25/08/2016

Carnet de Mongolie - Chamanisme et puissance de l'invisible

IMG_9980.JPGLe chamanisme est considéré vieux comme le monde. Dès l'âge du bronze, des rituels chamaniques sont identifiés. Gengis Khan, figure majeure de ce mouvement spirituel pratiquait lui aussi le  Tengrisme;  une vie en phase avec l’univers, les ancêtres, et le Ciel Bleu éternel. En Mongolie, on identifie 99 divinités dont l'ultime, la centième, se compte à part, et  est dissociée des autres. Le ciel ultime, LE CIEL BLEU .

Dans tout le pays on découvre des Obo (oovo), monticules de pierres qui représentent d'anciens sanctuaires chamaniques et qui marquent un endroit considéré comme sacré, abritant des esprits  et qui ont échappé à la destruction.

Chassés par les bouddhistes, puis anéantis par le communisme, les chamanes ont pu voir ressurgir depuis les années 1990 , suite à la fin du régime communiste, et cela après plusieurs siècles de disparition, leur pratique ancestrale qui dans les régions les plus isolées ont pourtant continué à se développer, comme dans la taïga.

IMG_0007.JPGAppelés à soigner les corps et les âmes, on dénombre, 22'000 chamanes en Mongolie. Celui qui est appelé renonce à tout pour suivre sa voie. Des juges, des banquiers, des hommes d’affaires, du jour au lendemain,  peuvent être amenés à délaisser leurs charges pour vivre leur vie de chamane et cela dans l'unique but de se mettre à disposition des autres et faire le lien entre les esprits et les hommes.  

Le mot chamane  signifie « celui qui sait «  et force est de constater que l’esprit qui visite un chamane, appelé par lui , sait presque tout sur vous, c’en est même troublant.

Le chamanisme est d’autant plus aisé à pratiquer qu’il n’a pas besoin d’un lieu spécifique. Souvent, les pratiques se font,  en été,  dans les forêts pour se connecter à l’esprit des lieux et permettre d'entrer en contact avec les anciens après être entré en transe.

Les jeunes sont très attirés par ce qu’induit ce courant mystique;  il est fortement en lien avec la nature qui est le Temple Divin et dont le respect doit être absolu. Montagnes, rivières, forêts sont autant d'endroits sacrés qu'on vénère et auxquels on fait des offrandes. Une chamane me disait qu’extraire de l’or d’une rivière revient à retirer du sang des veines, si l’or est dans la rivière c’est qu’il lui est indispensable. Autant dire que les extractions minières du pays ne sont pas vues d’un bon œil.

Pour ma part, dans le prochain billet, je vous décrirai quatre rencontres avec des chamanes de groupes ethniques différents, dont les pratiques se différencient, elles, aussi. Contrairement aux pratiques chamaniques d'Amérique latine, aussi proches que celle d'Afrique,  il n'y a ni drogue, ni champignon hallucinogène. Une guimbarde, un tambour, des chants suffisent à faire venir les esprits.

Pour les chamanes,  nos racines profondes viennent du ciel, nos liens aux anciens sont essentiels. Sans ceux-ci, nous ne sommes qu’une enveloppe vide, notre « hijmor » ne peut-être qu’affecté par ce néant, notre équilibre intérieur reposant aussi sur le lien fort que nous avons avec les anciens qui nous tient en nous tirant vers le haut, nos racines du ciel sont nos piliers fondateurs. 

 

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23/08/2016

Carnet de Mongolie - Parfum de steppe

IMG_0396.JPGLa steppe sur des milliers de kilomètres recouverte d'un tendre tapis vert, - prairie herbeuse - , sur lequel les sabots des chevaux non ferrés,  résonnent, tandis qu'ils galopent plus légers que le vent. Des sousliks courent à toute vitesse se terrer dans leur trou qui brise les pattes des chevaux lancés au galop.

 

 

 

 

IMG_0254.JPGDes milans noirs , des aigles dorés aux serres puissantes et aux battements lents et profonds,  des busards cendrés au vol gracile, des faucons sacre se déploient lentement dans le ciel, un ballet aérien tout de grâce et de légèreté; leurs ailes forment des ombres sur le sol lorsque d'un coup, ils plongent vers une proie en piquant droit sur elle. Le bruit des charognards s'agitant autour d'un chien qui ronge en toute tranquillité son os et ne se laisse guère intimider, déchirent le silence. Des vautours sautillent en se dandinant sur le flanc des collines, leurs ailes posées sur le corps comme une cape d'où émerge un long cou blanc.

Des troupeaux ne cessent de traverser la piste, yaks, vaches, chèvres, moutons, chevaux se partagent des plaines infinies où le temps semble  retenir son souffle.  Le plus étonnant est le silence absolu, troublé parfois par le cri  lointain des yaks ou le hennissement des chevaux qui s'ébranlent d'un coup, par un signe qui n'appartient qu'à eux,  et partent au galop,  côte à côte, crinière au vent. De temps en temps, on croise une yourte blanche devant laquelle est posé un panneau solaire et dont la porte ouverte offre la vision d'un enfant jouant assis par terre tandis que sa mère prépare le feu d'un brasero à l'extérieur, le père attache le cheval après être arrivé à bride abattue et enlève d'un geste tranquille la selle en bois colorée,  jaune et orange, une ceinture de la même couleur autour de la taille et qui rappelle que l'homme et le cheval ne font qu'un dans ce décor puissant. 

Plus étonnante dans ces étendues désertes est cette présence forte, quasi palpable, de ce parfum aux senteurs chaudes qui s'exhalent et vous enivrent; un parfum de thym sauvage, de camomille, d'absinthe et d'ambroisie embaument l'air et le gorgent  jusqu'à satiété.

Les rivières serpentent,  argentées,  et ondoient dans une presque immobilité au milieu de l'écrin émeraude des prairies. 

 

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21/08/2016

Carnet de Mongolie- Fête dans la yourte

IMG_0108.JPGDans le parc national du Terelj, nous logeons dans les yourtes du Terelj lodge, 25 yourtes alignées assez proches les unes des autres. On m'a invitée à partager une yourte avec des voyageurs que je ne connais pas, chaque yourte offre quatre lits simples en bois dur, une table, un brasero.

Un car s'arrête et déverse une quarantaine de Mongols, il s'avère que ce sont les anciens élèves et le personnel d'une école qui fête ses 30 ans, ils ont à vue d'oeil entre 40  et 50 ans. Tout est mis en place dans la salle de restaurant pour les accueillir, piste de danse, karaoké, avec le couple de voyageurs, nous nous retrouvons à une table, isolée dans un coin. Les anciens élèves se lèvent et portent fréquemment des toasts en vidant des verres de vodka d'une traite. Très rapidement l'ambiance s'échauffe, des danseurs s'élancent sur la piste pour quelques pas de valse. Quand arrive la photo de classe, appelés par le photographe, tous sortent s'asseoir dans un champ parsemé d'edelweiss et de gentianes à l'arrière du bâtiment principal et poser pour la postérité. Nous les laissons à leur fête et partons rejoindre notre yourte.

A 1h30 du matin, une marée titubante déferle entre les yourtes, perçant la nuit d'éclats de rire, des cris de femmes que l'on pince ou chatouille dans la nuit, les numéros de yourtes ne sont plus que des points d'interrogation vacillant dans l'obscurité, des dizaines  de mains qui palpent la nuit en tâtonnant, en quête de serrure.  Le chemin entre elles n'est plus qu'un labyrinthe inextricable perdu dans la pénombre subtile d'une nuit de fête. Un Mongol fait erreur et s'introduit dans la nôtre, puis comme piqué par une abeille, il se jette en arrière et rate les deux  marches.

Puis ils entonnent des chants, un contralto féminin  fait écho à la montagne sur un air d'opéra, un baryton s'exerce dans la nuit, puis des chœurs, certaines voix au timbre parfait sortent du lot, les chants sont interrompus par des rires et parfois des gloussements. Il est déjà 4 heures du matin, couchée dans ma yourte, j'écoute le ramdam des fêtards. Puis, comme par magie, ils sont poussés vers le champ où se trouvent des yaks pour qu'ils puissent continuer à chanter à tue-tête.

Couchée sur un lit dur, derrière mes paupières closes, j'imagine cette fête magnifique, ce cortège chancelant sous le feu d'un ciel étoilé parsemé d'étoiles filantes qui se laissent tomber à l'horizon après avoir traversé tout le ciel, en une profonde révérence stellaire. Cette joie communicative coule sur moi comme une onde bienfaitrice, j'écris déjà mes impressions mentalement en formant des mots et des phrases. Sur le tableau noir de cette nuit blanche,  le récit se dessine, lui aussi,  à tâtons dans la pénombre. Cette fête est devenue aussi la mienne, celle de l'imaginaire en goguette. 

IMG_0158.JPGA l'aube, en sortant, je vois une armée en défaite, un Waterloo mongol,  des amies se tiennent par le bras et se dirigent l'estomac barbouillé vers les toilettes, un homme soutient son ventre en essayant de se vider , les plus hardis continuent à la vodka tandis qu'une partie de foot s'organise leur rappelant avec émotion, le temps de la cour de récréation. Une vieille dame sort la tête de sa yourte, observe le spectacle de la partie et satisfaite s'engouffre aussitôt au chaud, sans doute, une maîtresse d'autrefois qui jette un coup d'oeil attentif et ému sur sa classe d'antan, aujourd'hui, des hommes et des femmes, encore un brin indisciplinés.

 

A chaque fois que je croise  alors les Mongols de la fête, ils me font une légère courbette  en forme d'excuse  pour la nuit blanche mais semblant ajouter tout à la fois que la fête est si bonne, je souris pour leur prouver que je ne leur en tiens pas rigueur, bien au contraire !

Avec les quatre mois d'été, les Mongols paraissent profiter jour et nuit du soleil et de la lumière. 

 

UN GRAND MERCI A CYNTHIA ALTHAUS - CORRECTRICE STAGIAIRE

 

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Crédit photo D. Chraïti

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17/08/2016

Carnet de Mongolie – Ulan Bator

ulan-bator-photo-728x344-728x344.jpgUlan Bator, située à 1351 m, est une ville étendue sur 4704 km2 et dont le passage de yourtes à hauts buildings n'a rien donné de saisissant; une architecture autrefois soviétique empressée de répondre à l'arrivée de nombreux habitants qui quittent l'arrière-pays pour venir s'établir dans la capitale. Pour presque 3 millions d'habitants, la capitale en abrite un peu plus de 45%.

Ulan Bator signifie le "héros rouge" en référence à Sukhbaatar, héros de la révolution de 1923. Une ville qui se prépare à accueillir les touristes européens encore très minoritaires dans la capitale, l'Anglais commence à être, à peine, la langue de travail, les Mongols sont plus à l'aise avec le Chinois, le Russe où le Coréen, pays, où ils y étudient, arrivé au niveau universitaire ou y travaillent.
Une jeune femme participant un programme gouvernemental me dit que la stratégie future est de renforcer de nouveaux partenariats avec d'autres pays que l'axe – Russie-Chine. Le pays grand comme trois fois la France, renferme de grands gisements à ciel ouvert. Cuivre, or, uranium, charbon. Une manne qui bénéficie à l'Etat et aux investisseurs étrangers mais qui laisse une bonne partie de la population sous le seuil de pauvreté et qui ne vise qu'à partir, en attente de visa pour un pays ou un autre. Le salaire minimum en Mongolie est de 108.000 MNT (46 frcs suisses) , le salaire moyen est de 350.000 MNT (environ 150 frcs).

A Ulan Bator, tout le monde s'improvise chauffeur de taxi, je suis là au bord de la route à héler un taxi et déjà deux voitures se sont arrêtées pour proposer de me véhiculer, j'hésite, le premier conducteur est un Monsieur âgé qui regarde la carte de mon hôtel à 1 cm de ses yeux qui ne sont plus qu'une fente étroite pour tenter de déchiffrer l'adresse écrite en lettres latines et non point en écriture mongole, cyrillique. Un autre homme s'approche pour déchiffre l'adresse avec lui, - les adresses changent souvent - , chacun farfouille dans sa mémoire pour tenter de se souvenir de quelle pouvait bien être l'adresse précédente.
Je décline l'invitation et me remets en chasse d'un taxi qui lui non plus ne saura pas où se situe l'hôtel mais il finira par l'appeler pour demander la direction.
IMG_0165.JPGEntourée de Coréens et de Mongols, je suis la seule non asiatique de mon hôtel, assise à la terrasse, j'aperçois dehors, des jeunes, universitaires bénévoles qui ramassent les déchets, il est vrai que les bouteilles en plastique jonchent le moindre espace vert et ce dans tout le pays.
Un pigeon vient d'être écrasé par une voiture, là, sous mes yeux, sur l'asphalte, le bruit d'os broyé me raidit les cheveux sur la tête, d'autres voitures lui roulent dessus. Je semble être la seule personne à me préoccuper de la fin tragique du volatile, en poussant un cri à la vue de la scène, la serveuse croit que j'ai commandé à boire, elle m'apporte du thé au lait de yak ce qui ne fait qu'ajouter à mon écoeurement.

 

Demain en partance pour le parc naturel de Gorkhi-Terlj prête à loger dans une yourte.

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14/08/2016

Moscou - Terminal E

IMG_1127.JPGSans doute certains d'entre vous ont vu le film "Terminal", l'histoire de ce réfugié iranien,  Karim Nasser Miran resté 11 ans bloqué à Roissy.  Son presque jumeau, lui,  est bloqué au Terminal E, à Moscou,  depuis 1 an et 4 mois, c'est Mohamed, un  journaliste somalien qui a demandé refuge à la Russie, il attend depuis tout ce temps une réponse qui ne vient pas sur un 2m2.  Installé sur un matelas dans une ancienne pièce vitrée destinée autrefois aux fumeurs, il a rassemblé ses quelques affaires et laisse un mot, écrit en anglais et en russe,  pour prier les gens de ne pas lui prendre ses affaires dont il ne s'éloigne que rarement si ce n'est pour aller aux toilettes, ou s'acheter de quoi se nourrir.  Il a un chauffe-eau qu'il branche aux bornes de recharge, un thermos, un  Coran et un tapis de prière.  Il est assis une bonne partie de la journée, et depuis peu possède un ordinateur depuis lequel il tapote toute la journée pour essayer de s'extirper de cette situation, en sachant qu'avec le temps, elle ne peut que s'empirer, passeport plus valable, impossible de le renvoyer en Somalie où il risque pour sa vie.  Je lui suggère de raconter sa vie au quotidien dans cet aéroport via Facebook. Il hésite entre humour et désespoir, il y a aussi comme un sentiment de fatalité.  Au moins, il a perfectionné son anglais et appris le russe, dit-il en souriant. 

IMG_1128.JPGEn face de son couchage de fortune, un capsule hôtel pour les voyageurs avec chambres et douches, le tout entre duty free offrant caviar et vodka. Après lui avoir parlé, je lui glisse un billet pour le cas où il en aurait besoin, en roubles, c'est beaucoup, il se défend, refuse, j'insiste et lui dit qu'il pourra me rembourser plus tard, de nombreuses personnes travaillant à l'aéroport doivent aussi lui donner des coups de main par ci par là, une couverture, un sac, un sandwich. Il est aussi soutenu par le UNHCR. 

Une occasion de réfléchir sur le monde, notre relation aux autres, j'ai un sentiment d'empathie énorme pour ce jeune de 30 ans qui passera peut-être encore quelques années couché dans cet aéroport, à patienter, pris au piège kafkaïen d'une quelconque administration. 

 

 

 

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Assise dans un autre terminal, au Terminal F,  à patienter pour un avion déjà en retard,  en songeant à tout cela, à cette liberté perdue, à cet enfermement perpétuel, ces années qui passent à attendre au lieu de prendre son envol, toutes ailes déployées, je vois un pigeon qui lui, aussi, a appris à vivre à l'aéroport,  enfermé, il ne vole plus, il sautille entrain de récupérer les miettes tombées, des chips, des bouts de pain. Il  déambule entre les valises, entre les pieds des voyageurs, ses ailes lui sont devenues inutiles. Il va son chemin, sans plus craindre, rien ni personne, indifférent à tout, atteint d'une neurasthénie existentielle comme l'autre pigeon voyageur du Terminal E. 

 

 

 

 

 

 

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19/07/2016

Papeterie d'art, de l'art pour plaire

IMG_9494[1].jpgRéaliser son rêve est un moment magique, lorsqu'entre ses mains,  on tient enfin l'ouvrage écrit, corrigé, accompagné d'illustrations, imprimé sur du papier fabrication artisanale et l'objet d'art est là dans toute sa  force et sa splendeur.  

A Pérouges, ancien village de tisserands de chanvre, aux ruelles médiévales pavées, passage obligé des marchands, autrefois,  qui naviguaient entre  Lyon et Genève, je suis venue donner un coup de pouce, pour aider à relier "Rêveries chamanes" mon dernier-né, avec cette  maladresse déconcertante qui me caractérise.  Le chas de l'aiguille n'a jamais été aussi minuscule et le file aussi gros, puis passer le fil de coton entre les pages et nouer le nœud au milieu du livre exige une certaine dextérité, je songe qu'il est plus facile de versifier.

Dans cet atelier tout de pierre et de bois, dont les presses datent elles aussi du Moyen-Âge, les gestes ancestraux se perpétuent;  triage, délissage de tissus, chiffons broyés dans des piles hollandaises puis placés dans des cuves; vieux instruments récupérés en Europe auprès de particuliers  et qui ne se fabriquent naturellement plus. Une odeur particulière embaume dans l'atelier, tissu et colle mélangés, pour éviter l'effet buvard, le papie est encollé, le tamis laisse passer le jus et retient la pâte homogène, amas blanc encore humide qui séché deviendra une feuille aux bords à barbe, dentelées et dont l'aspect brut rehausse le côté fabrication artisanale.

IMG_9587[1].jpgLe couple Pasdeloup , Bruno un jeune trentenaire et son épouse Laurence , ont décidé de se lancer dans la papeterie artisanale. Pari réussi, ils en vivent et se réjouissent d'avoir suivi leur passion et leur envie, il fallait oser se mettre à leur compte et choisir un métier d'art pour lequel, ils ne sont plus que dix en France. Leur atelier  ne désemplit pas, des curieux, des touristes, - le village médiévale en recense plus de 300'000 par an - , mais avant tout, les Pasdeloup insistent,  ça doit rester une entreprise artisanale qui honore ses mandats.  Bravo aux jeunes entrepreneurs !

Artistes, écrivains, peintres font appel à la papeterie d'art où les feuilles fabriquées à la main, une par une, en chanvre et en lin et qui délicatement suspendues par des pincettes en bois, mettront entre un jour et une semaine en hiver à sécher, redonnant au temps ce goût de la chose bien faite, car l'éloge de la lenteur s'applique merveilleusement à l'art qui s'en nourrit abondamment.

IMG_9536[1].jpgQuant à moi, loin des impressions par centaines, loin de l'anonymat du livre solitaire derrière une vitrine, loin du bruit effrayant des Salons du Livre , je réalise un tirage d'une cinquantaine d'œuvres que j'offre au compte-goutte, mais déjà des commandes affluent annonciatrices du  second tirage sans doute numéroté de 1 à 100.

Les écrivains redeviennent eux aussi des artisans que les éditeurs ont fini par épuiser, que la mise en vitrine attristent, que les séances de lecture dans les librairies sur fond de bruit agacent   et qui incitent à s'interroger mais pour qui et pourquoi écrire ? Pour La plus grande masse possible ? Pour un maximum de lecteurs ? Pour La plus grande visibilité? Pour la caisse enregistreuse ?

 

Quant à moi, je préfère la proximité, être en lien avec ceux qui tiennent votre livre entre les mains et qui avancent prudemment pour oser, après moult hésitations, oser, enfin, vous poser une question qui les taraude depuis longtemps  et avoir le temps d'y réfléchir et peut-être même de pouvoir y répondre :

C'est sans doute pour cela que l'on écrit, pour être étroitement  en lien avec les autres  

 

Rendez-vous le 18 septembre de 10h à 18h

Jardins de Loëx dans une yourte traditionnelle

Présentation de Rêveries chamanes et rencontre avec l'illustratrice Gloria Antezana,

 Les papetiers seront aussi invités à présenter leur travail

Mais encore , au menu , impressions de voyage et mes rencontres avec les chamanes de Mongolie

 

 

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Crédit photos Julia Chraïti-Martin 

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14/07/2016

Amilcar Cabral - Lettres à Maria Helena

1038933.jpgIl y a quelques jours, je reçus un email  écrit en portugais m'invitant à une conférence intitulée " Cartas de Amílcar Cabral a Maria Helena ." En lisant le nom du grand indépendantiste africain,  une boîte aux souvenirs s'ouvrit et dont tous les fantômes ressurgirent; Aimé Césaire, Franz Fanon, Lumumba, Sankara, Cheikh Anta Diop, Kwamé N'Krumah. Pêle-mêle des visages, des luttes, des visions d'une Afrique libre et indépendante, des écrits remarquable; souvenirs d'une  belle énergie libératrice courant sur l'Afrique pareille à un lion puissant.

En 2016, que reste-t-il de tous ces combats ? Comment s'est transformé ce terreau de résistance ? A quoi ressemble,  de nos jours,  la poursuite de la lutte pour assurer la vraie indépendance africaine qui a pris la forme étrange de continuation d'une colonisation mais  cette fois entièrement économique;  hydre aux formes multiples, incessantes métamorphoses de la bête immonde qui sous ses aspects les plus inattendus et les plus cyniques peut afficher jusque de la condescendance, dans un souci de coopération et de développement…., par esprit de solidarité internationale, … pour des droits démocratiques. Le monstre polyforme ne cesse de se glisser sous le corps africain, néanmoins, il continue à le dévorer de l'intérieur sans bruit, il l'aspire goulûment dans un silence nécrophile.

L'ingénieur- agronome cap-verdien, né en 1924 à Bafata en Guinée portugaise,  renommée Guinée Bissau, hérault et héros de l'indépendance, leader du parti africain de l'indépendance de Guinée et Cap Vert (PAIGC)  fit ses études à Lisbonne d'agronomie,   jusqu'en 1952 et mena bataille ensuite auprès des paysans africains en vue de leur mobilisation, il parvint aussi de  faire en sorte que les ethnies jusque-là ennemies firent alliance pour un combat commun; la lutte pour la liberté.
Lisbonne devait absolument faire taire cet indépendandiste, surnommé le "Che" – qu'il rencontrera du reste avec Fidel Castro - et dont l'influence grandissante menaçait ses intérêts coloniaux en Guinée Bissau et au Cap Vert. Dans une tentative avortée d'épauler "son frère portugais" en renversant Sékou Touré et en capturant Cabral, alors en Europe de l'Est, les Français ratent leur cible lors de" l'Opération Mer verte" en novembre 1970   et pilonnent, dans la nuit, la maison du voisin de Cabral , touchant ses trois filles dont une aura la tête détachée par l'obus. Mission lamentablement ratée ! Les services de renseignement étaient déjà mal renseignés.

Il rencontrera sa première épouse Maria Helena de Athayde Vilhena Rodrigues, lors de ses études à l’Institut d’Agronomie du Portugal. Une longue correspondance s'ensuivra et qui montre la longue carrière d'un homme engagé, ses hésitations, ses pensées les plus profondes et les plus intimes. L'autre face d'un homme.  Une amie, à Dakar,  se souvient d'avoir rencontré chez elle, cousin de sa mère cap-verdienne, en la personne d'Amilcar Cabral, un  homme doux et si cultivé.

Mais que lui dirait-on, aujourd'hui, à cet homme assassiné devant chez lui, le 20 janvier 1973, à Conakry ? Que le mouvement d'indépendance n'a pas terminé son travail et que le pire ennemi vient de l'intérieur; une vraie gangrène, c'est la corruption à tous les échelons qui livre le pays tout entier à ses ennemis et sans résistance.

Le visage hideux de l'ennemi, Cabral, et qui menace l'Afrique encore plus dangereusement:   LA CORRUPTION !

Le lion africain est mort, vive le lion !

 

22 juillet à 18h

Université Uni-Mail

Sala MR 280

Boulevard du Pont d'Arve 40

 

Avec Lettres de Amilcar Cabral a Maria Helena, est également prévu le lancement du livre Sans limites du poète Filinto Elisio par l'Association culturelle Luso-suisse Laços et Rosa de Porcelana.

Pour les francophones, un petit effort, on écoutera en Portugais le tout et on demandera à son voisin de traduire ce qui se dit. Le responsable de l'association lusophone m'a garanti que tout le monde se comprendra, car tous feront un effort.

 

 

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10/07/2016

Bains des Pâquis, des Portugais, des Brésiliens, moi et Marguerite

IMG_0747.JPG7h30 - Panama sur la tête, l'oeuvre de Marguerite Yourcenar sous le bras "L'oeuvre au noir", serviette de bain sur l'autre, d'un pas nonchalant et serein je me dirige vers les  Bains des Pâquis m'enivrer du spectacle qu'offre la baie et profiter d'un plongeon matinal au milieu des canards qui barbotent dans cette eau fraîche et limpide. 

Or, c'est un tout autre spectacle qui s'offre à moi. Deux bandes rangées, Portugal contre Brésil, un fan zone improvisée, encore bourrée, sous l'effet d'un mauvais vin et d'un mauvais rhum. Une brésilienne au short noir trop court dont les chairs abondantes légèrement flétries débordent généreusement, les cheveux frisés teints, fausse blonde oxygénée et bouteille à la main, insulte de sa voix rauque des matins qui déchantent, un Portugais. Celui-ci lui répond en portugais du Portugal et ils s'incendient mutuellement.  Puis, le jeune homme menace de frapper. Les groupes se forment, on s'attend à ce que ça dégénère en bataille généralisée. Les gardiens les retiennent. Puis la femme parvient à courir comme une folle vers l'homme pour lui fracasser sa bouteille sur la tête. Lui menace. Le mari de la femme au teint  blanc translucide qui montre que lui carbure encore à autre chose que de l'alcool, avec sa voix pâteuse essaie d'intervenir tant bien que mal et légèrement au ralenti. 

IMG_0743.JPGJ'hésite à m'asseoir car dans ce tohu-bohu, mieux vaut plutôt être prête à courir. Discrètement, je prends quelques photos, une jeune femme ivre fonce sur moi et me menace de son index, à deux doigts de me frapper.  Je me plains de ne pouvoir lire mon livre tranquillement et n'ayant jamais eu de télévision et ne m'intéressant pas spécialement au foot, face à l'hystérie de la Brésilienne et du Portugais qui atteint son paroxysme, je me renseigne naïvement: il y a un match prévu Brésil-Portugal ? Pas du tout me rétorque-t-on, c'est France-Portugal.  La Brésilienne aurait  dit au Portugais, que la France allait gagner et que les Portugais étaient trop nuls et qu'ils allaient perdre forcément .  Le sang de l'autre n'a fait qu'un tour, il se mit alors  à vociférer et  menacer de la frapper, elle et ses amis.

Hamid l'homme en charge de l'entretien et qui nettoie au jet les lieux, les arrose abondamment pour essayer de leur rafraîchir la tête ébouillantée par les degrés éthyliques. Les spectateurs de cette scène singulière s'esclaffent.  Un gardien qui travaille aux Bains des Pâquis depuis 25 ans, se plaint qu'en moins d'un an, c'est devenu pire que jamais, il n'avait jamais vu ça auparavant.  Mais il faut le reconnaître, les gardiens ont bien fait leur job évitant le pire des débordements et le scénario d'un remake d'un West Side story, quand les bandes s'affrontent dans les rues. 

 

 

IMG_0759.JPGLa police finit par débarquer et tente de comprendre pour autant qu'il y ait quelque chose à comprendre tant les bagarreurs semblent tous encore sous l'effet de l'alcool. La main d'un des policiers enserre le bras d'un des protagonistes et le tire tranquillement vers la sortie des Bains. A moins d'un mètre, j'ai senti l'étau calme et résolu annonciateur de fin de bataille. La Brésilienne d'une voix criarde et haute, encore sous l'effet de l'excitation, essaie en portugais de leur expliquer ce qui s'est passé, toujours la bouteille à la main, quasiment vide et dont il ne reste qu'un misérable fond.

Agacée , mon bouquin à la main, j'interpelle le responsable des lieux qui m'explique "Mais, Madame, il faut s'ouvrir au monde!"- Au secours Marguerite, si ça c'est le monde ! Littérature contre football, je m'interroge et "Si le football rendait con?" 

Tout est redevenu calme- en moins de 5 minutes- l'intervention des forces de l'ordre a calmé les esprits surchauffés par une nuit trop longue. 

 

Enfin, je plonge la tête dans mon bouquin : "Excuse-moi Marguerite pour le retard, c'est le bruit et la fureur du monde, tu le sais mieux que moi; les gens bêtes aiment le bruit, et,  les sages le silence ": 

"Dans le ciel les signes de la fin du temps. Mais la couleur rouge à l'occident pâlissait; un crépuscule de plus tournait au gris, puis au noir, et les démolisseurs fatigués redescendaient à l'intérieur de leurs taudis, pour se coucher et dormir."

 

 

 

 

 

 

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06/07/2016

Câlins made in China


IMG_0669.JPGHier, sur la plaine de Plainpalais, côté rondeau,  un groupe de cyclistes chinois attire l'attention. Devant eux, un jeune homme blond, genre baroudeur, s'exprime dans leur langue. Je m'approche, d'un naturel très curieux,  et demande ce qui se passe. Vladimir, notre traducteur improvisé, me dit qu'il s'agit de Chinois originaires de la région de Pékin qui font un tour à vélo en Europe et que voilà maintenant 45 jours qu'ils voyagent.

Enthousiaste, je me mêle à la conversation et pose des questions. Ils réalisent, un tour en Europe en brandissant un drapeau "Free Hug" "Câlin gratuit". Cinq retraités chinois hilares qui découvrent le monde. Toutefois, pour trois d'entre eux,  le vélo a été volé. Je demande : "A Genève?" - comme un seul homme, ils secouent la tête rapidement en s'indignant semblant dire qu'en Suisse, ce genre de chose est impossible à envisager, que ce ne serait qu'injustice d'accuser ce si bon pays qu'ils paraissent tenir en haute estime. Ils seraient étonnés de savoir que Genève n'est pas plus épargnée.

 

 

IMG_0667.JPGEn mimant le fait qu'ils dormaient, une des femmes exagère la triste mine pour montrer qu'elle désapprouve, un d'eux insiste que c'était un  "Huey-hen" en Italie, en montrant son bras pour désigner que c'était une personne de couleur, soudain, devant nous passe un jeune d'homme d'origine africaine et il le désigne, en faisant de grands bruits.  Nous tous observons le jeune qui passe, le pauvre se demande pourquoi une vingtaine d'yeux sont posés sur lui. Vladimir qui a téléchargé un dictionnaire français-chinois sur son portable cherche le mot pour dire que c'est raciste et que ce n'est pas bien de s'exprimer ainsi.  Une autre dame chinoise renchérit et fait remarquer qu'on ne peut pas parler comme ça, ici, en Europe.  J'ai en mémoire la dernière pub chinoise raciste qui a fait le tour du monde sur une marque de lessive. La rencontre des peuples est aussi un apprentissage. 

L'agitation passée, on leur demande quel était leur métier. Vladimir comprend "Réparateurs", je les observe les yeux écarquillés en songeant à ce qu'auraient-ils pu tous ensemble réparer. Le traducteur se ravise en cherchant dans son dictionnaire - Ah! Non! Désolé, ça veut dire fonctionnaires.

 

 

IMG_0676.JPGIls sont invités à tous loger chez un compatriote qui vit au Bouchet et qui en riant dit que ça coûte cher à nourrir tout ce monde.  Ils repartent en nous saluant et en applaudissant Vladimir, le traducteur, qui a appris le chinois à l'Université de Genève et qui a vécu un an en Chine.

Finalement, j'ai appris trop tard qu'ils proposaient un "free hug", je ne les ai pas vus brandir leur petit drapeau du "câlin gratuit", j'aurai trouvé cela amusant.

Ils saluent en agitant rapidement la main tout le petit groupe qui s'est formé autour d'eux. Ceux dont le vélo a été subtilisé et qui comme souvenir d'avoir été , un jour cyclistes, n'ont plus que le casque sur la tête, continueront en train.  

Une rencontre au hasard d'une balade, emplie d'une admiration pour ces retraités qui découvrent le monde et qui en apprennent l'usage. 

Et si à notre tour, nous partions faire un tour à vélo en Chine en proposant un "Free hug" ?  - Quelle merveilleuse aventure, je devrai tester en Mongolie lors de mes prochaines vacances.  

 

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23/06/2016

Destins en mains

13346488_1315243181843435_1247326174700220600_n.jpgDes mains qui façonnent, pétrissent, cousent, découpent, trient, sèment, sarclent. Des mains qui font et qui défont et au bout...la Vie.
Sur les Quais Wilson du 1er au 31 juillet, un hommage aux femmes et aux hommes qui, à travers le monde, travaillent de leurs mains pour améliorer leurs conditions de vie. Des portraits magnifiques de ces faiseurs de destins y seront exposés, composés de  femmes et d'hommes de 12 pays répartis sur les trois continents : Afrique-Asie-Amérique latine.

Un projet présenté par Helvetas, une exposition en forme de carte blanche donnée à Jean-Pierre Grandjean, voyageur inlassable, épousant  les traces d'un Nicolas Bouvier et d'une Ella Maillart  et  dont l'objectif scrute intensément la force de vie. Pas de misérabilisme à travers ses images mais des instants fugitifs volés à l'instant présent en quête d' éternité ; une vie tissée d'espoir qui détricote le temps sous parfois un ciel de plomb.

J'ai croisé rapidement Jean-Pierre Grandjean lors d'un vernissage, ce qui m'a étonnée est sa capacité non seulement d'observer et immortaliser des instants, mais tandis qu'on parle au photographe, il tend l'oreille, absorbe les mots, recueille les phrases. Ses photos sont une autre façon d'écouter le murmure du monde. Une magie qui se lit d'un portrait à l'autre, une tentative de décrypter dans le chaos du monde, le bruit ténu des mains qui s'activent pour se tricoter une existence digne et décente.

 

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1 ère photo : Les mains de Zeneb Wondemagegn Takele, 32 ans, agricultrice, Wonchet,
Éthiopie, 22 juin 2015
Crédits photos : Jean-Pierre Grandjean

www.grandjean-photo.com
https://www.facebook.com/grandjean.destins.en.mains
https://www.helvetas.ch/fr/news___services/destins/

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