26.01.2012
FEMMES IN "CON" PETENTES ET HOMMES "CON" PETANTS
Un lynchage très particulier de femmes et qui m'a toujours surprise pratiqué par quelques réducteurs de têtes, féminines, de préférence. Une façon de balayer d'une moue méprisante des efforts constants sur des années, des démonstrations sans fin de ténacité et d'endurance, balayés par un lâche et sournois adjectif : "Incompétente !". Enfin les femmes clouées au pilori du jugement tout masculin.
C'est amusant parce qu'on utilise rarement pour un politicien cet adjectif ou pour tout autre homme arrivé au sommet d'une hiérarchie ; le simple fait d'y être parvenu lui donne ses titres d'honneur considérés comme définitivement acquis et si on doit remettre suite à un scandale , à un faux- pas quelque attitude en question, on ne revient jamais sur le fait de sa compétence ou non.
Il en va autrement pour les .femmes, quand bien même elles auraient parcouru le même chemin, à la sueur du même front masculin, en faisant le même dos rond, les mêmes poings rentrés dans la poche, avalant couleuvres et affronts interminables sans sourciller pareilles à leurs homologues, elles ne subissent pas le même traitement lorsqu'on les voit vaciller, les hommes et la presse deviennent intraitables. On peut enfin se venger sur ces femmes qui se croyaient en droit de frayer avec les "Dieux " masculins.
Pour preuve les diatribes enflammées à l'encontre de Garbani, Bonfanti, Rochat et j'en passe, je n'ai pas calculé le nombre de fois où on a pu les traiter d'incompétentes.
Mais d'où vient ce relent machiste caché derrière ce terme manipulé comme une arme tranchante; une guillotine péremptoire ; l'in"con" pétence manipulée par des "con" pétants ?
Mais d'où vient cette manipulation du "con" ? Peut-être d'un autoritarisme pénétrant sur l'appétence de cons qui laisse croire encore à quelque supériorité toute masculine.
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24.01.2012
France - Une campagne contre le harcèlement à l'école qui fait des vagues
Une campagne à travers trois petits films d'une durée de deux minutes chacun "Agir contre le harcèlement à l'école " qui vient de démarrer et proposée par le Ministère de l'Education Nationale et qui révèle surtout la difficulté d'établir une frontière si ténue soit-elle entre harcèlement et chipoterie, querelles, taquinerie à l'école. Certains enseignants dénoncent l'opportunisme électorale et insistent sur le fait que si le gouvernement souhaite agir de façon intelligente, qu'il commence déjà par supprimer les classes de 40 élèves et qu'il travaille sur le fond du problème et les conditions difficiles dans lesquelles évoluent élèves et enseignants . En bref, "Revoir sa copie."
Le harcèlement toucherait un enfant sur 10 en primaire et au collège et la gamme est vaste, elle part du vol du goûter aux racket et violences sexuelles.
L'aspect "cyberharcèlement" via des smartphones est un éclairage intéressant sur une pratique malheureusement déjà fort répandue et qui inquiète au plus haut point les jeunes et qui aboutissent parfois selon la gravité à des "Conduites suicidaires"
Un message unique à retenir : "Le harcèlement à l'école peut avoir des conséquences sérieuses: perte de confiance, troubles psychologiques, dépression, conduites suicidaires.
Numéro vert 119 , numéro Net écoute 0820.200.000 contre le cyberharcèlement, site d'information, passage antenne, avec le slogan "Avant qu'il n'en garde des traces à vie, agissons".
En Suisse, on pourrait profiter de cette campagne pour diffuser ces trois films sur le harcèlement et on risquerait bien de trouver aussi dans le collimateur des enseignants pas si bienveillants.
FILM LES RUMEURS
LES CLAQUES
LES INJURES
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23.01.2012
Nouvelle Star de Gaza: le Gazouillis des Gazaouïs
Suite à l'interdiction pour les jeunes gazaouïs de participer à l'émission "Nouvelle Star", nous avons décidé sur nos blogs respectifs , Pachakmac sur blog de 24 Heures et moi sur TDG, d'ouvrir une fenêtre ouverte sur le monde pour tous les artistes en herbe, ou déjà confirmés, qui auraient envie de poser un vidéo-clip, un texte, des photos artistiques, voire des tableaux picturaux provenant de la scène artistique Gazaouïe.
Ouïe sur le monde entier, bouches ouvertes pour une terre qui cherche sa liberté, lutte artistique déclarée pour empêcher le baillon de tous les intégrismes religieux ou idéologiques, qu'ils soient de terre d'islam, juive, ou chrétienne.
Fenêtre de liberté, d'honneur, d'échanges intercommunautaires, de progrès intellectuel et spirituel comme artistique, cette fenêtre sera un "Work in progress" à la fois individuel et collectif.
Pachakmac sera le parrain de cette nouvelle star pas comme les autres et votre humble servante, la marraine.
Ci-dessous, deux textes magnifiques, le premier de Pachakmac, et le 2ème d'un poète sublime, Mahmoud DARWICH suivi d'un petit poème écrit par moi et deux photos inédites. Enfin une vidéo hors du commun créée sur un autre poème de Mahmoud DARWICH , si belle que j'en reste bouche bée. En conclusion, un extrait du documentaire « GAZA-STROPHE » de Samir ABDALLAH Khéridine MABROUK.
Bonne chance à tous les candidats qui viendront offrir leurs oeuvres et permettront ainsi à d'autres dans le monde de découvrir leur talent naissant ou confirmé. Merci à toutes celles et tous ceux qui feront confiance à nos deux blogs respectifs pour propager leur bonheur de créer et de chanter à la liberté et à l'amour d'une terre trop longtemps baignée dans la violence et le sang de victimes innocentes.
Le Résistant
Si tu prends la défense des Sans-Terres
Ton sang prendra la couleur Amour
Si tu prends la défense du plus faible
Ton sang s'élèvera vers la cime Liberté
Si tu rêves de beauté absolue
Ton sang représentera la quintessence Art
Si tu meurs sous les balles de l'oppression
Ton sang se répandra en parterre Fleurs
Ali pacha

A ma mère
J’ai la nostalgie du pain de ma mère,
Du café de ma mère,
Des caresses de ma mère...
Et l'’enfance grandit en moi,
Jour après jour,
Et je chéris ma vie, car
Si je mourais,
J’'aurais honte des larmes de ma mère !
Fais de moi, si je rentre un jour,
Une ombrelle pour tes paupières.
Recouvre mes os de cette herbe
Baptisée sous tes talons innocents.
Attache-moi
Avec une mèche de tes cheveux,
Un fil qui pend à l'ourlet de ta robe...
Et je serai, peut-être, un dieu,
Peut-être un dieu,
Si j'effleurais ton coeur !
Si je rentre, enfouis-moi,
Bûche, dans ton âtre.
Et suspends-moi,
Corde à linge, sur le toit de ta maison.
Je ne tiens pas debout
Sans ta prière du jour.
J’'ai vieilli. Ramène les étoiles de l'’enfance
Et je partagerai avec les petits des oiseaux,
Le chemin du retour...
Au nid de ton attente !
Mahmoud DARWICH
Le chant des Gazaouïs
Mon chant s’élève
Par-delà la grève
Par-delà la montagne
Par-delà la campagne
Par-delà les barbelés
Par-delà les terres morcelées
Laisse-le atteindre les firmaments
Couleurs d’espoir
Dans ce rythme nostalgique
Je berce mes rêves magiques
Fragiles roseaux
Que la haine achève
Dans les nuages
J'ai écrit ces paroles
Mes chansons s’envolent
Sens ce goût de miel
Qui traverse ton fiel
Donne des ailes à mes mots
Ils sont libres par-delà les
Frontières.
Embrasse mon chant divin
Enivre-toi de ma musique
Bois dans le calice séraphique
De mon chant sacré
Djemâa Chraïti

Like almond Flowers or Further
Comme des Fleurs d'amandier ou plus loin
Un élève palestinien du collège de Ramla à Gaza dans poèmes et récits d'élèves
L'olivier
Je t'admire tous les jours
Tu es là, au milieu de la cour
Patient, fort, gigantesque
Tu éparpilles tes branches
Sans crainte, ni peur
Tu supportes fièrement les oiseaux
Les pigeons, les chats et même les hommes
Tu es mon ami, mon courage
Et ma force dépend de toi
Tu es l'olivier de mon pays
Wafah Hmid
15 ans
"Le Gazouillis des Gazaouïs"
Laissez moi chanter » - " Laissez-moi danser, laissez-moi chanter en liberté tout l'été . Laissez-moi danser, laissez-moi aller jusqu'au bout du rêve."
Laissez - moi comme l’oiseau sur ma branche gazouiller
Je ne veux plus être le corbeau qui zigouille
Dans ma mémoire, en citrouille
En quête de rêves, je farfouille
Au souvenir de ces fripouilles
Qui sur mes espoirs s’agenouillent
Mais je ne reviendrai plus bredouille
Même si ces mots fous, je cafouille
Laissez-moi sans trouille
Sur ma branche encore je gazouille
Heureux de cette grande vadrouille
Ohé ! Je gaz - "ouille!!! " Ohé ! Je gaz - "ouille!!!
Signé la Gazaouïe
Et de surcroît dorénavant on l'empêche de chanter !
Film d'animation sur le blocus de Gaza réalisé par le réalisateur israélien Yoni Goodman, directeur de l'animation de "Valse avec Bachir" et produit par l'ONG israélienne Gisha
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20.01.2012
Les Gazaouïs veulent aussi gazouiller
La Nouvelle Star, émission phare et événement arabo-culturel qui permet à des jeunes de chanter en arabe et diffusé sur M6 est dorénavant interdite dans la bande de Gaza.
Réunissant un joyeux cocktail (et pas molotov) "l'agence de presse palestinienne Ma'an et Mix TV, a son siège à Haïfa et est détenue par deux frères arabo-israéliens, le personnel est un aimable cocktail de Palestiniens, d'Israéliens palestiniens et de juifs israéliens qui ne portent qu'un regard professionnel sur le projet". Malgré le franc-succès des deux premières saisons, avec des concurrents palestiniens de Gaza, de Cisjordanie et de Jérusalem-Est ainsi que des Arabes israéliens, Raëd Othman, directeur de Maan, qui coproduit l'émission avec la chaîne arabe israélienne Mix est surpris voire choqué par cette décision . En effet, le mouvement du Hamas a décidé d'interdire aux Gazaouïs de la bande de participer à cette émission décrétée comme "nuisible à la vie quotidienne" et "contraire aux coutumes et aux traditions islamiques".
Mais dans ce même communiqué le responsable du ministère de l'Information, Mohammed Abou Hachich accuse la chaîne d'être une "base d'Al-Quaïda"."Nous avons accordé à Maan-Mix toute la liberté, la protection, l'information, la reconnaissance et les mesures dont ils avaient besoin pour opérer librement, mais nous voyons chaque jour qu'ils nuisent à la bande de Gaza, au gouvernement et à notre vie quotidienne" explique t-il dans ce communiqué.
L'émission est donc suspendue aussi bien pour les candidats que pour les téléspectateurs sur le territoire de la bande de Gaza, la production de la chaîne Mix, Maan étant accusée de semer le trouble et le chaos sur le territoire dirigé par le Hamas.
Il ne reste aux jeunes gazaouïs plus qu'à gazouiller avec nous en chœur le :
"Gazouillis des Gazaouïs: «
Laissez moi chanter » - " Laissez-moi danser, laissez-moi chanter en liberté tout l'été . Laissez-moi danser, laissez-moi aller jusqu'au bout du rêve."
Laissez - moi comme l’oiseau sur ma branche gazouiller
Je ne veux plus être le corbeau qui zigouille
Dans ma mémoire, en citrouille
En quête de rêves, je farfouille
Au souvenir de ces fripouilles
Qui sur mes espoirs s’agenouillent
Mais je ne reviendrai plus bredouille
Même si ces mots fous, je cafouille
Laissez-moi sans trouille
Sur ma branche encore je gazouille
Heureux de cette grande vadrouille
Ohé ! Je gaz - "ouille!!! " Ohé ! Je gaz - "ouille!!!
Signé la Gazaouïe
* Un article intéressant à ce sujet dans le Courrier du 7.06.2011
http://www.lecourrier.ch/nouvelle_star_en_palestine_davan...
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19.01.2012
Les sans-abris, un peuple d'errants
La crise, les inégalités sociales, l'exclusion ont créé un nouveau peuple, un peuple d'errants - les sans-abris, les expulsés, les mal logés.
En France, 15'000 familles en Ìle de France sont relogées chaque jour dans des hôtels, un prix exorbitant payé par l'Etat, une facture salée qui est le coût de l'échec de la politique de logement. Le nombre de sans-abris a doublé en 10 ans, ce qui représentait 1 mio d'euros par jour déjà en 2008 alors que des immeubles entiers sont inoccupés et qu'il faudrait réquisitionner.
Les places d'hébergement d'urgence doivent entrer dans un programme politique cohérent, le parc immobilier devrait comporter un minimum de 20 % de logements sociaux et augmenter proportionnellement à la crise, entre 30 et 40 % aujourd'hui.
On voit à Paris, maintenant, des personnes parisiennes et working poors loger dans des tentes ou des baraques de fortune construites de bric et de broc vers les zone périphériques. Une fois par semaine, elles louent une chambre pour se laver et cacher ainsi à leurs employeurs qu'elles sont sans domicile fixe. Certaines parmi elles sont tombées sous le coup d'une loi qui n'est même pas promulguée mais déjà appliquée et qui autorise à expulser en 48 heures des gens de leur logement et sans jugement.
Parmi les thèmes d'indignation on pourrait brandir haut et fort le droit au logement. Un droit aussi bafoué à Genève, puisque comme en France, des familles logent durant des mois, voire des années dans des hôtels au frais du contribuable, solution qui permet d'épargner les propriétaires qui continuent à avoir leur immeuble vide et que personne ne viendra donc importuner.
On compte en moyenne à Genève quatre procédures d'expulsion par jour de locataires insolvables, le coût du loyer représentant 40 % ( entre 10 et 15 % pour les assurances maladie ) du salaire, il suffit d'un passage difficile entraînant d'autres urgences et c'est la spirale infernale.
A Genève, on ne loge pas sous tente, mais dans sa voiture et à plusieurs, phénomène en augmentation avec la crise des pays voisins qui forcent des migrants arrivés il y a 10, 15 ans, à repartir chercher du travail ailleurs .
Le droit au logement est un droit humain qui participe à la réalisation d'autres droits humains fondamentaux. Un droit élémentaire que celui d' avoir un toit au-dessus de sa tête.
Ça me rappelle cette histoire qui m'a été relatée d'une jeune femme d'origine africaine incarcérée à Genève qui à chaque permission construisait peu à peu sur un arbre ; discrète, une cabane pour y vivre et avoir au moins en endroit où loger à sa sortie de prison. Planche après planche, à les hisser tant bien que mal, les attacher avec quelques bouts de ficelle, les clouer cahin-caha ; le tout brimbalant, puis des tissus entassés pêle-mêle qui formaient une illusion de toit que la moindre bruine venait détruire . Dans ce travail de fourmi, il y avait quelque chose de puissant, cette leçon magistrale qui se déroulait sous nos yeux de l'être en quête d'amour-propre, cette soif de dignité même pour celui qui est tombé au plus bas.
Belle leçon de dignité, Madame , les Indignés vous en remercient !
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16.01.2012
Quand le clan s'en mêle
Après Ben Ali et la clique Trabelsi, issue d'un milieu très pauvre, clan de sa coiffeuse de femme et qui a mis la Tunisie à genoux tant il a extorqué le peuple sous la menace . Un autre clan ; autrement plus passionnant avec à sa tête un génie, celui de Napoléon et sa nombreuse fratrie corse.
Dans les dernières heures de son exil à St Hélène, l'empereur déchu reconnaissait avoir été peu secondé par les siens qu'il a extirpé de leur condition modeste et selon son aveu, ils lui ont même fait beaucoup de mal: " "Mes frères n'aiment que le faste, les femmes, la représentation et les fêtes, mes frères ne me secondent pas . Ils n'ont des princes que la sottes vanité et aucun talent". Ces frères et soeurs si avides de pouvoir et de titres.
Joseph l'aîné qui après la couronne de Naples portera celle d'Espagne. Lucien, fait prince de Canino. Louis, roi de Hollande qui recevra ordre de son frère aîné :" servez ce pays, mais ne cessez jamais d'être français !" - Jérome, roi de Westphalie élevé en partie par son grand frère Napoléon.
Et les soeurs, Elisa, l'aînée des soeurs et qui deviendra Duchesse de Toscane, un physique ingrat qui ne la rendait pas moins avide d'honneurs et jalouse de ses prérogatives. Caroline, qui enfant était comparée à une Cendrillon légèrement sotte et qui plus tard deviendra Reine de Naples.
La belle Pauline, princesse de Guastalla, choisie comme modèle par les peintres et qui défraie les chroniques de salon avec ses amours tapageuses et messaliniennes. Que de lettres son frère Napoléon ne lui a-t-il donc pas envoyées :" Madame et chère Sœur, j'ai appris avec peine que vous n'aviez pas le bon esprit de vous conformer aux mœurs et aux habitudes de la ville de Rome; que vous montriez du mépris aux habitants, et que sans cesse vous avez les yeux sur Paris."....." Quant à Paris, vous pouvez être certaine que vous n'y trouverez aucun appui, et que jamais je ne vous y recevrai qu'avec votre mari." (la jeune dame avait très vite réalisé sans doute que Paris est plus amusante avec un amant qu'avec un mari !)
Ce clan sur qui Fouché alors Ministre de la Police, - l'homme aux mille yeux qui a su créer alors le plus grand réseau d'indicateurs et d'espions de France - et qui connaîtra chaque travers des proches de l'Empereur, "aucune des 100 affaires malpropres de la famille Bonaparte ne lui échappe, des histoires de jeu des frères " . Fouché saura tenir Napoléon sous la pression d'une rumeur si vite lâchée sur les siens.
Napoléon s'est beaucoup battu pour la France et tout autant pour ses frères et soeurs à qui il remettait à chacun un peu d'Europe comme une tranche de gâteau, à partager entre eux. Mais, il se montrait aussi très autoritaire quant au choix des époux et épouses, il défaisait une alliance qui ne lui convenait pas, en arrangeait une qui servait ses intérêts. Cet homme dont on admirait le génie et abhorrait le despotisme faisait la pluie et le beau temps. Mais ces frères-là, l'Empereur les jalousait aussi :" Mes frères ont été beaucoup plus rois que moi ! Ils ont eu les jouissances de la royauté, je n'en ai eu que les fatigues."
Jusqu'aux dernières heures du frère; l'empereur déchu, c'est bien Pauline, l'enfant terrible, qui l'accompagnera sur l'île d'Elbe, et qui tentera encore de le rejoindre à Sainte-Hélène.
On le constate avec quelque surprise, chacun à sa façon, a tenté au mieux de mener la mission qui leur était confiée, au point même de se soustraire aux ordres du frère pour sauver le peu de crédit qu'on accordait alors à l'Empire. Ils sauront tirer, chacun à sa façon, leur épingle du jeu et finir une vie en apothéose; dans ce ciel rougoyant de fin de règne que Napoléon leur a légué, en s'y immolant tout entier, corps et âme.
Notes de lecture Fouché de Stefan Zweig
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12.01.2012
"Pour voir la lumière, il faut sortir la tête du cul du chameau "
Un an après le début de la révolution des pays du printemps arabes avec la Tunisie en chef de file, que dire ? Une joie timorée, beaucoup de vigilance et très très loin de l'euphorie. Une Révolution n'est que les prémices d'un chantier où tout est à reconstruire. Des années s'écoulent avant de voir émerger les premières constructions solides. Le lendemain de la Révolution française de 1789 , ce sont des charettes surchargées d'humains que l'on voyait traverser la ville et qui menaient les défenseurs de liberté à la guillotine. On pouvait apercevoir avec horreur, des morts flotter par centaines et cela durant des mois ; la Terreur s'était installée et cela au nom de la Révolution qui se fêtait sur des corps de suppliciés exposés sur la place publique.
La « Terreur » des pays arabes serait le tentative d'entraîner ces pays fraîchement libérés du joug des dictateurs vers un obscurantisme qui n'aurait rien à envier aux prédécesseurs et cela avec des méthodes identiques ; les personnes changent mais pas les rôles ,
Dans les pays du printemps arabes, nous n'avons pas d'autruches qui auraient pu se mettre la tête dans le sable; fort heureusement il y a un bon vieux proverbe bédouin qui fera parfaitement l'affaire : "Pour voir la lumière, il faut sortir la tête du cul du chameau "
Certes, si prosaïque mais si imaginé qu'il n'est pas nécessaire d'avoir passé un doctorat en biochimie pour deviner le sens caché de cet adage populaire. Un enfant en maternel comprendra d'instinct, qu'il fait bien noir, là -dedans et que pour avoir un peu de lumière, il faudrait la sortir cette tête.
L'obscurantisme équivaut à se retrouver dans le cul d'un chameau, un regard court, épais, impossible de tourner la tête ni à gauche, ni à droite, pris dans les noirceurs immondes et malodorantes, celui qui même malgré la plus grande passion du monde ne peut décrire que ce qu'il voit : un trou profond, obscur et abject.
Ainsi, l'obscurantiste est l'aveugle si sûr de sa science qui croit que ce qu'il voit est l'unique vérité et prêt à vous la matraquer à coups de sermons sentencieux quand ce n'est pas à coups de matraque. Un rétrograde qu'on invite de toute urgence, pour son bien et celui du monde, à revenir à l'ère des Lumières, de la tolérance, de la culture ouverte sur le monde et sur les autres et à revenir bénéficier des lumières du XXI ième siècle.
Quant à nous autres, plus sages, plus éclairés et plus lettrés , nous refusons de mettre, à notre tour, la tête dans le cul du chameau pour voir le monde. On préfère la lumière, le scintillement, les couleurs joyeuses de la vie, une pensée universelle qui englobe le monde.
On préfère la tolérance au fanatisme, la liberté au dogme, le respect entre hommes et femmes plutôt que la domination, la connaissance large à la monoculture radicale et à son corollaire, l' ignorance. A choisir, on préfère la coexistence pacifique à la haine et à la violence à l'encontre de tout ce qui pourrait être différent. On préfère une religion humaniste, intelligente et respectueuse que celle vue du fond d'un trou par un ignorant dont la vue restreinte et l'étroitesse d'esprit résument sa vision à un gouffre de ténèbres et d'abrutissement.
Nous avons résolument et ce depuis très longtemps, voire des siècles sortis la tête du cul du chameau pour trouver la Lumière, il n'est pas question de l' engrouffrer ou de nous la plonger , à nouveau et par la force brutale et violente, dans ces noirceurs sombres et immondes d'un autre temps.
Nous n'avons pas soutenu la Révolution pour nous laisser soumettre, une fois encore !
Profitons de ce premier anniversaire pour soutenir de tout notre cœur la résistance du peuple Syrien et gardons une pensée émue pour tous les révolutionnaires qui sont morts au nom de la liberté qui nous est devenue d'autant plus chère et d'autant moins négociable. On ne la veut ni en pièces détachées, ni en alternance, ni fractionnée, ni en pointillé, ni en point d'interrogation, ni sous condition : La liberté, on la veut tout entière, ici et maintenant !
20:34 | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : tunisie, printemps arabes |
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10.01.2012
Un seul Tunisien Juif insulté et c'est l'esprit de la Révolution qui est trahi et bafoué
![Synagogue-Tunis[1].jpg](http://regardscroises.blog.tdg.ch/media/00/01/777530020.jpg)
Nous n'avons pas fait la Révolution pour laisser insulter nos concitoyens Tunisiens de confession juive. Nous ne sommes pas montés au front pour laisser s'installer la haine et la discrimination en Tunisie.
C'est avec force que nous dénonçons les slogans antisémites qui ont fusé jeudi passé à l'aéroport de Tunis - Carthage lors de l'arrivée du représentant du Hamas et de rappeler que ces actes de violence sont contraires à l'esprit de l'Islam; contraires à l'esprit de démocratie , contraires au respect entre citoyens, contraires à l'esprit d'égalité.
C'est l'occasion de rappeler que les tribus Berbères juives se trouvaient en Afrique du Nord il y a déjà 3'000 ans et que tous leurs descendants sont légitimement chez eux, et cela bien avant l'arrivée des Arabes et de l'Islam.
La loi doit sanctionner ces dérapages qui sont le fait de quelques obscurantistes qui n'ont pas compris l'esprit de la Révolution et que si nous les laissons prendre corps dans cette nouvelle Tunisie post-révolutionnaire, ils feront taches d'huile et nous subirons bien d'autres dérives à l'encontre de tout autre groupe minoritaire.
Nous demandons pardon à nos compatriotes pour ces actes d'incivilité et demandons que de tels agissements soient punis et empêchés à l'avenir.
Un autre billet qui tombe à pic sur mon autre blog, un conte chamanique sur :Les frontières
http://tangalle.hautetfort.com/archive/2012/01/08/conte-c...
16:51 | Lien permanent | Commentaires (21) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : tunisie |
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09.01.2012
"Les nanas l'ont dans le baba !"
Excusez la formule triviale, c'est dans ces termes qu'elle m'a été rigoureusement citée par mon interlocutrice, ancienne journaliste et responsable RH.
Samedi, je rechaussai pour la première fois mes skis depuis deux ans . Longues chaussettes rouges en laine épaisse à pompons et montant jusqu'aux genoux, achetées à Belgrade, bonnet de laine tricoté à Sarajevo par les femmes victimes de guerre, le tout sur fond de jogging noir et me voilà à peu près équipée pour cette première après-midi de ski; sous la neige, la grèle et dans le brouillard.
Légèrement refroidie,voire frigorifiée, je m'en vais boire un thé au restaurant de la piste (ma partie préférée dans les sports d'hiver). Devant la grande baie vitrée, une femme contemple son mari et son fils qui dévalent gracieusement les pentes sous les yeux admiratifs et parfois las de celle qui sera mon interlocutrice dans les prochaines minutes. .
Je racontai au couple de restaurateurs qui envisage prochainement de prendre leur retraite; le rituel en lien avec l'anniversaire des 60 ans au Japon, le "Kanreki", tradition magnifique. L'homme, le jour de ses 60 ans s'habille tout de rouge et marque ce jour-là, la fin du premier calendrier et se prépare dans de joyeuses festivités à entamer donc un deuxième cycle. Ce qui lui permet d'enlever le masque social de la parfaite normalité attendue après avoir réussi ses études, sa carrière, son mariage, l'éducation de ses enfants et de pouvoir, enfin, démarrer cette deuxième vie, la vraie vie rien que pour lui et se laisser aller entièrement à son originalité quitte à devenir un excentrique même un peu fou. Ainsi, des hommes se lancent dans une nouvelle carrière, plutôt artistique en fonction de leur aspiration à un âge plus avancé mais considéré toujours comme deuxième jeunesse. Cependant, ce beau rituel n'est réservé, semble-t-il, qu'aux hommes.
Ma voisine de table , l'oreille tendue, l'ancienne journaliste en question s'exclame :"Nous les nanas, on l'a dans le baba !". "..Pas besoin d'attendre 60 ans, à 45 ans, déjà on n'en peut plus. Nous sommes nombreuses en Europe, à jeter l'éponge et le calendrier on souhaiterait le recommencer tout de suite. La carrière, les enfants, toujours rester mince, porte-jarretelles et bagatelles, on en a marre de cumuler tous les rôles : femme, maîtresse, assistante sociale, infirmière, chauffeur, maîtresse d'école, cuisinière. On a tout voulu. Eh bien ! on a tout eu et on continue à être mettre moins bien payées que les hommes ! En plus de tout ça, il faut rajouter la couche écolo, bientôt ce sont les femmes qui pédaleront à la maison pour assurer l'énergie électrique pour toute la petite famille.
Nous les nanas, on l'a dans le baba !" A quand un Kanreki pour les femmes ? s'interroge-t-elle, mais à 45 ans, de grâce ! "
Si vous souhaitez faire un saut sur mon autre blog et y découvrir mes contes chamaniques : Entre Beauté et Harmonie, un fil de soie
http://tangalle.hautetfort.com/archive/2012/01/06/12-cont...
18:30 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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05.01.2012
L'enfer de la blogosphère
Le cimetière des blogs ? Vous avez le choix, soit vous partez, là-bas, au fond, tout en bas, entre les allées sinueuses; soit vous passez par les Services, en haut à droite, et vous tomberez sur l'allée des décès bordée de chrysanthèmes.
Vous les trouverez tous là, les blogueurs gisants, anges aux ailes éphémères : Haykel avec son éternel appareil photo et son jet d'eau, surnommé le "pourfendeur d'idées reçues". Goetelen toujours au sommet de la liste et qui se croyait si libre. Hayoun qui plantait Israël au pays des banques, sans doute toujours en quête de fonds errants. Là-bas, à droite, c'est Décaillet, celui qui trempait sa plume dans du cyanure, mais quelle plume ! Ma foi, élégante et aérienne ! Il y a Gorgui, un pied au Sénégal, l'autre à l'Onu et qui faisait résonner le tam tam africain à merveille en terre genevoise, ça réveillait le cor des Alpes et surtout les esprits chagrins . Mais vous en découvrirez davantage dans ce carré en cherchant bien, chacun cultivait une passion étrange.
Les femmes ? Si, si, elles sont un peu plus loin, plus discrètes, mais vous les trouverez. Il y a sœur Claire-Marie Jeannotat qui ne désespérait pas de transformer le monde et sauver quelques âmes égarées, Marie-France de Meuron qui demeure convaincue même outre-tombe, Pace qui pactisait avec les belles-lettres et cette tombe misérable ? C'est Chraïti, oubliée de tous et misérable et qui a fini par engloutir sa plume pour avoir quelque chose à se mettre sous la dent. Une blogueuse qui ne pouvait même plus se permettre de louer un hamac sur une plage dévastée par un tsunami tant les blogs ça ne rapporte rien . Triste fin !
Les pleureurs près des tombes, vous demandiez ? Ce sont les commentateurs, pauvres âmes en peine qui ne savent plus où poster leurs commentaires, les plus connus d'entre eux : Patoucha, Pierre-Noël, Corto, Djinius et bien d'autres qui passent; une fleur à la main et un long commentaire accroché autour du cou.
Qu'ont-ils fait ces blogueurs pour tous terminer ainsi, relégués aux oubliettes, montant péniblement le "scalae gemoniae" d'une presse étroite, aux portes si cloîtrées, si résolument monacale qu'elle en devient maladivement frileuse ?
Hélas ! les pauvres blogueurs, on ne sait trop à quelle source folle, ils ont bu; dans quelle fontaine enchanteresse, ils ont plongé, mais ivres de liberté, ils se sont pris pour des êtres entièrement indépendants de corps et d'esprit, des êtres entièrement affranchis de tout pouvoir, de toute pression. Il a fallu les décapiter d'un seul coup et les enterrer le plus vite possible pour qu'ils n'aient pas le temps de s'insurger, une fois encore .
Dans le fond, on leur reprochait de ne rien rapporter, pas un sous vaillant, ni monnaie sonnante, encore moins trébuchante ; rien à en tirer de ceux-là. Ils couraient, batifolaient comme des papillons, se croyaient tout permis, ingérables, incontrôlables ne respectant rien, ni personne. Des Diogène qui lanternes en mains parcouraient le monde à vouloir, à tout prix, rapporter des choses qu'on n' avait pas envie de voir et encore moins d'entendre.
Je vous le certifie, ce coin perdu du cimetière de la Tribune abrite de vrais extra-terrestres, l'Enfer de Dantes n'est rien, à côté de ce qu'ils vont subir ! Dorénavant, ils seront "ongleter", c'est un supplice particulier, une torture subtile qui n'a rien à envier à la "question" du Moyen-Âge et qui consiste à égarer toute personne s'approchant de ce lieu maudit.
Sur leur tombe, on peut lire cette épitaphe écrite en lettres d'or " Dulce et decorum est pro libertas mori !" . Oh ! pauvres blogueurs, ils y ont cru à cette liberté farouche..... Ah! les innocents, ils ne connaissaient donc pas l'usage du monde dans lequel ils évoluaient, eux si ingénus, si angéliques, un monde si cruel et qui se résume à : "Rapporter ou crever !".
Et bien qu'ils crèvent tous maintenant.
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04.01.2012
Maradona, Lady Gaga, Che Guevara, le dernier « A « de l’oubli
Buenos Aires - Musée de Ernesto Che Guevara ? Est-ce bien cette chose que je vois là sur le trottoir d'en-face ? Je demande au chauffeur de taxi, s'il n'a pas confondu les rues Riojas et Rojas. Il opine fortement de la tête en nous désignant du menton le bui-bui fourre-tout, un bazar regorgeant d'objets hétéroclites; disques vinyl, de vieux casques militaires, de vieilles chaussures, casseroles, appareils photo, des masques de carnaval pour la plupart des masques d'horreur. Une brocante qui porte son nom admirable et qui lui sied à merveille de « Bagatela .»
Après quelque hésitation, j'entre dans la boutique. Le propriétaire du bazar, Eladio González s'avance vers nous et nous désigne un immense cahier avec des coupures de presse. Il était le fondateur du Vrai Musée Che Guevara situé à quelques rues de là et auquel la crise a contraint la fermeture des portes. Le passionné des grandes causes, González a donc rapatrié une partie du Musée dans sa boutique et offert le reste au Musée du Che à Cuba.
D'une traite, sans reprendre son souffle, le propriétaire vous déclare son admiration pour : Mère Thérésa, Martin Luther King et le Che. Ah ! Vous venez de Suisse, me demande-t-il. Eh ! Vous savez, c'est le médecin Albert Schweitzer qui a été le modèle d' Ernesto Guevara qui souhaitait tant lui ressembler. Le destin semble lui avoir joué des tours.
Mais je parviens à lui faire avouer que le culte de Maradona a largement supplanté celui du Che qui n'a jamais vraiment existé dans le cœur des Argentins ; contrairement à Maradona et ses frasques, le nez planté dans la coke. Ses scandales qui amusent tant les Argentins qui lui pardonnent tout. Ce n'est plus le temps du vin et des jeux, c'est coke et jeux !
Ou alors même en Argentine on s'enthousiasme pour les seins de Lady Gaga qui crèvent l'écran tandis qu'elle pose dans des scènes provocatrices.
Sont-ce là les nouveaux modèles révolutionnaires de notre monde ? coke & cul .
Ne me serinez plus l'air que je connais par cœur et si connu, "d'un Che, guerillero aux mains pas très propres". Ces mains de médecin qui ont aussi tant soigné. Oui, certes, sans doute, la guérilla n'est pas un atelier de tricot ou de macramé pour premières communiantes !
Il avait des rêves et de grands espoirs pour l'humanité celui qui disait : «Surtout, soyez toujours capables de ressentir au plus profond de votre coeur n'importe quelle injustice commise contre n'importe qui, où que ce soit dans le monde. C'est la plus belle qualité d'un révolutionnaire."
Le Che Guevara, un Stéphane Hessel avant l'heure, aujourd'hui, ces révolutionnaires s'appellent des indignés !
Musée Ernesto Che Guevara Rojas 129 Buenos Aires http://www.buenosaires-argentina.com/attr
FIN DE MA SERIE ARGENTINE
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01.01.2012
Argentine - La pauvreté des Indiens
C'est un apartheid-kaléidoscope qui surprend en Argentine. Certes, pas d'écriteaux sur lesquels on pourrait lire :"interdit aux chiens et aux Indiens", pas de places séparées dans les bus, c'est un apartheid plus subtil, qui se répand de façon naturelle, c'est la discrimination et l'exclusion des Indiens qui créent une séparation d'office. Comme un kaléidoscope en observant les prismes de très près on aperçoit des nuances particulières au coeur de la société argentine; un interlocuteur me rétorquait que dans ce pays il y a quatre classes. Il y a d'abord, les Européens et leurs descendances d'origine allemande, française, suisse, anglo-saxonne et des pays de l'Est au sommet de la pyramide, puis la deuxième catégorie, les Européens d'origine latine tels Espagnols et Italiens, ensuite viennent les Indiens et l'ultime catégorie, les restants de la colère de Dieu; les Boliviens, les Paraguyens, soit, tous les misérables qui viennent en Argentine, Eldorado de l'Amérique latine. A l'intérieur des trois premières catégories, la répartition politique se résume, toujours selon mon interlocuteur d'origine arabe et arménienne à , péronistes pour les colorés, radicaux pour les Blancs et conservateurs pour les ultra-blancs. Voilà pour le kaléidoscope.
En Argentine comme au Mexique ce ne sont pas des ombres chinoises qui se projettent sur la société entière, mais des ombres indiennes qui envahissent les moindres recoins de cette civilisation sud-américaine. Une culture indienne effacée mais qui résiste à tous les niveaux, langues, cultures, traditions. Des ombres qui ressurgissent et qui teintent l'inconscient collectif de cette tentative d'effacement et comme pour les morts, leur absence envahit tout l'espace, l'Indien a laissé partout ses traces, il a envahi l'espace et la civilisation érigée sur sa propre civilisation d'une façon subtile.
Moi, j'observe ces visages impassibles qui ne se laissent pas décrypter, rien, pas une expression, pas un seul regard à accrocher et susceptible d'être interprété. Une forme de résistance silencieuse qui signifie:" on ne donne plus rien à l'ennemi". Je les vois plonger, ces Indiens, le nez dans la poubelle à fouiller les détritus pour extraire tout ce qui peut être bon à récupérer et à trier pour le recyclage. Ou alors, à Carilo, au bord de l'Atlantique, ces femmes indiennes assises sur ces bancs, une trentaine qui chaque matin attendent qu'un employeur vienne les chercher pour une heure ou deux de travail, ou pour la journée, ou pour la semaine, payées entre 10 et 15 pesos de l'heure. Ce sont des journalières, elle reviennent tous les jours s'asseoir sur ces bancs et attendre qu'on les choisisse. Un marché aux esclaves moderne, c'est la galère du travail journalier qui ne permet pas de projeter quoi que ce soit pour l'avenir.
Et avant-hier en marchant, j'observe ce jeune couple d'Indiens, la tête plongée dans les poubelles, leurs deux petits enfants assis par terre sur le trottoir entrain de jouer avec des cartons, le couple est jeune. Je leur dis qu'ils représentent une "jolie famille", malgré la misère, dans ce tableau, on sent la force de vie, la puissance de survie qui créera un futur malgré l'exclusion et ces deux petits assis au milieu du trottoir.
Et depuis l'invasion espagnole, je reste surprise des efforts de l'église catholique pour convertir-soumettre ces "bons petits sauvages indiens" pour leur apprendre à courber encore davantage l'échine et accepter avec béatitude leur sort et qui prient le Dieu des blancs avec ferveur en espérant qu'Il sera aussi généreux avec eux, la tête plongée dans le bénitier, ils implorent la Vierge Marie d'être leur mère à tous. Au chant d'Ave Maria, ils défilent, mendiants fiers et orgueilleux, cette armée de gueux qui attend que le Dieu des Blancs daigne leur jeter un regard miséricordieux.
Le jour où on leur enlèvera l'opium du peuple et on leur sortira la tête des fumées d'encens aveuglantes, le jour où eux aussi voudront l'égalité, la fraternité et la justice pour tous, on verra des révolutions qui ne seront pas celles arabes du printemps mais celles d'un été rouge flamboyant, d'un rouge-sang, une révolution aux couleurs de la colère et de l'injustice trop longtemps contenues. Oui, les Indiens d'Amérique latine sont une vraie bombe à retardement et le cours de l'Histoire nous rappelle qu'on finit toujours par payer des années d'injustice et d'exclusion.
Que souhaiter pour 2012 ? Quà l'heure des satellites, des fusées, des portables, de la technologie de pointe, de nos civilisations si férues de justice et d'équité, que l'on cesse de voir des femmes, hommes, enfants devoir fouiller des poubelles pour survivre. Que pour 2012, on se rende compte que nous évoluons tous dans la même eau, si certains pourrissent au fond de l'aquarium, notre environnement de vie tout entier s'en ressentira. Nous sommes condamnés à être solidaires, c'est une nécessité de survie pour tous. Donc continuons à lutter de toutes nos forces contre la misère et l'exclusion.
BONNE ANNE 2012
Pour en savoir plus sur les Indiens d'Argentine,
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28.12.2011
Argentine - Portrait d'un latin lover argentin
Tôt levée après le carnaval nocturne des animaux, mon livre sous le bras du magnifique auteur Uruguayen, Carlos Liscano « L 'écrivain et l'Autre », je déambule dans le domaine de l'estancia où je loge, sous les magnolias en fleurs et les eucalyptus et apprécie le doux balancement des roseaux du lac gris perle de Chascomús.
La cuisinière m'invite à prendre le petit-déjeûner, le petit bout de femme énergique m'introduit dans un petit salon où deux hommes sont déjà attablés. Ah ! Le piège, trop tard pour reculer, c'est le principe de la maison, permettre aux pensionnaires et aux invités de passage de se rencontrer. Faisant bon cœur contre mauvaise fortune, je me résigne et m'assieds. Un des deux hommes se lève, porte la main à son cœur, imite quelqu'un qui aurait la souffle coupé et s'exclame : »Quelle vision matinale, quel honneur de vous recevoir à notre table ! » . Devant cette scène toute théâtrale, un brin cornélien, je souris. Il se présente, « Rodolfo » et me désigne son régisseur, un homme à la moustache taillée au sabre qui sourit avec amusement des ronds de jambe du boss. Rodolfo est propriétaire de l'estancia voisine et possède plus de mille têtes de bétail.
Tout en l'écoutant, j'étale précautionneusement mon dulce con lecce sur ma demi luna (un croissant) et observe rapidement par petits coups d'oeil furtifs mon interlocuteur. La cinquantaine au moins, des cheveux blancs, des sourcils en broussaille, blancs tournoyant comme des nuages au-dessus d'une paupière fatiguée. Des lèvres d'un rose fané qui ont tant embrassé et mal aimé, lèvres qui ont formulé tant de compliments, tant de doux mensonges. Il chausse ses lunettes de soleil en s'excusant, ses yeux bleus ne supportent plus la lumière et l'empêchent d'admirer « la divine » qui est à sa table. Je le console, la nature est bonne avec les humains, à un certain âge la vue baisse pour leur permettre de se concentrer essentiellement sur la beauté intérieure qu'ils ont réussi à thésauriser tout au long d'une vie.
Il porte un foulard en soie blanc, une chemise rose comme ses joues, un pantalon beige, des mocassins en daim . Il ne lui manque plus qu'une chevalière à ce descendant d'aristocrate espagnol. Il doit surveiller les peones et les gauchos s'occuper de ses bêtes depuis les sièges confortables en cuir de sa Bugatti. Il raconte avoir appris quelques bribes de français grâce à son grand-père qui une fois par an se rendait à Paris pour y fréquenter ses maîtresses. Quant à lui, il préfère plutôt Zürich pour ses coffres-forts, mais concilier les deux le ravirait.
Vous comprenez me dit-il : « je suis un latin lover, et vous savez les Argentins sont de piètres maris, mais d'excellents amants, piètres parce qu'infidèles . »
Finalement, très content de lui, il me tend une carte de visite sur laquelle on peut lire son nom et prénom en grandes lettres italiques, rien de plus, ni numéro de téléphone, ni adresse. Ces cartes de visite que les aristocrates désargentés tendaient au roi pour annoncer leur arrivée et quémander quelques services, quelques terres lointaines.
En quittant la table, prêts à retourner à Buenos Aires, tous deux m'embrassent, ce qui est fréquent en Argentine de s'embrasser sans forcément bien se connaître, c'est comme lorsqu'ils vous tendent la paille du maté qu'ils sirotent et partagent volontiers.
Après leur départ, enfin seule, je songe à ces estancias de riches pour qui ce ne sont que des passe-temps favoris, des estancias-alibis avec quelques maîtresses frivoles. Tandis que Madame reste à la capitale fédérale faire du shopping, du fitness et du lifting et ingurgite quelques telenovelas par jour ( séries TV, véritable fléau qui touche toute l'Amérique du Sud). Elle ferme les yeux et tend la facture. Monsieur après avoir monté quelques chevaux durant le jour, finit, le soir, par monter des juments à la longue crinière soyeuse et à hauts talons rouges, sur un air de tango . Elles apprennent tout sur l'art d'élever des bovins tandis que l'épouse sait précisément combien cela rapporte. Et dans les deux cas notre éleveur du dimanche se transforme en distributeur de billets de banque.
Ainsi va la comédie humaine ! Notre latin lover argentin est dans le fond si humain, si tragiquement humain.
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27.12.2011
Argentine - Chascomús ou le charme de la campagne
Après quelques jours à Buenos Aires, me voilà arrivée à Chascomús qui signifie "eau très salée" en Araucanien et qui est une région située à 150 Km au sud de la capitale fédérale. Les Argentins voyagent beaucoup en bus, véritables salons roulants qui sillonnent tout le pays et qui reste une des meilleures façons de découvrir le pays et ses plaines à perte de vue , ses immensités désertes tachetées de brun ou de noir, des bovins qui ruminent et qui semblent figés dans le décor. Parfois une estancia est plantée au milieu de nulle part sur un domaine aussi grand que le Canton de Genève.
Résidant dans une estancia datant du milieu du XIX ème siècle, je tombe sous le charme et la nostalgie de cette ambiance surannée. Enfilade de vieux salons aux meubles rutilants et frottés au miel d'abeilles, de hauts plafonds aux poutres apparentes, broderies et vieilles dentelles accueillent une vaisselle dépareillée aux couverts en vieil argent usés par le temps. Une odeur de choses anciennes plane dans toute la propriété. Le soir, nous mangeons avec les autres pensionnaires autour de la même table, sous le regard sévère des ancêtres accrochés au mur et surtout sous celui , impitoyable, de la cuisinière qui guette le moindre faux bond à un de ses plats mitonnés amoureusement durant l'après-midi.
Les deux autres convives sont des comédiens, venus séparément et accompagnés de leurs proches et tous deux d'origine italienne. L'actrice argentine a reçu un prix au Festival de Berlin pour le meilleur rôle féminin. L'acteur apparaît dans les publicités. Nous engageons une conversation passionnante sur la crise, pour l'actrice, la crise a eu du bon. Selon elle, on vit mieux aujourd'hui qu'avant 2001. Il y a plus de travail surtout dans son milieu contrairement à ses confrères et consoeurs qui galèrent en Europe et qui stressent. Même dans leur jeu d'acteurs , selon elle, cela se ressent, ce manque d'érotisme et de sensualité; cette hyperactivité qui rend tout si superficiel. Depuis la crise et la chute du pesos, de nombreux producteurs outre-atlantiques tournent leurs films en Argentine, tourner dans un décor européen au prix du pesos argentin vaut effectivement le déplacement.
Elle est surprise de l'engouement pour le Che Guevara auprès des jeunes en Europe et qui le portent sur leur T-shirt sans comprendre l'idéologie derrière le portrait. Il est vrai que pour l'actrice, nous manquons de modèles en Europe ce qui ne manque pas en Amérique latine. Les Che, Morales, Hugo Chavez, Evita Peron, des figures marquantes. En réalité, en Argentine, Maradonna, le joueur argentin a largement supplanté le Che.
Dormir dans une estancia tient de la gageure. On a l'impression qu'une maîtresse d'école vous a mis la cassette à fond le volume de "Reconnaître les animaux de la ferme". Aboiement de chiens, hennissement de chevaux, caquètement d' oies, des milliers de cris d'oiseaux à l'aube naissante, doux chants bientôt recouverts par un puissant cocorico d'un coq à la voix enrouée qui parait se faire castrer sur le vif dans cette cour des miracles. Tout cela sur fond de "zzzzzzzzzz" de moustiques qui la nuit durant ont tournoyé au-dessus de votre tête avec de réguliers et parfaits piqués, à rendre jaloux les meilleurs escadrons militaires héliportés,visant sans jamais manquer leur cible, le seul carré de chair que vous avez omis de protéger. Les grenouilles qui la veille recouvraient le parterre de gazon autour de la maison et qui ont joyeusement coassé formant un choeur puissant ont disparu, également les lucioles qui pareilles à des elfes semblaient cligner des yeux dans la nuit, des yeux brillants et étincelants qui s'ouvraient et se fermaient dans une nuit noire, avec au-dessus, une voûte céleste scintillante et bienveillante et si méconnaissable sous ces tropiques.
Crédit photos Julia Chraïti-Martin
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25.12.2011
L'infini brun du Rio de la Plata
Se rendre en Uruguay depuis le port de Buenos Aires est un jeu d'enfant. Il suffit de prendre le ferry express et en une heure vous vous retrouvez à Colonia del Sacramento, ancienne colonie portugaise. Un bourg charmant, où les restaurants vous proposent soit de la viande, soit du poisson, soit de la fondue au fromage.
En quelques heures, vous avez fait le tour de cette ville pittoresque; son phare, son église, ses places ombragées, ses généreuses bougainvillées qui grimpent paresseusement le long des murs ocres, des pavés ancestraux rendent la balade malaisée.
Sur le trajet de retour vers Buenos Aires, j'ai le nez collé contre la vitre du bateau. J'observe le Rio de la Plata, immense estuaire qui constitue l'embouchure des fleuves Parana et Uruguay et long de 250 kilomètres. Ses eaux chargées d 'alluvions fines les brunissent ou les jaunissent selon, cet estuaire large comme une mer offre plutôt un spectacle affligeant, tout est agité, en soubresauts, on croirait le dos d'un ours qui frénétiquement musarde dans la ruche d'une abeille. Tout n'est que mouvements rapides, vaguelettes courtes et nerveuses.
Ce paysage insolite pour mes yeux de néophyte fraîchement débarquée heurte mes univers intérieurs nourris d'horizons bleus, de mers turquoises, de Bosphore céruléen, de bleu du Nil, d'Océans aigues-marines ou de beau Danube bleu, des tableaux nourris de ciel flamboyants, de soleils incandescents qui plongent s'enivrer de la douce lumière des mers et des fleuves.
Habituée à ces célestes épousailles entre ciel et mer, je contemple cette ligne brune à l'horizon avec stupéfaction. Mes repères esthétiques explosent, plus rien ne résiste face à ce spectacle affligeant, mes points d'ancrages se désagrègent. Cette ligne brune qui dessine un trait parfait au loin, là-bas , offre, en observant davantage, sur les côtés une légère inclinaison, l'orbite terrestre sans doute et qui nous ramène à notre "sphéritude".
En regardant le Rio de la Plata, large comme une mer, j'avance telle une funambule sur la ligne d'un horizon infini; une équilibriste qui appréhende ce nouveau décor en posant de nouveaux pas sur ce fil brun collé au bleu du ciel. Un paysage à la puissance esthétique qui contraint à voir autrement, une force si profonde que le voyage intérieur ne cesse plus depuis cet infini brun du Rio de la Plata.
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24.12.2011
Buenos Aires « cartonne »
Buenos Aires - Installée depuis quelques jours dans le quartier-bohème artiste de San Telmo, j'observe avec attention, les porteños, plus de 12 millions d'habitants pour une des plus grandes métropoles du monde , mais la capitale très étendue offre un cadre de vie plutôt agréable.
A quoi ressemble précisément un Argentin ? C'est un véritable défi que d'y répondre d'une traite. L'Argentine est un creuset multiculturel, héritière des flux migratoires liés aux bourrasques de l'Histoire européenne qui les ont poussés jusqu'aux rivages si lointains. L'arrivée des Espagnols, le massacre des Indiens (votre interlocuteur argentin vous le mentionne toujours comme une ancienne culpabilité qu'il traîne comme une vieille casserole encombrante) l'arrivée massive des Européens fuyant la deuxième guerre mondiale ou se cachant en Amérique Latine . Maintenant, c'est l'arrivée massive des Boliviens qui profitent des soins gratuits et des études universitaires à l'œil qui exaspèrent les Argentins . Un Argentin lucide me faisait la réflexion suivante :"On ignore la pauvreté qui finit par frapper un jour à votre porte!"
On plonge dans un matériau humain aux mille composantes. Il en résulte que votre chauffeur de taxi est d'origine sicilienne et comme en Sicile, il oublie de mettre le compteur en marche. Le vendeur de saucisson et de fromage au marché de San Telmo est d'origine française par son grand-père né à Pau, la ville des parachutistes demandé-je ? Non ! Il se redresse , fièrement, tous ergots dehors, c'est la ville de Henri IV . Je ne discute plus le choix des références de la ville, c'est son histoire, il a été nourri avec des légendes de sang royal plutôt que des faits d'armes par l'ancêtre français.
En face chez Habibi, cocina arabo, c'est un Palestinien qui a ouvert un restaurant genre caverne d'Ali Baba . Voilà un peu une brève esquisse de cette population argentine, une Argentine qui reste au demeurant profondément attachée à ses racines européennes et qui semble moins tournée du côté des Etats-Unis.
Mais eux tous parlent cette langue magnifique, un espagnol enrichi du "Che" musical, chamarrant la langue d'un charivari de doux chuintements qui font chavirer les coeurs et charment les sens. Un "Che" qui est devenu le surnom de Ernesto Guevara, clin d'oeil cubain à cette particularité de la prononciation argentine où tous les sons en "lle" sont embellis en che.
En fin de journée, il est intéressant de découvrir « los cartoneros », ces hordes de pauvres qui avancent dans les rues en tirant des charrettes derrière eux, ou des caddies vides et qu'ils rempliront de récupération de déchets à recycler et qu'ils revendront au kilo. Ils plongent dans les containers de détritus, ils les explorent, les farfouillent, les trient, les exploitent de fond en comble, transformant les rues en chantier ouvert et recouvert de détritus de toutes sortes . On a vu ce phénomène apparaître après la crise de 2001, fidèle a la tradition sud américaine, los cartoneros sont organisés en syndicat puissant de recyclage de déchets. Les habitants trouvent cela un peu gênant mais surtout très utile pour les pauvres et le recyclage, dans le fond c'est écolo.
Le matin tout le monde balaie , récure, frotte devant son entrée, à grands coups de baquets d'eau pour faire oublier le passage des cartoneros , il ne nous reste plus qu' à éviter d'en ramasser plein les jambes . D'un pas alerte, je me dirige vers la librairie "Le Rufiano melancolico" qui regorge de livres dont de vieilles éditions françaises ramenées par les premiers migrants et vendus pour une bouchée de pain.
Une autre activité tout aussi intéressante est la promenade des chiens par des promeneurs attitrés, un métier comme un autre, cinq laisses de chaque côté, la dizaine de chiens se laissent traîner, ils sont collés les uns aux autres, disciplinés, ni aboiement, ni agitation. On croirait une sortie de crèche canine.
On se plaît à imaginer leur maître en regardant le style de chaque bête. Dos voûté pour l'un, démarche fière pour un autre, tiens celui-là avec ses airs de caniche de salon, une chaîn e dorée au cou. Je leur préfère les bandes de chiens errants avec leur air canaille qui déambulent comme un groupe de soudards évitant les voitures, titubant, zigzaguant, excédés par la circulation .
JOYEUX NOËL A TOUS !
Photos D. Chraïti
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| Tags : argentine, buenos aires |
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12.12.2011
La Religion, Facteur de Paix (épilogue)
«On peut résister à l'invasion d'une armée, pas à celle d'une idée dont le temps est venu», dit Victor Hugo. Peut être le temps est venu de mettre en valeur et en action la religion, les religions, toutes, en tant que forces de paix, peut-être. Car toutes les forces de paix sont nécessaires et bienvenues dans ce nouveau millénaire.
La conférence-débat :"LA RELIGION, FACTEUR DE PAIX", organisée et modérée, avec respect, par deux laïcs dont au moins un agnostique, pour écouter les avis de personnes de foi profonde de plusieurs religions, nous a semblé un petit signe prometteur de cette direction bien réelle mais d'habitude négligée. Les penseurs de religions différentes se rencontrent amicalement et régulièrement mais on en entend rarement parler.
Djemâa Chraïti a rappelé dès le début de la conférence que l'essence du laïcisme - comme nous le concevons - est de respecter toutes les religions, notre but étant de faire appel aux valeurs universelles, communes que nous partageons.
Faute de pouvoir résumer en quelques lignes une heure et demie de la conversation riche et chaleureuse voici quelques idées que nous avons retenues :
Genève est une place exemplaire, où des religions se rencontrent; creuset de connaissance réciproque et d'entente amicale.
La religion est quelques chose de transcendant qui nous élève et par cela peut nous réunir tous, avec nos différences. C'est par cela que la religion peut être un facteur de paix.
Pourquoi les religions seraient-elles facteur de guerre ? Parce que tout en étant canaux de spiritualité - et en cela on se reconnaît -en même temps, elles forgent des identités potentiellement meurtrières. Chaque identité se considère comme évoluant dans la pureté et rejette les autres dans l'impureté et dans l'inhumanité. Paix ou guerre ? Chacun doit rester dans sa maison, mais chacun doit crever le toit, pour nous rencontrer tous en haut. Non pas nier son identité mais l'accroître et la transcender. Belle métaphore, on ne rentre pas dans la maison de l'autre pour juger de ses rituels, mais on se rencontre sur un plan spirituel.
La « tolérance » est le relativisme, la relativité où tout se vaut, où toutes les valeurs sont égales... comment expliquer aux jeunes et pratiquer cela ? A cela des intégristes préfèrent des convictions fortes « qui coupent comme un couteau dans le beurre » Il faut faire attention à cette idée. Comment se battre avec l'intolérance à armes égales ? L'arme pour lutter contre l'intégrisme est la profondeur spirituelle. En générale, les intégristes sont d'une grande superficialité spirituelle, fermée en coquille et en dogme avec peu de chose à l'intérieur, coquille vide. Pour contrer cela, nous sommes obligés d'approfondir nos racines spirituelles et les transmettre à la jeunesse. Les grands mystiques de toute religion se rencontrent de même que les grands penseurs et théologiens. Tolérance peut-être, mais basée sur des racines profondes.
L'intolérance se nourrit aussi d'ignorance. Quand on se connaît comme nous ici on est absolument fasciné par l'autre. Loin de perdre sa spiritualité propre on la comprend mieux. Nous avons des conflits aussi parce que les religions sont des systèmes identitaires et de pouvoir. Souvent des conflits « religieux » n'ont rien à voir avec la religion mais avec l'identité et l'instrumentalisation politique. En chaque religion il y a des gens qui se sentent bien dans leur peau et ceux là ont plaisir à rencontrer une autre foi ; il y a aussi de gens qui se définissent en rejetant autrui. Ceux-là se rallient volontiers à l'extrême droite politique.
Le mot « tolérance » est suspect ; je suis tolérant parce que je suis mieux.
Tolérance est un mot auquel il faut renoncer pour aller vers le respect. Pour cela on ne reste pas seulement chez soi, on sort pour rencontrer les autres et les connaître. L'autre est quelqu'un comme nous. Croyant ou non c'est un être humain. La religion ne m'invite pas à détruire mais à connaître et à reconnaître. L'identité est dépassée dans la spiritualité. La liberté et la dignité sont les mêmes pour tous. L'Islam, même si il est mal perçu et tiraillé aujourd'hui, est une manière de vivre qui invite à la paix, une paix qu'on construit en soi ; si ce travail n'est pas fait en soi, il est impossible de le faire avec les autres. La relation de paix est une relation entre égaux. L'identité nous encre à la terre au point où l'esprit lui-même devient prisonnier, sans espace pour s'élever.
Les religions sont une force de la paix parce qu'elles sont faites pour la paix. Une question qui se pose est comment faire parler les religions les unes avec les autres pour obtenir ensemble une voix puissante et commune de paix, basée sur leur autorité morale réunie. Pour cela les personnes présentes semblent d'accord sur le fait qu'il est nécessaire de passer d'une tolérance parfois hypocrite à un authentique respect, basé sur la connaissance réciproque, reconnaissant que là-haut les valeurs spirituelles sont les mêmes. La question pratique de chaque jour est comment construire entre humains pratiquant leur religion ce respect mutuel.
La communication publique dessert les religions. Quand on parle la parole commune des religions ceci a peu d'écho. Mais le dialogue existe, les échanges se font.
Quand l'homme s'enferme dans une idéologie, quelle qu'elle soit, laïque ou religieuse, ce qui est différent est combattu. Ce n'est pas la religion ou la laïcité qui génèrent le conflit, c'est l'idéologisation de la religion ou de la laïcité. Les idéologies sont toujours universelles, des formes d'universalisme violent.
Une cause de la xénophobie est de ne pas être sûr de soi-même ; ne plus avoir peur de notre propre identité nous ouvre aux autres.
S'il s'agissait de choses aussi simples que d'écrire des règles (de respect) pour finir les guerres on l'aurait fait depuis longtemps ; c'est beaucoup plus compliqué que cela. « Y a ka ! » est un danger, une simplification illusoire.
Un exemple d'expression de spiritualité ouverte est l'Appel de Genève : des représentants des religions et civils ont été invités à signer un appel à respecter l'autre sans se profiler sur notre identité religieuse ou humaniste. Les rencontres d'Assise initiées par le Pape Jean-Paul II sont une belle occasion d'inviter des gens de différentes traditions religieuses. Le Pape Benoit XVI a convié cette rencontre pour la troisième fois en Octobre : cette fois-ci, était invité un philosophe, pour représenter les non croyants. La Plateforme Interreligieuse de Genève a été créée en 1992 pour travailler cette identité ouverte en lien les uns avec les autres. Ces débats permettent de souligner les désaccords et les vues différentes.
Quant à nous, les deux modérateurs, votre servante en personne et Ioan Tenner, qui cultivons avec tant d'art et finesse et enthousiasme la laïcité et l'agnosticisme, ce fut une leçon renouvelée de modestie; la religion des autres doit forcer au respect. La quête de l'absolu, les valeurs spirituelles sont des démarches intérieures qui méritent d'être traitées avec égards et surtout avec beaucoup de respect. Nous espérons voir se multiplier ce genre de rencontres publiques où les religions se montrent en toute simplicité et humanité ; même si les choses sont, comme d'habitude, beaucoup plus compliquées et profondes que cela. Oui, on le sait, « Le puits du passé est très profond. Ne devrions-nous pas dire qu'il est sans fond ?" Et pourtant, les humains, ici sur terre, doivent en boire chaque jour à petites gorgées....
PS : Ioan Tenner a écrit quelques lignes sur ce sujet qui le préoccupe beaucoup :
http://wisdom.tenner.org/1/post/2011/12/religion-a-force-...
Remerciement aux participants à notre conférence :
Helen Quelen - Assistante pastorale dans l'église catholique chrétienne et membre du comité de la pateforme interreligieuse
Mac Comish - Pasteur protestant , membre du comité de la plateforme interreligieuse et Fondateur de l'Association de l'Appel Spirituel de Genève avec Monsieur Jean-Claude Mokry et Monsieur Hafid Ouardiri http://www.aasg.ch/
Hafid Ouardiri - A participé à la construction de la Mosquée de Genève et est son ancien porte-parole - Directeur fondateur de la Fondation Entre-Connaissances. Membre de la plateforme interreligieuse et de l'Appel Spirituel de Genève http://www.fec-geneve.ch/
Marc-Rafaël Guedj - Rabbin, ancien Grand Rabbin de Metz et de Moselle et ancien grand Rabbin de Genève , directeur et fondateur de la Fondation Racines et Sources http://www.racinesetsources.ch/
Jean-Claude Mokry, prêtre de l'Eglise catholique chrétienne (Paroisse St Germain, paroisse au Grand-Lancy) , ancien président du rassemblement des Eglises des communautés chrétiennes de Genève, ancien président de la Plateforme interreligieuse.
Tous membres de http://www.interreligieux.ch/accueil.php
Béatrice Murebwayire organisatrice de la conférence et porte-parole de l'Académie de la Tolérance Alcazar.
Ioan Tenner - Comme Ulysse, a déclaré avec toute modestie qu'il est Personne et présent en tant que agnostique qui ne croit pas en Dieu. Modérateur
Djemâa Chraïti - Co-présidente et fondatrice de l'Académie de la Tolérance Alcazar et modératrice.
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09.12.2011
Révolutions arabes : quel printemps pour les femmes ?
Dans le cadre des Journées Internationales des Femmes de la Méditerranée organisées à Valencia les 1-2-3 décembre, par l'association Taula Civica del Sur del Mediterraneo et auxquelles j'ai participé, j'ai eu l'occasion de rencontrer la très engagée Sonia Dayan-Herzbrun que j'invite sur ce blog en publiant l'intégralité de son intervention. (Les autres interventions suivront)
Mme Sonia Dayan-Herzbrun est professeur émérite à l'Université Paris Diderot-Paris 7
"Aussi différentes qu'elles soient les unes de autres, les révolutions arabes qui, depuis les derniers jours de l'année 2010, secouent les pays qui s'étendent du Golfe Persique à l'Océan Atlantique, expriment chacune à sa manière une aspiration profonde à la démocratie, c'est à dire à la participation de tous et de toutes au débat public et aux prises de décision concernant la collectivité. Elles soulèvent donc, parmi bien d'autres questions, celles de la présence active des femmes dans l'espace politique, leur aspiration à une véritable citoyenneté et donc à la possibilité d'être présentes et visibles dans les instances de pouvoir. L'autoritarisme des régimes enplace jusqu'alors dans la quasi totalité des pays arabes n'a jamais permis, aux hommes, pas plus qu'aux femmes, l'exercice d'une véritable citoyenneté pourvue de droits dignes de ce nom, en dépit de l'existence de parlements élus. Mais le rapport des femmes à l'Etat a été marqué au Proche comme au Moyen-Orient à la fois par la place que la religion et la famille y ont occupée dans la constitution même de la citoyenneté. Comme le remarque la sociologue libanaise Suad Joseph, « Dans la plupart des Etats du Moyen-Orient, le citoyen, comme sujet légal, a été constitué à travers son appartenance à une communauté religieuse, l'identité religieuse étant alors institutionnalisée en tant qu'identité politique »[1]. Le caractère profondément patriarcal des institutions religieuses, tant musulmanes que chrétiennes et juives, a donc marqué la construction de la citoyenneté, les hommes devenant pleinement citoyens parce que chefs de familles patriarcales. L'existence dans beaucoup de pays de la région de codes de statut personnel, conforme aux préceptes religieux, et souvent en contradiction avec les droits politiques formellement accordés aux femmes, en est l'une des manifestations les plus marquantes. Ainsi, jusqu'à la réforme de 2005 du code de la famille algérien, une femme pouvait être ministre ou ambassadeur, mais devait avoir l'autorisation de son mari pour quitter le territoire national.
Actrices effacées de l'histoire
Avant la mise en place des Etats qui ont succédé à la période coloniale, les femmes ont été fortement impliquées dans les divers mouvements de lutte contre la colonisation. Elles ont cependant souvent disparu des récits et des comptes rendus faits par des hommes, journalistes ou historiens, et au mieux leur rôle a été largement minoré. Elles ont été réduites, dans ces divers propos, à des rôles d'auxiliaires, d'informatrices ou d'agitatrices, et très généralement d'instruments aux mains des hommes. La vision orientaliste, qui prévaut encore trop souvent, ne les désignait que comme des victimes soumises à la domination des hommes qui les entouraient, sans initiative propre. C'est le mérite des historiennes, sociologues et anthropologues féministes, que d'avoir redonné un nom et parfois un visage, à ces actrices effacées de l'histoire. Il n'en demeure pas moins que les femmes sont restées très absentes des lieux centraux du pouvoir. Jusqu'à présent le pouvoir, dans le monde arabe, s'est toujours décliné au masculin[2]. On ne peut imputer au seul l'Islam la cause de cette exclusion. L'exemple des pays musulmans d'Asie, comme l'Indonésie, le Pakistan ou le Bengladesh[3], où des femmes ont été et sont encore chefs d'Etat, suffit à le démontrer. Au Proche et au Moyen-Orient, les femmes exercent encore souvent leur influence sur les prises de décision à travers les liens de l'intime et du familial. L'exemple le plus criant est celui de Leila Trabelsi, l'épouse de Zine El Abidine Ben Ali, le président tunisien déchu et de son clan tellement honni. D'une manière générale ces épouses ont toujours été l'objet de suspicion voire de franche hostilité, qu'il s'agisse de Jihane El Sadate, bien plus populaire à l'étranger que dans son propre pays, de Suzanne Moubarak, ou de Souha Arafat. En Syrie, les femmes du clan El Assad sont elles aussi supposées tirer dans l'ombre les ficelles du pouvoir, et parfois en rivalité les unes avec les autres, qu'il s'agisse d'Anissa Makhlouf, la veuve de Hafez, de Bouchra, la sœur de Bachar, le président actuel, ou de son épouse Asma.
Le Féminisme d'Etat
Toutes ces femmes, dont la plupart ont fait des études universitaires, et doivent leur réussite sociale autant à leur intelligence[4] et à leur habileté qu'à leur charme, sont les représentantes et les porte-parole de ce que l'on appelle le « féminisme d'Etat ». Nombreux on été, en effet, dans le monde arabe comme ailleurs, les Etats qui ont affiché le souci de lutter contre les discriminations dont les femmes sont l'objet, sans prendre les mesures concrètes, par exemple en matière de scolarité ou de santé, permettant d'améliorer les conditions de vie de la majorité des femmes vivant dans les pays concernés. Les organisations et les réunions officielles s'y multiplient, et les épouses, les veuves, parfois les sœurs des chefs d'Etat y apparaissent sous le feu des projecteurs. Léila Trabelsi a été ainsi désignée, en 2009, comme présidente de l'Organisation de la femme arabe (Arab Women Organization), créée en 200 au Caire, à l'initiative de Suzanne Moubarak, avec le soutien de la fondation Hariri et de la Ligue arabe. Le conseil exécutif de cette organisation comprend toutes les « premières dames » arabes ou leur représentantes. Ainsi Léila Trabelsi a-t-elle succédé dans la fonction de présidente à la princesse Cheikha Fatima Bint Mubarak al Ketbi, veuve du fondateur des Emirats Arabes Unis. Quant à l'épouse du roi du Bahrein, la princesse Sabeeka Bint Ibrahim Al-Khalifa, elle est présidente du conseil supérieur de cette même organisation. Les sœurs du roi du Maroc, ainsi que son épouse, sont elles aussi très présentes dans ce type de manifestations.
Femmes d'exception
Néanmoins, il est arrivé que de façon très exceptionnelle, une femme prenne la direction d'un mouvement politique ou joue le rôle de leader d'opinion. Ce fut le cas de l'égyptienne Zaynab al-Ghazali, fondatrice en 1936 de l'Association des Femmes Musulmanes. Son activité politique auprès des Frères Musulmans, après la mort de Hassan Al-Banna lui valut d'être condamnée à vingt-cinq ans d'emprisonnement sous le régime nassérien. Elle fut cependant graciée par Sadate.[5] On peut citer aussi le nom de l'algérienne Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des Travailleurs, une organisation trotskyste, et candidate aux élections présidentielles de 2009. D'une manière plus courante, là où les institutions le permettent, parce que le droit de vote ainsi que celui d'être éligible, leur a été octroyé[6], quelques femmes parviennent à devenir députées ou même ministres. Dans certains pays, comme l'Irak, dont le parlement comportait en 2008 25,5% de femmes, les chiffres sont supérieurs à ceux de la France (18,5% en 2007). Aux dernières élections tunisiennes, elles représentaient 22% des parlementaires. Au Koweit, les quatre femmes (dont une ancienne ministre) qui ont été pour la première fois élues en 2009, représentent 8% des députés. Le Maroc arrivait en 2008 en tête des pays arabes, avec 19% des postes ministériels attribués à des femmes. Cette attribution de responsabilités à des femmes, souvent parce qu'elles bénéficient du prestige ou du statut d'un homme, comme c'est en partie le cas pour la députée libanaise Bahia Hariri, correspond à la volonté d'afficher, y compris dans les discours, une modernité conforme aux normes véhiculées par les médias internationaux. Elle n'est ni le signe ni même le signal d'une amélioration du sort de la moyenne des femmes. Quand certaines femmes d'exception parviennent du fait de leurs qualités propres à des positions politiques en vue, elles ne travaillent guère à faire avancer le droit des femmes. On peut, à ce propos, citer le nom de Khalida Toumi, actuelle ministre de la culture en Algérie, militante féministe lorsqu'elle s'appelait encore Khalida Messaoudi, qui n'a pas émis la moindre protestation publique lors de la très timide révision du code de la famille en 2005. Quelques unes cependant ont fait exception telle la tunisienne Radhia Haddad, membre du Néo Destour, élue députée tout de suite après l'indépendance, sans doute l'une des toutes premières femmes du monde arabe à occuper une telle fonction, qui fut condamnée en 1974 à une peine de prison avec sursis, quand elle osa s'opposer à Bourguiba. Présidente pendant quinze ans de l'Union Nationale des Femmes de Tunisie, elle avait milité en faveur de la scolarisation des femmes et de leur accès au travail de façon à parvenir à l'autonomie financière.
En dépit de cette faible présence dans les instances politiques et de codes législatifs très contraignants, à l'exception notable de la Tunisie, les femmes sont devenues de plus en plus actives et visibles dans l'économie, la sphère littéraire, les media, la société civile. Même en Arabie Saoudite, les femmes ne se contentent pas d'être romancières, universitaires ou médecins ; elles entrent aussi dans le monde des affaires, et y sont même encouragées.[7] Les associations aux buts très divers qui se multiplient un peu partout, rassemblent des femmes qui sont loin de toutes appartenir aux élites. Elles peuvent être articulées à des mouvements ou à des partis politiques, mais ne le sont pas nécessairement, et peuvent aussi réunir des femmes qui se revendiquent de l'islam.[8] Qu'elles soient exclusivement féminines, qu'elles soient dirigées ou non par des femmes, ces associations, dans toute leur diversité, ont joué un rôle important de formation à une activité collective susceptible de se dérouler en public. C'est ce que le jargon international nomme empowerment. On a pu, à juste titre, critiquer la captation des mouvements des femmes du monde arabe par les organisations internationales au détriment d'organisations localement ancrées qui émaneraient des sociétés elles-mêmes et qui, de ce fait, pourraient être bien davantage critiques des pouvoirs en place.[9] En favorisant, notamment par les financements, la formation de ces associations, en rompant avec les anciennes pratiques où les rapports de genre étaient invisibles, les organisations internationales ont cependant participé à cette mise en valeur publique des femmes.
La présence massive des femmes dans les révolutions arabes peut donc se comprendre à partir de l'histoire politique des femmes dans cette région du monde, mais aussi dans le contexte très contemporain. Du Bahreïn au Yémen, en passant bien sûr par la Tunisie, l'Egypte ou la Syrie, elles participent en grand nombre aux manifestations et aux grèves. Elles prennent la parole, sur les blogs, mais aussi publiquement. L'universitaire américain Juan Cole a consacré, sur son blog, un article aux milliers de femmes yéménites qui manifestaient en avril 2011 à Manama en criant « Nous ne nous tairons pas » pour protester contre le Président Ali Abdullah Saleh qui prétendait condamner au nom de l'islam la mixité des manifestations publiques, l'accusant d'attenter à leur honneur. Toutes ces femmes qui s'emparent, avec les hommes, de la place publique, assument le risque d'être blessées, tuées, comme la chanteuse Sally Zahran sur la place Tahrir, ou emprisonnées. Dans un reportage consacré aux femmes chiites, au Bahrein, Nathalie Gillet[10] décrit ainsi une vingtaine de femmes en abaya noire rassemblées à côté d'hommes, à Bilad al Qadeem, dans la banlieue de Manama, et criant « Hamad dégage » (Hamad II al Khalifa étant l'actuel roi du Bahreïn). Des policiers surgissent, tirent et une femme est blessée. La forte répression, soutenue par le régime saoudien, est en effet très forte. Une institutrice d'une cinquantaine d'années raconte qu'elle a été dénoncée par un collègue pour avoir participé à une grève. Elle a été arrêtée, dans son école, début avril, et elle peut montrer à la journaliste les traces des tortures qu'elle a alors subies. Suheir Al-Atassi, chez qui se réunissait l'opposition intellectuelle syrienne au lendemain du printemps de Damas, a été parmi les militants et les militantes pacifistes arrêtés à Damas. C'est peut-être en raison de son appartenance à une importante famille sunnite qu'elle a pu être libérée, mais depuis elle est entrée en clandestinité. En Lybie, dans le Djebel Nefoussa, les femmes se mobilisent aussi. Elles doivent saisir l'occasion d'acquérir les mêmes droits que les hommes", déclare l'une d'entre elles.[11] Mais dans cette région peuplée majoritairement de Berbères, l'affirmation d'une identité étouffée sous le régime de Khadafi est une priorité, et la création d'associations locales pour les droits des femmes berbères est présentée comme un acquis de la « révolution ».
Par leur comportement aussi bien que par leurs déclarations, les femmes des révolutions arabes défendent cependant le plus souvent des valeurs communes, qui ne sont plus ni masculines ni féminines : l'honneur, la dignité, les droits humains. La jeune journaliste égyptienne Asmaa Mahfouz avait, le 18 janvier, appelé dans une vidéo diffusée sur son blog, à aller manifester le 25 sur la place Tahrir. « S'il nous reste de l'honneur, disait-elle, si nous voulons vivre sur cette terre dans la dignité, nous devons aller manifester le 25 janvier, exiger nos droits, nos droits humains fondamentaux...Tout le gouvernement est corrompu - le président est corrompu, les forces de sécurité le sont aussi... Si vous restez chez vous, vous mériterez ce qui vous arrivera ». Asmaa Mahfouz est devenue un peu plus tard une des fondatrices du mouvement du 6 avril. La rupture est depuis longtemps consommée avec le féminisme de façade des régimes autoritaire. Nawal El Sadawi, féministe de renommée internationale, a tenu elle aussi, en dépit de ses soixante dix-neuf ans, à rejoindre les manifestants sur la place Tahrir. Dans les déclarations qu'elle a faites à la presse, elle affirme lutter ainsi contre toutes les discriminations. « Nous revendiquons la justice, la liberté et l'égalité, une véritable démocratie et une nouvelle constitution, plus de discrimination entre les hommes et les femmes, entre musulmans et chrétiens. Nous voulons changer de système ». En Tunisie, bien avant décembre 2010, des organisations comme l'Association des Femmes Démocrates ou la Ligue Tunisienne des Droits de l'Homme où les femmes sont nombreuses, ont mené de front, et sans concession, le combat pour la démocratie et pour les droits des femmes, inséparables des droits humains en général. La chute du régime Ben Ali leur permet d'avancer à visage découvert, sans crainte des persécutions et du harcèlement dont elles étaient l'objet. En Egypte, une coordination d'organisations de femmes réclame dès la fin du mois de février, la dissolution de Conseil National des Femmes que préside encore Suzanne Moubarak dont elles demandent la comparution devant un tribunal pour corruption.
Ce n'est pas parce qu'elles deviennent de plus en plus visibles que les femmes parlent à l'unisson. Bien au contraire. La démocratie est le débat, non le consensus. Les femmes sont donc divisées, comme les hommes, entre les mouvements politiques et les partis. Certaines, du fait de leurs orientations partisanes, font même le choix de soutenir ouvertement les régimes conspués par leur population. C'est le cas des « Dames de Maryam », un groupe de 400 femmes libanaises, dont un certain nombre de proches du général Michel Aoun, leader d'un parti chrétien et prosyrien, venues en délégation en Syrie au mois de juillet 2011, apporter leur soutien au régime de Damas.[12] Ces « dames » que ne trouble pas le souci de la démocratie, ressemblent en tous points aux femmes mises en exergue par les divers autocrates. Elles sont comme les vestiges d'un monde en train de s'effondrer.
Partout, en effet, où, dans les pays arabes, un espoir de démocratie s'est fait jour, les femmes ont exigé d'en avoir leur part. En ce sens, les mouvements de 2011 ressemblent bien plus à ceux qui ont ébranlé l'Europe en 1848 qu'à ceux qui ont suivi la chute du Mur de Berlin. Rien n'est encore gagné, ni pour la démocratie, ni pour les femmes. Là où de nouvelles élections sont annoncées, on se trouve devant trois cas de figures. En Tunisie, qui servira ainsi de laboratoire à des pays comme la France, le principe de la parité homme-femme a été adopté par la Haute instance chargée de préparer les prochaines élections. Même Ennahda, le parti islamique de Rachid Ghannouchi a voté en faveur de cette décision qui oblige les partis à faire figurer en alternance sur leurs listes des candidats hommes et femmes. Cela ne signifie pas nécessairement que le parlement comprendra autant d'hommes que de femmes. Etant donné le nombre de petits partis qui risquent de s'affronter, si la plupart d'entre eux font figurer un homme en tête de liste, il est probable que parmi les élus il y aura davantage d'hommes que de femmes. Mais depuis Khadija Cherif, secrétaire générale de la Fédération Internationale des Droits de l'Homme, jusqu'à Souhayr Belhassen, présidente de cette même Fédération, jusqu'à Sana Ben Assour, présidente de l'Association Tunisienne des Femmes Démocrates, toutes expriment leur satisfaction, en même temps que leur souci de rester vigilantes.
En Egypte, au contraire, en dépit de la candidature annoncée à la Présidence de la République de la journaliste Butheina Kamel, les femmes les plus actives dans les événements révolutionnaires, se plaignent d'avoir été très vite écartées des lieux de décision. Elles avaient déjà dénoncé le comportement des militaires qui, par exemple, contraignaient certaines des manifestantes de la place Tahrir, à des vérifications de leur virginité. Rien ne semble avoir changé. Le nouveau gouvernement constitué après le départ d'Hosni Moubarak ne comporte qu'une femme, Fayza Abul Naga, ministre de la planification, qui occupait le même poste dans l'ancien gouvernement. La déclaration constitutionnelle d'avril 2011 stipule certes, de façon très prudente, que le système électoral « peut inclure une participation minimum des femmes dans les deux Conseils » (article 38). Mais le projet de prévoir un quota de femmes sur les listes électorales a été abandonné. Deux cent soixante dix-neuf associations nationales et locales, réunies en une coalition (The Egyptian Coalition for Civil Education and Women's Participation ) pour la participation des femmes, ont mis au point un projet précis de loi électorale qui, s'il était adopté, devrait permettre aux femmes d'être représentées (au moins un minimum) dans les instances parlementaires. Les militaires qui occupent actuellement le pouvoir en Egypte ne semblent pas s'en soucier.
Au Maroc, c'est d'en haut, c'est à dire du roi, que viennent une fois encore, les mesures susceptibles de favoriser la présence des femmes sur la scène politique. De même que le roi avait promulgué un nouveau code de la famille, la Moudawana, et fait procéder, en 2006, au recrutement de cinquante prédicatrices de mosquée, les murshidat ainsi que de trente-six théologiennes (' alimat), siégeant dans les différents conseils d'oulémas,[13] il a fait adopter, le premier juillet 2011, une nouvelle constitution qui mentionne de façon répétée « les citoyens et les citoyennes ». L'article 19 de cette constitution précise clairement : « L'homme et la femme jouissent, à égalité, des droits et libertés à caractère civil, politique, économique, social, culturel et environnemental ». Le même article annonce la création d'une « Autorité pour la parité et la lutte contre toutes formes de discrimination ». On ne sait pas encore quelles mesures concrètes seront liées à ces déclarations. Certes le taux d'alphabétisation des femmes au Maroc n'atteint pas encore 40%. Dans ces conditions, leur participation en nombre à la gestion du pays paraît peu probable, en tous cas dans un avenir proche. Comme cela avait été noté à propos de la moudawana[14], les réformes introduites par la monarchie marocaine ne concernent qu'un nombre restreint de femmes, favorisées par rapport au reste de la population. On peut espérer qu'elles s'accompagnent des mesures sociales indispensables et qu'elles entraînent une dynamique.
Et c'est bien cette idée d'une dynamique qui est importante. On a beaucoup insisté sur le rôle des nouveaux moyens de communication dans le déclenchement et la poursuite des révolutions en cours. Les images qui ont circulé, les blogs qui ont été largement lus, ont donné aux femmes une visibilité beaucoup plus grande que par le passé. Certes les clichés ont la vie dure. La journaliste qui a interviewée l'universitaire tunisienne Lina Ben Mhenni, qui par sa présence sur le terrain et son blog a été, dès 1998, particulièrement active dans la contestation du pouvoir ne peut s'empêcher de la présenter en ces termes : « C'est un petit bout de femme aux yeux noirs, habillée simplement mais soignée comme le sont les Orientales, sourcils parfaitement épilés et cheveux lissés ».[15] Mais ce qui s'est imposé, c'est l'idée que les aspirations démocratiques ne pourront être pleinement satisfaites que si les femmes y sont reconnues comme des citoyennes, au même titre que les hommes. Il y aura vraisemblablement des moments de stagnation et de repli. L'histoire ne s'est jamais déroulée de façon linéaire.
Mais pour les femmes arabes aussi elle est maintenant en marche.
[1] Gender and Citizenship in the Middle-East (Edited by Suad Joseph), Syracuse University Press, 2000, page 11.
[2] Voir Sonia Dayan-Herzbrun « La masculinité comme catégorie politique de la domination au Moyen-Orient », La_Revue, n° 3, www.lrdb.fr
[3] Au Bangladesh, Madame Sheihk Hasina Wajed, cumule même les fonctions de Premier Ministre, de Ministre de la défense, de l'énergie et des ressources naturelles, des travaux publics, des affaires religieuses et de la condition féminine.
[4] Après la mort de son mari Jihane Sadate a passé un doctorat et elle est devenue professeur dans une université américaine.
[5] Cf. Valerie J. Hoffman, « An islamist activist : Zainab al-Ghazali », dans Women and the Family in the Middle-East , Elizabeth Fernea ed, Austin University Press, 1985, et Sonia Dayan-Herzbrun « Quand, en Egypte, l'espace public s'ouvrait aux femmes », dans Femmes et Citoyenneté, Naqd, Revue d'études et de critique sociale, Alger 2006.
[6] En fait l'Arabie Saoudite est le seul pays à ne pas accorder le droit de vote aux femmes, en dehors des élections municipales.
[7] Cf. Ambika Patni, « Behind the veil: Saudi women and business », Harvard International Review 21 , no. 1, 1998-1999, pages 15-16.
[8] Lire à ce propos le dossier rassemblé par Stéphanie Latte-Abdallah, Féminismes islamiques, Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, n°128, Presses des Universités de Provence, 2010 ;
[9] Voir Islah Jad, « L'ONGisation des mouvements de femmes arabes » dans Genre, postcolonialisme et diversité des mouvements de femmes, Cahiers Genre et développement, n°7, L'Harmattan, 2010.
[10] Libération, 22 juillet 2011.
[11] Camille Le Tallec, La Libre Belgique, le 28 juillet 2011.
[12] Voir L'Orient le jour, dimanche 7 août 2011.
[13] Voir Souad Eddouada et Renata Pepicelli, « Maroc : vers un féminisme islamique d'Etat », dans Critique Internationale, n°46, janvier-mars 2010, Les Presses de Sciences Po.
[14] Cf. Alain Roussillon, « Réformer la Moudawana : statut et conditions des Marocaines », dans Maghreb-Machrek, n°179, printemps 2004.
[15] Dans Ouest France du 14/06/2011.
Pour en savoir davantage sur Sonia Dayan-Herzbrun
Numéro 37 (octobre 2011) de la Revue Tumultes : Politique, esthétique, féminisme. Mélanges en l'honneur de Sonia Dayan-Herzbrun
Sous la direction de Isabelle Lacoue-Labarthe et Fatou Sow
Ces mélanges retracent les étapes du long parcours intellectuel et politique de la sociologue Sonia Dayan-Herzbrun. Ils reflètent la diversité de ses centres d'intérêt, depuis ses premiers travaux sur Ferdinand Lassalle et le mouvement ouvrier jusqu'à ses recherches sur la pensée postcoloniale et soulignent une mobilisation intellectuelle permanente contre toutes les formes de domination. Mais pour Sonia Dayan-Herzbrun, décrypter la domination ne suffit pas ; ces écrits rendent hommage à une chercheuse qui sait aussi débusquer les marges de liberté, de créativité et de résistance des dominés, ce dont témoignent plusieurs numéros de la revue Tumultes qu'elle a fondée en 1992. Les articles réunis dans ce numéro reprennent pour une part les communications faites à un colloque organisé en juin 2010 en son honneur ; ils invitent à lire et à comprendre les multiples facettes de sa pensée, comme une ¦uvre en mouvement dans l'attente de nouvelles aventures intellectuelles.
ISSN : 1243-549X
ISBN : 978-2-84174-571-5
240 pages. Prix : 20 euros
Diffusion :
Éditions Kimé
2, impasse des peintres
75002 Paris
kime.editions@wanadoo.fr
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25.11.2011
LA RELIGION, FACTEUR DE PAIX
Nous avons trop souvent entendu des voix qui dénoncent l'intolérance religieuse, cause de guerre. A l'occasion d'une conférence-débat, voire d'une conférence-dialogue, cherchons ensemble, non pas ce qui divise mais ce qui rassemble, ce qui dans les religions apporte la paix.
N'est-il pas vrai que toutes les religions donnent une valeur plus grande à la paix ? Qu'elles préfèrent dans leur essence la paix au conflit?
De concert, toutes les religions conseillent la Règle d'Or, sous une forme ou une autre :"Ne fais pas à autrui, ce que tu n'aimerais pas qu'on te fasse." - "Aucun d'entre vous n'est véritable croyant tant qu'il n'aimera pas pour son frère ce qu'il aime pour lui-même."- /vers 570-632, 13 ème des Hadith de Nawawi, rapporté par Al-Bukhari et Muslim)
Est-ce que ce sont les religions qui poussent à la guerre ou ce que les gens en font, qui les corrompent pour étayer leur méchanceté, leur bêtise et leur désir de domination ? Transformer ce qui a pour but de réunir en prétexte pour séparer, diviser et rejeter ?
Les religions sont un facteur de civilisation et cela depuis des temps immémoriaux. Elles ont été révélées pour accompagner la vie, pour élever l'être humain au-dessus de l'animal, l'extirper de sa bestialité vers l'esprit, vers des valeurs universelles. La guerre, chose bestiale, l'intolérance qui vient de la meute, ne peut-être autre chose qu'une régression de ce but.
Cherchons ensemble l'appel à la tolérance, l'appel au respect, en un respect réciproque. Cherchons ensemble les conditions nécessaires pour une vraie coexistence.
L'Académie pour la Tolérance Alcazar, soucieuse de continuer à insuffler l'esprit de Cordoue propose une conférence-débat, soit une conférence-dialogue en vue de rapprocher les gens dans leurs différences et au-dela de leurs différences.
L'ACADEMIE DE LA TOLERANCE - ALCAZAR
A LE PLAISIR DE VOUS INVITER A SA
CONFERENCE-DEBAT
LE MERCREDI 30 NOVEMBRE 2011
A LA MAISON DES ASSOCIATIONS,
RUE DES SAVOISES 15 (PLAINPALAIS)
A 18H30, SALLE RENE DUMONT.
INTERVENANTS
MARC-RAPHAEL GUEDJ
WILLIAM A. MCCOMISH
JEAN-CLAUDE MOKRY
HAFID OUARDIRI
HELEN QUELEN
MODERATEURS
DJEMÂA CHRAÏTI
IOAN TENNER
Pour tout renseignement- responsable de l'organisation de la conférence et porte-parole Béatrice Murebwayire 076 438 30 83
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21.11.2011
"Precious Life" ou la promesse de l'aube
Projection à Genève proposée par l'Association Janusz Korczak - Mohammad a quatre mois. C'est un enfant palestinien qui souffre d'une déficience du système immunitaire, seule une greffe de moelle osseuse pourra le sauver et le seul endroit où peut être effectuée cette greffe est dans un hôpital israélien - Tel Hashomer près de Tel-Aviv. L'opération coûte 55'000 dollars, une fortune ! Grâce à un reportage de Shlomi Eldar, un Israélien juif qui a perdu son fils pendant la guerre financera cette greffe, sous couvert d'anonymat.
Shlomi Eldar, Prix Pulitzer en 2005 et spécialiste du conflit israélo-palestinien a d'abord filmé Mohammad et sa famille pour lui-même, il devient partie prenante du documentaire. Ehud Bleiberg, un producteur israélien acceptera de le produire.
La caméra tour à tour, filme le pédiatre, Raz Somech, Raïda, la mère de l'enfant, qui jure que son fils s'il doit mourir comme martyre pour la Palestine, mourra et qu'elle en sera fière. L'enfant-bulle est au cœur des contradictions. A travers ce petit corps malade, passe toutes les tensions du conflit israélo-palestinien, la donneuse, une cousine quitte Gaza, le temps de l'opération.
Le documentaire retrace le combat de chacun, le pédiatre pour sauver l'enfant, la mère qui souhaite le sauver mais qui ne veut pas être associée au camp ennemi et qui subit la pression sociale. L'enfant qui se bat pour survivre.
Les protagonistes sont englués dans un conflit qui perdure et où chacun se perd, mais eux tous tentent de mettre toute leur énergie, toute leur compréhension de l'autre pour sauver l'enfant, ce trait d'union qui les unit en un combat commun et singulier d'où émergera la vie et non pas la mort.
Pourquoi tant d'énergie pour un seul enfant tandis que tant d'autres meurent ? Il faut bien commencer à quelque part. Partir d'un point presque insignifiant au regard de ce qui se déroule au quotidien, sauver une vie, une vie si précieuse, promesse de l'aube à travers laquelle la vie est là dans ce qu'elle insuffle de plus humain, cette touche de profonde humanité qui reste lorsque tout semble avoir disparu.
Une promesse de l'aube d'où rayonne encore un peu de cette humanité qui nous est si chère et qui nous laisse espérer un monde plus sage.
Interview exclusive -
Pour le Dr Raz Somech, ces rencontres lumineuses et chargées d'espoir rappellent qu'il n'y a pas que la haine pour motiver les êtres. Il se souvient de cette lettre de secours pour sauver le jeune Mohammad envoyée au journaliste Shlomi Eldar , il n'y croyait pas, c'était une tentative parmi d'autres, un dernier essai. Mais l'empathie et la compassion ont joué.
Bien souvent, on se trouve être plutôt solidaire face à un enfant malade. Et face à un enfant malade, on ne se demande pas à quelle confession, quelle couleur, quelle nationalité, il appartient. On le soigne sans préjugés. Il souligne la métaphore dans le film, "lors d'une greffe, le corps étranger doit faire sa place, il y a au départ une tentative de rejet. Puis greffon et organisme sont obligés de coexister, cette coexistence est l'assurance de survie, sinon le patient risque de mourir". Une métaphore qui colle parfaitement au conflit palestino-israélien. Il n'y a plus d'autre choix que celui de coexister de façon pacifique au risque de tous disparaître.
Pour les gens, ce genre de message est important parce qu' il redonne de l'espoir bien qu'on observe un durcissement des deux camps. Ce sont les gouvernements qui doivent finalement lancer des messages clairs. Or, sur le terrain, on constate que nombreuses sont les anecdotes de personnes issues des deux bords qui tentent de trouver des solutions pacifiques dans leur quotidien.
Un projet qui lui tient très à coeur consiste à étendre et détecter de façon précoce le déficit immunitaire chez les enfants. Le Centre où collabore le Dr Somech, Centre Médical Sheba à l'hôpital de Tel-Hashomer, recherche un financement de 750 000 dollars, pour permettre ainsi aux enfants palestiniens et israéliens de bénéficier d'un dépistage dès leur naissance. Le Service d'immunologie pédiatrique de l'éminent pédiatre est déjà reconnu par la Fondation Jeffrey Modell. Une distinction que seuls 35 centres dans le monde ont reçu à ce jour. Un des seuls au Moyen-Orient, le Centre pourrait accueillir des enfants de toute cette région.
Autre rêve du Dr. Raz Somech, q'un jour les enfants ou petits-enfants de Mohammad jouent avec les enfants ou petits-enfants de Ohad, Shira, Noa (les enfants du médecin)
BEHEZRAT HACHEM
INCH'ALLAH
Avec l'aide de Dieu
Pour plus d'informations sur ce projet : Dr. Raz Somech M.D, Ph.D raz.somech@sheba.health.gov.il
(photo ci-dessus, "EFFEL74" que je remercie)
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