19/05/2016

Breaking the silence – Quand des soldats israéliens brisent le silence

1397180_1066991616656414_3372520417994083168_o.jpgL'association «Breaking the silence» créée en 2004 par un groupe d'anciens soldats déployés à Hébron (Cisjordanie) et qui dénonce les exactions commises par l'armée est sommée de livrer le nom d'un soldat qui a témoigné sous couvert d'anonymat et qui met en lumières les conditions de l'occupation.
Le Procureur général veut le nom d'un des soldats qui a témoigné sur la conduite de l'Opération Bordure Protectrice de l'été 2014. L'association pour sa part, juge la demande inacceptable et dénonce une tentative d'entraver son action :"Rompre le silence".
L'affaire doit être examinée dimanche 22 mai par la cour de Petah Tikva, une juridiction civile spécialisée dans les atteintes à la sécurité de l'État.

«Les règles d'engagement transmises aux soldats furent les plus permissives jamais portées à notre connaissance», y affirment les responsables de l'ONG, qui dénoncent «une politique de tirs indiscriminés» qui fera 2'000 morts lors des 50 jours d'occupation de Gaza et accusent l'armée d'avoir agi en violation de son propre code d'éthique. Une partie de la droite israélienne reproche à l'organisme de jeter le discrédit sur l'armée, voire de participer au boycott d'Israël.


9f8b4b646488605e73e0436c8c8f9f7d351904af.jpgYehuda Shaul, a été un de ces soldats entre 2001 et 2004. Après des études dans le lycée talmudique d’une colonie juive de Cisjordanie, il a servi trois ans dans le 50e bataillon de la Brigade Nahal. Porte-parole de l'association, il dénonce «une campagne d'une violence jamais atteinte pour nous faire taire une bonne fois pour toutes» et insiste sur le fait qu'il est impossible de livrer des noms : «Nous avons refusé, car la protection des soldats qui acceptent de témoigner sur leur expérience dans les rangs de l'armée est au cœur de notre activité - tout comme le minutieux travail de vérification auquel nous nous livrons avant de publier leurs témoignages."
Cette pression a pour but d'ostraciser des soldats qui ne font que témoigner de ce qu'ils ont vu et qui décourageront d'autres à révéler ce dont ils ont été témoins. Des témoignages choquants et qui montrent que des soldats à qui on exige de commettre des choses ignobles peuvent être aussi traumatisés que leur victime :

Breaking the Silence demande la mise en place d'une commission d'enquête indépendante pour investiguer sur une variété d'actions menées  par les militaires lors de l'Opération Bordure Protectrice en 2014. Bilan sur 50 jours de pilonnage systématique qui ont entraîné la mort de 2'140 victimes palestiniennes dont 500 enfants et plus de 10'000 blessés. 

Des témoignages par centaines :

"Pourquoi devais-tu lui tirer encore dessus ? il était déjà mort!"

"tu mets la pointe du fusil entre les dents et tu tires"
"Nous avons tué des policiers qui n'étaient pas armés!"
"Il fallait tirer sur des gens qui allaient rechercher le corps de leurs morts"

D'autres témoignages  :

http://www.breakingthesilence.org.il

http://www.breakingthesilence.org.il/testimonies/database

https://www.facebook.com/BreakingTheSilenceIsrael/

 This is how we fought in Gaza 2014


 

22 MAI 2016

La cour de Petah Tikva, une juridiction civile spécialisée dans les atteintes à la sécurité de l'État, a accordé un report d'audience au procureur général fixé, le 18 juillet 2016.  Breaking the Silence est satisfait de ce report qui permettra de réfléchir au rôle et au processus de détérioration dont l'association est devenue le symbole. 


Yuli Novak, executive director of Breaking the Silence said :
"In these difficult days where we hear warnings that Israel is showing 'sparks or signs of fascism.' we would specifically expect that the State Attorney carry out it's role as the gatekeeper for the rule of law and democracy, to ensure the rights of soldiers to free speech and to speak about what they did in the territories. But most of all, they should certainly not be taking part in an incitement campaign or in the attempts to shut down Breaking the Silence that have taken place in the past few months.
We're very glad for the extension given by the Court, and hope that the State Attorney will take this time to reflect and contemplate their role in this process of deterioration in which Breaking the Silence has become the symbol.
We believe in the justice system and that it will stand firm against these attempts, and will enable the soldiers, just as it has for the past 12 years, to have their voices heard and to break their silence.
We stand firm on the promise we made to each and every one of our 1,000 + testifiers that we would not reveal their identities and we will do everything in our power in order to stand by this commitment - to defend them and not to abandon them. Thank you."

 

 

Source Breaking the Silence 

https://www.facebook.com/BreakingTheSilenceIsrael/videos/...

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11/05/2016

Aéroport Ben Gourion- "Viens manger un couscous à la maison !"

savoureux-couscous-pays-L-_jahme.jpgLorsque vous envoyez un message si laconique à une de vos connaissances: "Viens manger un couscous à la maison!", vous êtes loin de vous douter que votre invitation tombe entre les mains de la police israélienne, en plein interrogatoire et qu'il ressemble carrément à un message codé.

Mon invitée partie en mission avec des ressortissants de 13 autres pays du Conseil œcuménique des Églises , s'est retrouvée en détention pendant plus de 61 heures assorties de 9 heures d'interrogatoire. Alors, vous imaginez bien que mon couscous tombait à l'eau,  tandis que d'autres donnaient du grain à moudre.

Surprise de ne recevoir aucune réponse durant quatre  jours et à mon grand étonnement, j'ai fini par entendre une petite voix au bout du fil qui s'excusait de n'avoir pas pu répondre à mon invitation  et pour cause.

Le couscous s'est transformé en filet de féra à la Vallée de Joux, à écouter les détails de l'incarcération et comment le steward de Easy Jet à l'aéroport de Ben Gourion  s'est écrié face aux deux renvoyées en Suisse accompagnées de gardes   : Ô mon dieu !  Des déportées !

La délégation du COE qui venait  participer en Israël à une réunion du Groupe de travail du Conseil œcuménique des Églises de Genève exige des excuses. Les  représentants d'Églises membres et du personnel du COE venaient participer à une consultation à Beit Jala, en Cisjordanie, sur les changements climatiques et l'écologie, à l'invitation des Églises membres du COE dans la région, hôtes de la réunion.
Le COE, par la voix de son secrétaire général, le pasteur norvégien Olave Fikse Tweit, a écrit à l’ambassadeur israélien à l'ONU à Genève pour exiger des excuses.

 

Communiqué du 9 mai

https://www.oikoumene.org/fr/resources/documents/general-...

 

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28/04/2016

Enfants de pauvres : enfants volés, enfants exploités, enfants oubliés

NMA-Child-Migrants-girls-scrubbing-havilah_web.jpgParfois il ne faut pas avoir peur des mots, les enfants pauvres anglais placés dans des institutions entre 1920 et 1967 ont bien été déportés au Canada, en Australie, ou en Afrique du Sud. 130'000 bambins pas plus hauts que trois pommes pour la plupart , filles et garçons placés dans des institutions publiques, surtout  religieuses, où ils furent victimes de mauvais traitements, accompagnés d'abus sexuels. Un scandale caché durant des années, il aura fallu attendre 2010 pour que le Royaume Uni accepte de lever le voile sur une période sombre de son histoire et s'en excuse. On trompait les parents pauvres en leur faisant croire que leurs enfants avaient été placés dans des familles riches. Les mères célibataires se voyaient retirer leur enfant pour  le faire rejoindre, par la suite,  des programmes de "migrant children" en vue de peupler de souche blanche ces différents pays.

Que dire des enfants autrefois  placés dans des fermes en Suisse, destins tragiques d'enfant exploités et maltraités comme ailleurs. Souvenez-vous du film "Kinder der Landstrasse", (Les enfants de la Grand-Route, - nom de l'oeuvre d'entraide créée par Pro Juventute et soutenue par les autorités) témoigne de ces  enfants qui par centaines et Roms principalement ont été placés dans des fermes et des institutions par la Pro Juventute entre 1926 et 1973, en vue de les "sédentariser". Episode peu glorieux de cette institution qui l'a reconnu du reste et le reconnaître véritablement aurait dû entraîner la disparition du ledit organisme.

La Suisse a commencé un travail de mémoire douloureux et de réparation et l'a bien compris; pas de justice sans réparation. On ne peut que féliciter la volonté de faire toute la lumière sur ce sombre passé et en assumer les erreurs. Les victimes ont effectivement besoin de réparation pour parvenir à tourner cette  page sordide de l'histoire suisse.

 A l'heure où on tente de réparer, de reconnaître, encore sous d'autres formes, d'autres enfants,  ailleurs,  continuent d'être victimes du trafic humain. Une amie spécialiste des droits de l'enfant travaillant à New-York, me disait comment l'adoption représentait un véritable et odieux trafic humain, pour mémoire l'Arche de Noé, -  et comment il fallait expliquer aux grandes stars qui adoptent des enfants et se pavanent devant les caméras  que souvent et malheureusement les enfants qu'ils ont adoptés avaient des parents, mais que ces parents-là était pauvres et n'auraient jamais souhaité l'adoption de leurs enfants quand bien même les parents adoptifs étaient riches et qu'il aurait été préférable qu'avec leur argent ils soutiennent plutôt les parents, moins intéressant pour l'effet paillettes.  Que dire de cette star récemment qui devant les caméras embarque un enfant syrien sous les yeux de son frère qu'elle laisse derrière, au milieu du chaos.

Autant d'exemples qui laissent songeurs. Des institutions qui sous prétexte de charité participent à un véritable trafic d'enfants, et de rappeler que ce sont aussi des institutions "charitables et bienveillantes" qui ont permis de déporter ces milliers d'orphelins et d'enfants pauvres vers l'Australie. 

 Mais encore, on peut s'interroger sur la protection des enfants pauvres et orphelins. Le cadre légal ne les protège pas suffisamment. Le rôle des institutions de "bienfaisance" qui souvent participent à une forme de trafic d'enfants devraient être soumises à un contrôle drastique.

Et se souvenir que l'enfant orphelin ou et l'enfant pauvre ont droit à notre protection la plus absolue et à notre respect le plus entier, il s'agit de les aimer et de les soutenir, pas de les exploiter. Aujourd'hui, dans de nombreux pays comme en Inde et en Indonésie, on opte d'aider les familles précaires  à élever leurs enfants plutôt que de les leur arracher pour les "exporter" en Europe. 

Saviez-vous que les pauvres eux aussi aimaient leurs enfants ?

Liens suisses

Enfants placés les dossiers de la honte

http://www.rts.ch/emissions/temps-present/justice-crimina...

Enfants placés : La Suisse doit-elle payer

http://www.infrarouge.ch/ir/2073-soiree-speciale-%ABenfan...

Coup de projecteur : scandale d'enfants placés.

http://www.letemps.ch/suisse/2014/10/29/coup-projecteur-bbc-scandale-enfants-places

 

SERIE DE PHOTOS LES ENFANTS DE GRANDE-BRETAGNE  OUBLIES  EN AUSTRALIE

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Le revenu inconditionnel de base, une vision humaniste ou comment évoluer vers un meilleur

ConstruireLeFutur.jpg4 heures du matin, il y a des sujets pour lesquels, il faut se lever tôt ; pour accueillir la promesse de l’aube d’une humanité en devenir.

Au-delà du sujet politique, il s’agit d’envisager le thème sous l’angle philosophique, sous l’angle d’une société en devenir dans la plus pure tradition des grands courants de pensée qui ont contribué à l’essor de notre civilisation. 

Revenue récemment d’un voyage au Canada, je m’étonnai de voir un nombre considérable de gens couchés par terre soit jeunes, vieux, étrangers ou pas . Sous des couvertures, sous des cartons, une valise en guise de coussin et de s’étonner. Etre capable de s’étonner que dans des sociétés dites civilisées, on trouve encore des gens qui n’ont plus rien ; jetés dehors dans la rue comme des chiens, bien qu’on n’admette plus les chiens errants. Constater qu’une économie dite libérale ne permet pas encore à des gens de vivre en toute décence. S’étonner qu’au XXIe siècle, à l’heure de toutes les avancées technologiques dont on se gausse tant, de missions sur Mars, de performance numérique, de transports toujours plus rapides, des enfants, chaque jour meurent encore de faim.

Cette capacité d’étonnement démontre que la misère de l’autre n’est pas dans le cours naturel des choses, comme pour les cellules d’un corps, une cellule malade finit par contaminer les saines et nous évoluons tous dans ce même corps géant que représente cette planète sur laquelle nous nous trouvons. Trop de misère finit par influencer l'environnement bien portant et impacter sur lui. Force est de constater que nous formons un tout, dans une interactivité incontestable, nous sommes aussi interdépendants, on l’ a constaté avec les évènements, ce qui se passe dans le monde nous concerne, nous en ressentons les effets et parfois, voire plus souvent en payons les conséquences qu’on le veuille ou pas.

Partir du postulat que tous doivent et peuvent bénéficier d’un revenu minimum qui permette un minimum de décence n’est pas un luxe, mais une nécessité. Comment continuer à croire de façon si naïve que lorsqu’une partie de la société vit en-dessous du seuil de pauvreté que nous allons continuer à évoluer. Comment continuer à croire que des personnes qui ne trouvent pas de travail parce qu’elles ne remplissent pas les critères ou sont objets de discrimination que leur exclusion ne finira pas par pencher dans la balance. Comment continuer à croire qu’il y a des côtés les plus faibles et de l’autre les plus forts qui s’imaginent dans leur forteresse protégés de toutes parts, à juger de l’échec des autres et à condamner et se croire à l'abri. 

De Erasme à Spinoza et de Spinoza à Voltaire, les grands philosophes nous ont tracé les voies d’un humanisme ; ils nous ont préparé à la lumière contre l’obscurité.

Comme une évidence, comme une intuition, une société en évolution intègre de façon durable et juste tous ses sujets y compris les plus fragiles.

Le revenu de base inconditionnel pratiqué dans chaque pays, -  pratiqué à long terme partout- ,  offrira à chacun de vivre avec un minimum auquel ils n’accédera jamais sans aide et réduira le nombre de personnes qui fuient pour chercher de meilleures conditions de vie ailleurs. Un revenu de base minimum qui permettra de mieux participer à une dynamique de société qui ne laisse pas des gens à la traîne mais les intègre afin qu’à leur tour, elles amènent leur pierre à l’édifice, celui d’une société en devenir ; d’une société en progression.

Nous sommes les bâtisseurs d’un futur qui ne peut tendre que vers plus d’égalité et vers un meilleur partage des ressources. Un futur qui voit la disparition du travail au profit des nouvelles technologies, il est temps de penser aux alternatives et de préparer de nouveaux modèles économiques, changer de paradigme;  les nôtres s'essoufflent et ne résistent plus au changement. Nous sommes arrivés à un tournant qui exige des adaptations, mieux vaut les anticiper et s'y préparer que les subir. 

Une vision humaniste, sans doute, la seule vision vers un devenir, la seule vision vers une société plus juste. 

 

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26/04/2016

Erdogan, à dos d'âne

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Cahin-caha sur le dos de l'âne
La Turquie d'Erdogan
Monte la garde
Jusqu'à Genève

Place des Nations
Lieu de dénonciation
L'art trublion

Dérange le vibrion
Qui attelé à sa monture

Déverse sa vomissure
Et croit prendre en otage
L'art en gage
L'art en-gagé

En mémoire de Berkin Elvan
Adolescent innocent
Le cliché bravant
La menace bruyante
Censure du Levant
A Demir Sönmez
Point impressionné
Libre expression
Oblige !

 

A dos d'âne
Erdogan enfourche
Sa triste monture
Et s'en retourne
Devenu l`âne
Estourbir la liberté
Museler la fierté
Des artistes exacerbés

 

Mais pas à Genève ! Je vous en prie ! Mais tiens où sont donc passés les "Réverbères de la mémoire"  de l'artiste Melik Ohanian :  dans les oubliettes du diktat turc ?


Djemâa Chraïti, blogueuse,  soutient l'artiste engagé Demir Sönmez

 

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24/04/2016

De l'esclavage chez les Amérindiens

Natives-2-KiustaPotlatch.jpgVictoria – Vancouver - Plongée dans un recueil d’histoires mythiques du peuple Haïda, « The Raven Steals the light » (Le Corbeau qui a volé la lumière) , ouvrage préfacé par Claude Lévi-Strauss ; une référence fréquente aux esclaves m’amène à investiguer pour découvrir une forme d’esclavage que l’on retrouve en Afrique et dans les pays arabes, à savoir une position spécifique de certains membres de la tribu ou du clan, dans l’organisation du travail du groupe familial. L’esclavagisme lignager.

Une conception qui ne s’applique qu’en lien avec la distribution des tâches selon s’il s’agit d’un jeune, d’une femme ou d’un quelconque autre membre de la famille, soumission d’un jeune frère à son aîné. L’esclavage permettait de se consacrer à des activités plus prestigieuses comme chasser l’animal pour sa fourrure qui se négociait très cher tandis que d’autres se consacraient à des taches importantes mais de moindre portée. l'esclavage non lignager pouvait être la capture d’un ennemi transformé en esclave. Corvée d’eau et de bois, réparation et construction de maison, préparation du poisson et du gibier. Les nobles tâches et les tâches ingrates formaient d’une part des « nobles » appartenant à la caste supérieure , et dont la plus noble des missions  consistait à personnifier les ancêtres et de ce fait devenaient les personnes les plus importantes de la tribu, leur dimension spirituelle au sein de la communauté les conduit au sommet du groupe. La répartition des rôles et l’importance du statut et selon l’animal mythique qu’on représente place l’individu et détermine sa position. 

Concernant les tribus amérindiennes vivant dans les forêts comme les Haïdas, la répartition des tâches est une organisation économique en lien direct avec l’environnement. Présenté pour la première fois en 1935 par une ethnologue russe I.P Averkieva, par une thèse «  L’esclavage patriarcal chez les Indiens d’Amérique du Nord », on découvre une organisation sociale autour du travail créant des hiérarchies, inhérentes à la distribution des tâches.

Des potlachs, distribution cérémonielle de richesse selon la définition la plus courante pouvaient être organisés pour récupérer un parent fait prisonnier et esclave. La valeur du cuivre pouvait se chiffrer en nombre d’esclaves chez les Tlingits . Echanges de canots, couvertures tissées, masques, coffres pliés, chapeaux cérémoniels, armures, bâtons de parole, huile d’Eulachon, fourrures. De grandes pratiques cérémonielles permettaient de récupérer des personnes, mais aussi d’effacer l’humiliation. L’esclavage de guerre était en général de courte durée, car les membres d’un clan donné faisaient tout pour racheter rapidement les leurs, pris en otages.

A la notion d’esclaves venaient parfois s’ajouter la notion d’ "étrangers » qui induisaient des attitudes discriminatoires lorsque l’esclave venait carrément d’une autre région, exemple des indiens Salish (Flatheads) du Sud faits prisonniers sur la Côte Nord-Ouest.

 Ce qui paraît intéressant dans cette forme d’esclavagisme est la fluidité d’un passage à l’autre, « libre »-« esclave » ce qui induit que les rapports domination/subordination ne sont jamais figés car toujours en mouvement .

Une organisation sociale passionnante qui montre les prémisses du rapport de production auquel s’attache la notion d’interdépendance. Il n’y a pas d’organisation sociale sans hiérarchisation des liens. L’esclavagisme existe depuis la nuit des temps mais prend des significations diverses au fil du temps. Ce qui est certain c’est que toute organisation sociale présuppose la distribution des rôles qui peut engendrer un rapport de supériorité, dominant-dominé.

 

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02/04/2016

RÊVERIES CHAMANES

Unknown-1.jpegC’est le titre de mon prochain recueil en cours d’impression sur du papier de fabrication artisanale réalisé à Pérouges, près de Lyon, fait de lin et de chanvre, un grimoire dont les feuilles cousues main et retenues par un fil, accueilleront aussi des illustrations réalisées par une artiste genevoise, Gloria Antezana. Des rêveries corrigées par un correcteur corse qui signe ses lettres par : "Dans l’espoir d’une réponse proche et alliée, je vous demande de croire, Madame, en l’assurance de ma parfaite estime et de mon réel dévouement. « 

50 exemplaires qui seront offerts de main à main; le résultat d'un  travail artisanal lent et patient où même les mots ont été ciselés patiemment durant des mois. 

Mais plus que cela, ces « Rêveries chamanes » m’invitent déjà en Mongolie auprès de quelques unes des 18 tribus chamanes, cet été. J’imagine le son du tambour résonner sec, une psalmodie qui traverse l’air , à coups réguliers. Imaginer, ce souffle musical qui traverse l’air comme notre propre souffle, comme le souffle de la vie. Un souffle géant qui traverse les montagnes, arrose les plaines, caresse les pierres, glisse sur les feuilles des arbres, porte les ailes géantes des aigles. Un souffle immense qui nous rappelle que nous sommes tous attachés sans distinction à cette inspiration géante qui nous lie, sans distinction , ni de couleurs, ni de races, sans frontières, sans frein, libre et universelle.

A devenir à notre tour, ce souffle, on se souviendra que tout est vivant, que tout respire, que le courant spirituel le plus fort c’est notre souffle de vie, c’est ce que nous avons tous en commun, animaux, humains tous les humains, végétaux, minéraux. Ce souffle qui nous porte, nous voilà infinis et sans entraves.

Tout est vivant, même nos rêves immenses d’un souffle unanime.

Un courant spirituel qui balayera les religions mortifères et nous amènera à nous souvenir que nous sommes les enfants du vivant, et que nous respecterons dès lors tout ce qui est vivant ; les forêts, les montagnes, les pierres, les rivières, les fleuves, les mers, l’espace, les animaux, les enfants, les femmes, les hommes.

Nous nous tiendrons par la main et en écoutant le son du tambour et la voix puissante d’un chamane, nous inspirerons profondément la vie insufflée qui nous maintient vivants, si vivants et si semblables  !

 

Une respiration immense gonfle nos poitrines

Un souffle plus régulier que le son du tambour

Une brise qui caresse nos visages

La musique vibrante

Berce nos âmes

Fermez les yeux !

Tenons-nous par la main

Inspirons profondément

La vie est là ,

Sentez-la !

Si profonde et si puissante

Nous sommes la vie.

 


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25/03/2016

Le tendre rêve de Charlotte

images.jpegChampel 13h – Une jeune femme aggripée à la poussette de son enfant, scrute la route, elle est à l’arrêt de bus, les traits crispés. Grande, mince, avec une queue de cheval brune et épaisse plantée au milieu du crâne,  les pommettes saillantes et les yeux légèrement en amande laissent penser qu’elle pourrait venir d’ailleurs. Son bébé, à peine âgé de deux mois, aux tendres joues roses , dort, les poings fermés posés délicatement sur la petite couverture brune qui l’enveloppe chaudement.

Le ciel est bleu, les nuages jouent à attrape-moi, ils filent les uns derrière les autres.   Une voiture de police municipale s’arrête en un crissement de freins sec, un homme en sort prestement et se dirige vers la jeune femme, puis 2 minutes après, une voiture de police, 3 policiers rejoignent le petit groupe composé de la maman, d’une amie qui l’a rejointe prestement entretemps et qui fera office de traductrice;  la jeune maman vient d’un pays de l’Est. La femme se met à expliquer qu’en instance de divorce, son ex-époux l’a suivie après être resté posté 2 heures devant sa maison, il l’a menacée d’enlever leur enfant, a cassé une vitre chez sa tante, la harcèle par téléphone, la surveille jour et nuit.

Son débit est rapide et saccadé, l'amie traductrice intervient parfois bien que finalement la jeune femme parle plutôt bien le français, mais sous le coup de l’émotion et de la peur, les mots lui manquent.

Pendant ce temps, entourée de tous ces uniformes, la petite Charlotte , continue à dormir, un souffle régulier, ses paupières plus fines que de la soie tressaillent. 

La maman égrène sa misère :

- Il m’a envoyé des vidéos menaçantes en disant que j’allais repartir chez moi sans ma Charlotte et que je crève là-bas ! 

Charlotte comme si elle avait compris qu’on parlait d’elle, met son minuscule pouce dans son adorable petite bouche aux lèvres vermeilles.

- J’ai très peur, il me menace, jour et nuit.

 Un sourire d’ange se dessine sur les lèvres de l’enfant, les paupières clignent subrepticement. L'innocente dort à poings fermés sans se douter de la présence de toutes ces têtes qui s’agitent autour d’elle. Puis elle ouvre les yeux et observe longuement le ciel bleu et les nuages qui filent à toute allure et semble interroger la vie :  un carrousel géant ? La vie, une fête magnifique  ?

Quant à moi, je me suis cachée derrière les paupières de l’enfant, incognito, à voir défiler les rêves magiques d’un nouveau-né chargés de futur et de joie de vivre.

 

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23/03/2016

« Pourquoi les musulmans ne descendent pas en masse dans la rue pour condamner ? »

Pour Ismaël Saïdi, un Belge d'origine marocaine, cette question n'a précisément pas lieu d'être posée. Dans un post publié sur son compte Facebook mercredi, ce scénariste, réalisateur et acteur qui a travaillé plus de 16 ans à la police belge, rappelle que les musulmans sont avant tout des citoyens belges comme les autres, touchés par le terrorisme comme tous les Belges.

 

« Pourquoi les musulmans ne descendent pas en masse

dans la rue pour condamner ? »

 

Parce que nous sommes en train de conduire les taxis
qui ramènent gratuitement la population chez elle depuis
hier…

Parce que nous sommes en train de soigner les blessés
dans les hôpitaux…

Parce que nous conduisons les ambulances qui filent
comme des étoiles sur nos routes pour essayer de sauver ce
qu’il reste de vie en nous…

Parce que nous sommes à la réception des hôtels qui
accueillent les badauds gratuitement depuis hier…

Parce que nous conduisons les bus, les trams et les
métros afin que la vie continue, même blessée…

Parce que nous sommes toujours à la recherche des
criminels sous notre habit de policier, d’enquêteur, de
magistrat…

Parce que nous pleurons nos disparus, aussi…

Parce que nous ne sommes pas plus épargnés…


Parce que nous sommes doublement, triplement
meurtris…

Parce qu’une même croyance a engendré le bourreau
et la victime…

Parce que nous sommes groggy, perdus et que nous
essayons de comprendre…

Parce que nous avons passé la nuit sur le pas de
notre porte à attendre un être qui ne reviendra
plus…

Parce que nous comptons nos morts…

Parce que nous sommes en deuil…

Le reste n’est que silence… »

 

 

 

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20/03/2016

« La Reine Malka »

349057970.2.jpegVous l’avez sans doute vue, vendredi, assise devant la synagogue  Beth-Yacoov, sur un banc en pierre. Sa valise bleue devant elle, recouverte d’un manteau de fourrure, avec un bonnet également en fourrure, les mains enfouies dans un manchon. Elle a allumé deux bougies, elle est restée là, droite, et fière, durant des heures.

Le lendemain, samedi, 13h30, je la vois, toujours assise sur le même banc, avec la même valise, le même air, digne et hautain.

Je n’y résiste plus, je la salue, elle daigne se tourner vers moi avec une suffisance royale et me rétorque « I only speak english ! »- Il en aurait fallu plus pour me décourager, qu’à cela ne tienne : parlons anglais !

Je lui fais remarquer que cela fait quasiment deux jours qu’elle est assise sur ce banc en pierre. Dignement, elle répond toujours en anglais « Je suis la reine Malka »- comme Malka (מלכה) signifie reine en hébreu , je tente de décrypter le message. Sur son bonnet de fourrure trônent, des talismans, des mains de Fatma, des bijoux contre le mauvais œil. Carrément, un mur d’ex-voto sur un bonnet.

Je suis Juive , me dit-elle,  née en Israël. Falasha ? Son magnifique profil genre érythréen pourrait laisser croire davantage, à la reine de Saba. Non pas du tout ! me répond elle avec un mépris accompagné d'un claquement de langue.

Je lui demande si elle a mangé depuis la veille, et lui tends 20 francs, elle les glisse dans son manchon, lui aussi en fourrure. Quelques minutes après, je lui fais remarquer que si elle est  juive, c’est « mouktsé » de prendre de l’argent.

Que n’ai-je dit ? La pauvre femme dont la fragilité psychique est manifeste, hésite, se trouble, balbutie, elle perd de sa superbe, puis  propose de me les rendre. Surtout pas ! La meilleure chose à faire c’est d’oublier et surtout de ne plus faire circuler cet argent entre elle et moi. Oublions-le! ai-je suggéré.

Je me souviens vaguement du Deutéronome et de l’Exode qui traitent du Shabbat avec les commentaires de Rachi, et lui dis que sans doute toutes les religions sont supposées être humanistes et que si elle avait vraiment besoin de cet argent pour manger, qu’il en allait de sa vie, peut-être que c’était important de le lui donner et qu’il y a toujours des « dérogations », même et surtout D.ieu est capable de comprendre la misère.

Ces quelques mots la rassurent. Finalement, en l’observant bien, avec ses baskets blanches, sa robe noire longue, remonte le souvenir de la « mariée israélite coranique » et il semblerait que ce soit la même, parlant en réalité aussi parfaitement le français, qui écume toutes les boutiques de mariée, la même que notre « Reine » posée, là, devant moi,  sur un banc de pierre qui attend un élu imaginaire avec une fierté toute royale.

 

"Quand le fou parle, le sage écoute !"

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