qui avait été votée au départ était de 28 jours montre, selon nous, qu'elle n'est pas à l'aise sur la logique de sanctionner mais aussi de couper l'électricité", a déclaré à l'Associated Press M. Liot qui a annoncé son intention de faire appel en interne et d'aller si nécessaire "jusqu'aux prud'hommes".

"On a d'un côté Henri Proglio, le patron de Veolia et d'EDF, qui touche deux salaires, et en face une famille de Rmistes qui ne peut pas payer ses factures et à qui on coupe le jus. Nous sommes dans une société de plus en plus injuste", a-t-il dénoncé.

Cette opération avait été menée lors du conflit qui avait opposé au printemps dernier la direction régionale de ces filiales de distribution d'EDF et GDF-Suez à certains agents opposés au projet d'externalisation de plusieurs services et de suppressions de sites. A l'issue de ce mouvement social mené de mars à mai 2009, qui s'était soldé par le retrait du projet et l'embauche de 66 personnes, la direction régionale avait déclenché plusieurs procédures disciplinaires.

AP

Vous pouvez rejoindre le groupe de soutien sur Facebook pour  Monsieur  Dominique Liot -

soutien à un agent EDF mis à pied pour avoir remis l’électricité

http://www.facebook.com/group.php?v=wall&gid=29396897...

soyez nombreux à envoyer vos commentaires de soutien sur Facebook

01.01.2010

La smala de Gorée - La leçon africaine

P1010577.JPGCe soir, nous sommes tous réunis pour notre dernier dîner ensemble, mon amie Marie Jo et ses enfants. Autour de cette table, autant de musulmans que de chrétiens, chacun respecte les valeurs de l'autre. Toutes les fêtes religieuses sont respectées.  Mes valises sont prêtes. Je songe à la leçon de vie que je viens de recevoir. Il est vrai que certains parmi vous penseront:  quelle leçon l'Afrique peut-elle bien nous donner ? Ces pauvres, ces errants qui ne rêvent que d'Europe.  Nous qui sommes si riches, si contents de nous, si bien portants, quelle leçon peut-on bien encore recevoir ?  Celle de la solidarité certainement. Dans ces pays où le filet social et les  aides étatiques son quasi inexistants. On voit les familles s'entr'aider, ni moyens pour hospitaliser les faibles psychiques, pour soutenir l'orphelin, la veuve, les personnes âgées,  pour soigner les malades.  Il faut compter sur le réseau familial et communautaire.

Les enfants adoptifs et ceux du couple , en fin de journée,  attendent leur mère et l'embrassent, les 14 défilent pour les deux bisous sur la joue de Maman, moi la Tata,  j'en reçois autant. Parmi les enfants, un  propose de  lui masser les épaules,  le soir :"Maman, tu es très tendue, laisse-moi te masser les épaules et la nuque !" - Le Tonton schizophrène est pris en charge par tous les jeunes qui l'aident à se laver, lui qui a une vraie phobie de l'eau  et nettoyer sa chambre, ils le taquinent, s'assurent qu'il s'est bien servi à table.  Les téléphones pleuvent, chacun propose d'offrir son aide à la veuve ! Les autres enfants qui ont passé par cette maison du bonheur, aujourd'hui adultes,  viennent de partout consoler mon amie. Ils lui prennent la main, l'embrassent, la consolent. La solidarité fonctionne à merveille. On n'est plus seul dans le malheur. Qui donne beaucoup, reçoit beaucoup.

Regard croisé, je songe à notre propre fonctionnement, les vieux sont dans des EMS, les personnes psychiquement faibles à l'hôpital psychiatrique, les pauvres à l'assistance publique, beaucoup de richesse pour beaucoup de solitude.  Un luxe qu'on ne peut s'offrir en Afrique. La famille et la communauté portent beaucoup sur leurs épaules. L'argent n'est pas mis à sommeiller sur des comptes et engranger des intérêts, il circule très vite des uns aux autres. Il n'est pas mortifère, l'argent est au service des humains et pas l'inverse :  les humains au service de l'argent.

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Après avoir élevé autant d'enfants avec tant d'amour et tenter de sauver l'entreprise de feu son mari avec ses 30 employés, devenue cheffe d'entreprise malgré elle,  je suis sûre que Marie Jo aura sous peu son portrait au musée de la femme de l'ile de Gorée où elle réside et siège au conseil municipal.

 

 

 

 

 

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Au bout de l'horizon, l'espoir.

Nos remerciement et nos voeux de Nouvel An vont :

A la Tribune de Genève qui nous a permis de partager cette magnifique aventure

A Bell Ingénierie à  Sylvestre qui a réalisé le travail  en un temps record  et Oscar Nzalé qui nous ont  quasiment offert le site de l'entreprise de Marie Jo,  Transtech - http://www.transtech-sn.com

A Vincent,  Marie France de Meuron, André, Joséphine,  pour leur soutien

A tous les autres qui nous ont soutenus d'une manière ou d'une autre, à tous les lecteurs du blog de TDG.

Bonne et heureuse année 2010 !

 

PS : J'y retournerai en avril pour la suite des aventures de la smala de Gorée : Inch'Allah! (si Dieu le veut selon l'expression courante)

 

30.12.2009

Bombes lacrymogènes à la cathédrale de Dakar


Les yeux piquent méchamment, nous avançons un mouchoir mouillé appuyé fortement contre le nez en marchant rapidement dans le dédale de rues. Des coups tirés en l'air, des cris, des coups de gourdin sur des dos courbés. Ca se passe près de la cathédrale du souvenir africain, des volutes de fumée s'élèvent probablement le gaz lacrymogène.

On ne sait pas très bien ce qui se passe. Un soeur, menue comme une souris, avec son habit et sa voilette d'un blanc étincelant,  appartenant à la congrégation de Coeur Sacré de Marie, est révoltée. Les jeunes défilaient tranquillement avec une croix de Jésus, se rendant à la cathédrale pour présenter leurs voeux, comme chaque année, à la veille de Nouvel An. Des perturbateurs soupçonnés d'avoir été envoyés pour créer la confusion, suivis ensuite du GMI, le groupe militaire d'intervention qui fonce dans le tas. Les jeunes se barricadent dans la cathédrale et lancent des pierres contre les militaires qui à leur tour balancent leurs gaz.

La soeur, assise à côté de moi est survoltée: "'J'ai quitté ma famille, mon village pour me consacrer à ma foi et le Président Wade remet en doute les fondements mêmes de ma foi en remettant en question le fait que Jésus est fils de Dieu, Dieu lui-même. Il monte une communauté contre l'autre dans ce pays de cohabitation religieuse et de tolérance". Les voisins surenchérissent, eux sont musulmans. On n'a jamais vu ça, dans les familles mêmes on trouve musulmans et chrétiens, il ne pourra pas nous diviser ! Non seulement il s'est attaqué aux chrétiens mais aussi aux musulmans.

Au retour, dans la chaloupe qui nous mène à Gorée, les gens sont excités, parlent fort. C'est le choc.

Quant à notre soeur, elle serait prête à se mettre elle-même sur la croix pour crier sa colère. A court d'arguments, en s'étouffant presque, elle nous lâche un Alléluia !  Alléluia !  Dieu est avec nous. Je la regarde partir, elle marche à vive allure, à petits pas, minuscule, ébranlée par ce qui vient de se produire et prenant les gens à partie.

Alléluia !!!

 

La smala de Gorée - Une rencontre singulière

Sans titre.JPG7h30 - île de Gorée. Nous nous dirigeons comme chaque matin vers le port, mes chaussures de ville dans un sachet plastique, tandis que je traverse la place sablonneuse en tong. Le maire de Gorée qui chaque matin prend aussi la chaloupe pour Dakar rit en me voyant : "La voilà  devenue une vraie goréenne ! ".  Sur la place un homme est entouré de Goréens, Marie Jo me présente à l'écrivain sud africain Breyten Breytenbach. Il séjourne, 6 mois par an,  sur l'île et s'occupe de l'Institut de Gorée, il y anime des ateliers en faveur de la démocratie et de réflexion sur l'avenir de l'Afrique. A l'annonce de la mort d'Eric, il prend Marie Jo dans ses bras et la serre très fort contre lui.

Nous décidons de nous rencontrer en fin de journée après notre travail à l'usine. Durant la journée, dans les ateliers, je me remémore les écrits de Breytenbach, l'homme de tous les engagements, tandis que les moules énormes tournent de façon hélicoïdale, en observant la fournaise, braises ardentes sous les machines, je songe à l'Afrique du Sud; le racisme, le broyage infernal semblable à ce que je vois dans l'atelier.

Comme nous l'avions prévu, nous nous rencontrons d'abord pour boire un verre. L'engagement de l'homme n'a pas pris une ride, il nous parle du monde, de l'Afrique et de la nécessité absolue d'accéder à son autonomie économique. Ses oeuvres récemment publiées, sa conversation interrompue et imaginaire avec Mahmoud Darwich le poète palestinien : Outre-Voix. L'Europe, le rêve des Africains qui rêvent du Paradis européen, comment retenir ces jeunes : la création d'emploi coûte que coûte. La crise, les migrants. Tout y passe. Le travail est immense, mais on se console, une vie sauvée et c'est l'humanité que l'on sauve. Pour ne pas désespérer........

Invité à dîner à la maison, il se réjouit de rencontrer la smala de Marie Jo, 14 enfants orphelins de père,  aujourd'hui. Il part  chercher une bouteille de Merlot 2005 chez lui, nous l'attendons assises sur un banc sous le baobab centenaire sur la place. Assis entre Marie Jo et moi en bout de table, tous les enfants des ado et adultes sont réunis. Le souper est sacré, tout le monde doit être présent, la maman est intraitable sur ce point:" C'est le seul moment où nous sommes tous ensemble, ce moment est précieux ! ".  Sur la bouteille offerte  de Breytenbach une étiquette sur laquelle on peut lire " Imagine Africa" avec un texte écrit par lui. Il le traduit, on n'entend pas une mouche voler, les jeunes boivent ses paroles :

Over the island - A wind of voices - Vibrant with the deep - Song of human dignity - Murmurs messages - Of peace and responsability - And that mouvement becomes a space - For freedom to : Imagine Africa

Après cela, durant le repas,  il raconte ses années de prison,  l'autorisation obtenue grâce à la pression internationale, celle d'écrire. Ses geôliers ne lui accordent que 5 pages par jour. Il dédramatise, d'autres personnes vivent des moments aussi durs. L'écrivain au regard de marin embrasse le monde de ses yeux qui ne cessent de scruter l'horizon des hommes et interroger le monde.

 

 

 

@ Crédit photo / Djemâa Chraïti

28.12.2009

La smala de Gorée - Le temps des miracles

View 0.jpgA Lourdes on ne fait peut-être plus de miracles, mais à Dakar si. Certaines mémoires se sont réveillées et se sont souvenues d'avoir un jour reçu un coup de pouce. Renvoi d'ascenseur qui tombe à pic. Un groupe d'experts sénégalais s'est ainsi proposé de soutenir Marie Jo dans la reprise de l'usine, assorti d'un soutien financier probablement.  Comme St Thomas, on veut voir pour y croire. Mais notre optimisme sans faille reçoit la bonne nouvelle comme elle vient,  à bras ouverts.

Ce matin, j' ai pris des photos supplémentaires en vue de la création du site internet prévu par Eric décédé depuis et qui avait déjà réservé le nom de domaine.  J'espère pouvoir l'avoir en ligne d'ici deux jours et que vous découvrirez en même temps que nous. Le webmaster Sylvestre se donne à fond pour y parvenir avant mon départ.

La deuxième grande idée du jour est la création d'une association au sein de l'entreprise Transtech et que l'on nommera "Transdev" . Ses buts:  développer les activités en lien avec la récupération matière plastique en collaboration avec des ingénieurs spécialisés en développement durable, offrir des stages à des jeunes au sein de l'entreprise, informer les écoles sur les projets futurs et leur participation active quant à la prévention auprès d'autres  jeunes et développer la recherche et développement.

Vous pouvez voir un fauteuil en matière plastique récupérée, de nombreux meubles ont déjà gagné des prix design dont un autre fauteuil fabriqué en tongs récupérées.

 

25.12.2009

La smala de Gorée - Une mère courage

P1010484.jpgLes salaires des 30 ouvriers a été payé de justesse, ils n'ont reçu cette année que le 50% de leur prime annuelle, on explique que cette année tout le monde doit faire des efforts après la mort de leur patron Eric. Le container de polyèthylène en provenance de Thaïlande vient d'arriver, il faut les 26'000 euros pour le récupérer sans cette matière l'usine ne tourne plus, il sert de liant pour les déchets.

Assise dans le bureau de feu le boss, je consulte ses agendas sur les trois dernières années, je les tiens pareils à des reliques religieuses. Au fur et à mesure des mois, des années s'égrènent les rendez-vous; les anniversaires des enfants à ne pas manquer, le dentiste, les avances faites aux ouvriers, rendez-vous d'affaires.  Et surtout les rendez-vous qu'il avait prévus  avant d'être fauché par la mort. Ce moment plongé dans son agenda m'émeut et m'ébranle  profondément. Mon amie qui a repris l'usine a un entretien, elle me confie son portable pour répondre aux appels et là c'est surréaliste, chaque dix minutes le téléphone sonne, ce sont les enfants qui appellent et qui me donnent un aperçu de la vie de mon amie /

- Tata, dis à maman que Adama  s'est évanoui, il a fait une crise de paludisme, il  est au dispensaire et doit recevoir une perfusion à 5'750 CFA, l'infirmière veut savoir si on paie.

Mais qu'elle la lui administre sans attendre et qu'elle nous appelle si elle veut une confirmation du paiement !

- Tata, c'est Hélène, je fais quoi avec les moules, je les congèle directement ou je les cuis avant ?

Je n' en sais rien, Maman te rappelera

Tous les autres appels sont aussi inattendus : Diam a cassé le cadre du tableau , qu'il le fasse réparer; David est allé chercher une valise perdue à l'aéroport de Madrid et qui arrive deux jours plus tard; en scooter sans casque, il palabre une heure avec le policier et lui donne de l'argent. Les filles ont fini de préparer la table de Noël; je réponds super, on se réjouit de voir ça, on a oublié de mettre la bûche de Noël dans le frigo, elle a fondu.................et ainsi va la vie, j'ai déjà oublié l'agenda si émouvant. Cette joyeuse smala de 14 jeunes vibrants de vie vous happent  très vite dans la réalité immédiate.

P1010494.jpgOn se renconcentre sur le  travail de l'usine, je visite le centre de broyage des déchets situé ailleurs.  Les ouvriers parlent des projets du patron, ils sont admiratifs. Chauffe-eau solaire, Spa  tabourets, tables et chaises de restaurant, bancs, fosses septiques réalisés en matière récupérée.

De retour au bureau, avec le frère d'une connaissance de Genève on prévoit la création d'un  site internet, il  nous fait une faveur avec un prix au plus bas, Eric l'avait prévu et avait déjà réservé le nom de domaine, on finalise.  On prévoit une action de communication en faisant appel à une association qui s'occupe des enfants de la rue, distribuer en rollers des flyers dans les restaurants pour proposer des tables et des chaises. Offrir une semaine de travail à des jeunes pour notre promotion, c'est faire d'une pierre deux coups.

Rivée  au carnet de commande, je réalise que ce sont les enjeux de toute PME.  LE CARNET DE COMMANDE ! Prévoir un container de polyèthylène d'avance pour ne pas se retrouver en rupture de matière. Un "Bankster" appelle Marie Jo pour une créance en souffrancce, elle lui demande  de patienter.  Les banquiers et l'humanitaire ne font pas bon ménage. Il consent du bout des lèvres et accorde un délai à la veuve qui se bat comme un diable. Mais elle est soutenue par des amis, certains ont cassé la tirelire pour aider. On attend le miracle de Noël, un beau montant sous le sapin de Noël !

22.12.2009

La Smala de Gorée - Une mère courage

P1010480.jpg7 h du matin. Mon premier jour à l'usine pour accompagner mon amie Marie Jo propulsée directeur général depuis 15 jours après le décès de son mari Eric. Je l'encourage, un coup de crayon noir aux yeux, nous ne sommes pas encore devenues des ouvriers, un peu de coquetterie ça ne fera de mal à personne. La chaloupe est à 8h, nous voyagons avec Monsieur le Maire de Gorée qui se rend aussi à Dakar. Le port est bondé, c'est la journée des tirailleurs sénégalais. Nous parlons avec le maire du programme de sensibilisation du tri auprès de la population de l'île, passer par les jeunes est une bonne idée.  Pour se donner du courage, je rappelle le proverbe africain à mon amie  : "Méfie-toi de ce qui se rapproche de la terre, c'est dangereux". Alors deux femmes petites !

 

 

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 Les ouvriers sont orphelins de leur patron Eric qui était comme un père pour eux. Cela fait un mois que l'usine tourne au ralenti. Installée au bureau de la direction générale, le délégué syndical en entrant relève qu'avec mon béret je ressemble à une révolutionnaire, je ne commente pas. C'est un vrai chantier, tout va à veau-l'eau, c'est la débandade. Nous avons noté une ou deux malversations, on rectifie le tir. Chaque minute un ouvrier ou un contremaître entre dans le bureau, certains en fumant. ça sent la sacré reprise en main. Mais dans le fond, ils ont surtout peur, l'angoisse de perdre leur travail, de ne plus pouvoir nourrir leurs enfants, souvent ils sont les seuls soutiens de famille.

Je fais le tour de l'entreprise et me mets à parler avec la plupart d'entre eux pour comprendre les activités de chacun. Ils sont fiers de ce qu'ils produisent et surtout de parler de leur patron si à l'avant-garde, si visionnaire. Un management patriarcal, comment gérer après ça ?

 

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Comptables, commerciaux, les camions qui sortent et rentrent le matériel recyclé; véritable fourmillière. J'appelle un webmaster avec la politique de P1R, pas un rond, mais des besoins urgents. L'heure de déjeûner est arrivée, on demande du poulet. On n'a pas dû s'exprimer clairement, on nous livre une poule vivante dans un carton. Je rêve les yeux ouverts.

Pas le temps de déplumer, on regarde les bilans et surtout ne pas être plumées !

21.12.2009

La smala de Gorée ~ une mère courage

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Vols retardés, départs reportés, en fin de compte, la dernière chaloupe qui doit m'amener sur lîle de Gorée me passe sous le nez. Il est minuit, Marie Jo m'envoie un autre bateau. Dans une nuit noire, sur une eau sombre, je devine l'île au loin ombre hésitante dans un écrin de velours. Mon amie m'attend au débarcadère, nous nous serrons dans les bras sans un mot,  La maison de style portugais de couleur ocre est calme. Qui croirait qu'une vingtaine de personnes vit là. Le deuil est encore planant dans l'air, la présence de l'absent est tout entière. Tout dans cette demeure parle de cet homme aimé de tous, un enfant du pays qui s'était intégré tout en restant attaché à ses valeurs et ses traditions, Beaujolais et fromage inclus.

Les jeunes, ses enfants adoptés ou pas en parlent avec beaucoup d'émotion. L'un d'eux me confie qu'il était son meilleur ami aussi.

 

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Eric décédé à Paris a été raptrié à Dakar et enterré au cimetière des goréens, assurément un enfant du pays. A Paris, sa chambre d'hôpital s'était transformée en village africain. Enfants, amis, ils étaient tous là. Ecologiste, entrepreneur dans la récupération de matériau, lMarie Jo lui a offert son dernier clin d'oeil en lui créant une tombe à la mesure de ses rêves.

 

 

 

 

P1010432.jpg Avant de se rendre à l'usine, nous assistons à la séance municipale où Marie Jo siège en qualité de conseillère municipale pour les Verts. L'ordre du jour l'assainissement et l'érosion des routes. Dans une vieille bâtisse aux larges salles lumineuses, des ventilateurs au plafond. La cour est baignée de lumière, des oiseaux piaillent tandis que le flux et reflux des vagues bercent et rend le discours de plus en plus lointain et diffus. Ce qui est rassurant est de constater que partout dans le monde la vie communautaire se traite en  palabres et avec quelle brio, chacun respecte l'art de la palabre, particularité de l'île avec ses 1800 habitants où il est préférable de s'entendre. 50% de femmes siègent, femmes de tous âges et comme ailleurs dans le monde  ce sont les hommes qui tiennent le crachoir Son cheval de bataille l'environnement, la collecte des détritus et comment la traiter sur le continent, Dakar.

19.12.2009

Les animaux au coeur des conflits

images-4.jpgAu début de la guerre de Sarajevo, en avril 1992, nombre de correspondants de la presse internationale racontèrent l'histoire des animaux agonisants du zoo de Sarajevo qui mouraient de blessures par des éclats d'obus ou de la famine.

Le parc même fut placé dans un "no man's land" sur la ligne de front et ses employés essayaient en vain de s'en approcher pour les nourrir.

Une évacuation d'animaux vers d'autres pays avait même été envisagée, mais ils furent abandonnés à leur sort tant le risque d’être tué était grand.

Les habitants du quartier disent se souvenir encore des hurlements de leur lion mourant. Ils étaient si fiers du lion et de la girafe reçus quelques années avant le conflit. Tous les enfants et leurs parents avaient rendu au moins une fois visite à ces hôtes d’un genre particulier. Lorsque le gardien qui tentait de nourrir, au péril de sa vie,  les pauvres bêtes entre deux tirs de snipers, finit par être touché et mourir, les bêtes furent tristement livrées à elles-mêmes. Durant des semaines, on entendait des cris affreux, le directeur du zoo se souvient : "C'était horrible. J'entendais le cri de ces bêtes innocentes sans pouvoir les aider".  Quand après des jours d’agonie le lion expira, ce fut une défaite pour tous les habitants de Sarajevo. Le roi de tous les animaux considéré comme le plus fort en succombant les ramenait à leur propre faiblesse. Le seul qui survécut à ce désastre fut le boa dont la digestion lente lui assura sa survie.

Ane-Zebre.jpgToujours dans le registre des animaux, souvenons-nous de ce tour de passe-passe à Gaza quand les ânes, à la plus grande satisfaction des enfants, furent transformés en zèbres. Zèbres de fabrication locale à défaut de pouvoir en acheter et les acheminer par le tunnel. Les enfants ne s’en laissaient pas conter mais trouvaient que ces ânes étaient quand même beaux.

Ces animaux doivent vraiment penser que ces humains sont fous !

18.12.2009

La smala de Gorée - Une mère courage !


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Elle m’avait invitée pour les vacances de Noël . Le billet en poche pour Dakar, je m’imagine prendre la chaloupe qui m’amènera sur l’ìle de Gorée, l’île aux esclaves. Des vacances idéales les pieds en éventail, à boire du lait de coco, entre baobabs et bougainvillées, en regardant la mer au loin. Soit, la paresse au rendez-vous, douce détente.

Entretemps, je recois un email dévastateur qui ébranle jusqu’aux tréfonds de l’âme. Mon amie m’annonce la mort de son mari, un français installé au Sénégal depuis de nombreuses années, entrepreneur d’une entreprise de recyclage de matière plastique avec ses 30 ouvriers. La voilà propulsée à la tête de l’entreprise et seule avec 14 enfants, la plupart sont adoptés. Ce petit bout de femme qui va devoir se démener, avec toute sa souffrance pour seul bagage.

Les vacances se passeront à ses côtés à tenter de sauver l’usine, à soutenir les enfants. Le plus urgent, trouver les fonds 15’000 euros pour acheter la matière première, bloquée au port de Dakar pour relancer l’usine. A part écrire, que puis-je faire ? Je me console en me souvenant que Rimbaud a bien été chef de chantier à Chypre et en Egypte. Passer de la plume au chantier. Je lui annonce que je compte du coup faire un reportage sur place, les ouvriers sont ravis. Suivre, jour après jour, le sauvetage de l’entreprise en plein deuil.

Mon arrivée à Dakar est prévue le 20 décembre.

Affaire à suivre………

 

Novembre - MES CONDOLEANCES A MA BELLE SMALA DE GOREE QUI VIENT DE PERDRE UN PERE ET UN MARI.

 

Mai 2009

Il y a de ces amitiés solaires qui ne prennent pas une ride en trente ans. Seules les années nous ont légèrement égratignées, marquant leur passage de  traits profonds, autant de  belles signatures. Le temps du pensionnat à Vevey où nous déambulions en jupe bleu marine et socquettes blanches est si loin, un vieux souvenir poussiéreux, a-t-il même existé ?

Deux bonnes amies qui se retrouvent et en quelques heures nous passons en revue, la famille de l’une et de l’autre : des parents déjà morts, des suicidés, des toxicodépendants, des naissances, des amours joyeuses, d’autres beaucoup moins, des voyages, des études, des mariages, des divorces, et puis une ribambelle d’enfants.

Mon amie, un minuscule bout de femme,  qui a gardé son regard plein de malice me raconte sa vie sur l’île de Gorée où elle réside, située à moins de quatre kilomètres de Dakar, au centre de la rade que forme la côte sud de la presqu'île du Cap-Vert. Sa vie joyeuse avec  14 enfants âgés de 14 ans à 26 ans, 5 filles, le reste sont des garçons. C’est le destin qui l’a voulu ainsi;  trois enfants sont les siens dont deux avec Eric un Français du Beaujolais qui travaille à Dakar dans le recyclage de plastique et qui fabrique entre autres des meubles très design. Puis la soeur qui décède et laisse sept enfants, on fait donc un peu de place, à eux tous viennent s’ajouter encore quatre autres enfants qui ont décidé et demandé à partager la vie de cette joyeuse bande.

Mais comme si cela ne posait aucun problème, mon amie Marie-Jo arrive encore à prendre le bateau tous les matins et se rendre à sa Galerie d’art L'Artisanerie, proche du débarcadère à Dakar. Un lieu d’insertion pour le travail des prisonniers et des enfants de la rue, c’est une coopérative artisanale. Quelqu’uns de ses enfants "adoptifs"  travaillent avec elle et gagnent ainsi un peu d’argent, le reste va dans une cagnotte qui permettra d’acheter ce qui manque aux autres. Et quand vraiment y a plus assez et que les caisses sont vides, on se retourne vers “Tonton Eric”.

Elle se met au fourneau tous les  soirs et prépare des mets cap-verdien, français ou sénégalais. Comme certains enfants sont musulmans et d’autres chrétiens, c’est avec porc ou sans porc, on honore toutes les fêtes religieuses, le Carême, le Ramadan, Noël, certains vont à l’église, d’autres à la mosquée. Chaque enfant respecte la religion de l’autre et même de ceux qui ne pratiquent pas. Avec les parents on parle français pour qu’Eric ne se sente pas exclu, les enfants entre eux parlent wolof.

Ils l’appellent tous Maman et Eric “Tonton” et parfois lorsqu’ils sont tous partis soit au travail, soit à l’école, soit en formation, on entend dans la grande maison vide, dite d’une voie éraillée un “Maman ! Maman ! strident, c’est le perroquet surnommé “Tocard” qui ne veut pas être en reste.
On compte parmi cette joyeuse troupe, des footballeurs professionnels, un tailleur, un moniteur d’équitation, un mécanicien de précision. Eux tous mettent volontiers la main à la pâte pour du bricolage à la maison sous l’oeil attentif d’Eric. Tous les enfants traitent avec le plus grand respect l'Oncle Charles,  50 ans, qui a perdu la boule et qui n'est qu'un enfant de plus, le personnage central de la maisonnée. Ils apprennent la tolérance et à intégrer la différence.

Si c’est compliqué ? Ils s’autorégulent, s’organisent entre eux, règlent leurs problèmes souvent à l’amiable, les grands grondent les petits lorsqu'ils font des bêtises ou parlent mal aux "parents.  Le  week-end, d’autres enfants viennent élargir le groupe.
Quant aux courses, elles se font par 50 kg au minimum, achetées à Dakar mises dans la chaloupe, puis transportées à la maison à pied. Il n’y a pas de voitures sur l’île. Chacun repart avec une liste de commissions et ce sont des centaines de kilos par an de nourriture.
Tandis qu’elle me raconte cette vie joyeuse et intense, son portable ne cesse de sonner. Oui ! installe la table au centre de la cour, répond-elle à l’artiste peintre au bout du fil. Actuellement, elle organise à distance une exposition de peinture par des artistes qui participent au Festival annuel artistique sur l’île de Gorée.


Leurs enfants écoutent avec passion les années suisses de “Maman” ou la France d’Eric, ils s’imaginent ces paysages, cette tranquillité, ce calme, cet ordre, la neige, le froid. Marie-Jo a vécu douze ans en Suisse, et achevé ses études avec une licence en droit à l'Université de Fribourg.

A force de gérer autant d'enfants, elle me raconte l'anecdote avec Sarkozy qui s'était  rendu sur l'île de Gorée, elle était entrain de lui parler en sa qualité de conseillère municipale, présidente de la commission environnement, avant même qu'elle ait fini son discours, il se retourne et part. Elle l'interpelle :"Eh ! Vous là-bas, je n'ai pas terminé" . Il revient sur ses pas et l'écoute jusqu'au bout, elle expliquait les avantages de faciliter l'obtention des visas pour les conjoints de ressortissants français, afin d'éviter les demandes de naturalisation. Elle me dit en s'excusant qu'est-ce que tu veux avec tous ces enfants, on finit par traiter tout le monde du pareil au même.

Ce que ça apporte tout ça ? - La générosité, l'ouverture sur des mondes nouveaux, maintenant on s'intéresse au foot, aux chevaux, au design. On n'arrête plus d'être passionnés.  C'est vrai, il y a parfois des problèmes à régler, des remises à l'ordre mais en rapport à ce que l'on peut vivre, ça vaut tous les efforts du monde. On n'a pas le temps de se regarder le nombril et de se sentir mal, on est juste pris dans ce mouvement dynamique d'un groupe qui évolue si vite, tous ensemble.

Elle termine sur un grand éclat de rire et me lance un énergique, tu sais quoi  ? "Je me réjouis trop de devenir grand-mère!"

Pour convaincre, elle a son argument choc, “le contraire de noble, c’est ignoble” alors soyons nobles et grands, si on peut et même si les moyens manquent parfois, et d'autant plus lorsqu'on peut  partager généreusement ce que l’on a la chance de posséder.

 

16.12.2009

Voile contre string – un corps féminin aliéné ?

images-2.jpgDerrière le voile, la volonté de cacher le corps à la concupiscence masculine, ou le découvrir et l’affubler d’un string pour l’offrir à cette même concupiscence ? Entre les deux, où se trouve réellement la liberté de la femme. Femme muselée, femme objet ?

En Europe, on demande à la femme d’enlever son voile, sur les plages des pays arabes et d'ailleurs on les prie de cacher ce string qu’on ne saurait voir, parfois les seins, ou on  les invite à  ne plus se balader en short à raz le bonbon dans les villages .

Le corps de la femme, lieu de tous les débats, de toutes les passions, bonnes comme mauvaises

images-1.jpgLe débat est ouvert !

06.12.2009

La folie dernier rempart contre l’intégrisme : ultime forme de résistance

                            images.jpgSi un thème est bien récurrent dans le monde arabe, c’est celui de la folie. Pour Khalil Gibran, c’est Youhanna le fou “qui ose dire la vérité”, dans son dialogue avec Dieu on retrouve un refus de la relation traditionnelle, il propose une nouvelle relation à Dieu. Celui qui ose mettre à bas les valeurs et les traditions obsolètes. La folie, affrontement contre les idées reçues est largement accepté dans la bouche de celui qui a perdu la raison. Tahar Ben Jelloun avec “Moha le Fou, Moha le Sage” autorise son mendiant à interpeller sur la place publique les passants, tout en brûlant les billets de banque, il met en doute toutes les fausses croyances: l'argent, l'occidentalisation, la religion, le pouvoir, le torture et on le laisse dire,  cet homme pauvre  qui s’est détaché de toutes ses chaînes, celui qui a enfin retrouvé sa liberté de parole et de pensée. Sa folie l’a rendu libre,  sa folie l'a rendu sage.

Schizophrénie sociétale ? On laisse parler les fous et on les écoute attentivement. Ils deviennent critiques de la société dans laquelle ils évoluent. La folie est-elle le langage des anges qui ont renoncé à la religion des humains ? Le seul espace possible d’expression critique. Vent impétueux qui souffle sur tout ce qui est figé, dérange, interpelle. Les auteurs arabes n’hésitent pas à planter dans leur décor, un personnage central qui interroge le monde et plus aucune force, ni étatique, ni religieuse ne réussit à entraver ce flot d’expression libre parce que ces personnages “dé-socialisés” sont ceux qui ont soif de changement et de vérité. Ils ne sont plus soumis à aucune censure, ignorant toutes les frontières, ils avancent seuls dans leur désert avec leurs mots et leurs maux  qui se réapproprient la parole censurée. Mis au ban de la société, ils l’observent avec d’autant plus d’acuité et réintègrent par là leur propre humanité.

Dans Jounoun (folie) pièce tunisienne de Fadhel Jaïbi écrite par Jalila Baccar, le schizophrène,  Noun, nous suggère  comme dans une confidence, dans un long murmure que sa part féminine,  sa sensibilité, sa dimension fragile , voire quasi féminine ne peut s’exprimer que dans la folie dans ces sociétés à forte domination masculine où il faut être fort et invincible.

Alors on soupire , “meskine” qui signifie “le pauvre” mais on l'écoute avec passion. Eloge de la folie.

Qui oserait lancer une fatwa contre un fou?

05.12.2009

La tricheuse

cancre.jpgL’école l’a annoncé haut et fort à tous les élèves,  sans aucune retenue .  La mère de Jacek est une tricheuse. C’est elle, la main criminelle,  qui a modifié les notes du carnet scolaire du cancre en rajoutant juste un 1 devant toutes les notes à une unité. Ce qui fit de lui un élève brillant : 16 en math, 17 en francais, 13 en comportement. La directrice était ravie de recevoir le jeune Jacek qui “avait d’excellentes notes” de son collège parisien.

Il a suffi d’un trimestre pour que les enseignants aient la puce à l’oreille. Jacek ne s’intéressait pas aux cours, rêvassait ou dormait volontiers et revenait à ses bonnes habitudes d’antan, moins de 10 partout et régulièrement. Un simple coup de fil à l’ancien directeur et la supercherie fut dévoilée.

Madame Baranowski, la mère du cancre, en pleurait de désespoir dans le bureau d’une directrice outrée, le rouge au front, elle tentait vainement d’expliquer cette folie à celle qui la regardait choquée par cet entêtement tout maternel.

La maman avait tout fait pour sortir Jacek de l’impasse. Seule,  à Paris,  avec ce grand gaillard indolent, elle s’était juré qu’il fallait lui donner une nouvelle chance dans leur nouvelle vie. A la vue du bulletin aux notes traficotées, même le fils s’étonna : Maman , t’exagères pas un peu ! Pour seule réponse, le visage maternel fermé comme une porte de grange, il comprit que cette grave décision ne se discutait plus, l’oublier au plus vite était ce qu’il y avait de mieux à faire. Elle-même finit par y croire à ce beau carnet, elle allait jusqu’à regarder son fils un brin admirative. Sans le soutien d’un père, coupable de ne pouvoir l’aider à faire ses devoirs, à rouler les “r” sans fin, elle se convainquit qu’un petit coup de pouce n’a jamais fait de mal à personne.

Maintenant, ils sont  tous les deux virés. Elle a repris sous l’aile maternelle , le grand joufflu débonnaire, et continue à s’interroger sur ce qu’elle pourrait encore bien faire avec de telles notes……………………….

L’amour d’une mère est décidément aveugle.

La tricheuse

cancre.jpgL’école l’a annoncé haut et fort à tous les élèves,  sans aucune retenue .  La mère de Jacek est une tricheuse. C’est elle, la main criminelle,  qui a modifié les notes du carnet scolaire du cancre en rajoutant juste un 1 devant toutes les notes à une unité. Ce qui fit de lui un élève brillant : 16 en math, 17 en francais, 13 en comportement. La directrice était ravie de recevoir le jeune Jacek qui “avait d’excellentes notes” de son collège parisien.

Il a suffi d’un trimestre pour que les enseignants aient la puce à l’oreille. Jacek ne s’intéressait pas aux cours, rêvassait ou dormait volontiers et revenait à ses bonnes habitudes d’antan, moins de 10 partout et régulièrement. Un simple coup de fil à l’ancien directeur et la supercherie fut dévoilée.

Madame Baranowski, la mère du cancre, en pleurait de désespoir dans le bureau d’une directrice outrée, le rouge au front, elle tentait vainement d’expliquer cette folie à celle qui la regardait choquée par cet entêtement tout maternel.

La maman avait tout fait pour sortir Jacek de l’impasse. Seule,  à Paris,  avec ce grand gaillard indolent, elle s’était juré qu’il fallait lui donner une nouvelle chance dans leur nouvelle vie. A la vue du bulletin aux notes traficotées, même le fils s’étonna : Maman , t’exagères pas un peu ! Pour seule réponse, le visage maternel fermé comme une porte de grange, il comprit que cette grave décision ne se discutait plus, l’oublier au plus vite était ce qu’il y avait de mieux à faire. Elle-même finit par y croire à ce beau carnet, elle allait jusqu’à regarder son fils un brin admirative. Sans le soutien d’un père, coupable de ne pouvoir l’aider à faire ses devoirs, à rouler les “r” sans fin, elle se convainquit qu’un petit coup de pouce n’a jamais fait de mal à personne.

Maintenant, ils sont  tous les deux virés. Elle a repris sous l’aile maternelle , le grand joufflu débonnaire, et continue à s’interroger sur ce qu’elle pourrait encore bien faire avec de telles notes……………………….

L’amour d’une mère est décidément aveugle.

30.11.2009

PUB SUR FOND DE MINARET

imgad.jpgPour ne pas manquer l'occasion de garder notre sens de l'humour, tandis que tout le monde s'étripe sur les blogs et ailleurs du reste ,  la TDG affiche cette pub sur ses pages virtuelles  à côté des blogs enflammés sur les minarets.  Comme quoi tout est bon pour faire de la pub.

26.11.2009

Les minarets qui minent

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Genève troublée par ses minarets qui minent le moral et qui me rappellent les  minarets et  murs criblés d’impacts de balle à Sarajevo, cette ville qui présente encore au regard des passants des façades vérolées, des immeubles entiers détruits, bouches béantes au milieu de la ville. Un musée national à peine épargné, l’aile gauche quasiment vide où une longue barque est exposée sous verre, seule, dans une immense salle, comme si elle partait à la dérive. La partie consacrée à l’histoire naturelle présente une collection extraordinaire de papillons et minéraux. Tout rappelle encore la guerre pourtant finie il y a treize ans.

Sarajevo  est un chantier ouvert, on y voit de nouvelles constructions un peu partout et qui poussent comme des champignons, mais surtout la construction ou la réhabilitation de plus de 150 mosquées après le conflit dans tout le pays dont de nombreuses à Sarajevo. Bâties à la-va-vite, supplantant les espaces consacrés aux écoles ou à d’autres espaces de vie plus utiles après la guerre. L’objectif “purifier” un islam considéré comme déviant et transformant la ville en "chaudron de l'islam radical."  A la tête de celles-ci des imams wahhabites fanatiques, des fonds qui financent les conversions et permettent d’aider des bosniaques des campagnes convertis à un islam radical de s’installer, aujourd’hui, au coeur de la ville.

Durant la guerre, la distribution du pain était conditionnée au port du voile, au préalable, de toutes les femmes d’une famille, certaines jeunes filles étaient payées l'équivalent de 100 euros pour se voiler, politique de la carotte et du bâton sur fond de guerre, prosélytisme intransigeant pour soumettre ces Bosniaques dont l’ islam modéré aux signes extérieurs discrets, fait frémir la barbe des intégristes. Les minarets ne sont en réalité que la pointe de l’iceberg.

Dès 1992, la Bosnie totalement abandonnée des Européens confient ce pays déchirés aux détracteurs de la “guerre sainte”, Moudjahidin qui défendent  la religion pour le compte  des Bosniaques. 300 organisations tenues par des wahhabites s’installent en Bosnie qui se transforment peu à peu en avant-garde wahhabite en Europe avec ses "soldats de dieu" venus d’Afghanistan, du Soudan, d’Egypte, d’Algérie, d’Arabie Saoudite, d’Iran et du Pakistan, quatre à six milles. Nombreux d'entre eux resteront après la guerre en Bosnie en épousant  des femmes bosniaques.

A l’issue de la guerre, on découvre un intégrisme planant tel un vautour au-dessus du charnier qui vient se nourrir des restes de la guerre pour venir imposer sa loi à travers ses medressas et prêches religieux. Avec un 60% de chômage, les autres mal payés ou payés irrégulièrement, la tentation intégriste est grande et elle apporte ses avantages matériels conséquents, des arrangements, des pistons pour des
emplois. Durant la guerre, on rétribuait les familles qui acceptaient de voiler leurs femmes de 50 DM  à 100 DM  (entre 25 euros et 50 euros)


Mais qu’attendent, en réalité, les Bosniaques, plus de religion ? Non, ils veulent plus d’usines, plus d’emploi, une vraie relance de l’économie et moins de mosquées, s’il vous plaît. Les corans distribués à la pêle n’ont jamais nourri personne.

Le pire serait- il encore à venir et se profilerait nettement à l’horizon ? Une région tout entière qui pourrait, peu à peu, se trouver infiltrée par des
fondamentalistes venus de l’Arabie Saoudite et de l’Indonésie et avec pour nouvelle arme, cette fois-ci, non pas des snipers, mais des livres religieux et l’application de la charia pour tous.  Les barbus ou les "barbouzes" selon, s’ installent déjà par groupes dans et aux abords des mosquées à imposer leur wahabisme étriqué, aussi insidieux que les snipers serbes ! La seule solution pour éviter toute nouvelle violence, serait s’engager dans un véritable processus de laïcisation intégrant les différentes sensibilités plutôt que laisser s'installer et se répandre comme tâche d'huile, un fanatisme aux conséquences désastreuses et imprévisibles.

Genève  aura-t-elle  aussi envie de voir  des  minarets en territoire multiconfessionnelle comme l'était avant la guerre  Sarajevo ?

Moins de religion, plus d’humanité ! Mon Dieu,  épargne-nous de tes fidèles, pour l'amour du ciel.

24.11.2009

L’infarctus du poisson rouge


555166955.JPGCes nageoires rouges-oranges si fines, translucides, dentelées sur les extrémités pendent misérablement.  Il  touche presque le fond de l’aquarium, légèrement  arc-bouté. Un spectacle affligeant qui vous coupe le souffle,  une fraction de seconde. La vie s’en est allée, sans bruit, bue par l’eau, aspirée tout entière. Pauvre bête ! Le héros de mon roman s’est fait la belle avant la fin, il a clos un chapitre à sa manière, il a marqué le point final, tiré le rideau sur sa courte vie de poisson rouge. Une amie à qui je racontai ce triste évènement, très attentionnée  me transmettra ses condoléances sur un ton grave, d'une voix profonde.

D’abord bouleversée, je constate que dans mon roman, les poissons rouges flottent le ventre  à l’air à la surface de l’eau et ce que je vois-là sous mes yeux m’offre un spectacle très différent affreusement pathétique. Le passage de la littérature à la réalité est nette, tranchant comme une lame de rasoir.

Le deuxième cyprinidé se retrouve seul, il tourne en rond, solitaire. En l’espace de quelques heures, je passe de croque-mort de poisson rouge à agente matrimoniale. Au magasin d’aquariophilie, je décris le drame. Le vendeur, peu loquace conclut à un infarctus. Il m’en propose un autre rouge, minuscule. De toute urgence ne surtout pas laisser l’autre seul, il risquerait aussi de passer l'arme à gauche.  Il n’y a peut être pas que les humains qui meurent de solitude.

En suivant les instructions du vendeur, j’acclimate peu à peu la nouvelle ou le nouveau venu, comment distinguer le genre,   j’observe la rencontre qui se déroule dans une indifférence parfaite. Puis, la vie semble reprendre son cours, tranquille, lente, silencieuse.  Ils nagent  côte-à-côte, s’ignorent superbement.

Mariage de raison, c’est sûr !

Les pages de Marguerite Duras sur la mort d’une mouche et qui m’avaient beaucoup impressionnée me reviennent peu à peu et je pense que ces lignes sont aussi bien adaptées  à la mort d'un  poisson rouge.

"La mort d'une mouche, c'est la mort. C'est la mort en marche vers une certaine fin du monde, qui étend le champ du sommeil dernier. On voit mourir un chien, on voit mourir un cheval, et on dit quelque chose, par exemple pauvre bête....Mais qu'une mouche meure, on ne dit rien, on ne consigne pas, rien.

Le bruit des élytres a cessé. La mouche était morte. Cette reine. Noire et bleue.

Celle-là, celle que j'avais vue, moi, elle était morte. Lentement. Elle s'était débattue jusqu'au dernier soubresaut. Et puis elle avait cédé. Ça a peut-être duré entre cinq et huit minutes. Ça avait été long. C'était un moment d'absolue frayeur. Et ça a été le départ de la mort vers d'autres cieux, d'autres planètes, d'autres lieux.

Je voulais me sauver et je me disais en même temps qu'il me fallait regarder vers ce bruit par terre, pour quand même avoir entendu, une fois, ce bruit de flambée de bois vert de la mort d'une mouche ordinaire.

Oui. C'est ça, cette mort de la mouche, c'est devenu ce déplacement de la littérature. On écrit sans le savoir. On écrit à regarder une mouche mourir. On a le droit de le faire."


Marguerite Duras (Écrire 52-53)