13.05.2012
Paul Celan- Bégayer le monde

Sur émission RTS – Entre les lignes – Une émission passionnante que j’ai tenté de retranscrire.
Roland de Muralt dans son opuscule « L’espoir d’une parole à venir », texte bref et d’une étonnante densité, relate la rencontre entre Martin Heidegger et Paul Celan, que s’est-il dit à ce moment-là ? Une réalité historique recomposée, de cette entrevue du 25 juillet 1967.
La poésie de Celan est difficile à lire, c’est douloureux, il n’y a pas de codes, lire Celan c’est lire des poèmes qui exigent que l’on trouve les « Shibboleths » mots-clés, lire jusqu’à ce que l’œuvre livre enfin son énigme. Des "Schlüsselwörter" si secrets. Pénétrer dans le silence du poème. Un remugle de mots dans lequel il est difficile de rencontrer le poète, un poète qui se dérobe et qui exige patience et obstination. Un poète de la Shoah qui a fait de cette Shoah son propre langage, dorénavant il fallait écrire dans les « cendres »pour tenter de « fléchir cet anéantissement absolu .» Ces poèmes sont autant de bouteilles à la mer pour les fantômes et qui tendent vers un ailleurs porteur de destin. Des mots qui sont des navires et qui emporteront définitivement les ombres vers un cap les mettant pour l’infini, à l’abri de la barbarie. Avec Rilke, il est considéré comme le plus grand poète de langue allemande. Le drame, voire un paradoxe pour Celan qui chante la langue des bourreaux. Ecrire une nouvelle langue, parce que la langue est belle, jamais la barbarie ne pourra détruire la beauté ! Malaxer cette langue pour l’embellir, la secouer pareille à de vieux oripeaux fanés pour recréer une langue qui émerge du chaos.
En 1970, il se suicidera à l’âge de 50 ans, en sautant du Pont Mirabeau dans la Seine, ce même « Le Pont Mirabeau », poème d’Apollinaire qu’il avait traduit . La fin tragique d'un poète dont la mère a été tuée d’une balle dans la nuque, le père mort d’un typhus dans un camp, lui-même avait été assigné aux travaux forcés, contraint de casser des pierres.
Pour Adorno « écrire un poème après Auschwitz est barbare." Non ! pour Celan, après Auschwitz, c'est essentiel pour survivre, il faut écrire la poésie, mais quelle poésie dorénavant ? Il ne reste plus que des mots pour donner la parole aux morts. La barbarie ne peut pas tuer la beauté. Mais elle tue pourtant les poètes. Celan écrit en allemand, la langue de Hölderlin, mais néanmoins aussi la langue des barbares. Les SS hurlaient dans cette langue. Lui-même n’a jamais voulu écrire en français. Il écrira la langue de Goethe; mais il l’utilisera en la malaxant, en la triturant, une langue distordue. Heidegger qui a adhéré au parti nazi en 1933 et qui s’étonne de découvrir que Celan soit juif , derrière l’étonnement, une question plus angoissante . Un Juif, aux yeux de Heidegger, a-t-il le droit d’écrire en allemand ? La rencontre de 1967 est déterminante pour Celan qui attendra des excuses de la bouche de Heidegger, celui-ci l’invite chez lui dans sa Hütte, et qui selon toute vraisemblance n’ont jamais été dites, ni prononcées, peut-être ni même pensées.
Une rencontre cruelle pour Celan, le silence de Heidegger tombe pareil à un linceul sur le poète. Quel lien entre les deux ? Pourquoi le poète accepte-t-il cette invitation de celui qui a adhéré au Parti nazi ? Hölderlin, serait-il leur trait d’union. Heidegger ayant beaucoup écrit sur le poète allemand. Deux intellectuels qui se rencontrent ? autre hypothèse. Celan savait, au fond de lui, que Heidegger n’apporterait jamais ces mots de compassion, celui qui s’est projeté comme le philosophe du nouveau régime. Le plus grand échec d’une rencontre. Que dira-t-il à Hannah Arendt, son ancienne maîtresse et son ancienne étudiante, la plus brillante et qui est venue, sans doute, elle aussi chercher auprès du philosophe allemand comment il pourrait justifier cela, avec quels mots, quels regrets ? Pour seule réponse, un silence aussi ?
Aller au bout de l’enfer pour que les morts puissent en revenir, l’orphisme extrême. Avec une langue ténébrique, qui bégaie, les mots lancés comme des pierres, il parle aux ombres, il les faits parler, la tentation du silence et dire jusqu’à l’étouffement. Faire advenir fantômes et ombres . Mais avec le souci d’être compréhensible et de témoigner. Il éructe comme s’il étouffait, mais il continue à témoigner, porte-parole de ses ombres. La syntaxe se casse, les mots ne sont pas terminés, après l’étouffement, la destruction. Une poésie qui est la prolongation du poète et qui disparaît avec lui, il bégaie…… Celan posera la question à Heidegger de manière maladroite et en bégayant : Vous n’avez rien à me dire ?
Un silence obtus orgueilleux du philosophe et qui a aussi contribué à perdre le poète qui deviendra profondément dépressif jusqu’à en mourir.
La mort douloureuse d’un poète qui n’avait plus que des mots à bégayer pour décrier le monde de la barbarie !
TTTTTTuuuuuuu jouuuuuurssss bégayyerrrrrrrrrrr !!!!!!
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11.05.2012
SERONISSIME - LE LABEL DE CEUX QUI NE BAISSENT PAS LES BRAS
Il y a eu Serono, puis Merck Serono et maintenant je propose Seronissime, la génération d'après. Plus que le premier et que le second, un label de qualité, la marque des entrepreneurs qui ne se déclarent ni vaincus, ni manipulés.
Un groupe de chercheurs et d'employés qui prennent en main leur avenir et recréent leur propre société. Des hommes et des femmes qui étaient la substance d'une entreprise, sa matière grise et que l'on déplace comme des pions ou qu'on sort de l'équichier à coups de pied et qui décident de reprendre les rênes de leur vie professionnelle.
Il est bon parfois d'être visionnaire ou d'avoir un rêve magnifique, les plus grandes réalisations naissent toujours d'un rêve que l'on croyait irréaliste et pourtant qui a fini par se réaliser.
La Suisse en aidant ces employés hautement qualifiés à repartir sur de nouvelles bases s'assure garder des compétences, se donne les moyens de se positionner comme pôle d'excellence dans le domaine de la biopharma. D'un échec, on déciderait tous ensemble de serrer les rangs et de trouver les meilleures solutions possibles pour donner un souffle nouveau à un secteur davantage soumis au jeu des actions qu'à une dynamique de construction.
Oui ! rêvons tous ensemble. Mettre à disposition des locaux adaptés à la recherche pris en charge en partie par des aides du Canton. Des sources de financement privés pour soutenir les laboratoires de recherches. Des chercheurs qualifiés qu'on garde et qu'on irait de surcroît chercher au sein du même groupe incapable de leur offrir des conditions de travail décentes, un avenir assuré, aujourd'hui. Par la même occasion on viderait l'entreprise de sa ma matière grise, cette même entreprise qui a oublié que ce sont des femmes et des hommes qui lui ont permis de se maintenir et de s'accroître jusque là.
Des millions qui ont été investis dans la formation de ces scientifiques , des années de savoir-faire. Pourquoi les laisseront-on partir à notre tour ?
Seronissime, c'est dépasser Serono et Merck, c'est notre nouveau label 100 % suisse , un label qui trouve son ancrage dans notre environnement apte à rebondir, à décider, à ne pas baisser les bras. Non seulement il en va de l'avenir des employés de Merck Serono mais d'une région tout entière et des milliers d'autres emplois locaux touchés par une décision totalement arbitraire et du fait d'une longue liste d'incompétences. A ce sujet l'article du Temps et son enquête sur un naufrage est très révélateur d'un management et d'une stratégie en œillères.
Seronissimement vôtre ! Le capital ne manque pas, c'est la vision qui fait défaut.
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Les employés Merck Serono résistent aussi avec humour !
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07.05.2012
"Maman, regarde-moi, je suis sur le pont !"
![vg_04_24_pont_sur_autoroute[1].jpg](http://regardscroises.blog.tdg.ch/media/02/00/582664386.jpg)
Par tous les temps, par toutes les saisons, il parcourt le pont de long en large, le visage buriné, rivé par-dessus la rampe ; il scrute rapidement à l'intérieur de chaque voiture qui passe rapidement, pour happer le visage de sa mère, il la cherche, la guette, la supplie d'apparaître, patiente du matin au soir.
Il est tendu, le visage crispé par cette douloureuse attente ; les muscles de ses mâchoires semblent courir sous la peau, il regarde ainsi depuis des années des milliers de voitures défiler sur l'autoroute. Et soudain, son visage s'illumine, là ! Il l'a vue, assise, sereine dans une voiture, elle porte sa jolie robe bleue, si printanière avec ses grands motifs marguerites, comme à chaque fois, elle lui fait un signe léger de la main. Sur son tendre visage un sourire, lointain, si énigmatique. Le cœur du fils bat, il crie: "Maman, je suis là, sur le pont !" , il lui tend les deux bras, comme pour l'enlacer. Sous lui, la voiture disparaît, il traverse le pont en courant pour la voir surgir de l'autre côté, juste le temps de la voir s'éloigner. Ses yeux sont pleins d'amour, il l'a vue, aujourd'hui, enfin, cela faisait une semaine qu'il arpentait ce pont en désespérant de la voir surgir . Or, il peut maintenant abandonner le guet et vaquer à ses occupations ; heureux, souriant, il va jardiner chez les uns et les autres en chuchotant, sur un ton de confidence, à qui veut bien l'écouter :"Aujourd'hui, je l'ai vue !"
Cela s'est passé, il y a exactement 35 ans. Le temps a passé, depuis ce jour, où sa mère a disparu dans un accident de voiture. Il s'en souvient comme si c'était hier; un choc, un bruit épouvantable de tôle froissée, un cri, pour finalement comprendre et réaliser après un long coma dont il aurait préféré ne jamais en sortir : la tragédie, que dorénavant des deux , il est le seul à avoir survécu. Rien n'y fait . On a beau eu le soigner, le piquer de partout, le ligoter, l'enfermer, le bourrer de neuroleptiques, puis essayer les anxiolytiques qui lui font prendre au moins 15 kilos, à chaque fois. Inlassablement, il revient se river sur ce pont avec un espoir sans cesse renouvelé; voir Maman. Et des années de séances, pour le persuader qu'il ne la voit pas en réalité, que c'est le fruit de son imagination, - on est même allé le convaincre qu'il était schizophrène - , n'ont servi à rien.
Il s'en persuade un moment, que ce ne sont-là que des visions, les gens qui le lui disent ont certainement raison : il s'abstient, il évite le pont, contourne le village, mais à quel prix. Quelle souffrance, que d'interrogations coupables. Et si Maman m'attendait ? Et si Maman était passée sans m'avoir vu, aux aguets sur le pont, comme d'habitude? C'est sûr ! pense-t-il, elle se sentira abandonnée, délaissée. Il faut que j'y aille ! Elle va sûrement s'imaginer que je l'ai oubliée.
Un fils doit toujours attendre sa mère, une mère doit pouvoir compter sur son fils! songe-t-il. Quel que soit le temps, peu importent les heures debout à lutter contre le froid, dès qu'il la verra, il sentira cette douce chaleur maternelle monter en lui. Ses baisers si tendres qu'il recevait en tendant la joue et en respirant son parfum. "Une Maman, on ne l'abandonne pas" , c'est ce qu'il a essayé d'expliquer, en vain à son médecin-psychiatre. Dans le village, tous le surnomment "l'homme du pont."
La journée est terminée, Jean vide son verre de blanc d'une traite en le reposant bruyamment sur le comptoir en zinc tout en discutant avec ses copains. Il livre des bouteilles de vin dans toute la Haute-Savoie, cette autoroute, il l'emprunte, au minimum, cinq fois par semaine et cela depuis plusieurs années. Les copains le taquinent :"Alors, comment va ta dame à la robe bleue aux marguerites?" . Il est dorénavant habitué, à ces plaisanteries et se défend gentiment : " Elle est bien gentille, cette femme. Elle reste au bord de l'autoroute, bien que ce soit interdit, elle tend un pouce timide, je l'emmène, chaque fois que je la vois et lorsqu'elle passe sous le pont, elle salue, d'un geste de la main, un homme qu'elle dit être son fils et qui paraît l'attendre ! ça fait des années que ça dure, elle porte toujours la même robe, par tous les temps, elle ne semble même pas ressentir le froid. Les gens ont de drôles d'habitudes. Elle ne dit rien, elle se contente de sourire en hochant la tête. Les gens sont parfois si étranges, conclut-il, en soupirant. …………………………..
Récit inspiré par la vraie histoire de"l'homme du pont" qui vendredi en me croisant m'a dit avoir vu sa mère
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04.05.2012
La symphonie arachnéenne
Un son « doux et profond » telle est la conclusion d'un chercheur japonais qui a réussi à tisser des cordes de violon avec des soies produites par 300 araignées.
De facture légère et souple plus résistantes que des câbles en acier, les fils soyeux offrent de nombreuses applications. Après plus de 35 ans de recherches, le professeur Shigeyoshi Osaki a dû apprendre à communiquer avec les araignées, car aussitôt qu'elles sentent une pression sur le fil, elles le coupent. A force de patience et d'observation, il a fini par comprendre leurs habitudes. En leur tapant sur l'abdomen avec une brindille, il est parvenu à les inciter à produire leurs fils de soie et créer un violon avec 3000 à 5000 brins par corde.
Une idée en entraîne une autre, il est facile d'imaginer que l'araignée plantée au milieu de sa toile, entende une musique quasi-céleste, toile transformée en instrument à vent. Le moindre souffle qui rencontre un fil produit un son, si ténu soit-il. Une espèce de cathédrale acoustique d'oû émergerait une série de sons plus beaux les uns que les autres. Notre mélomane se balançant au cœur de sa toile , avec ses minuscules pattes de velours faisant office d'archets qu'elle pose, sur un fil ou un autre, cheffe d'orchestre d'une symphonie fantastique. La musique est sans doute partout. La goutte d'eau qui tombe , le doux carillon éolien, le bruit cosmique mentionné par les poètes qui chérissent le chant des étoiles !
Faut-il s'imposer plus de silence pour entendre cette musique omniprésente. J'écoute et entends le doux piaillement des oisillons, au-dessus de ma fenêtre, qui réclament , à cor et à cri. la becquée.
Bon week end
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02.05.2012
Deux personnages en quête d'auteur
Quand vous rencontrez sur votre chemin des personnages à la Kerouac, ça vous décoiffe ! Pour vous parler de ces deux-là, je ne sais même pas par où commencer, tant il y a de la confusion, du chaos, de la tendresse, du génie......
Ce soir-là, ils s'étaient déjà avalé quelques bouteilles de bière, la femme écrivaine-journaliste qui a découvert tard l'écriture et le cameraman qu'on envoyait régulièrement en mission ; avec pour tâche, ramener des images de guerre, d'éviscérations, d'enfants brûlés vifs, torturés, de femmes battues, violées, d' explosions, de charniers, de destructions et ceci jusqu'à ce jour, ô combien fatal, où la seule chose qu'il avait vue et qu'il avait réussie à ramener de sa mission étaient des anges. Il avait vu des anges, il en avait plein la tête. Sans doute, pour ne plus voir l'horreur pour ne pas devenir fou. Evidemment, renvoi immédiat de la chaîne de télévision.
Donc, ces deux tendres égarés qui ont commencé leur vie avec un mode d'emploi à l'envers, l'une ayant subi des agressions très jeune, le second ayant perdu sa mère sous la roue d'un camion sous ses yeux, alors qu'il n'avait que trois ans, se rendent à une manifestation contre les replis identitaires. Grands défenseurs de liberté, ils ont toujours défendu l'Irak, la Révolution tunisienne, la Syrie, contre l'apartheid, pour l'idée d'une France multiculturelle. Deux Français, elle, menue, avec ses yeux d'un bleu pervenche, ses jolies fesses; petites boules de pétanque rangées très serrées dans le jeans, tandis que lui, ma foi, c'est bien vrai , il a une gueule d'ange. Un visage poupin, de grands yeux, lacs de montagne bleu profond, des cheveux blonds dorés, ondulés comme des champs de blé. Il a sûrement vu des anges en se regardant dans le miroir et il s'est confondu avec l'un deux , une fraction de seconde.
Après la manifestation, les voilà arrivés avec leurs deux bicyclettes volées, chargés de rêves d'une humanité meilleure et d'alcool devant une disco réservée uniquement « Black ». On refuse aux deux Blancos d'y entrer, du racisme mais à l'envers, cette fois-ci . Elle hurle en trépignant : « De Dieu, quand je pense tout ce qu'on s'est battu contre le délit de faciès à l'entrée des discos », ils gueulent, abreuvent allègrement les malabars, à l'entrée, en les traitant de tous les noms d'oiseaux, avant de les quitter. Ils enfourchent leurs bicyclettes, un vent fort et l'alcool aidant, ils zigzaguent dangereusement, s'emboutissent, s'écroulent sur l'asphalte en un bruit épouvantable.
La voiture de police débarque tous girophares allumés ; contrôle d'idendité, elle, éméchée trouve que le flic lui parle mal, elle lui balance une claque et notre « ange » a la vessie pleine à craquer, tout naturellement il confond la voiture de police 17 avec un urinoir et se lâche abondamment et bruyamment. Enfin soulagé ! Il ferme les yeux de plaisir tandis que le chaud liquide bruisse doucement contre la carrosserie immaculée de la voiture. Les seuls mots qui lui parviennent de façon cohérente : »Eh ! Le con, il pisse contre notre bagnole ! » lâché par un homme à l'uniforme qui se tient juste à côté de lui et qui n'en croit pas ses yeux et encore moins ses oreilles.
Tout ceci s'est fini devant un juge, encore un peu biturés d'une autre fête, ils ont bafouillé, éructé, se sont énervés pour finalement écoper, un mois pour elle, trois mois pour lui.
Je les vois tricoter cette vie comme ils peuvent, avec maladresse, humour, exagération. Ils essaient de faire tout juste, comme les autres, une maille à l'endroit, une maille à l'envers, une maille à l'endroit, une maille à l'envers, une maille.....En un rythme méthodique, régulier, aucune incohérence, ça file tout droit, tout ennuyeux. Et tout un coup, paf ! C'est plus fort qu'eux, ils vous lâchent une maille ou deux, une béance à travers laquelle, vous pouvez découvrir leur vie d'estropiés au grand cœur. On leur tape sur les doigts, reprenez les aiguilles et reprenez le grand tricot de votre vie, tout droit, ni gauche, ni droite, pas une maille de travers. De la discipline, voyons, faites comme tout le monde, pardi !
Dorénavant, ils sont passés à la Badoit, qu'ils ingurgitent à grands baquets, cul sec !
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01.05.2012
Merck Serono - "On n'ira pas en Chine"
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29.04.2012
Merck Serono- "On se battra jusqu'au bout !"
Vendredi 27- L'entrée de Merck Serono est désertée, la porte tournante, tourne, tourne comme un carrousel ; vide pareil à un sombre présage, il ne reste plus que le vent pour faire tourner cette porte.
J'observe longuement l'immeuble en verre en quête de signes annonciateurs du grand désastre. Quelques signes avant-coureurs ? Oui, un qui me fait un clin d'œil discret. Ces presque rien invisibles qui prennent tout leur sens, qui se trouvent être-là sous nos yeux et qu'on n'a pas su interpréter ou qu'on s'est refusé à voir. Sur l'esplanade face à l'entrée, pas d'arbres, pas de fontaine, rien qui puisse bruisser, pousser ou prendre racine; au-delà de la conception architecturale, s'affiche une volonté d'éphémère ; aucune attache, aucun enracinement. Tout paraît stérile dans cette ambiance de verre. Juste quelques chemises blanches repassées impeccables qui bougent encore derrièe les vitres bleues, le seul mouvement perceptible. Tout semble figé, même l'air saturé d'angoisse et d'interrogation.
Une jeune femme que j'aborde en interrogeant m'explique qu'il fallait s'y attendre. Cela faisait depuis deux ans qu'on sentait la menace planer. Des rumeurs, des bruits de couloirs et vous savez comme elles circulent les rumeurs ; insidieuses, chacun s'observe en silence. Qui partira le premier, quels « grades » seront les premiers touchés les - 11, les techniciens, les administratifs, le personnel cafétéria ? Les + 12, les scientists seront-ils mieux lotis ? On divise pour mieux guillotiner. Mais le couperet semble être bien prévu et pour tout le monde.
Non ! L'employée n'y comprend rien, à Genève les laboratoires donnaient de meilleurs résultats que Boston ou Darmstadt. On nous pressait comme des citrons et les résultats ils les ont eus. Selon elle, ce plan était prévu depuis longtemps les locaux de Boston les attendent depuis 5 ans. A moitié vides, ils étaient déjà prévus pour recevoir du monde. Tout était planifié, prévisible ! Mais le problème c'est ça, elle montre le géant de verre qui les dévore tous aujourd'hui. Un géant qui revient trop cher à l'entretien, un bâtiment à 18 millions par an. Un monstre affamé qui dévore tout ; immense, imposant, derrière ce bleu acier, il vampirise les employés, il les ingère en silence, sans bruit il les fait disparaître comme s'il les aspirait.
Une autre employée me dit être encore en état de choc, "depuis cet email laconique de 3 lignes qui ont suffi à faire basculer nos vies et qui nous imposaient de tous être présents afin que la direction nous dévoile le nouveau plan. Le mardi 24, nous étions tous là, le visage du CEO plutôt sympathique d'habitude avait la couleur grise des statues du musée Grevin, sa voix sombre résonnait dans un silence absolu. Dans les 5 premières minutes, il a annoncé la couleur, d'une traite : la fermeture, nous sommes restés muets, paralysées par l'annonce que nous venions d'entendre, puis pendant 15 autres minutes, comment ils allaient s'y prendre. Certains ont osé siffler. Le package pour ceux qui acceptent un poste à l'étranger et qui refuseraient, pas de package pour ceux qui doivent être transférés sur un autre site en Suisse et qui s'y opposeraient". Elle pense avoir bien entendu ça : « Excusez-moi, je suis en état de choc ! » Tout est un peu embrouillé. » Sa blouse aux couleurs printanières contraste avec ce qu'elle me dit. Mais elle est sûre que tout n'est pas perdu, on pourrait tous se se solidariser comme à Darmastadt 4'000 personnes qui se regroupent sur 6'000, la direction a dû faire marche arrière.
Ici aussi, il faut devenir une force de proposition. Etre tous solidaires parce qu'on est tous logés à la même enseigne, tout le monde a peur.Tout le monde doit se mobiliser même les autres travailleurs genevois, il faut comprendre que ce ne sont pas seulement 1'250 emplois qui passeront à la trappe, mais plus encore, le double assurément. Les dégâts collatéraux se feront ressentir auprès des fournisseurs, de toutes les sociétés qui satellisent autour de Merk Serono. Des compétences globales amenées à disparaître. Il est difficile d'évaluer encore précisément les dégâts de cette décision, mais il est certain qu'ils dépasseront largement les 1'250 employés visés directement.
Une solution ? L'entretien d'un immeuble est devenu véritable gouffre, peut-être qu'on pourrait tous déménager pour des locaux moins chers, l'Etat nous soutiendra certainement. Il faut résister conclut-elle, se battre jusqu'au bout, nous n'avons plus rien à perdre. Tout sauf la résignation !
400 personnes seront effectivement présentes à l'Assemblée du personnel organisée par le Syndicat Unia. L'objectif est clair, celui de maintenir la présence de Merck Serono à Genève. Or, d'autres licenciements sont déjà prévus ailleurs sur d'autres sites : Espagne, France, UK et également en Allemagne. 11 personnes se sont désignées volontaires pour former un comité.
Les banderoles du 1 er mai sont déjà prêtes. Il ne reste plus qu'à venir le plus nombreux possible. Oui, on va se battre !!! conclut-elle, tous ensemble on va parvenir à sauver nos postes.
Soyons nombreux à les soutenir le 1 er Mai, nous sommes tous concernés par la fermeture décidée du site de Genève !
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27.04.2012
Merck Serono - « La question est de savoir si l'on veut devenir un industriel, ou riche » dixit feu Fabio Bertarelli
Lorsqu'on perd tous repères, il est toujours bon de faire appel à la sagesse des anciens d'autant plus lorsque l'un d'entre eux porte l'illustre nom de Fabio Bertarelli (paix à son âme) , l'Industriel , père du fils Ernesto dit Le Riche.
Pour mémoire Serono appartenait à la famille Bertarelli depuis trois générations ; Fabio qui succède à Pietro, puis Ernesto à Fabio et ce jusqu'à la vente historique de 2006 à Merck. Un beau coup à 16 milliards et qui annonçait vraisemblablement la catastrophe à laquelle nous assistons, aujourd'hui, et qu'on pourrait sans risque intituler chronique d'une débâcle annoncée mettant en péril le gagne-pain de 1'250 personnes.
Revenons à la célèbre phrase de Fabio Bertarelli, certainement visionnaire avant l'heure et qui a surtout compris que soit on investit dans l'industrie et les gens qui la font vivre, soit on vise l'argent au détriment et de l'industrie et des personnes qui en vivent . D'un côté, la dynamique de vie, le mouvement, l'espoir, la solidarité, la fierté du travail accompli, les projets d'avenir à l'horizon. De l'autre, une dynamique mortifère, des billets qui s'accumulent, de l'argent qui ne passent plus d'une main à l'autre, mais d'une action à l'autre, cet argent qui était un moyen de communication entre les hommes et qui leur permettaient de survivre n'est plus que l'expression autiste de riches qui se sont enfermés dans leur ghetto de façon quasi pathologique ; un lieu d'enfermement toujours plus étroit et dont les effets nauséabonds se font ressentir à l'ensemble de l'humanité. Le diagnostic est posé !
Un père industriel qui dirigeait un navire au moyen duquel on conduisait des hommes et des femmes vers des conditions de vie décente, une dignité au travail. La génération d'après, un riche qui lui ne tire que sur les ficelles d'un petit voilier en solo en s'observant, content de lui tandis que son épouse aux seins siliconés pigeonnants faisant accessoirement office de flotteurs lors de fortes tempêtes, nous pousse la chansonnette, nous brouillant la vue et nous cassant les oreilles. Quant à la soeur, Dona, hormis le golf et emmerder les travailleurs sous menace de les renvoyer pour la construction de sa piscine, je ne lui connais pas d'autres passions.
Il paraît que le fruit ne tombe jamais loin de l'arbre, le riche Ernesto finira-t-il à l'image de son père par redevenir un industriel qui aujourd'hui a le devoir de sortir Genève, la ville choisie par son père, de la situation intenable dans laquelle il l'a plongée.
Les employés de Merck Serono n'ont plus à payer pour des incapables qui ne veulent pas être des industriels mais juste s'enrichir sur le dos des autres, ces autres ; des hommes et des femmes, des pères et mères de famille qui payeront non seulement de leur poche mais de leur vie.
Fabio Bertarelli, merci pour la leçon et que votre fils l'entende aussi et la comprenne surtout et que le groupe Merck Serono s'en imprègne !
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08.04.2012
18 ème commémoration du génocide des Tutsi au Rwanda
Samedi à Onex - L'Association Ibuka qui œuvre pour la mémoire et la justice a choisi pour thème « Sortir du génocide et témoigner pour réapprendre à vivre " . Un génocide qui a touché 1 million de personnes tuées en 100 jours, dès le 7 avril 1994.
Dans une salle comble où les participants venaient principalement de la Suisse et de la Belgique et de la France, ce fut un instant empli de dignité et de douleur. On pouvait voir sur certains rescapés les coups de machette mutilant atrocement . Le témoignage d'une rescapée a littéralement bouleversé la salle, un long récit entrecoupé de silences douloureux, Marie Niyonteze, auteur du livre : Retour à Muganza : Récit d'un avant génocide, et qui nous a retracés les signes avant-coureurs du génocide dont elle-même a été victime.
Deux représentants pour les communautés ; juive avec son représentant M. Victor GANI, Vice-Président de la (CICAD) , et arménienne en la personne de Stefan Kristensen, philosophe, membre de l'Union arménienne de Suisse (UAS) sont intervenus pour rappeler combien les génocides se ressemblent. Comment, les mémoires historiques sont ensuite récupérées, comment les détracteurs de la mémoire manipulent la mémoire collective, le négationnisme rampant, le révisionnisme sournois que les victimes doivent de surcroît supporter. Et pour résister, il ne reste plus que la mémoire des survivants, ces récits qui doivent devenir un preuve devant des tribunaux. Des horreurs qui ont pris des années à pouvoir être révélées , quand elles le sont, comment trouver les mots pour raconter l'indescriptible ? Où trouver la force pour raconter et ensuite ne pas parvenir à trouver d'oreilles attentives. On préfère l'oubli. Cet oubli qui permettra de tout effacer pour tout recommencer. Participer encore une fois à « L'agonie de l'humanité « selon la poème de Deogratias Mazina - Une humanité, broyée, hachée, violée, coupée en morceaux, mise à genoux.
" Devenir témoin, un processus difficile ". L'exposé d'une psychologue et psychanalyste, Mme Godard , retrace le long parcours jusqu'au témoignage. Et puis après quoi ? Croiser parfois le tortionnaire qui, lui, n'a pas été condamné, par manque de preuve et qui s'en glorifie au coin d'une rue devant la jeune fille qu'il a violée. Comment répondre à cela ? Lorsque victimes et tortionnaires se retrouvent à vivre, côte à côte, à se croiser au quotidien. Des groupes de soutien se sont constitués, des tribunaux populaires « les gacacas » qui signifie sur l'herbe, en langage kinyarwanda. Les Rwandais ont trouvé par ce biais-là, la seule manière de traiter des cas à une si large échelle. Pratique d'un point de vue logistique. Mais certains témoins se sont vus menacés ou intimidés, et pourquoi exposer les violences sexuelles alors que les coupables ne sont plus là ?
Au moyen de ces gacacas, c'était une autre tentative de réconciliation nationale . Pardonner , oui ! Oublier, jamais !
A mon avis, pardonner certes ! Mais faudrait-il encore que les bourreaux, que les tortionnaires fassent un travail sur eux. Un travail qui devrait être mené en parallèle à celui des victimes. Analyser avec les massacreurs comment ils en sont arrivés à se transformer, plus bas que la bête la plus sauvage. Un processus qui doit aussi être décrypté et compris par les bourreaux. Afin que cela ne se reproduise jamais plus.
Et puis comment pardonner, lorsqu'on sait qu'un évêque valaisan, Monseigneur Perraudin, a été enterré avec tous les honneurs quand on sait quelle a été sa participation dans le génocide. Comment l'église catholique a fermé ses portes aux Tutsi qui se faisaient massacrer à la machette, inondant le parvis de l'Eglise du sang des innocents ou alors à l'intérieur même des églises où ils s'étaient réfugiés pensant être en sécurité. Que l'Eglise reconnaisse aussi son implication dans cette tragédie. Comment pardonner, lorsqu'on a vu un Papon se faire enterrer avec tous les honneurs et son insigne de la légion que j'appelerai de "déshonneur" ?
Pardonner oui, mais que chacun, au préalable, reconnaisse ses responsabilités, que les pays impliqués reconnaissent leur participation active dans ces massacres.
Le pardon a un prix, celui de la reconnaissance des actes des bourreaux et du silence complice du monde.
Paix à l'âme des Tutsis génocidés et à tous les génocidés du monde.
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DISCOURS PRONONCES LORS DE LA COMMEMORATION :
Votre Excellence Madame l'Ambassadeur,
Chers compatriotes,
Chers invités,
Mesdames, Messieurs,
Je vous prie de vous lever et de garder une minute de silence en hommage aux victimes du génocide. Merci.
Le mot rwandais « IBUKA » qui est le nom de notre association, veut dire « souviens-toi, sous entendu, ce qui s'est passé au Rwanda en 1994.
Aujourd'hui, nous nous souvenons qu'il y a exactement 18 ans, notre pays a connu l'inoubliable printemps. En effet, le printemps rwandais de 1994, a été celui de larmes et de sang. Les Tutsi ont subi des horreurs et des atrocités inimaginables. Je ne dois pas les répéter ici, le monde entier a pu suivre ces scènes atroces sur les télévisions et dans la presse écrite.
Au lendemain de ce génocide, l'associatioon IBUKA- Mémoire et Justice, a été créée à Genève, le 28 mai 1995. Il s'agit d'une association sans but lucratif qui regroupe les survivants du génocide des Tutsi, les proches des victimes ainsi que toutes les personnes soucieuses de la mémoire des victimes et du sort des rescapés.
Elle se propose de réagir face aux causes et conséquences de ces terribles événements en œuvrant contre l'idéologie génocidaire, en soutenant les rescapés vulnérables, en promouvant la conservation et la transmission de la mémoire des victimes, et enfin, en appelant à toutes les instances concernées pour que justice et réparation soient faites.
Notre association, comme toutes les associations qui ont pour but de faire connaître au monde les tragédies qui se déroulent un peu partout, agit bénévolement. Or, nous avons de multiples projets dont le but est de venir en aide aux rescapés. Des projets d'envergure, comme des soins médicaux pour des cas graves nécessitant une intervention chirurgicale à l'étranger ainsi que la prise en charge des antirétroviraux, nécessitent bien sûr un investissement financier important que notre association n'est pas à même de prendre en charge à elle seule.
Nous espérons, avec l'aide de ceux et celles qui sont solidaires à notre cause, pouvoir réaliser quelques uns de ces projets. Si par exemple, chacun de vous, présents ici, met une contribution dans ce panier-ci, cela nous aidera à soulager des rescapés en mettant un peu de paume sur leurs profondes blessures.
Nous avons aussi les dépliants qui décrivent brièvement nos activités, nos coordonnées et quelques bulletins de versement. Servez-vous, je vous en prie.
Je vous remercie d'ores et déjà de votre générosité et de votre attention.
Samuel Musabyimana, responsable de la mémoire au sein de l'association Ibuka Suisse.
Je passe la parole au Maître de cérémonie, Albert Mukwiye.
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Votre Excellence Madame l'Ambassadeur,
Chers compatriotes,
Chers invités,
Mesdames, Messieurs,
Au nom de l'association que j'ai l'honneur de présider et en mon nom personnel, je tiens à vous remercier sincèrement d'être venus nombreux partager avec nous le souvenir des nôtres emportés par le plus odieux crime contre l'humanité, le génocide des Tutsi perpétré au Rwanda en 1994. Permettez-moi de vous dire que les témoignages de solidarité et de sympathie que vous nous exprimez par votre cordiale présence nous vont droit au cœur et les mots ne sauraient exprimer pleinement notre gratitude.
Chers invités, votre présence est un signe de soutien aux rescapés et aux survivants : des hommes et des femmes qui ont souffert dans leurs corps, dans leur âme et dans leur dignité ; des hommes et des femmes qui, tous, ont perdu des êtres chers ; des hommes et des femmes qui, s'ils n'étaient pas pris dans l'ignominie du carnage, ont vu l'horreur se perpétrer devant les caméras du monde et dans l'indifférence du monde. Et qui resteront marqués à jamais.
Votre présence est la preuve vivante pour tous les génocidaires, que le monde n'a pas oublié, que le monde ne veut pas oublier, ne peut pas oublier. C'est aussi le signe tangible pour les trop nombreux négationnistes qu'aucun génocide, que ce soit celui des Arméniens, des Juifs et des Tutsi ne disparaîtra jamais des mémoires. Par votre présence, vous exprimez que vous ne pouvez pas permettre que le négationnisme tue une deuxième fois les victimes, en les précipitant dans l'oubli de l'histoire. Vous voulez prouver que vous devez empêcher l'oubli.
Aujourd'hui, le 7 avril 2012, marque le triste 18ème anniversaire du déclenchement du génocide des Tutsi au Rwanda.
Nous avons intitulé le thème d'aujourd'hui, « Sortir du génocide et témoigner pour réapprendre à vivre ».
Au Rwanda, en 1994, les Tutsi furent tués pour ce qu'ils étaient, c'est donc un génocide qui est défini comme « l'extermination physique, intentionnelle, systématique et programmé d'un groupe ou d'une partie d'un groupe en raison de ses origines ethniques, religieuses ou sociales ».[]
Le titre du livre rédigé par Alison Des Forges « Aucun témoin ne doit survivre le génocide au Rwanda » en dit long sur le but des génocidaires. Quel était ce but ?
« Exterminer les Tutsi de telle sorte que nos enfants aillent voir au musée de quoi ils avaient l'air », tels étaient les propos des autorités de la première République. Les Hutu et les faux histories prétendant que les Tutsi étaient venus de l'Ethiopie, où ils devaient retourner par le Nil, voici ce qu'a dit un ancien journaliste de la triste célèbre Radio Libre des Mille collines « Renvoyez-les d'où ils sont venus par les voies les plus rapides » disait Léon Mugesera à Kabaya en 1992 (aujourd'hui dans les prisons rwandaises, extradé du Canada): La suite est connue : des milliers de corps que les rivières Akanyaru, Akagera et Nyabarongo charriaient et exposaient aux écrans de télévision du monde entier. Les pêcheurs du Lac Victoria ont été les seuls à crier au secours parce qu'ils étaient privés de poissons pendant plusieurs jours. Personne d'autre ne s'était inquiété de la catastrophe.
Comme pendant les autres génocides qui ont précédé celui des Tutsi au Rwanda, le pouvoir en place tenaient des discours politiques qui diabolisaient la minorité tutsi en la qualifiant d'étrangers usurpateurs et ingrats et des discours qui déshumanisaient et chosifiaient les Tutsi aux yeux des Hutu en employant les termes tels que : serpents, ennemis, cancrelats, etc.
L'histoire s'est plusieurs fois répétée. Après la Shoah, combien n'ont-ils pas cru qu'une chose pareille n'était plus possible, que les nations ne permettraient plus que de tels crimes ne se perpétuent, que les peuples de la terre se mobiliseraient à temps ?
Parlant de l'holocauste, en 1958, Primo Levi n'a-t-il pas écrit, je le cite : « si une chose est certaine en ce monde, c'est assurément que ça ne nous arrivera pas une deuxième fois ». En 1986, presque trente ans plus tard, le même auteur a écrit, je le cite encore : C'est arrivé, cela peut donc arriver de nouveau ; tel est le noyau de ce que nous avons à dire. Cela peut se passer, et partout », fin de la citation.
Il avait raison. Cela s'est passé au Rwanda en 1994. Pourrions-nous affirmer que l'histoire ne se répétera plus ?
Capable du meilleur et du pire, l'espèce humaine comporte une formidable dose d'ambiguïté et nous ne serons pas en paix avec nous-mêmes tant que nous n'aurons pas la certitude que ces pulsions sanguinaires de masse qui font d'ordinaires et paisibles concitoyens des meurtriers d'une violence inimaginable sont définitivement derrière nous. C'est pourquoi il faut encore et toujours en parler. Témoigner pour réapprendre à vivre comme le dit notre thème.
Seuls les témoins, les survivants peuvent de façon crédible nous en parler. La vie continue et il le faut. Mais la vie qui continue ne doit pas occulter le souvenir, le souvenir traumatique de la réalité de la bête humaine et la nécessité d'humaniser l'humanité.
La tentation d'oublier est grande, trop grande. L'oubli, c'est non seulement insulter les victimes, trahir leur mémoire, c'est aussi occulter la terrible ambiguïté de notre espèce, la nécessaire méditation sur notre vraie nature, sur ce qui peut conduire à pareille catastrophe et comment on peut prévenir l'apparition du mal absolu qu'est le génocide, le massacre des innocents par millions, la victoire de la haine sur l'amour, la chute abyssale où l'homme va infiniment plus bas que la pire des bêtes.
Notre objectif à tous est clair : la défense de la mémoire de ces hommes et ces femmes, en dernier hommage à celles et ceux qui ont vécu ce douloureux pan de l'Histoire. Une reconnaissance de leurs souffrances. Un témoignage pour qu'hier ne se conjugue pas avec demain.
Partager avec toutes les générations cette expérience effroyable. Raconter, témoigner de l'assassinat de vies très chères qui ont été rayées de la surface de la terre, mais jamais de nos mémoires. C'est grâce au récit des rescapés et des témoins que nous assurons la pérennité de notre histoire collective et individuelle. Cette histoire est liée à une terre, à un peuple, à un continent.
Cette prise de conscience est le résultat d'un travail de volonté, d'acharnement et de beaucoup de patience. Notre engagement à tous pour une noble cause est aussi synonyme de sacrifice au bénéfice de la défense de cette Mémoire, de notre Mémoire. Ce passé funeste que nous voulons partager pour alerter contre les atrocités d'aujourd'hui et les massacres de demain engage chacun de nous à devenir les porteurs de ce flambeau de la Mémoire. Telle est la mission que nous devons nous assigner pour défendre cette Mémoire.
Mais cela n'est pas encore suffisant. Gardons à l'esprit ceux qui continuent à nier notre Histoire, à souiller la mémoire des victimes. Je pense aux « assassins de la mémoire », comme Pierre- Vidal Naquet les désigne.
Ne croyez pas que ce combat ne soit destiné qu'aux « Autres ». Nous devons aussi nous battre contre nos propres démons et contre la volonté de certains de favoriser l'émergence de débats sordides et interminables sur la comparabilité des crimes et des souffrances. Les oppositions se déplacent et les victimes luttent entre elles plutôt que de faire front commun. Contre cela aussi nous devons nous battre.
C'est en effet une tâche difficile de défendre la mémoire et combattre l'oubli. Nous savons que notre cause est juste et nous avons accepté de relever ce défi.
Vous tous, réunis aujourd'hui, êtes conscients que notre histoire forge notre identité, modèle nos pensées et guide notre engagement.
Nous tous, avons la conscience de ce qu'est l'atrocité et la souffrance.
C'est ensemble que nous devons lutter car nous sommes les meilleurs remparts face à la haine.
Permettez-moi encore une fois de m'inspirer de l'association HEVEL pour rappeler que chaque fois qu'un peuple victime marque un point dans son combat pour la dignité, cela conforte tous les autres peuples victimes, même si parfois le chemin peut leur sembler encore long à parcourir : toute compétition entre victimes ne profite qu'aux bourreaux. Les peuples victimes ne peuvent vaincre le négationnisme que s'ils s'unissent et s'entraident ; afin de comprendre et d'expliquer les mécanismes et les procédés des négations ; afin de guérir ensemble du traumatisme trans-générationnel, et afin de prévenir de futurs génocides. C'est la raison pour laquelle je me réjouis de la présence parmi nous, de Monsieur Victor Gani, Vice- Président de la Coodination Intercommunautaire Contre l'Antisemitisme et la Diffamation (CICAD) et Monsieur le Docteur Stefan Christensen, membre de l'Union arménienne de Suisse, des représentants des communautés qui ont subit le génocide et qui nous donneront un message de soutien et de réconfort.
Pour terminer, je vous réitère mes remerciements de votre présence, merci à tous ceux et à toutes celles qui, de près ou de loin ont contribué à l'organisation de cette cérémonie. Un grand merci va à SE Madame Soline NYIRAHABIMANA, Ambassadeur du Rwanda en Suisse, qui prononcera une allocution de circonstance.
Mes remerciements vont à Monsieur Gervais Gahigiri qui représente Madame Carole- Anne KAST, Maire d'Onex qui n'a pas pu assister à notre cérémonie. Il prononcera une allocution de circonstance. Un grand merci va également à Madame Marie Niyonteze, venue de Belgique pour nous apporter son témoignage comme rescapée de ce génocide et accompagner nos réflexions pendant le deuil et le recueillement en hommage aux nôtres.
Un grand merci va à Madame Marie-Odile Godard, notre intervenante principale venue de France et dont son exposé va nous réconforter dans notre combat.
Je vous remercie de votre attention.
Dr. Michel Gakuba,
Président de l'association IBUKA - Mémoire et Justice Section Suisse
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03.04.2012
Les 10 Fatwas de l'année -The best Of des fatwas les plus remarquables
De Chawki Amari (Journaliste et écrivain algérien, chroniqueur du quotidien El Watan )- Les fatwas, avis religieux de spécialistes mais qui n'ont pas valeur de loi, sont nombreuses, presque autant que les musulmans eux-mêmes. Le Best Of des fatwas les plus remarquables.
Chacun peut émettre lui-même une fatwa, un avis religieux concernant telle pratique ou phénomène nouveau qui n'est pas prévu par la loi coranique.
Cette fatwa n'a pas valeur de loi mais dans la pratique, une fatwa émise par un éminent juriste, un célèbre prédicateur ou une prestigieuse université islamique comme l'Egyptienne Al-Azhar, a beaucoup plus de valeur que celle émise par le mécanicien du coin, fut-il fervent musulman.
Al-Azhar, garante du dogme sunnite, est d'ailleurs en Egypte une grande productrice de fatwas, devenue un appareil politique de par la portée et l'implication de ses avis sur le comportement des Egyptiens et de la majorité des musulmans du monde.
Fatwas «sauvages» d'origine non contrôlée qui posent des problèmes ou en résolvent d'autres, contre fatwas politiques savamment gérées par les régimes en place, l'affrontement est quotidien.
Dans les fatwas, on trouve évidemment de tout, du comment tuer les fourmis et insectes nuisibles aux droits du mort, et de la possibilité pour les femmes célibataires d'utiliser des sex toy ou d'acheter des esclaves masculins pour les consommer (fatwa koweitienne de Salwa al-Mutairi), en passant par les opérations de change Forex Trading, récemment autorisées par la plus haute autorité musulmane de Malaisie.
Bien sûr, chaque fatwa n'est pas suivie aveuglément, comme celle du controversé cheikh marocain Abdelbari Zemzami explique que «l'islam autorise l'acte sexuel sur un cadavre quelques heures après la mort», pour peu que cette relation nécrophile soit du fait d'un veuf qui vient de perdre son épouse. Bref, de tout et de rien, Best of des fatwas de l'année.
1 - L'alcool rendu licite
Une nouvelle fatwa d'Al-Azhar tombée début janvier sème la polémique et l'euphorie dans le monde musulman. Le cheikh Saâdeddine El-Hilali, juriste islamique affirme qu'il est «halal de boire de la bière ou du vin de dattes, tant qu'on n'est pas ivre.»
Selon ce vénérable cheikh de l'institution d'Al Azhar, considérée comme l'autorité et le référent en matière de pratique, les buveurs qui ne boivent pas jusqu'à l'ivresse sont autorisés à le faire. Pour l'instant, cette fatwa n'a pas été encore appliquée mais pour les buveurs, c'est un grand soulagement, boire avec autorisation religieuse.
2 - Le printemps arabe
La religion au secours du politique. Une fatwa d'Arabie Saoudite considère l'émeute et la révolte illicite, reprise immédiatement par Abdelmalek Ramdani, chef spirituel des salafistes algériens (en exil en Arabie Saoudite), qui exhorte les musulmans à ne tenir aucun compte des appels au changement.
Dans une fatwa de 48 pages, il appelle les musulmans à ignorer les appels pour le changement parce que la démocratie est contre l'islam. Idée forte «tant que le commandant de la nation est un musulman, vous devez obéir et écouter.»
Pour le changement, il y a une autre méthode. Abdelmalek Ramdani explique que «face à un dirigeant non désiré, un musulman pratiquant peut seulement prier et faire preuve de patience.»
Cette fatwa contre-révolutionnaire va à l'encontre du plus médiatisé des producteurs de fatwas, le Cheikh Al Qaradoui lui-même, qui avait appelé l'année dernière sur Al Jazeera à se révolter contre Kadhafi, estimant qu'il était «licite de le tuer».
Et il y a quelques temps, une fatwa a été émise en appelant à une intervention militaire en Syrie. En février dernier, le dignitaire religieux saoudien Cheikh Raed Al Karani a décrété une fatwa rendant licite l'assassinat du président syrien Bachar Al-Assad.
3 - La destruction des Eglises
Passée presque inaperçue, le 12 mars dernier, le Cheikh Abdul Aziz bin Abdullah, émetteur régulier de fatwas, déclarait qu'«il est nécessaire de détruire toutes les églises de la région.»(Golfe persique)
4 - Téter sa collègue
Bien que datant de quelques années (2007), cette fatwa avait provoqué un tollé dans le monde musulman. Elle avait quand même été reprise l'année dernière par des religieux fanatiques.
Selon deux professeurs de l'Université d'Al Azhar, la seule façon permise pour un homme de se retrouver seul avec une collègue de travail dans un bureau est de la téter.
L'idée n'est pas aussi absurde, elle provient d'une tradition du prophète Mahomet, qui avait demandé à une femme d'allaiter son fils adoptif, alors adulte, pour devenir ainsi sa mère de lait, après l'interdiction de l'adoption dans l'islam. Cette femme lui aurait donné à boire de son lait dans un bol et non directement de son sein.
Mais il n'en fallait pas plus aux deux cheikhs d'Al Azhar pour légiférer et demander la tétée au bureau, pour que la femme, dont d'autres fatwas interdisent d'être seule dans une pièce avec un homme (en dehors du mariage ou sans lien de parenté proche) pour contourner la problématique. Il lui suffit de donner le sein, même petit.
Dans le même registre, le Cheikh Abd As-Sattâr Fath Allah As-Saïd vient de déclarer licite par une nouvelle fatwa les implants mammaires.
«Si une femme, victime d'une émaciation considérable du sein, induisant une souffrance physique et psychologique chaque fois que son mari la voit, alors elle peut traiter ce défaut de manière à éliminer cette gêne qui lui empoisonne la vie.»
Le silicone est donc autorisé, qui n'est pour le religieux que «chirurgie plastique utilisée pour réparer une partie déformée du corps lorsque l'opération offre une meilleure qualité de vie.» Un bémol cependant, «si cela est fait en vue d'un excès de plaisir ou de séduction envers son mari», précise-t-il. Quelle est la limite? 95C?
5 - OTAN et les forces US
Convoqué par l'Arabie Saoudite lors de l'invasion du Koweit par Saddam Hussein, le vénérable Cheikh Ibn Baz avait permis dans une fatwa que des «musulmans puissent demander l'aide de non-musulmans pour défendre des musulmans et même obligatoire». C'est ainsi que les troupes US débarquèrent en Arabie Saoudite pour protéger le royaume des prétentions irakiennes.
La suite est connue, les Américains sont restés et cette fatwa a été réutilisée l'année dernière en Libye lors de l'intervention de l'OTAN. C'est d'ailleurs le même Ibn Baz, aujourd'hui décédé, qui avait émis une fatwa en 2000, expliquant que c'est le soleil qui tourne autour de la Terre et non le contraire, que celle-ci était plate et que toutes les images satellites qui disent le contraire n'étaient que la partie d'un «vaste complot occidental conte le monde musulman.
6 - Mickey Mouse et les rongeurs
Il y a tout juste une semaine, la célèbre souris de Walt Disney a été victime d'une mise à mort, par l'intermédiaire d'une fatwa qui demande sa tête. Le cheikh saoudien Mohammed al-Mounajid, ancien diplomate et habitué des plateaux TV d'Al Jazeera, a réclamé l'extermination de toutes les souris, y compris les rongeurs et la célèbre souris de dessin animé. Mickey Mouse représente un animal sale, honni par l'Islam. Elle est par ailleurs de nationalité américaine, ce qui n'arrange pas son CV.
7 - Les transexuels
Si l'homosexualité est condamnée par la plupart des muftis de l'Islam, ce n'est pas le cas de la transexualité. L'imam iranien Khomeyni, plus connu ailleurs pour d'autres fatwas plus répréhensibles, avait légiféré en ce sens, estimant qu'«une femme ou un homme qui ne se sent pas bien dans son sexe, peut en changer».
De fait, héritage spirituel oblige, aujourd'hui encore, des fatwas équivalentes sont émises pour conforter cette appréciation. Résultat, les transexuels sont admis par la société. Avis aux amateurs.
8 - Fellation et cunnilingus
Ce grand débat a alimenté pendant des années les musulmans et musulmanes, soumis à de nouvelles pratiques sexuelles. Les deux actes sont aujourd'hui considérés comme licites.
Le cheikh Al Qaradaoui, encore lui, avait explicité que ces «caresses bucco-génitales» étaient permises, à la condition pour la femme de ne pas boire le sperme, «liquide impur», reprenant d'autres théologiens de l'Islam, qui «ont autorisé le baiser génital (entendez :), aussi bien celui de la femme pour son mari que celui du mari pour sa femme, et il n'y a aucune honte à cela», précisant que «si une personne prend son plaisir par la bouche, c'est un comportement qui sort de l'ordinaire, mais on ne peut l'interdire, surtout si c'est avec l'accord de la femme et qu'elle aussi y prend du plaisir.»
En revanche, autre fatwa récente d'un religieux égyptien, l'interdiction pour les femmes de toucher aux bananes et aux concombres, à cause de leur forme phallique. Fatwa faisant suite à une ancienne fatwa d'Al-Qaïda en Irak, qui exigeait que les vendeurs séparent les tomates et les concombres sur leurs étals sous prétexte que ces légumes seraient de sexe différent, et a décrété que seuls les hommes pouvaient acheter des concombres.
A la suite de cette histoire à l'époque, aux Maldives, la télévision publique a censuré le mot concombre par crainte de représailles, pendant qu'un musulman indien, lecteur du Hindustan Times, demandait si dans ce cas, un homme peut toucher un melon. Tous les goûts sont dans la nature.
9 - La violence et le terrorisme
Ambigüe et au centre de la problématique, la condamnation de la violence dans l'Islam a toujours suscité de nombreux débats, jusqu'à aujourd'hui. Pris dans le jeu macabre, les Occidentaux et les chrétiens (d'Irak et d'Egypte particulièrement) ne cessent de réclamer des fatwas claires et sans ambigüité contre le terrorisme.
Celles-ci existent déjà pourtant depuis longtemps, même s'il faut les chercher dans le bazar des avis religieux émanant de partout. La plus connue de ces fatwas anti-terroristes et probablement la plus célèbre est celle du pakistanais Shaykh-ul-Islam Muhammad Tahir-ul-Qadri.
En 2010, avec un argumentaire théologique des plus complets, il émet une fatwa de 600 pages condamnant fermement le terrorisme et le meurtre d'innocents. Le reprenant, Mohamed El Koury Ould Abd El Hay, célèbre juriste et exégète mauritanien, qualifie aussitôt cette fatwa «d'argument décisif et impératif pour ceux qui croient en Dieu», convaincu que «son impact sera très fort dans notre monde islamique.»
10 - Les fatwas contre les fatwas
On le voit bien, la fatwa, avis religieux à l'origine, est une arme à double tranchant. Une fatwa peut en annuler une autre et changer la morale ambiante en quelques lignes, redéfinissant en permanence la frontière étroite entre le bien et le mal. A ce titre, la plupart des pays musulmans ont déjà instauré des centres de promulgations de fatwas «officielles», pour contrer l'assaut des fatwas pirates venues de partout.
Si au Maroc, un Conseil suprême des oulémas ou des fatwas vient de voir le jour, sous l'autorité directe du roi Mohamed VI, en Algérie, on attend toujours l'institutionnalisation de la fatwa et d'un mufti général, à même de représenter l'Islam.
D'une manière générale, pour centraliser cette forme d'anarchie de fatwas contradictoires, la plupart des pays n'autorisent qu'une seule structure d'émission de fatwas. Même l'Europe a mis en place un Conseil Européen de la Fatwa et de la Recherche, tout comme l'Australie a créé aussi un Dar ul Fetwa (maison de la fatwa) pour officialiser le licite et l'illicite musulman.
Mais rien n'interdit à un imam ou un autre d'émettre une fatwa. Pour toutes ces structures officielles, il suffit donc d'une fatwa sauvage pour décréter qu'elles sont illicites et les réduire à néant. Avec près de 1,5 milliards de musulmans sur la Terre, une bonne fatwa peut changer la face du monde.
Chawki Amari,
Journaliste et écrivain algérien, chroniqueur du quotidien El Watan. Il a publié de nombreux ouvrages, notamment Nationale 1.
Source : http://www.slateafrique.com/84623/les-10-fatwas-de-lannee...
Et pourquoi ne pas créer votre propre fatwa ? la meilleure sera sélectionnée.
Voici la mienne : La fatwa du chien
La fatwa dit qu'en Europe où il est nécessaire de ramasser les crottes de chiens, un homme musulman ne peut pas se pencher ramasser les crottes d'une chienne, il se retrouverait à hauteur des organes sexuels de la chienne et inversément pour les femmes avec un chien mâle. En conclusion, chacun ne peut sortir que le chien qui sied à son sexe. Le chien mâle avec l'homme et la chienne femelle avec la femme. Cette fatwa s'intitule "La fatwa du chien" .
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01.04.2012
Tunisie- Gilbert Naccache va porter plainte contre les salafistes auteurs d’ appels au meurtre de Juifs
Le militant de gauche annonce sur sa page facebook qu'il va porter plainte contre ceux qui ont appelé, dimanche dernier, au meurtre des Juifs, et a chargé Me Bochra Bel Haj Hmida de le représenter dans cette affaire. Voici le texte de son post.
"Je me décide, pour la première fois de ma vie à porter plainte devant la justice tunisienne contre les individus qui, sur l'avenue Bourguiba, ont appelé, ce dimanche 25 mars, à l'assassinat des Juifs.
J'ai déjà été l'objet d'une agression raciste en 2000, mais je n'avais pas voulu porter l'affaire devant les tribunaux, estimant qu'il s'agissait de jeunes inconscients trompés par une propagande venue de l'étranger. Rien de semblable aujourd'hui : il s'agit d'un mouvement politique qui fait de l'antisémitisme et de l'appel au meurtre des Juifs un de ses modes de propagande habituels. Il s'était déjà pareillement illustré, voilà plus de deux mois à l'aéroport de Tunis-Carthage, et le gouvernement n'a rien fait pour prendre les mesures légales appropriées.
Aujourd'hui encore, une semaine après les faits, on ne voit toujours pas de suite pénale à ces agissements, non seulement inadmissibles, mais tout simplement illégaux : qu'un gouvernement puisse tolérer des appels à la haine raciale et au meurtre sans réagir vigoureusement dépasse l'entendement. On le voit certes menacer, mais nul doute qu'un journaliste qui publie une photo jugée indécente se retrouve en prison dans les 24 heures, alors que ces excités...
Je porte plainte contre ceux qui ont proféré de telles énormités, d'abord parce que le pouvoir exécutif tardant à faire respecter la loi, j'espère que la justice, encore une fois saisie de l'affaire, montrera que les lois doivent être appliquées et que ces jeunes manipulés, qui n'ont de courage qu'en nombre et à condition d'être assurés de l'impunité, sauront qu'on ne peut pas dire n'importe quoi, sauront que certains appels conduisent en prison.
Je porte plainte en tant que Tunisien solidaire de tous ses compatriotes injustement attaqués, et parce que je ne veux pas que soit sali le passé de mon pays, un passé de civilisation millénaire, fait surtout de vivre ensemble et de tolérance.
Je porte plainte en tant que Juif tunisien solidaire en cela de tous les Juifs, et aussi de tous les Tunisien(ne)s non juifs(ves) qui se sentent trahis par de tels comportements, parce que je suis également menacé et que je n'ai à prouver devant personne mon droit de vivre sur cette terre qui est aussi la mienne.
Je porte plainte au nom de la révolution de la dignité qui a frappé le monde entier par son caractère pacifique et ouvert, et qui est menacée par ces mêmes irresponsables qui ont déclaré blasphématoires ces demandes de liberté et de démocratie.
Je porte plainte parce que ces appels au meurtre, qui n'ont rien à voir avec le sentiment des Tunisiens, sont un des moyens par lequel veut se réintroduire la contre-révolution, sous le prétexte de ramener un ordre que l'actuel gouvernement ne peut faire respecter et que, en mettant la justice en demeure de faire son travail, je contribue à désamorcer cette menace.
Je porte plainte, enfin, parce que les salafistes auteurs de ces appels au meurtre sont les ennemis déclarés des femmes, des artistes, des créateurs, des penseurs, de ceux qui sont les piliers de l'âme du peuple.
Pour toutes ces raisons, et pour celles que chacun pourra trouver au fond de lui-même, en me solidarisant des actions judiciaires déjà engagées, j'appelle toutes et tous à nous accompagner dans ce refus de ces pratiques odieuses, dans l'exigence de les voir rapidement disparaître.
Pour ce qui me concerne, j'ai chargé Maître Bochra Bel Haj Hmida, dont l'engagement antiraciste ne s'est jamais démenti, de me représenter dans cette affaire."
Les Salafistes sont des éléments sous influence étrangère et financés par elle, principalement par l'Arabie Saoudite. Les membres de ce mouvement radical portent atteinte à la sécurité du pays et à l'esprit de démocratie et de tolérance, défendus par les révolutionnaires. Révolution à laquelle, ils n'ont pas participé du reste, ils se sont contentés de prendre le train en marche tout lâches qu'ils sont. Cette secte dont les membres perturbateurs via de nombreux prédicateurs déstabilisent le pays mettent la Tunisie sous une influence étrangère qui ne sied ni à son histoire, ni à l'esprit de tolérance qui a toujours survécu dans ce pays.
Je rappelle que les Saoudiens en terme de morale et de probité n'ont aucune leçon à apporter aux Tunisiens. Je ne ferais pas le panégyirque de toutes les perversités courantes dans ce pays que sont l'Arabie Saoudite et le Qatar. Je suggère que les prédicateurs s'occupent notamment des problèmes récurrents de viols sur enfants, fillettes et garçonnets, et sur les femmes avant de venir donner des leçons de bonne moralité, sans compter que le viol entre femmes est le plus élevé au monde dans les écoles de fille et cela entre elles .Que l'alcool et la drogue sont de véritables fléaux auprès des jeunes, sans compter toutes les maladies liées à l'obésité. La Tunisie n'est pas un pays à envahir ! Et s'il faut résister, nous résisterons. Les mouvements salafistes et les incitations à la haine doivent être condamnables !
Mohamed Bouazizi ne s'est pas immolé pour tuer des Juifs mais pour dénoncer sa condition de chômeur. Les Tunisiens ne veulent pas des prêches haineuses qui viennent les détourner de leurs revendications premières , mais ils veulent du travail. DU TRAVAIL !!!
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30.03.2012
Des indépendantistes pour la Savoie libre ont frappé
Non ! Vous n'avez pas la berlue, vous n'avez guère davantage trop arrosé la tartiflette et vos visions sont encore moins dues à la digestion difficile du Reblochon de la veille. Non ! Vous n'avez ni fumé la moquette, ni schnoufé la mauvaise herbe du copain fauché .
Depuis trois jours, vous n'entrez plus en France mais en Savoie libre. A l'entrée des douanes de Croix-de Rozon, Pierre à Bochet, Bossey de larges inscriptions à la craie annoncent les frontière du duché de Savoie et dorénavant vous êtes en zone franche.
Des personnes, ou un seul individu appartenant ou pas à un mouvement indépendantiste pour La Savoie libre a frappé aux petites douanes. Des inscriptions trouvées aussi plus loin et tracées à la peinture.
Une inscription plus agressive « FRANCE HORS LA LOI EN SAVOIE » (vous apprécierez l'effort de rime) .
Le détour historique s'impose pour comprendre ces anciennes revendications qui trouvent leurs sources dans les pages des alliances et mésalliances stratégiques qui font et défont les frontières. Le 24 mars 1860, le Traité de Turin annexe le duché de Savoie, un article 1 er du traité qui mentionne la « réunion ». Sous-entendant que c'est un choix librement consenti par la population. Les historiens préfèrent parler d'annexion, terme plus en phase avec la réalité. Jusque-là, la Savoie était rattachée au royaume d'Italie. Une province de Savoie hésitante et qui s'interroge : pourquoi ne pas être rattachée à la Suisse ? Des pétitions circulent invitant à porter son choix sur un voisin plus proche ; favoriser la proximité géographique, défendre les intérêts communs d'une région où les liens se tissent naturellement : »Nous avons été réunis à la France pendant quelques années et un grand nombre sentent encore leur cœur battre au souvenir de cette époque. Nous sommes étroitement unis au Piémont depuis 1848. Cependant, malgré toutes nos sympathies soit pour l'Italie libre, soit pour la France, d'autres sympathies d'un autre ordre plus élevés nous mènent à décider l'annexion à la Suisse... Oui, tel est notre désir le plus ardent, fondé sur nos rapports exclusifs avec Genève, sur nos intérêts commerciaux, sur tant d'avantages que nous ne saurions trouver ailleurs. ». Cette dernière reçut 13 651 signatures dans 60 communes du Faucigny, 23 du Chablais français et 13 aux environs de Saint-Julien-en-Genevois (cité par Paul Guichonnet)Note 4,16. (source wikipedia)
Soit, si un jour vous passez la frontière pour vous rendre au travail et que vous tombiez nez à nez avec des gardes savoisiens, gardez votre sang-froid lorsque l'un d'eux, vous lancera d'un ton goguenard : »Eh ! Monchu, bonzhor, t' y viens de l'aulp ? Dis-voir ce qu'y c'est ce branzin dans ta charrette ? snaille un peu là-dedans pour voir ! Quand j'te cause tu soulèves le sapé. C'est-y-bon ; va ton chemin ! A'rvi pâ.
Vous lui répondrez poliment pour pas vous ramasser une de ces abadées :" j'y parle aussi françois et j'y pige rien" . Vous jurerez "Vint diou, vinzou ! " Et sous le choc vous allez pitaler vous mouiller la meule, à deux pas de là, pour vous en remettre et être capable de travailler c'tantôt et prendre du courage pour le gros du jour !
Vive la tartiflette libre !
(historiens bienvenus, à vos plumes )
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29.03.2012
Cinéastes du Maghreb et du Moyen-Orient - Que peuvent les femmes à travers le cinéma ?
Pour la troisième année consécutive, et toujours dans la ligne qu'elles se sont choisie, à savoir le cinéma des femmes, les associations « DiverCités » et « Etre femme aujourd'hui » (EFA) se sont senties interpellées cette fois par les « Printemps arabes » qui, depuis une année, bourgeonnent au Maghreb et au Moyen- Orient. Dans les films présentés ici on sent déjà bouillonner la révolte des femmes, mais ces révolutions dont on parle tant aujourd'hui seront-elles aussi les leurs ?
JEUDI 29 MARS 2012 - Conférence (19h00) - Mes combats et ma vision de la Tunisie d'aujourd'hui et de demain par Selma Baccar, cinéaste - députée tunisienne.
En ouverture, nous aurons le plaisir et le privilège d'accueillir pour une Conférence Madame Selma Baccar, cinéaste à qui nous rendrons hommage. Femme engagée, aujourd'hui députée, cette grande figure pionnière du cinéma tunisien nous parlera et répondra au public au cours d'une conférence. Conférence suivie d'un apéritif dinatoire tunisien.
VENDREDI 30 MARS 2012
Les films d'hier : le combat des Femmes ne s'est pas fait en un printemps Algérie (19h00) -
Pour inaugurer le mini festival : projection d'un film qui rend hommage, en ce cinquantième anniversaire de l'indépendance de l'Algérie, aux combattantes algériennes, pionnières de la lutte révolutionnaire et des droits humains au Maghreb (film tourné par un homme dédié à sa mère et toutes les combattantes). A travers elles, nous rendrons hommage à toutes les femmes de la résistance Algériennes.
Trois femmes et une cause - Film documentaire de Djamel Sellani 56mn 2005 Baïchi Fatma , Ighilahriz Louisette, Loup Eliette, trois femmes aux destinées différentes unies par l'amour de la liberté et le refus de l'injustice. Elles ont subi la torture et les humiliations, elles furent les modèles de la résistance et de la révolte des femmes algériennes, majoritairement anonymes, qui se sont soulevées pour dénoncer le colonialisme. Fille de colon comme Eliette, ou musulmanes défavorisées comme Louisette et Fatma, elles furent nombreuses à embrasser la cause algérienne, prêtes à se sacrifier pour une Algérie libre et indépendante Un film poignant, des témoignages bouleversants, un travail de mémoire essentiel Réalisateur : Djamel Sellani est producteur et réalisateur. Fondateur et producteur de la société « Les Films du Cyclope, lauréat du Prix Albert Londres Audiovisuel 2000.
Tunisie (20h00) Fatma 75 - Salma Baccar 60' - 1976 Fatma, étudiante, doit présenter un exposé à l'université. A travers son histoire, nous plongeons dans l'histoire ancienne pour faire revivre les femmes célèbres de la Tunise et les grandes figures de l'indépendance berbère. Trois générations de femmes et trois manières de prise de conscience sont relatées dans ce film. Avec ce film, Salma Baccar a été la toute première femme réalisatrice d'un long métrage de fiction en Tunisie. Ce film, censuré pendant 30 ans... fait débat dans la Tunisie d'aujourd'hui Réalisatrice Selma Beccar, réalisatrice tunisienne étudie le cinéma à l'Institut français du cinéma (Paris) Elle travaille pour la télévision tunisienne (ERTT) et comme assistante à la réalisation sur le tournage de plusieurs longs métrages. Elle est un pur produit du FTCA, le mouvement tunisien des cinéastes amateurs, et c'est dans ce contexte précis qu'elle réalise ses deux premiers courts métrages. En 1990, elle devient la première productrice en Tunisie avec El niño de la luna d'Agustí Villaronga. En 2006, elle obtient le Prix du cinéma à l'occasion de la Journée nationale de la culture. Débat avec les réalisatrices et protagonistes .
SAMEDI 31 Mars 2012 Liban - (16h00) Chaque jour est une fête Dima El-Horr , Liban 85' (2009) fiction Beyrouth, de nos jours. Trois femmes qui ne se connaissent pas prennent le même bus pour aller à la prison des hommes, dans l'arrière-pays libanais. Au milieu de cette terre aride, elles vont être, à travers ce voyage, confrontées bien malgré elles à la quête de leur propre indépendance Un road movie surprenant Réalisatrice Dima El-Horr est une réalisatrice libanaise. Ayant vécu son enfance et sa jeunesse dans un pays en guerre, elle décide en 1995 de partir aux Etats Unis et obtient un Masters of Fine Arts in Filmaking à Chicago (The School of the Art Institute). Son film de fin d'études, "The Street" est sélectionné dans une trentaine de festivals internationaux et récompensé à plusieurs reprises. Son deuxième court-métrage, "Prêt à porter, Imm Ali" a été sélectionné dans de nombreux festivals internationaux, dont Clermont-Ferrand, et a recu plusieurs prix dont l'Antigone d'Or au Festival du Cinéma Méditerranéen de Montpellier. Elle enseigne le cinéma à l'Université Américaine de Beyrouth..
YEMEN (18h00) Yémen : la révolution au féminin Khadija Al-Salami Yemen 2012 10' En exclusivité mondiale Présentation d'extraits du prochain film de la cinéaste, actuellement en montage. Sortie dans quelques semaines. Aujourd'hui, avec la révolution au Yémen, c'est l'occasion pour les femmes de faire entendre leurs voix. Un regard croisé entre la cinéaste et des femmes qui osent prendre la parole et exprimer leurs droits et leurs revendications La révolution au féminin, un véritable espoir ? YéMen (18h15 ) Amina Un film documentaire de Khadija Al Salami yemen 53' (2006) Tout le monde veut la mort d'Amina, sans pitié, car pour tous c'est elle qui a tué son mari. Amina est en prison depuis dix ans, condamnée à mort. Elle aurait dû être exécutée il y a longtemps mais ses deux évasions lui ont permis de rester en vie. Bien qu'à chaque fois croyant avoir échappé à l'injustice et être enfin à l'abri à l'extérieur, elle se retrouve en danger et préfère retourner en prison. Les responsables judiciaires décident de l'exécuter immédiatement lors de son retour de la seconde évasion... Un film dur, comme est dure la vie des femmes au Yémen Un documentaire unique. Réalisatrice Née en 1966 au Yémen, dans une famille pauvre et traditionnelle, Khadjia Al-Salami quitte son pays pour les Etats-Unis à 16 ans. Elle fera ses études à l'Université de cinéma à Washington et Los Angeles. Elle ne renoncera plus à cette liberté durement conquise et s'installe ensuite à Paris pour travailler à Radio Orient. Elle se partage entre la France et les Etats-Unis où elle se marie. Elle vit actuellement à Paris, réalise des films documentaires et occupe le poste de directrice du Centre Communication et Culture à l'ambassade du Yémen. Elle revient fréquemment dans son pays pour militer en faveur des femmes. Elle y a tourné un grand nombre de documentaires pour témoigner sur les nombreux aspects du Yémen. Elle a écrit son premier livre, Pleure ô reine de Saba, en collaboration avec Charles Hoots. Les éditions Actes Sud ont publié ce récit autobiographique en 2006. Débat en présence de la réalisatrice
EGYPTE : 19h30 dunia Jocelyne Saab, Egypte 1h 50 (2006) fiction Etudiant la poésie soufie et la danse orientale au Caire, Dunia est à la recherche d'elle même et aspire à devenir danseuse professionnelle, à l'instar de sa mère disparue. Lors d'un concours, elle rencontre le Dr. Beshir, homme de lettres et illustre penseur soufi. Elle goûtera avec lui au plaisir des mots dans ses recherches sur l'extase dans la poésie soufie et découvrira dans ses bras le plaisir des sens. Mais un autre prétendant fait pression. Dunia l'épousera sans aucun désir. Il lui faudra affronter la tradition, qui a détruit sa capacité au plaisir, pour pouvoir libérer son corps et danser avec son âme. L'histoire se déroule en Egypte au moment où «Les Mille et une Nuits» sont interdits pour cause de pornographie...... Ce film aborde également des sujets tabous dans la société égyptienne Un film prémisse du printemps arabe Réalisatrice Jocelyne Saab Née à Beyrouth en 1948, journaliste et réalisatrice, Jocelyne Saab a réalisé une vingtaine de documentaires diffusés dans plusieurs pays. On lui doit également une vingtaine de vidéoclips avec des vedettes de la chanson arabe. Filmographie 1997 La Dame de Saigon, 1994 Il était une fois Beyrouth , 1984 Une vie suspendue, 1983 Beyrouth, ma ville, 1982 Le Bateau de l'exil, Lettre de Beyrouth, 1975 Le Liban dans la tourmente Débat en présence de la réalisatrice
DIMANCHE 1 er AVRIL - 11 heures Table-ronde avec les réalisatrices : Que peuvent les femmes à travers le cinéma ?
Algérie (14h00)
Combien tu m'aimes ? Fatma Zohra Zamoum 1h38' (2011) fiction Alger, de nos jours, Adel, 8 ans, est confié à ses grands-parents Khadidja et Lounès car ses parents Rachid et Safia se sont disputés. Adel était supposé rester avec ses grand-parents une semaine, à laquelle s'ajoute une autre semaine et il rate l'école. Khadidja, femme au foyer essaie de partager sa vie quotidienne dans son appartement avec Adel, alors que Lounès, retraité l'initie au grand monde des animaux. De jour en jour, la question «Combien tu m'aimes» que se lancent l'enfant et sa grand-mère les aide à traverser cette période difficile et à se rapprocher l'un de l'autre. Un film du quotidien, bouleversant, subtil et tourné avec une grande humanité Réalisatrice Fatma-Zohra Zamoum a fait ses études à l'école supérieure des Beaux-Arts d'Alger de 1985 à 1988. En 1995, elle obtient une Licence d'Etudes Cinématographiques et Audiovisuelles à Paris 1er Sorbonne. Partage, depuis, sa vie entre deux passions : la peinture et le cinéma. Le cinéma et la fiction se sont confortablement installés dans son existence depuis 1995 (éclipsant la peinture en tant que pratique), courts- métrages autofinancés et écriture de scénarios longs et courts. Actuellement enseignante en histoire de l'art à l'université de Marne-la-Vallée et réalisatrice.
PALESTINE : 16h00 le sel de la mer Annemarie Jacir Palestine 109' (2008) Soraya, née et élevée à Brooklyn, décide d'aller vivre en Palestine, le pays de ses ancêtres. Dès son arrivée à Ramallah, elle cherche à récupérer l'argent de ses grands-parents, gelé sur un compte après leur exil, mais se heurte au refus de la banque. Sa route va alors croiser celle d'Emad, un jeune Palestinien qui rêve de s'en aller. Ce road movie intense, guidé par l'urgence, revient avec force et sincérité sur les traces d'un passé évanoui. Retour sur les traces d'un passé confisqué.
Réalisatrice Annemarie Jacir, réalisatrice palestinienne travaille dans la production indépendante depuis 1994; elle a écrit, réalisé et produit de nombreux court-métrages dont «A post Oslo history» (1998), «The satellite shooters» (2001) et «Like twenty impossibles» (2003). Elle travaille aussi en tant que chef monteuse, cadreuse et enseigne le cinéma.
MAROC : 18h00 sur la planche Leïla Kilani, Maroc1h 46' (2011) fiction tirée d'un fait divers Ce film met en scène quatre jeunes femmes de vingt ans travaillant dans des usines à Tanger. Cette petite bande, conflictuelle, travaille le jour, fait des petits vols, cherche la nuit les hommes, dévalise leurs appartements. Ce film noir, à la formidable photo noir et blanc, d'un rythme suffoquant, servi par des actrices non-professionnelles prodigieuses, retrace l'histoire de cette quête sans but, sinon d'elle-même. Il a été la grande découverte de la Quinzaine des Réalisateurs lors de la dernière édition du festival de Cannes. Un film inattendu et audacieux Réalisatrice Leïla Kilani a toujours rêvé d'être clown. Elle vit aujourd'hui entre Paris et Tanger. Journaliste indépendante depuis 1997, elle s'oriente vers le documentaire à partir de 1999 avec des films très remarqués : «Tanger, le rêve des brûleurs», 2002, sur les candidats à l'émigration vers l'Europe, «Zad Moultaka, passages», 2002, «D'ici et d'ailleurs», documentaire sur la mémoire industrielle en France, ainsi que «Nos lieux interdits» (2008). Puis elle réalise «Sur la planche» (2011), son 1er long métrage de fiction ; ce film a été sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs du festival de Cannes 2011.
NB : Nous espérons recevoir à temps un film sur la Syrie d'aujourd'hui, actuellement en montage, mais vu les événements rien n'est sûr. s'il arrive, il sera programmé le samedi 31 mars à 14 heures. une communication suivra.
LE PROGRAMME
http://www.diverscites.ch/images/affiches_mars_2011/Depli...
Salle fonction: Cinéma Maison des Arts du grütli, rue du général-dufour 16, 1204 genève renseignement/ informations au gsM +41 78 771 56 15 Courriel info@diverscites.ch www. diverscites. ch
Cinéma Maghrebin en Suisse CINÉMA MAGHREB & SUISSE
Fonction : cinéma maison des arts du Grütli, 16 rue du Général Dufour 1204 Genève DU 29 MARS AU 1er AVRIL 2012
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23.03.2012
Sarko ! Viens avec tes talonnettes nous jouer des claquettes dans les banlieues
Commençons par la prière des morts pour nos morts qui s'en sont allés ? Les nôtres, oui ! L'enseignant et les enfants juifs morts à Toulouse et les soldats de Montauban. Ils nous appartiennent car ils sont déjà dans nos consciences qui interrogent le monde que nous leur avons construit ; un monde d'incertitude où le danger guette à chaque pas. Un monde où on n'ose plus afficher sa confession, son appartenance sans devenir la cible d'un fanatique.
La France s'est félicitée d'avoir montré un tel sang-froid face à cette tragédie. On s'est félicité de la mort d'un pauvre gosse, d'un paumé devenu assassin, un paumé comme on en voit tant d'autres dans les cités françaises et qui n'exclut en rien sa responsabilité ; ces lieux sordides où liberté, égalité, fraternité n'oseraient pas y foutre les pieds, tant elles craignent de s'y enliser.
Ces zones de non-droit, ces lieux de l'exclusion sont devenus le vivier des extrémistes qui utilisent Allah comme on utiliserait une bombe. Ils peuvent les enrôler en pagaille ces jeunes « Merah »qui n'ont comme perspective future que la schnouf ou un camp en Afghanistan. Un Merah aujourd'hui, mille demain.
Non ! Monsieur Sarkozy, il n'y a pas de quoi être fier que les Juifs de France ne se sentent plus en sécurité, que la seconde génération d'Arabes et tous les autres née en France n'a pas encore l'impression d'être arrivée dans un pays des droits de l'homme. Que l'extrême-droite devienne la seule réponse possible pour les autres largués de votre pays.
Cette discrimination qui divise la France fait le lit de tous les intégrismes et met en danger cette France de la cohésion nationale, qui la scinde et la fracture, cette France qui par votre laxisme se transforme en poudrière.
Nul ne sera plus à l'abri dans ce grand navire qui dérive. Les extrémismes de tout bord fleurissent, les discours haineux sont tolérés, acceptés comme une évidence.
Non ! A votre place, je ne me vanterai de rien du tout. Je commencerai par m'occuper de la véritable intégration, d'interdire les sectes dangereuses qui prônent la violence peu importe au nom de quelle idéologie et de travailler sur le comment vivre ensemble dans la tolérance.
Il est temps de commencer à bosser, ou alors, laissez la place à d'autres qui le feront mieux que vous et n'oubliez pas de venir nous jouer des claquettes avec vos talonnettes dans les banlieues ! Si vous avez los cojones pour cela !
Paix à l'âme de nos morts !
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20.03.2012
Saint-Pol-Roux et la barbarie
Les évènements de Toulouse ont réveillé le souvenir d’ une autre barbarie ou quand l’ignorance aveugle croise la lumière des visionnaires et des innocents et détruit en quelques secondes ces vies.
Survoler pareils à des mouscouls au-dessus des métaphores enluminées de Saint-Pol-Roux. Sur le tracé étincelant d’une vie de poésie aux rimes cristallines ; le cheval fougueux du cavalier fou a marqué ce destin pour l’éternité.
Dans un jardin, enterré à l’ombre d’un saule pleureur, assurément, des manuscrits abandonnés par le poète qui n’a pas fini de livrer ses secrets, ses trésors enfouis dans la terre . Celui qui a vu en une nuit, en octobre 1941, par la main lâche d’un soldat allemand, partir en fumée trente ans de labeur réduit en cendre ou déchiré et qui ne s’en est jamais relevé, à ce grand malheur, un autre plus insurmontable encore ; le viol de Divine, sa fille bien-aimée, par ce même envahisseur, il en mourra. Le pillage d’une vie entière consacrée à l’écriture par un barbare à la main lourde, chargée de traîtrise et surtout d’ignorance.
Sur les pas de cette tragédie, notre imagination fouille la terre, retourne le sol, avec nos griffes acérées, on sarcle sans relâche, on interroge l’ombre du vent, le val solitaire, le fouillis de ruines dévorées par le lierre. En l’absence de l’œuvre, les visions défilent dans l’immobilité d’un paysage figé et condamné par cette absence de preuve. Le vent qui caresse le visage murmure le message posthume du poète, il suffit de tendre l’oreille pour percevoir les signes qu’il nous envoie du fond de son infini bleu éther, de son Elysée survolé par les cormorans aux larges ailes déployées, ils fendent l’air de rimes gracieuses ciselées par la bise marine pour consoler le poète.
« L’œuvre majeure est dans le silence, bercé par l’Océan…………..il suffit d’écouter l’Océan. »
Continuons ensemble à grignoter nos provisions d’espérance et compter sur un monde meilleur : l’Âge futur qui nous éloignera de la bêtise et de la barbarie, à tout jamais !
« Le vrai poète, ce n’est pas ce pêcheur de rimes d’or au fond d’un encrier noir, c’est cette multitude extrayant sa détresse et sa gloire dont elle signifie le drame symphonique dans l’espace qui s’en meublera »
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« SALE B O U G N O U L E »et « SALE Y O U P I N »
Ce qui s'est produit, hier, est un acte ignoble, surtout lorsqu'il vise des enfants dans un lieu qui est leur seconde maison - l'école - celui-là même où ils passent leurs journées à se préparer à acquérir les connaissance qui feront d'eux des jeunes gens, confiants en l'avenir. Partout où des enfants meurent sous les armes, des terroristes, des dictateurs, de fous nourris de haine, c'est le monde entier qui dérive.
Ce tueur fou a déjà achevé trois militaires d'origine Maghrébine à Montauban, et le quatrième blessé est noir d'origine antillaise, jeudi dernier. Tous citoyens français.
Un premier profil nous présente un calculateur néo-nazi, qui abat de sang-froid, sans la moindre émotion, Nous nous retrouvons sur la piste d'un militaire xénophobe, raciste, antisémite. Arrivé à cette phase ultime où la chasse à l'homme est annoncée, pris au piège, il serait capable de dernières folies pour celui qui n'a plus rien à perdre, en ce moment.
Nous récoltons aujourd'hui, ce que nous avons laissé semer et germer : la haine, les discours racistes et antisémites qui s'inscrivent et pourrissent dans l'âme de malades et de déséquilibrés profonds. On a laissé stigmatiser des minorités entières en raison de leur appartenance ethnique ou confessionnelle. On a laissé les discours de haine se répandre comme la bonne parole.
Voilà le résultat d'un tel laxisme.
Nous payons le prix fort comme en Norvège, ce prix fixé par des fous qui se croient autorisés à tuer des enfants au nom d'une idéologie démoniaque, au nom d'une religion considérée supérieure à une autre.
C'est Jésus qu'on a tué, hier, devant l'école de Toulouse ! C'est Jésus le « Youpin » , c'est "Yehoshua " ( יהושע) qu'on a froidement abattu avec toute cette lâcheté qui caractérise les faibles qui s'attaquent à des enfants .
Paix à leur âme !
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« SALE BOUGNOULE »et « SALE YOUPIN »
Ce qui s'est produit aujourd'hui est un acte ignoble, surtout lorsqu'il vise des enfants dans un lieu qui est leur seconde maison - l'école - celui-là même où ils passent leurs journées à se préparer à acquérir les connaissance qui feront d'eux des jeunes gens, confiants en l'avenir. Partout où des enfants meurent sous les armes, des terroristes, des dictateurs, de fous nourris de haine, c'est le monde entier qui dérive.
Ce tueur fou a déjà achevé trois militaires d'origine Maghrébine à Montauban, et le quatrième blessé est noir d'origine antillaise, jeudi dernier. Tous citoyens français.
Un premier profil nous présente un calculateur néo-nazi, qui abat de sang-froid, sans la moindre émotion, Nous nous retrouvons sur la piste d'un militaire xénophobe, raciste, antisémite. Arrivé à cette phase ultime où la chasse à l'homme est annoncée, pris au piège, il serait capable de dernières folies pour celui qui n'a plus rien à perdre, en ce moment.
Nous récoltons aujourd'hui, ce que nous avons laissé semer et germer : la haine, les discours racistes et antisémites qui s'inscrivent et pourrissent dans l'âme de malades et de déséquilibrés profonds. On a laissé stigmatiser des minorités entières en raison de leur appartenance ethnique ou confessionnelle. On a laissé les discours de haine se répandre comme la bonne parole.
Voilà le résultat d'un tel laxisme.
Nous payons le prix fort comme en Norvège, ce prix fixé par des fous qui se croient autorisés à tuer des enfants au nom d'une idéologie démoniaque, au nom d'une religion considérée supérieure à une autre.
C'est Jésus qu'on a tué, ce matin devant l'école de Toulouse ! C'est Jésus le « Youpin » , c'est "Yehoshua " ( יהושע) qu'on a froidement abattu .
Paix à leur âme !
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18.03.2012
UN KADDISH POUR CES FRÈRES JAMAIS NÉS
Un titre inspiré par l'œuvre de l'écrivain hongrois, Imre Kertész : "Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas » et qui m'est revenu en mémoire, lors de ce récit.
Une enfant de six ans avait l'habitude de rajouter deux assiettes de plus lorsque sa mère lui demandait de mettre la table. Celle-ci n'en pouvait plus de se mettre en colère, à chaque fois. Incapable de comprendre ce toc, ce sale tic qui revenait à un point tel, qu'il n'était plus question de demander à l'enfant de dresser la table.
Du haut de ses six ans, la petite gardait les yeux grand ouverts et étonnés, perplexe face à cette obstination bornée des adultes. Mais il manque deux assiettes ! insistait-elle. Les autres vont venir ! s'exclamait-elle. Quels autres ? lui demandait-on, d'une voix agacée.
Elle était incapable de répondre, seule leur présence était déjà dans la pièce. Elle ne savait pas comment l'expliquer, mais pardi ! les fantômes avec qui elle jouait et parlait à voix basse ; cachée sous la table lors des grandes fêtes familiales, à écouter les grands se disputer et se chamailler tandis qu'elle leur chatouillait les pieds avec ses compagnons de jeux ! Mais quels fantômes ? s'énervait sa mère en haussant la voix.
Un jour, l'enfant devenue grande ouvrit les armoires de sa mère, ces armoires secrètement fermées à clé, curieuse comme Pandore, elle tomba sur des documents épars. Et c'est alors, à la lecture de ceux-ci, qu'elle découvrît la présence des deux frères jamais nés, du fait d'une fausse couche, du moins c'est ce que dit la mère.
La présence physique d'un enfant à venir est-elle déjà marquée par sa présence psychique ? L'absent qui aurait dû être a-t-il déjà une place dans notre univers mental ? Sa place est-elle déjà prévue dans la constellation familiale ? Autant de questions pour un sujet délicat.
* Le Kaddish est une prière juive psalmodiée pour soulager les endeuillés.
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15.03.2012
Mémoire d'une errance
Ce long corps décharné que l'on voyait durant des années au bord de la route, près du tunnel de Bossey, et qui faisait l'asphalte plutôt que le trottoir. Parfois, une voiture s'arrêtait au bord de la route, le temps de négocier, la femme montait, disparaissait quelques heures, quelques jours, quelques mois pour réapparaître et se planter au bord de cette route nationale, encore et encore, fidèle au poste, par tous les temps. Neige, pluie, fournaise d'un soleil implacable qui s'acharnait sur ce corps longiligne qui finissait par épouser la ligne qui se déroulait imperturbable sous ses yeux . La route et elle ne faisaient plus qu'une.
Une légende finissait par entourer cette femme aux cheveux d'un blond délavé sur une peau mate et qui avait résisté à tous les climats et cela depuis plus de vingt ans. Le temps passait, distrait sur ce corps en oubliant d'y marquer son empreinte ; seules les saisons le sculptaient au gré des intempéries, les passants la surnommaient la « femme au pont » , « la femme du tunnel », « la sorcière de la route », autant d'appelations pour donner un nom à cette chose vivante si improbable, si insaisissable. Vue de dos, elle avait le corps d'une adolescente un peu maigre, lorsqu'elle se retournait vous découvriez le visage buriné d'une vieille femme, à l'âge si incertain. La bouche sans dents s'était rétractée, repliée sur elle-même, comme un poing rageur.
Parfois, une de ses répliques cinglantes parvenaient jusqu'à nos oreilles, elles circulaient d'une bouche à l'autre, de la boulangère, à l'épicier, de l'épicier à l'enseignant ; tandis qu'elle se lavait à la fontaine située sous les fenêtres du maire, il la pria de faire ses ablutions ailleurs. Elle lui répondit « Je m'occupe d'mon cul ! Tu t'occupes du tien ! » puis cette fois où un client mauvais payeur ne lui aurait pas payé la passe , elle lui planta les dents, à l'époque où elle en avait encore, dans les testicules, il a dû, alors, être hospitalisé.
Les enfants l'observaient, un peu sorcière assurément, avec les ans, elle finissait par parler toute seule ; en montrant du doigt le ciel comme pour prendre Dieu à témoin de sa déchéance, ou l'index pointait la longue route qui n'en finissait plus, ce ruban de queue interminable. Parfois, lorsqu'on la croisait au magasin, d'un signe discret, on faisait comprendre au vendeur que sa note de bouteille de whisky ou de cigarettes, c'était pour notre poche. Elle ne s'en aperçevait même pas, elle haussait les épaules, en pensant qu'il devait y avoir maldonne, elle ne savait pas précisément comment et s'en foutait comme d'une guigne.
On s'interrogeait lors de grands de froid, de savoir où elle pouvait bien dormir, dans un foyer à Annemasse, sous les ponts aux jours meilleurs ? Tout chez elle tenait du mystère et plus impénétrables encore les hommes qui faisaient appel à cette vieille femme presque sans âge. Chacun essayait dans cette tentative désespérée, d'aller au bout de lui-même, jusqu'au bout du néant. Allez, on pouvait lui donner 60-65-70 ans ? Elle lâchait d'une voix rauque et caverneuse, à l'attention des conducteurs obligés de s'arrêter à sa hauteur, en raison du stop, pour traverser la route nationale : 50 balles la pipe ! 100 balles l'amour ! C'était à l'époque du franc français. Elle vous sortait sa phrase comme un sésame pour ouvrir la porte d'un monde nébuleux, son univers à elle fabriqué de bout de désespoir en bout de détresse. Une vie longue comme une impasse !
Aujourd'hui, on peut la croiser encore, une tête perdue dans un corps en partance, une mousse verdâtre au coin de la bouche, elle n'a plus aucune dent, elle marmonne, un long monologue entre la route et elle, les hommes, eux, se sont enfuis. Elle déambule dans les rue, elle n'est plus que l'ombre d'elle-même.Sa vie ne tient plus qu'à un fil, long comme une route infinie.
Elle aura marqué au moins deux générations d'enfants qui se souviendront de la « Sorcière » parfois pris de remords, ils se disaient Non ! Peut-être c'est une « Fée » déguisée en sorcière. Elle a nourri, sans le savoir, l'imaginaire des adultes et des enfants, exciter les espaces oniriques qui sommeillent en chacun de nous. Un conte de fée urbain !
La fin est bientôt proche ! L'errance d'une vie qui s'achève sur un mystère, sur une interrogation emplie de doute : Fée ou Sorcière ?
Ah ! Les anges, là-haut, auront bien le choix : une pipe ou l'amour ? Gratuit, parce que le Paradis , c'est offrir et recevoir l'Amour sans plus compter.
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