153727

11/06/2018

Ode pour un rhapsode

DSC01401 (4).jpgTaillé comme une armoire, la barbe rebelle,  Yves Gaudin, a plutôt l'air d'un baroudeur, voyageur sans frontières, passeur de mots, passeur de maux, maître en insurrection poétique. 

Je l'ai rencontré dans la petite gare de Saint-Julien par un froid matin de février, par une de ces aubes brumeuses et humides, sous la lumière blafarde d'un réverbère épuisé. Alors qu'il dépose son grand sac à dos, sur le banc, je vois de grosses chaussures de montagne au bout de longues jambes. Je m'assieds à côté du sac, sors mon recueil de poèmes de Hölderlin, il s'excuse et reprend son pesant bagage pour me faire de la place. Curieuse, je lui demande s'il revient d'une expédition à la montagne, en quelque sorte, me répond-il, je reviens des hauteurs poétiques.

Le rhapsode qu'il est passe d'une ville à l'autre, traverse parfois les pays et les continents. Capable de réciter des poèmes en vingt-deux langues, il arpente le monde pour amener la poésie dans les lieux les plus inattendus, prisons, hôpitaux psychiatriques, écoles militaires. Là, où on s'y attend le moins et de préciser que la poésie est fille de bohème, elle ne se cantonne pas, elle ne s'enferme pas, elle se partage, elle touche au plus profond de l'être et c'est pour cela qu’un prisonnier le remerciera avec une sublime maladresse :

- Au moins vous, vous ne nous prenez pas pour des cons. Une phrase de remerciement gauche et maladroite qui dit bien ce qu'elle veut dire; elle a touché là où personne ne va, le moi profond, l'âme, le cœur, la sensibilité.

Autrefois, la rhapsodie était réservée à des poèmes épiques chantés et accompagnés d'une lyre ou d'une cithare, le rhapsode tant aimé des Dieux recousait ensemble les morceaux de l'Iliade. Yves Gaudin , lui, recolle aussi les morceaux , il aide les autres à se reconstruire, il retisse le lien, il recoud l’âme partie en lambeaux.

Au hasard des rencontres, bien qu’il n’y ait que des rendez-vous dans la vie, il croise une enseignante en CM2 qui l’encourage devant toute une classe,  à dire son poème. La magie prend pour le petit dyslexique dont le parcours scolaire sera celui du combattant. Mais la poésie, elle, ne le lâche pas, elle le tient hors de l’eau. Aux Etats-Unis, il y créera et dirigera un service clientèle pour une entreprise manufacturière de broyeurs industriels en sa qualité de mécanicien tout en déclamant des vers le soir, il est approché par Zénobia Stockton, l’amie, la sœur, la marraine, elle lui ouvre les portes des universités. L’ancienne interprète de Charles de Gaulle auprès l'ambassade des Etats-Unis à Londres qui connaissait aussi bien Churchill que Einstein lui dira « I trust you ! I believe in you ! ». A Charleston, en Caroline du Sud, il enseignera à l’université notamment auprès d’élèves de l'académie militaire The Citadel dont personne ne veut. Les plus grandes universités l’invitent, à dire et à faire dire des poèmes aussi bien en russe qu’en espagnol ou en anglais. Les langues ne sont pas une barrière, elles ne sont que de la musique pour une oreille exercée.

Autre rencontre solaire, Michel Guggenheim lui ouvre les portes d’Avignon via le programme de Bryn Mawr College, où il a carte blanche. Le décor pour rue, Yves Gaudin court avec ses étudiants en déclamant du Césaire ou du Antonin Artaud, des draps blancs donnés par l’hôpital font office de voiles.

Citoyen du monde, féru d’esthétique nomadique, le parcours du poète est celui des rencontres, passeur de mots, il nous revient avec des énigmes. Une femme qui a connu les camps nazis , lui traduit dans un train , un proverbe yiddish qui se disait dans les camps :

« Le meilleur de tous les tailleurs parmi les artisans c’est Yankel le boulanger ! ». Une énigme à interpréter qui pourrait convenir parfaitement à Yves Gaudin, derrière l’artisan mécanicien, se cache le plus pur des poètes. Une autre façon de dire, qu’on ne sait jamais où et comment se cache le meilleur en nous et qui est le meilleur.

 

 

 

 

 

12:00 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

10/06/2018

Appel à témoin, appel au courage

IMG_1801.jpgUne affiche qu'on voit un peu partout en France voisine, côté Collonges-sous-Salève et Saint-Julien-en-Genevois. Les parents dont le fils a été renversé alors qu'il roulait à vélo sur la route de Presilly au Châble, le vendredi 1er juin, ont lancé un appel à témoin.

Le jeune Maxime, âgé de 17 ans entre à 22h40 à vélo, un chauffard le heurte par l'arrière et le laisse pour mort au bord de la route, dans un fossé. Un autre conducteur le trouvera inanimé et appellera les secours. Maxime dans le coma, meurt le lundi 4 juin, son enterrement a eu lieu le samedi 9 juin, à l'église de Neydens. Un dernier adieu à cet adolescent dont la vie a été fauchée par un chauffard.

Mais il y a la suite, celle à laquelle on s'attend tous. Un chauffard planqué et qui a de la peine à respirer, à manger, à  dormir depuis la fuite, nerveux, les mains qui tremblent. Il a dû sentir le choc, voir le corps plonger dans le ravin, malgré cela, il  a continué sa route en regardant dans le rétroviseur le vélo couché, le feu de vélo avant encore allumé, puis il a accéléré en croyant oublier, il a imaginé qu'il pourrait tout effacer, en quelques secondes.

Oui, on peut imaginer la terreur, l'angoisse, la panique. Descendre de la voiture les jambes flageolantes, les mains moites, le coeur battant, et se pencher sur le blessé, dans la nuit noire. Mais c'est ce courage qu'il aurait fallu pour assumer un acte, c'est la capacité d'être responsable de ses actes mêmes les plus affreux qui fait de nous ce que nous sommes, à savoir des êtres libres et responsables. La capacité de répondre de ses actes nous donne le pouvoir d'être libre, elle nous confère de la grandeur, oser dire c'est se libérer du poids de la culpabilité.

Songez à cet homme ou cette femme qui continuera à se cacher sans oser assumer l'accident, un manque de courage qui condamnera à perpétuité. Quelle tranquillité après ça ? Quelle vie après ? Mieux vaut assumer les conséquences de ses actes.

Que le chauffard fasse acte de courage et de responsabilité !

 

Paix à l'âme de Maxime ! Avec toute notre compassion aux parents.

266922418_B9715954705Z.1_20180607100225_000_GPKBEM7U0.1-0-2.jpg

Pour toute information contacter la gendarmerie de Saint-Julien en Genevois 00334 50 49 20 44

 

IMG_1801.jpg

 

 

08:39 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

09/06/2018

Deal qui peut !

872965195-1.JPGSans vouloir entrer dans le débat Melgar contre lequel s'est fait la levée de boucliers, j'aimerai rappeler le reportage réalisé en 2009. Une série d'interviews réalisés auprès des dealers aux Pâquis et j'avais mis en évidence un élément important, c'est que la plupart des dealers sont des NEM (non entrée en matière) dont le séjour en Suisse est refusé et qu'on laisse vivre dans le pays  sans aucuns moyens.

La meilleure façon de réduire le deal dans les rues, c'est de s'assurer de travailler avec une certaine cohérence, lorsqu'on jette des mineurs dans la rue, sans ressources, il ne faut pas s'étonner de les voir se débrouiller comme ils peuvent et on les aurait préférés assis sur les bancs d'école plutôt  qu'autour d'une école.

 

Une meilleure politique d'intégration et une meilleure lutte contre la discrimination participeront  à la diminution du deal, CQFD et pour conclure : Osons le débat !

 

Deal qui peut ! Billets dans l'ordre de publication

http://paquis.blog.tdg.ch/archive/2009/11/20/deale-qui-pe...

http://paquis.blog.tdg.ch/archive/2009/11/21/deale-qui-pe...

http://paquis.blog.tdg.ch/archive/2009/11/27/deale-qui-pe...

http://paquis.blog.tdg.ch/archive/2009/11/28/deale-qui-peut-les-balafres.html

http://paquis.blog.tdg.ch/archive/2009/12/13/deale-qui-pe...

http://paquis.blog.tdg.ch/archive/2009/12/18/deale-qui-peut-du-gourbis-aux-paquis.html

 

 

 

10:22 | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | | |

03/06/2018

Le pain du pauvre

IMG_1764.jpgRouen,  22h – Devant la belle gare de Rouen construite dans un style Art Nouveau et qui date de 1928 se gare la camionnette du Samu social. Des personnes l’attendent déjà de pied ferme depuis plus d’une heure. Des sandwichs, du café et du thé seront distribués gracieusement aux SDF.

Les bénévoles dont une qui est engagée depuis 22 ans dans cette distribution,  rayonne de joie, elle m’explique le circuit qu’ils font deux fois par semaine et les centaines de sandwichs distribués.

- Non ! Nous n’avons jamais eu de problèmes de violence, en général,  s’il y a de la bagarre c’est entre les SDF et là vous voyez le bus, il est prêt à partir. C’est simple, dans ces cas-là on s’en va et ils le savent : plus rien à manger! Et si quiconque nous menace, les sans-abri eux-mêmes nous protègent et calment le jeu. En 22 ans, je n’ai jamais rencontré de graves problèmes et la preuve, je continue avec joie et je compte bien ne pas m’arrêter.

Tandis que je discute avec la bénévole, j’observe des sans-abris remercier longuement les personnes qui leur distribuent la nourriture et les féliciter pour leur travail d’humanistes ; des réfugiés portent la main à leur coeur en le tapotant pour montrer qu'ils sont touchés et reconnaissants, un groupe assis sur le trottoir  après avoir mangé joue avec un presque chiot en imitant la grosse voix de la police qui les fouille.

- Cherche ! Cherche ! le chien un peu fou leur mordille les pieds et tous de rire.

Un homme plutôt bien mis, la cinquantaine, s’approche de nous, il tient serré fort contre lui un yaourt, un morceau de pain et un sandwich qu’il a récupérés de la distribution. Il raconte sa vie,  en quelques traits, je l’écoute attentivement, surprise de voir que « la normalité » peut, elle aussi, conduire à la précarité.

Un amour intense avec Joëlle, une des premières femmes à avoir fait le Paris-Dakar, lui de métier est illustrateur, mais on n'en vit pas de ce métier-là. Il a de ses propres mains construit leurs trois maisons. Joëlle meurt d’une crise cardiaque. Non mariés, les parents de la femme saisissent tout et laisse l’homme sur la paille et lui confie les frais de l’enterrement dans son propre caveau, là où il rejoindra sa bien-aimée, plus tard. Lui explique .

- Parce qu’ils n’auraient pas hésité à l’incinérer, ça aurait coûté moins cher et moi, je ne l’ai jamais entendu dire que c’est ce qu’elle souhaitait, alors elle est dans mon caveau familial et elle m'attend.

L’homme quelques mois plus tard après ce décès et qui travaillait comme un fou à raison de 18 heures sur 24, en qualité de technico-commercial avec l’obligation de vendre 60 remorques par mois, fait à son tour, un arrêt cardiaque et se retrouve dans le coma. Puis, c'est la chute; la déchéance par le chagrin, la perte de l’emploi, la maladie, le jette dans la rue.

Il continue tout en parlant de son amour, à serrer plus fort le pain contre lui, comme s’il se souvenait d’avoir serré la vie contre ce corps devenu frêle. Il raconte tout ceci avec une belle dignité. Il déclare avoir trouvé enfin une chambre chez une assistante sociale qu’il peut occuper contre petits travaux.

Et il continue à parler de cette femme merveilleuse qu’il aimait et admirait tant . L’amour de sa vie.

Tout en l’écoutant, je songe au fait que même la normalité peut conduire à la rupture, mais c’est une « normalité » entachée de violence ; un employeur qui presse au maximum le citron, un statut de couple non-marié qu’on finira par stigmatiser, un homme sensible qui ne semble ni drogué, ni alcoolique, mais pour qui trop aimer a suffi à lui faire perdre tous les repères lorsque l’être aimé s’en est allé.

IMG_1765.jpgLe bus s’éloigne. Tout ce petit monde un brin interlope,  en quelques secondes,  se disperse. Je reste plantée, seule, devant cette gare, en réfléchissant à la folle marche du monde et conclus qu'il ne fait  pas bon être sensible dans ce monde où la normalité n'a jamais été gage de justice et d'équité et que chacun de nous pourrait devenir cet homme-là. Il suffit d'un accident grave dans le parcours de vie. Il ne reste dorénavant que notre empathie à offrir, à des gens dont le parcours aurait pu être exemplaire et pour qui ça n'a pas suffi.

 

08:59 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

28/05/2018

L'aventure argentique

IMG_1358.JPGPhilippe Ledru, ancien photographe pendant 25 ans, à l’agence Sygma,  balaie d’un geste les problèmes qu’il a eus à récupérer son stock photos lorsque l’agence de photo-journalisme est vendue en 1999, à Corbis, société dirigée par Bill Gates plus tard revendue à Unity Glory, filiale de Visual China qui finira par conclure un accord avec Getty Images.

C’est alors la valse des archives, un fonds de plusieurs millions de photos  à la dérive, des milliers  d'entre elles perdues. Des photographes qui avaient quasi un statut d’indépendant avec des droits d’auteur protégés au cœur de l’agence Sygma s’associent et décident de se battre pour récupérer leurs clichés.

Après 12 ans d’âpres luttes et de procédures sans fin, Philippe Ledru parvient à récupérer 5m3 de photos, soit un camion.

Mais il ne veut plus en parler, du reste, ils ont tous signé un accord dans ce sens « on ne parle plus de cette affaire, tout a été réglé! »

Il reste quoi ? Il reste la mémoire photographique pour celui qui parle de l’argentique avec une certaine nostalgie.  Les clichés inédits de Simone Weil dans son ouvrage préfacé par Badinter « Mes combats »   sont signés Ledru. Un prochain ouvrage  à paraître et plus intimiste avec la collaboration de la famille seront aussi de son cru, celle qu’il connaissait si bien l’a laissé approcher dans cette sphère personnelle que seul un ami peut franchir.

Quel mémoire photographique ? Un instant inoubliable lorsque David Bowie à Cannes, le vire quasiment, sa cigarette à la main, une expression immortalisée entre l’amusement et l’agacement.

Philippe Ledru soutient qu’autrefois, on ne shootait pas à l’aveugle, mais il fallait se préparer à saisir une expression, un geste, un moment unique, l’argentique exigeait un travail soigneux et bien préparé, il fallait longuement cadrer son sujet. A Cannes, ce photographe des stars parvenait à les sortir discrètement de l’hôtel par les discrètes portes de service pour les faire poser dans un jardin, sur des escaliers, à l’abri des regards et de l’hystérie des foules. Aujourd’hui, c’est impossible ! Les stars sont prises au piège, des barrières partout, des gens qui photographient avec leur portable,  à tout va.   Cette vie filmée en permanence a banalisé l’image. Des caméras de surveillance partout, bientôt des drones-filmeurs, et se demander quels sont les moments de la mémoire dans ce flux ininterrompu d’images, qui va décider de l’instant historique d’un cliché ?

- Discours d’ancien combattant ? lui demandé-je. Il me répond, très fier pour celui qui « a couvert le Liban »  : -  j’assume entièrement  !

On subit une globalisation de l’image, il n’y a plus de moments exclusifs, les images sont banalisées jusqu’à l’infini. La distance n’existe plus et c’est elle sans doute qui faisait la force d’une photo, la puissance d’une image, la distance nécessaire à la réflexion.

Tandis qu’il me raconte ceci, il se retourne et voit sur son stand du Carrousel du Louvre où sont exposées ses photos dont celles de David Bowie, des personnes photographier ses œuvres au moyen de leur portable et il les interpelle; il leur  explique les droits d’auteur, le travail à respecter et s'explique, ses photos seront reproduites par milliers sur les réseaux sociaux et comment les récupérer, ensuite. Voilà ce qu’est devenue la photo, dit-il, des reproductions aveugles à l’infini et on ne sait plus en reconnaître l’auteur. On ne peut plus remettre une photo dans son contexte et pourtant le contexte est essentiel pour comprendre une photo et la situer dans son temps.

De l’argentique au numérique, de l’exception à la consommation de masse. Le numérique va-t-il détruire la photo, effacer  la mémoire, brouiller les pistes ?

 

 

21:08 | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | |

26/05/2018

Carrousel du Louvre - Strass et champagne

IMG_1345.JPGMonter et tenir  un stand au Carrousel du Louvre,  c'est sportif. Arriver par les sous-sols du Louvre où 200 exposants se préparent à accrocher leurs tableaux, transporter le matériel puis commencer à accrocher et à chacun son style; nos voisins du stand d'à côté sont des artistes chinois, ils se mettent en mode méditation devant le mur blanc, puis inspirant profondément, prennent une toile et la posent en un geste sacré, puis ils mesurent à l'aide d'un niveau la ligne parfaite tandis que nous plus classiques, on penche la tête et on suggère, un peu plus haut à droite, très légèrement, encore un pouce à gauche plus bas. . Plus loin, un artiste genre rasta, mange son sandwich au thon légèrement dégoulinant d'huile en  observant le regard perdu dans le vague, le mur, le tout semble totalement le dépasser, il est affalé sur sa chaise les jambes tendues devant lui.

Puis, il y encore d'autre artistes comme qui dirait un peu hagards dans cet endroit immense : tiens il y en a un qui sort des toilettes pour femmes et qui regarde longuement le panneau  en se demandant comment il a pu rater ça. 

Le vernissage est pour 19h, une longue queue de gens trépignent à l'extérieur, on entend les bouchons de champagne sauter, notre artiste Jacques Strauss est resté à l'hôtel se reposer, on va devoir se débrouiller pour accueillir les curieux parmi lesquels, des courtiers d'art, des galeristes dont un qui se demande comment on vend d'habitude et là on est fier de lui dire :

-Alors vous savez, nous,  on organise des portes ouvertes dans l'atelier du peintre une à deux fois par an et on s'y bouscule.

Un jeune agriculteur bio passionné de peinture admire  les oeuvres bouche bée, les gens déambulent un verre de champagne à la main, une amie artiste explique le symbole du Golem que nous expoosons: " en hébreu la vérité c'est emet אמת si vous enlevez le aleph la première lettre, souffle de vie,  vous aurez מת met qui signifie mort". Les curieux hochent la tête impressionnés par les explications savantes. Un homme déjà ivre tangue devant les peintures, le nez presque collé contre la toile,  adroitement on lui suggère de reculer pour mieux observer les perspectives et il y a celui qui drague, il se plante à un cm de votre visage et d'on ton langoureux vous sussurre:

-C'est vous l'artiste? Après vous avoir écouté, il vous complimente : Vous défendez quand même bien les couleurs du peintre!

Des femmes magnifiques déambulent,  longues et légères,  titubant sur leurs talons aiguilles, quelques observations entre artistes chuchotées  nous parviennent. 

-T'as vu ces croûtes immondes?

Devant notre stand, un photographe est prêt à me raconter comment il a sauvé des archives photos  de l'agence Sygma lorsqu'elle a été vendue, celui qui "a couvert le Liban" m'a promis de décrire dans le menu détail ce sauvetage. Puis, je tenterai plus tard,  encore une fois, aujourd'hui, de parler avec nos voisins artistes chinois qui sont timides dès que vous approchez, ils plongent la tête sur leur Iphone ou alors vous photographient sans relâche.

On attend plus de 100'000 personnes, tourne, tourne, le Carrousel.

 

suite .....à venir

 

11:45 | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | |

23/05/2018

Carrousel du Louvre - La Strauss attitude

IMG_1665.jpgComme je vous l'avais annoncé dans le billet "Lee Bae- Les 50 nuances de charbon" me voilà partie au Carrousel du Louvre avec le grand peintre Jacques Strauss que l'on accompagne à plusieurs pour ce qu'on pourrait appeler une consécration dans une carrière, à savoir, exposer au Carrousel du Louvre dans le cadre du Salon international d'art contemporain (26 et 27 mai, vernissage vendredi 25 mai.)

L'artiste a décidé de ne pas envoyer par transport ses vingt-quatre tableaux mais qu'on allait voyager avec dans un mini-bus loué, il était hors de question de laisser "ses enfants" tout seuls, donc non seulement on voyagera avec ses peintures mais on dormira avec. Chacun de nous prendra dans sa chambre d'hôtel situé à 300 mètres du Louvre, quatre ou cinq tableaux. J'imagine déjà la tête du réceptionniste lorsqu'il verra le défilé.

Une dizaine de Genevois sont de la partie et nous rejoindront à Paris, du côté parisien, nous comptons déjà une cinquantaine d'invités. Mon rôle se partagera entre tenir le stand de tableaux en compagnie du peintre et être sa chroniqueuse. Je me prépare à cette nouvelle tâche artistique en préparant des formules colorées.

Parisien médaillé, Médaille d'Or des Artistes de France, Toile d'Or décernée par la Fédération Nationale de la Culture Française, sociétaire et vice-président des Artistes de France, également sociétaire des Artistes indépendants au Grand-Palais à Paris, Jacques Strauss a suivi le processus classique de la plupart des artistes-peintres, d'abord figuratif, puis abstrait expressionniste.

Sa peinture à base de laques colorées est rutilante, lyrique et somptueuse, il est parmi les très rares peintres européens à utiliser ce matériau comme moyen d'expression. On dit de lui qu'il est le peintre de l'oxymore. Une émotion exprimée par le gestuel, la couleur et les signes où se confondent l'informel, le suggestif, le mental, ramenés à l'essentiel. Symphonies fantastiques de couleurs, de bleus profonds, de rouges intenses, de noirs étincelants, ses oeuvres sont un velours pour le regard et un défi pour l'imagination.

Cet éternel jeune homme qui fêtera bientôt ses 100 ans nous impressionne lorsqu'un d'un trait tandis qu'il écoute de la musique, il strie la toile d'un mouvement sûr,  il créé alors des paysages imaginaires, la force sublime de l'instant présent lui ouvre les portes de l'infini, une constellation s'échappe de son pinceau et le porte aux nues.  Pour lui, peindre c'est oublier le monde, rêver un univers serein, coloré, apaisant.  J'ose dire parfois avec un brin d'insolence, Strauss, c'est du Zao Wou-Ki mais en mieux et en plus propre.

 

la suite ..... à Paris

 

Le site du peintre

https://www.dj-strauss.com/

 

16:00 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

22/05/2018

Danseurs d’alerte

migrants-12.jpgIls sont là les migrants à jouer à saute-mouton dans les champs, à se cacher entre les frontières réelles et celles de notre imaginaire;  des ombres fugitives perdues et qui interpellent. Une série de photos prises par Françoise Herquel, animatrice socio-culturelle, écrivaine valaisanne à ses heures, représentant des cardons pris,  en automne 2013,  et qui a inspiré son amie chorégraphe Brigitte Burdin . Le maire d’Archamps ainsi que ceux de Bossey et Collonges sous Salève, suivis par les maires côté suisse de Veyrier, Troinex, Bardonnex ont produit  un spectacle "Danseurs d'alerte" qui se déroulera, le 2 juin 2018, à 19h,  dans le hangar de Compesières et dont le visuel s'est inspiré de cette magie photographique.

Jouer à saute-mouton par-dessus les frontières, et danser une fable légère pour rappeler que les frontières se vivent, elles ne sont pas un frein mais elles peuvent rapprocher. Jouer à saute-mouton au-delà des préjugés, le temps d’un soir, être voisins et se souvenir qu’on partage des espaces communs qui nous sont chers lorsqu’on hérite des mêmes paysages et des lieux partagés par une mémoire collective.

Du mois de mars à juin 2018 , différents événements autour de la thématique « Frontière.S » ont invité à une réflexion citoyenne territoriale et une célébration de nos « Frontières ». Le spectacle « Danseurs d’alerte » vient parachever ce cycle et le clôturer.

Un regard artistique au cœur de l’exposition « Frontières" réalisée par le Musée National Français de l'Histoire de l’immigration et qui s’est donné pour mission de présenter des clés de compréhension , à la fois historiques et géographiques, et des témoignages de la traversée. Chaque commune participante a pu présenter sa propre vision de sa réalité locale.

Danser par-delà les barrières, par-delà les frontières, dans un souffle immense traverser l'espace sur une danse enivrante qui rappelle que les plus grandes frontières et celles qu’on suppose les plus infranchissables sont d'abord dans nos têtes.

Flyer_Danseurs_Alerte_recto.jpg

 

21:57 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

21/05/2018

Une fouine dans le moteur

images-2.jpgA chaque fois que je raconte ce qui est arrivé, à ma voiture, on me demande si c’est un passage imaginaire d’un de mes romans et il me faut me défendre pour expliquer ce qui s’est vraiment passé et comment ça s’est produit.

Un jour, me rendant à Coppet, le témoin lumineux de ma voiture marque en rouge vif qu’il faut rajouter du liquie¨de de refroidissement que je m’empresse aussitôt de mettre. Une heure plus tard, le témoin s’allume à nouveau, inquiète, je m’arrête chez un garagiste au bord de la route pour lui demander de vérifier ce qui se passe, naturellement avec mon imagination débordante, je voyais déjà la flambée du véhicule en une explosion assourdissante, quelque chose de ce genre, épouvantable.

Le mécanicien ouvre le capot et découvre près du moteur, un os, un morceau de pain, une tranche de pizza, bref, le parfait salon d’une fouine qui s’était confortablement installée dans le moteur du véhicule, faisant salon et se réchauffant à la douce chaleur d’un moteur refroidi durant l’hiver, parfois rongeant quelques câbles électriques du véhicule pour se faire les dents. Et voilà la voiture définitivement hors d’usage !

La fouine et pendant tout l’hiver évidemment dès que je mettais en branle le moteur s’éclipsait rapidement pour revenir dès mon retour se réchauffer dans « son nid douillet». Les fils sont fabriqués avec des matières organiques; par soucis d'écologie, des normes européennes obligent les constructeurs à remplacer les traditionnels câbles et durites en plastique classique, par des matériaux faits à base d'amidon de maïs ou de pomme de terre, issus de la canne à sucre, d’arachides, huiles de poisson ou farines contenus dans les câbles recyclés, bref, un vrai garde-manger pour ces adorables rongeurs.

Certains véhicules sont équipés d’appareils à ultras-sons qui les éloignent.

 

Donc, je vous laisse vérifier dans votre moteur qu’il ne soit pas transformé en un « douillet petit coin » à fouines. Au printemps, les mâles sont particulièrement attirés par les câbles et pour marquer leur territoire, ils sont capables de passer après un autre concurrent qui a arrosé les fils et ronger davantage le matériel pour montrer son passage et faire disparaître toute odeur et toute trace du mâle précédent, et en attendant, en ce qui me concerne, marche et vélo, au programme.

 

 

 

12:08 | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Facebook | | |

20/05/2018

Miracle!

images-1.jpgPar un mardi pluvieux tandis que le ciel gris se penche sur vous comme une larme immense, je traîne ma douleur dans une jambe droite au point que je décide, au milieu de la journée, de prendre ma voiture et filer chez moi avaler quelques anti-inflammatoires.

Arrivée au rondeau de Carouge, je vois une dame qui doit avoir plus de huitante ans faire  du stop, là, sous la pluie. Malgré, la douleur lancinante, je me dis que je peux sans doute encore faire quelque chose pour elle dans l'état pitoyable dans lequel je me trouve. Je m’arrête.  Tout sourire, elle ouvre la portière lentement, se hisse  péniblement dans la voiture, dépose à grand- peine  son lourd sac à main noir ouvert comme une bouche immense et son parapluie grenat à pois blancs. Une dame bienveillante qui attendait le bus, ferme prestement la portière derrière elle, en m’envoyant un baiser de la main et me remerciant d’avoir eu du cœur de prendre cette pauvre vieille dame sous la pluie.

- Vous allez où ?lui, demandai-je.

- A l’église arménienne.

- Vous êtes arménienne ?

- Non, je suis italienne, mais j’habite à Troinex près de l’église. Vous savez, continue-t-elle, je prie le bon Dieu, lorsqu’il pleut que quelqu’un me prenne en stop et bien sûr, j’explique à Dio ce que c’est le stop; je vais me mettre au bord de la route et tendre mon pouce. Elle roule magnifiquement les « r » en un français hésitant et continue à m’expliquer ce dialogue pré-stop avec Dieu. Je m’en amuse.

- Et surtout, continue-t-elle, j’implore Dieu de bénir celui ou celle qui me prendra.

Arrivées devant l’église arménienne, je lui propose de l’emmener au pied de son immeuble situé à quelques centaines de mètres, elle me demande alors  si je n'ai pas quelques contacts avec des régies parce qu'elle aimerait revenir en ville et se rapprocher des magasins et qu'elle pourrait échanger avec un appartement plus petit,  et qu'elle propose  "due balconcini"; je les imagine fleuris et tout le soin qu'elle peut en prendre puis en partant, elle m’embrasse avec effusion, sort de la voiture et postée quelques minutes, elle me fait de grands gestes d’adieu. Cette vieille dame, là, debout,  sur ce trottoir avec sa masse de cheveux blancs, tout de noir vêtue à l’exception d’un chemisier ton crème, son visage rond avec ses petits yeux bleus rieurs dégage quelque chose de joyeux, tandis qu’elle tient son parapluie à pois blancs. Elle continue à me saluer par de larges geste de la main qu'elle agite de façon énergique  et me bénir jusqu’à ce que je disparaisse de sa vue.

Agréablement distraite par cette « auto-stoppeuse », j’en ai oublié ma douleur. En sortant de la voiture, je ne ressens plus rien, toute tension a disparu et carrément, je gambade comme si je n’avais jamais eu mal après des heures de douleurs.

Ses bénédictions semblent avoir porté ses fruits. Miracle !

 

08:58 | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | | |