10/12/2017

Le mendiant

XVM53ac2e86-2034-11e6-89ff-2687e38b48df.jpegDans le hall du métro, à la Défense, à Paris, je fais la queue pour acheter mon ticket de métro, je n’ai que quelques pièces de monnaie dans la main. Près du distributeur, un mendiant assis tend son gobelet en carton avec un léger tremblement qui fait tintinnabuler ses piécettes.

La moustache bien taillée, le regard vif, un corps transi de froid, il doit avoir la soixantaine ; il imite à merveille le quasi tétraplégique, au visage un brin paralysé atteint d’un léger Parkinson.

Je lui signifie avec quelques gestes que je lui  donnerai quelque chose après avoir payé mon ticket, ne sachant plus exactement combien il coûte. La file est interminable, j’ai peur de manquer mon train,  à la Gare de Lyon. Enfin, mon ticket en poche, je donne quarante centimes d’euro au mendiant.

Je fonce vers les portiques automatiques, j’introduis mon ticket dans la borne et avec cette gaucherie qui me caractérise, je laisse légèrement glisser mon ticket dans une fente qui n’a rien à voir avec celle qui aurait dû me permettre  d’ouvrir le portillon automatique  , et, voilà qu'il glisse irrésistiblement, s'engouffre, je le tiens juste par le coin avec mon gant et comme s'il avait décidé de partir en goguette, il disparaît  :

- Je perds mon billet ! A mon grand désarroi.

Le mendiant voit toute la scène, il est désolé pour moi, une réelle empathie se lit sur son visage;  il regarde au fond de son gobelet le montant qu’il a récolté et hésite. Tout à coup, comme une illumination sur son visage, le « tétraplégique se lève d’un bond » , me fait des grands signes pour le suivre, nous traversons le hall au pas de course, il appuie sur le bouton de l’interphone et j’explique à une dame au bout de l'appareil ce qui s’est passé. Elle reste surprise et me dit que c’est la première fois qu’une telle chose se produit, je lui explique que les gauchers ont l’art de réinventer le monde. Le mendiant confirme qu’il a été témoin de la scène et de rajouter à la dame "Moi, tout vu, billet partir,pfff... pfff....envolé !"-  Le portique s’ouvre enfin ! Je remercie mon sauveur du moment car si j’avais dû refaire la queue, assurément, je ratais mon train pour de bon et le dernier du jour,  me forçant à devoir rester la nuit, à Paris.

Il s’en va se rasseoir en mode tremblotements et paralysie et me décoche un clin d’œil, avec il faut le dire une certaine fierté d’avoir pu, lui, aider quelqu’un.

 

 

 PS :  pour tous ceux qui détestent les mendiants, je ne ne juge pas la pauvreté.

 

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02/12/2017

Eliahu Itzkovitz - Une histoire à deux mains

Souvenez-vous de l’histoire que j’avais écrite sur ce blog,  il y a quatre ans déjà. Le récit de  vengeance d’un enfant juif roumain rescapé d'une tuerie, Eliahu Itzkovitz. Je m’étais souvent posé la question:  quelle vie peut-on mener lorsqu’à 12 ans , on  décide de pourchasser l’assassin, un Nazi roumain  qui a éliminé toute votre famille et après avoir fait la promesse à sa mère qui brûle vive sous les yeux du fils,  de la venger, elle et tous les autres ? Et que finalement, l'enfant devenu jeune homme,  achève ce bourreau après avoir déserté de l’armée, être  passé par La Légion étrangère  et enfin mettre la main sur le criminel et le tuer de 32 balles  dans les rizières de Diêp Biên Phu en Indochine?

A quoi peut ressembler la vie après un tel drame ? J’interrogeai des psychologues, tentai de remonter le fil de l’existence de cet homme. Aucune piste n’aboutissait, il était totalement sorti des écrans radars, et pour cause, on l'apprendra par la suite; missions secrètes en Allemagne.

En décembre 2016, je reçus un email inattendu d’un Tunisien juif,  vivant en Israël et s’avérant avoir été l’ami, le confident, quasiment le frère et voisin de cet homme,  à l’existence si tourmentée. Il me félicita pour mes billets bien tournés mais assurément, selon lui,  il me manquait des informations et certains faits étaient erronés, heureusement que j’avais précisé «récit inspiré de la vie de……. » ce qui laissait une marge pour la fiction.  Inutile de vous dire que j'ai fait un bond, me suis levée de ma chaise et fais une espèce de danse des Sioux pour remercier cet homme envoyé par la Providence et qui allait enfin me donner les éléments de la suite de l'histoire que je traçai désespérément depuis si longtemps, sans résultat aucun. 

Après quelques échanges email, nous décidâmes de nous lancer dans la vraie histoire  qui vient d’être achevée, il y a trois jours. Un récit qui apporte enfin une réponse à toutes mes questions sur « Le que devient-on après  ?»

Le  plus étrange dans cette collaboration est que le hasard nous a réunis autour d’une histoire de vie commune; deux personnes originaires de Tunisie alors que le héros de notre histoire est aussi passé par ce pays et a pu y trouver refuge et nous trois, à des années différentes,  sommes passés aussi par Marseille en prenant le bateau, Tunis-Marseille et sans doute par la Gare Saint Lazare ensuite. 

A deux mains, par deux personnes nées en Tunisie, de confessions différentes, de sexes différents, de métiers différents ; nous avons réussi une œuvre qui trouvera sans doute preneur et de rappeler que oui, comme nous l’avons écrit tous deux, la Tunisie avait été un pays de tolérance ;  un beau pays où il faisait si bon vivre ensemble. 

Nous avons réuni sur quelques belles pages, une douce nostalgie au détour du drame d’un Roumain qui lui aussi a raconté et décrit  , un  accueil d’une hospitalité exceptionnelle. Enfin, pour lui,  de la douceur après avoir vécu dans la Légion étrangère, l’enfer de la guerre d’Algérie et pour qui le seul but était sa mission personnelle:  achever l'assassin des siens.

Eliahu Itzkovitz entrera dans le Dictionnaire de la Légion, -  publié en 2016 pour ses 150 ans- ,  pour avoir reçu la Croix de guerre. La Légion en lui remettant la médaille a  cru que Eliahu Itzkovitz avait ramené le corps de  son commandant, - le bourreau de sa famille- , tué sous les balles Vietminh afin qu'il soit enterré sous le drapeau de la Légion, alors qu'en réalité, c'est lui qui venait de l'achever.)

Le titre du livre à venir « Eliahu Itzkovitz – La promesse de vengeance d’un enfant juif. » (encore sous réserve de modification pour un titre final)

 

PS : La question qui m'a taraudée longtemps  et la réponse possible:

Et pourquoi a-t-il ramené le corps de ce bourreau au risque de sa vie, sous les feux des mitraillettes des Vietminh,  alors qu'il aurait pu le laisser pourrir dans les rizières ?  La réponse est que Eliahu avait reçu une éducation religieuse par son père, et que par ce geste il autorisait même le pire de ses ennemis à recevoir le rite funéraire.

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25/11/2017

La règle d’or universelle du Sage Hillel

9782226157089-j.jpgPar la plus pure des coïncidences et en attendant des amis en retard, j’achetai le livre de Mireille Hadas-Lebel « Un sage au temps de Jésus » œuvre que je n’aurais jamais songé à acquérir si je ne m’étais ennuyée au point de lire pour faire passer le temps, à coup de pages tournées.

Grand bien me fit! Lorsqu’on me tendit le livre que je venais de payer, j’ai alors senti que j’avais rendez-vous avec cet ouvrage d’une grande érudition qui m’a littéralement enthousiasmée et de surcroît écrit par une historienne française spécialiste de l’histoire du judaïsme, née en Tunisie. Ce petit pays a décidément donné de grands esprits.

Hillel l’Ancien, Hillel le Sage, Hillel le Babylonien qui vécut à Jérusalem sous le règne de Hérode autant de noms pour cette plus grande figure de l’histoire juive dont l’enseignement a une dimension universelle et qui nous invite à penser à l’humanisme comme pilier de nos croyances , résumé en une seule phrase.

Tandis qu’un païen se présenta un jour devant Hillel et lui demanda « Convertis-moi, et apprends-moi toute la Torah tandis que je me tiendrai sur un seul pied ! ». Celui-ci répondit : "Ce que tu hais,  ne le fais pas à ton prochain ( traduit aussi par ce qui est détestable à tes yeux, ne le fais pas à autrui) ceci est toute la Loi, le reste n’est que commentaire. Maintenant, va et étudie."

Une règle d’or que toutes les religions semblent avec acceptée sous des formulations diverses, il ne reste plus qu’à l’appliquer, mais elle suffirait à résoudre tous les problèmes du monde et sa mise en pratique répondrait à la plus haute exigence morale. Cette règle d’or pour seule religion abolirait les haines interreligieuses et toute forme de discrimination et d'exclusion. Nous sommes unanimes sur ce principe universel et nous pouvons sans crainte aucune nous nourrir à cette source commune.

Sans doute la Sagesse de Hillel a une portée universelle et intemporelle et nous pouvons tous l’accepter en son immense sagesse.

"Tout le reste n’est que commentaire, va et étudie."

 

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18/11/2017

Zimbabwe - Manifestation historique à Harare

23621563_10215453222592747_342520791155455221_n-1.jpgHarare- Le peuple zimbabwéen chante et danse dans les rue de Harare, en ce samedi 18 novembre,  enfin libéré d'un Mugabe sénile et d'une Grace ambitieuse, surnommée "Lady Gaga", une épouse dont le seul but politique était d'amasser un maximum d'argent et de faire du shopping et de rappeler sur la pancarte d'un manifestant qui ne manque pas d'humour que le pouvoir n'est pas sexuellement transmissible. Robert Mugabe âgé de 93 ans est assigné à résidence et est invité à démissionner quant à  son épouse, elle aurait été escortée jusqu'en Namibie (Windhoek dément)  à défaut de pouvoir se rendre en Afrique du Sud où elle risque d'être immédiatement arrêtée pour plainte déposée à son encontre pour violence, il y a quelques mois.  Trois des ministres du vieux président sont détenus. Une situation qui intervient après le limogeage du vice-président Emmerson Mnangagwa en faveur de la première dame, ce qui  a précipité ce qui ressemble à un coup d'état militaire ou du moins  un coup de force de l'armée  qui a pris le contrôle du pays.

La manifestation historique anti-mugabe organisée à l'appel des vétérans de la guerre de libération nationale du Zimbabwe a  regroupé des milliers de personnes qui se répartissent entre le stade historique où Mugabe avait prononcé son discours  en 1980 et la State house, vieille résidence officielle mais symbole du pouvoir. Des  pancartes au nom de Mugabe sont décrochées. Même son parti Zanu-PF est prêt à lâcher le "camarade" après 37 ans de pouvoir.

Il semblerait que la police réputée pour être corrompue et qui ne suit pas l'armée fait du zèle en tachant de profiter de l'agitation pour amender un maximum de gens et rançonner à tout va, ceux-ci préfèrent se calfeutrer chez eux depuis mercredi et éviter toute confrontation. Le rapport de force police-armée risque de devenir la prochaine tension majeure dans les jours à venir. 

Une situation fragile qui pourrait basculer  et devenir explosive si l'armée ne contrôle pas de facto immédiatement le pays. Des élections anticipées sont évoquées après cette "révolution de palais" qui rappelle le coup d'état médical en Tunisie, "ni sang, ni cartouches", réalisé le 7 novembre 1987 par Ben Ali et soutenu par l'armée, invoquant la sénilité du feu président Bourguiba alors âgé de 84 ans. Par la suite, on verra le règne corrompu de Ben Ali dont l'épouse Leila sera tout aussi ambitieuse et comploteuse que la Grace Mugabe , en espérant que la suite zimbabwéenne soit plus glorieuse que la Tunisienne. Deux parallèles situés à trente ans d'écart, le même mois et sept jours de différence et dont on peut tirer des leçons, à croire que ce sont les mêmes mains qui oeuvrent ou n'est-ce que le fruit du hasard ? Coincïdence tout hasardeuse ?

Tunisie - 7 novembre 1987

Zimbabwe- 14 novembre 2017

 

Rien de nouveau sous le soleil ! 

 

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@Copyright photos 

21:14 | Tags : zimbabwe, harare | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

14/11/2017

Le dernier coup de gueule de Noura Borsali, militante tunisienne

1-2.jpgCe matin, ce fut un choc en apprenant le décès de Noura Borsali journaliste et écrivaine et qui a été invitée, autrefois,  sur mon  blog.

Une militante pour les droits de l'homme, de gauche et féministe et qui ne mâchait pas ses mots,  elle était de surcroît, passionnée de culture et de cinéma. Lorsque je lui rendais visite à Tunis et que je logeais chez elle, dans son appartement bourré de livres et d'articles découpés;  le café et le croissant m'accueillaient au saut du lit.  Sur sa  table de travail,  le scrabble déjà installé m'attendait de pied ferme, elle fulminait d'impatience et tout en buvant mon café j'alignais déjà les mots tandis qu'elle commentait les nouvelles du jour.

Elle avait réalisé un travail de mémoire extraordinaire sur mon père , le militant nationaliste Lazhar Chraïti, dans le cadre de la rédaction de son livre et d'un article pour le journal Réalités, "Tentative de coup d'Etat de 1962 en Tunisie "une enquête serrée sur le terrain qui l'avait menée jusqu'à Genève, jusqu'à nous et avec quelle pudeur, elle posait ses questions. Lors de ses passages dans la cité de Calvin, elle adorait filer  acheter des dizaines de bouquins  aux Livres sur les Quais à Morges en s'extasiant sur le paysage tandis que nous déambulions en citant  les derniers livres lus.

Déçue par le Printemps arabe comme la plupart des intellectuels tunisiens, elle espérait quand même le changement. Elle avait démissionné en sa qualité de membre de l'instance Vérité et Dignité en 2014, en claquant la porte et en dénonçant les pratiques douteuses, une femme entière et sans compromis.

Une dernière partie de scrabble où j'inscris son nom en lettres d'or, le nom d'une femme qui s'est battue pour l'élan démocratique du Printemps arabe et qu'elle a vu se transformer en sanglots longs des violons de l'automne. Une figure emblématique tunisienne qui s'en va et qui nous laisse en héritage le courage de dénoncer et de se battre.

Ce qui aurait pu être son  coup de gueule : "salut les amis, je m'en vais  ! Bon vent à vous tous et tenez bon, on finira par y arriver à la démocratie, vive la Tunisie  !"

 

Paix à son âme!

 

 

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06/11/2017

Catalogne – Jusqu’au bout…..la liberté

DSC01275.jpgBarcelone - « Le mercredi 8 novembre vous aurez la plus grande grève générale en Catalogne qu’on ait jamais connue de mémoire de Catalans ». L’homme se tient dignement devant moi, une moustache et un bouc taillés à la Diego Velázquez ornent un visage émacié. Il parle posément, de petite taille  mais d'une grandeur certaine. Il est planté au milieu d'un décor étrange, composé  de masques et d'arlequins fabriqués de façon artisanale depuis plusieurs générations dans son atelier. Tous ses masques et figurines semblent nous observer et nous écouter parmi lesquels des têtes d’animaux, tout le bestiaire humain est là , témoin de ce monde fantasque qui est le nôtre.

- " Ce qui arrive en Catalogne est grave.  Nous, gens si pacifiques avons été battus par la police qui a laissé infiltré des casseurs, à savoir des policiers en civil, pour donner une raison de nous frapper. Les racines du mal sont historiques, nos liens avec Madrid ont toujours été difficiles. Franco est mort, mais le franquisme,  lui, a survécu. Nous sommes revenus plusieurs siècles en arrière avec ce qui s’est produit; le gouvernement espagnol s’est assis sur la volonté populaire des Catalans. Il n’y a pas de justice indépendante mais une justice politisée qui a permis de jeter nos politiciens en prison, et c’est inacceptable.

- Le roi qui aurait dû rester neutre et mesuré a repris le discours mot à mot de Rajoy, du copier-coller d’extrême-droite ! et de secouer la tête tristement en lâchant ces mots. 

- Jamais l’Espagne n’a voulu, ni écouter, ni dialoguer, ni trouver des solutions et encore moins entrer en matière. Héritière du franquisme, elle continue une autre forme de dictature, du reste la constitution rédigée en 1978 et son article 155 qui permet de suspendre l’autonomie de la Catalogne sont une émanation du régime dictatorial encore vivant après la mort du « caudillo » en  1975 et qui a imprégné toutes les institutions jusqu’à ce jour.

- La Catalogne est sous tutelle de l’Espagne, alors que nous sommes une région riche, une région culturelle. Toutes nos lois sont balayées par Madrid, nous voulions soulager les familles pauvres en leur épargnant certaines taxes, refusé ! Le projet du couloir méditerranéen,  véritable levier économique pour la région et les habitants est quasiment à l’arrêt ! Pieds et mains liés,  nous sommes.

- Nos élus sont emprisonnés, véritable action contre la démocratie. Après cela, nous n’avons plus le choix, nous les Catalans, nous devons dorénavant nous battre jusqu’au bout, nous battre jusqu’à la liberté."

 

Affiché sur la mairie de Barcelone (Ayuntamiento de Barcelona)

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©  Crédit photos D. Chraïti

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05/11/2017

Crème catalane à la sauce suisse

Unknown-1.jpegBarcelone - Miquel est gérant d'un restaurant à la plaça Reial, quartier très animé où promeneurs, jongleurs, acrobates, mendiants, cracheurs de feu, lanceurs indiens ou pakistanais  d'objets volants non identifiés et luminescents projetés dans le ciel,  à 10 mètres, se croisent pêle-mêle. A deux pas de là, proche d'un hôtel chic, une scène de la drogue classique; chiens bandanas, cabas plastiques, chariots de magasin remplis d'affaires récupérées, deal traité sur fond de voix éraillée et caverneuse; des visages creux et translucides sur des corps décharnés où le cuir clouté et les tatouages s'entrelacent entre piercing et autres scarifications quand ce n'est pas tout bonnement des traces de bagarres pochant l'oeil et striant les lèvres. Un petit commerce sous le regard indifférent des policiers assis dans leur fourgon blindé bleu, concentrés plutôt sur Les Ramblas entre deux textos. 
Miquel est intarissable sur le sujet de l'indépendance de la Catalogne, tandis qu'il m'enduit de pommade grasse mes petits doigts brûlés par les anses en acier du plat à paëlla et sans savoir que je viens de Genève. Il se lance sur les bienfaits du fédéralisme suisse, modèle à suivre pour la Catalogne.
Il explique comment les Catalans en sont arrivé là.
- Que pouvait-on espérer de plus après 18 demandes de référendum rejetées par Madrid.
- Des centaines d'entreprises parties, vous dites ? C'est de la manipulation d'information, certes Madrid a rappelé un certain nombre de succursales, mais on les compte sur les doigts de la main, se défend-il. 
- Une guerre civile? Vous n'y pensez pas, les Catalans sont des pacifistes qui évoluent dans une économie saine, mais  regardez-les donc, (il désigne la place d'un geste ample pour montrer les badauds) cette bonhommie ambulante les transformerait en guerriers? Jamais !
- Non, maintenant, il faudrait des médiateurs, des Suisses par exemple et qui viennent nous expliquer comment il faut  faire pour sortir de cette impasse imposée par Madrid qui remet en question le processus démocratique après avoir jeté en prison nos ministres. C'est de la dictature, tout simplement!
Ça brûle moins? La sensation douloureuse disparaîtra d'ici quelques minutes, vous verrez. Ici aussi,  en Catalogne, ça chauffe!
- Laissez-moi vous offrir le dessert, une  crème catalane, c'est la meilleure de Barcelone! Des médiateurs suisses, voilà ce qu'il nous faut pour nous en sortir.  Ce qui se passe actuellement, n'est absolument pas démocratique, c'est révoltant, nos élus sont jetés en prison, ce sont des prisonniers politiques tout simplement ! 
 
Suite prochain billet -Catalogne, jusqu'au bout...la liberté !
 

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 La démocratie plus fragile que des bulles de savon 
 

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UN AUTRE DEFI POUR LA DEMOCRATIE, LA PAUVRETE

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©  Crédit photos D. Chraïti 

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28/10/2017

Confession d'un ex-soldat israélien

Ses mains s'agitent tandis qu'il parle, il est nerveux et ne cesse de bouger. La conversation démarre de manière banale, puis je lui demande de me raconter l'histoire la plus impressionnante de sa vie. Les vannes alors se sont immédiatement ouvertes, un flot ininterrompu, sans même que je puisse retenir quoi que ce soit.
"J'ai été un militaire de carrière pendant 25 ans, j'ai vécu deux guerres, aujourd'hui, je touche une pension.  Mécanicien de formation, je conduisais les tanks, j'adorais l'armée;  le rapport entre soldats, franc et direct, des amitiés fortes. Mais la guerre ça laisse des traces ! J'ai perdu des amis, trois amis, deux morts sous mes yeux, le troisième déjà fragile est devenu cinglé,  mais c'est comme s'il était mort pour moi.
C'est arrivé au Sud Liban, les cadavres étaient tout autour de nous, parfois avec nos tanks on leur roulait dessus. Cet ami que je ne reconnaissais plus, dans un état d'hystérie,   leur sautait dessus à pieds joints, les corps inanimés semblaient reprendre vie et sursautaient sous ses assauts,  puis il devait regrouper les cadavres afin de  les arroser d'essence pour les brûler ensuite et éviter ainsi que les chiens ou les rapaces ne viennent les dévorer. Lorsqu'il a pris les jambes d'un mort pour le traîner, la tête s'est détachée du tronc et là ce soldat déjà un brin déséquilibré a totalement perdu le peu de raison qui lui restait, jusqu'à aujourd'hui, il hurle; seuls les médicaments le font taire. Voilà comment je l'ai perdu, cet ami,  il est devenu fou à lier.
Je ne comprends pas, tout le monde veut la paix, nous sommes frères comme s'est écrit dans la Torah, vous savez Ismaël et Isaac ?  Mes parents sont nés au Maroc, ils parlent aussi espagnol, nos ancêtres ont quitté l'Espagne pendant l'Inquisition, moi je parle l'arabe. Lorsque je rencontre des Arabes, on fraternise, on se serre dans les bras, on va boire un verre ensemble, on se sent proches. Alors si la majorité veut la paix, pourquoi ces guerres ? Qui est la minorité qui veut la guerre ? Parce que ça rapporte de l'argent les conflits armés (en disant cela il frotte de façon très orientale rapidement le pouce contre l'index, l'un contre l'autre, et en sifflant) – On n'aura jamais la paix en Israël, le futur de nos enfants, de nos petits-enfants et de nos arrière-petits-enfants ce sera toujours la guerre. Dans les pays arabes, dès la primaire, on leur apprend dans les livres qu'ils doivent exterminer tous les Juifs,  alors vous voulez faire quoi ? La paix, jamais on l'aura. Mon fils a quitté Israël pour émigrer aux Etats-Unis comme si le  pays où il est né avait la peste et il ne veut pas revenir, je dois tout le temps lui envoyer de l'argent. Moi, je dors presque pas la nuit, à trois heures du matin, je me réveille. Je pense partir quelques jours au Maroc rejoindre mon père, ça me fera du bien.
Je me sens nerveux, ça vous dérange si je fume ?  Excusez-moi, ça m'a fait beaucoup de bien de vous parler, votre silence est profond,   pardonnez-moi, ça m'agite de me souvenir de tout ça, merci de m'avoir écouté."

 

Sans doute les écrivains,  réceptacles d'histoires,  sont les miroirs de l'humanité;  ils renvoient l'image de la folle marche du monde.

 

 

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15/10/2017

CHRONIQUE DU RACISME ORDINAIRE

4197289793.jpgCe qui est bien avec les conducteurs Uber c’est que pour la plupart et lorsqu’on leur pose la question, ils adorent vous raconter en long et en large comment ils sont devenus chauffeurs.

J’ai retenu particulièrement l’histoire de Paul, un Français originaire de l’Angola, une quarantaine d’année, d’un port élégant, le timbre clair et posé, il parle tranquillement sans jamais se départir de son calme ; il a l’art du conteur, il décrit, raconte, explique, détaille juste ce qu’il faut.

Il m’explique comment, à son arrivée encore adolescent, il a rencontré le racisme en France, au départ il n’y croyait pas, dans un pays si démocratique où la devise qu’il prenait pour vraie « Liberté, Egalité, Fraternité » n’est qu’une vue de l’esprit et que Non ! Nous ne sommes pas tous frères.

Ceci a commencé lors de l’année du bac, le professeur de mathématiques présentait les exercices au tableau et en s’adressant aux élèves demandait qui pouvait répondre. Paul levait la main régulièrement et au professeur de l’interpeller, un brin moqueur.

- Toi, l’Africain t’as compris quelque chose aux maths ? Alors essaie de répondre. Invariablement, la réponse tombait juste, infaillible.

Les autres élèves s’appuient sur Paul pour leurs exercices, il aide tous ses camarades qui n’y comprennent rien aux leçons du prof. En fin d’année, tous les élèves ont entre quinze et dix-huit sur vingt, Paul lui, se retrouve avec un quatre. Le délégué de classe révolté va voir l’enseignant, qui d’abord nie et finalement admet qu’il n’a regardé que les noms de famille africains et sans corriger les épreuves leur a, à tous, mis une note exécrable. Il sera obligé de corriger celle de Paul qui affichera vingt sur vingt, la meilleure note de la classe.

Paul venu seul en France n’a pas les moyens d’aller à l’Université après avoir obtenu son bac. Il commence rapidement à travailler dans les chantiers. Le maître de chantier qui n’arrive pas à faire travailler son fils qui glande toute la journée dans son lit, s’acharne sur Paul qui est un sacré bosseur. Il le colle au marteau piqueur, huit heures par jour. Un jour, Paul craque et s’effondre en larmes. Indigné, un collègue antillais, père de famille, prend le jeune sous son aile et l’amène au CNAM afin qu’il s’inscrive aux cours du soir pour devenir ingénieur.

Le jeune homme alors âgé d’une vingtaine d’années étudie quoiqu’il arrive, fatigué, pas fatigué, malade, fauché, affamé, il y va sans plus se poser de questions. En parallèle, il a décroché un emploi dans une grande entreprise de nettoyage. Il grimpe les échelons, devient chef d’équipe, on lui reproche d’engager trop d’Arabes, d’Africains et d’hispanophones trop bronzés, on exige le type caucasien, le mot d’ordre « blanchir les équipes ». Paul se défend d’engager ceux qui veulent bien faire ce boulot.

Devenu enfin ingénieur, après plusieurs années dans l’entreprise de nettoyage, il postule à un poste qui vient de se libérer et pour lequel il a le titre et l’expérience, réponse de l’employeur : "Ce niveau de hiérarchie, ce n’est pas pour ta couleur ! ». Paul, ni une, ni deux rentre chez lui, donne son congé et devient chauffeur Uber.

A ce stade du récit, moi-même effondrée par tout ce que j’entends, je lui dis qu’il doit se sentir très blessé parce que ça fait terriblement mal l’injustice et le racisme.

Pas du tout ! me lance-t-il, moi ça me rend encore plus tenace et j’ai décidé d’écrire un livre « Chronique du racisme ordinaire ».

 

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17/08/2017

Pédale douce

a-pedaler.jpgAprès avoir loué un vélo électrique pour une semaine de  test avant achat , je parcours dorénavant environ 40 km par jour, je sue à grosses gouttes, même avec une batterie puissante, à la montée c'est dur. Tout en pédalant, je réfléchis aux raisons de plutôt préférer le vélo à la voiture. Penser aux générations futures et arrêter de leur polluer l'air, opter pour la mobilité douce, faire un peu de sport n'a jamais fait de mal à personne, j'essaie de me convaincre que c'était la meilleure idée du monde surtout quand je vois la côte  à 80 degrés s'étendre devant moi et qui paraît infinie.

Parfois, j'envoie des sms à mes connaissances en leur expliquant que je fais un tandem parfait avec mon nouvel ami à deux roues, il me pousse à la descente, je le pousse à la montée.

Mon casque rouge sur la tête, un vélo légèrement trop grand pour moi, j'ai déjà failli me tuer deux fois;  une voiture m'a légèrement frôlée, puis ma roue s'est infiltrée dans la voie du tram me déstabilisant totalement, on me siffle , je me dis quel succès puis finalement pour entendre: "t'as  jamais roulé un vélo de ta vie? Le rondeau de Carouge est décidément trop dangereux.

Après quatre jours d'effort intense et avoir perdu au moins deux kilos, tandis que je pédale et continue à donner du sens à tous ces efforts et surtout en vue de polluer le moins possible pour épargner les générations à venir , j'arrive enfin chez moi, récupère la batterie, puis je reçois un sms urgent de ma fille :"Maman, peux-tu venir me chercher en voiture, on mettra mon vélo dans le coffre!"

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